I. Objet du culte du sacré Cœur. — Il est bien
entendu que tout culte d'adoration rendu à Jésus-Christ s'adresse à sa personne même. Toutefois la personne est susceptible d'être envisagée sous divers aspects, considérée dans diverses circonstances, dans l'accomplissement de telle ou telle action, dans la manifestation plus spéciale de l'une ou l'autre de ses qualités. De là vient la pluralité des fêtes de Notre-Seigneur dans la liturgie chrétienne, la pluralité des dévotions dont il est l'objet de la part des fidèles.
Or, un des traits dominants dans la personnalité du Sauveur, c'est l'amour. « Dieu est charité », et le Fils de Dieu s'est fait homme par amour et pour aimer, ne se proposant d'autre but que de vouloir et de procurer la gloire de Dieu et le l)ien de l'humanité. Par là nous nous trouvons invites à honorer Notre-Seigneur en tant que rempli d'amour pour nous, en tant qu'agissant sous l'empire de son amour pour nous. Et s'il est juste d'honorer cet amour en célébrant une à une, dans le détail, les actions qui en sont autant d'effets et de marques, ne sera-t-il pas également à propos d'honorer Xotre-Seigneur, ami des hommes, dans l'ensemble et la généralité de son amour pour nous?
Toutefois cet amour de Xotre-Seigneur envers nous devra, pour constituer un véritable objet de culte chrétien, se présenter sous les dehors d'une expression sensible. Ainsi l'exige une loi foncière de la nature humaine, que la vraie religion ne saurait méconnaître : nous ne nous mettons en rapportavec le spirituel que par le moyen et le secours du sensible. « C'est, remarque Bossuf.t, une loi établie pour tous les mystères du christianisme qu'en passant à l'intelligence, ils se doivent premièrement présenter aux sens, et il l'a fallu en cette sorte pour honorer celui qui étant invisible par sa nature a voulu paraître pour l'amour de nous sous une forme sensible. » (Sermon sur la parole de Dieu, OEuvres oratoires, édit. Lebarq. t. III, p. 58 1.) Où prendre ce signe sensible de l'amour? Il en est un tout indiqué, naturel, intelligible à tous, usuel : c'est le cœur. Le cœur de Xotre-Seigneur, son cœur corporel, son cœur de chair, voilà donc un objet matériel qui, en même temps qu'il peut être atteint parles sens et représenté dans l'imagination, suggère à l'esprit la pensée de l'amour qu'a éprouvé et dont s'est inspiré le Sauveur.
L'assemblage harmonieux dti cœur corporel de Jésus-Christ et <le son auu)ur pour les hommes — le cœur symbolisant l'amour, l'amour symbolisé par le cœur — tel est lobjct [jropre du culte du sacré Cœur de Jésus.
Mais, tout en étant cela essentiellement et en substance, le culte du sacré Civur, par une extension légitime et forcée, déi)asse ce domaine iirimordial. Il
CŒUR DE JESUS (CULTE DU
englobe tout ce qui est en connexion avec l'amour, s'y rattache, l'accompagne ou en procède. La parole de BossuET sur les passions « ... posez l'amour, aous les faites naître toutes... )■ {De la connaissance de Dieu et de soi-même, ch.i, §6) est juste pour l'Homme- Dieu comme pour nous; la vie sensible et volontaire et la vie morale se tiennent si étroitement que l'une ne va pas sans l'autre ; en outre, en matière d,e culte surtout, le passage du cœur et de l'amour à la personne aimante s'effectue de soi-même : autant de raisons pour lesquelles l'objet, amplilié si l'on veut, mais normal, du culte du sacré Cœur n'est rien de moins que Jésus-Christ, considéré et honoré dans son amour, dans l'ensemble de ses sentiments et de ses émotions, dans ses joies et dans ses douleurs, dans ses déterminations et ses acceptations, dans la pratique des vertus dont il fut le modèle, dans sa vie intime et profonde tout entière, dans ses actions mêmes et ses démarches, accomplies qu'elles sont sous l'influence des motifs intérieurs. — Il résulte aussi de pareille extension que le culte du sacré Cœur ne s'en tient pas à honorer seulement l'amour de Jésus pour les hommes — amour, au reste, déjà tout pénétré de l'amour pour son Père — mais, parce que ce culte arrive à prendre Jésus dans sa vie intime complète et ses vertus, ilen vient à l'iionorer notamment dans son amour pour Dieu.
L'amour de rHomme-Dieu, tout cet amour, pris non seulement en lui-même, mais encore dans ses appartenances, dans ses tenants et aboutissants, voilà le « plus grand >. objet, mais l'objet toujours véritable et justifié, du culte du sacré Cœur.
II. Valeur symbolique du cœur. — Il est certain que, sinon d'une façon universelle et constante, du moins très communément, l'humanité a associé le cœur et l'amour, et employé l'un comme signe de l'autre : les idiomes, les locutions courantes, le langage des gestes, les croyances populaires, les œuvres littéraires, les ligurations graphiques et plastiques, des coutumes et des traits de mœurs l'attestent pour les époques et les régions les plus diverses. (Cf. D^ F. Andry, Beclierches sur le cœitr et le foie considérés au point de vue littéraire, médico-historique, symbolique, etc. Paris, i858.) Fiit-il dénué de fondement, cet usage général suffirait, à lui seul, à conférer au cœur une valeur symbolique indéi\iable encore que simplement conventionnelle, car le symbolisme est un langage, et en inatière de langage l'usage est souverain. Mais cet usage n'est pas seulement établi en fait, il est fondé en droit et sur la nature même des choses. En effet, nous sentons notre cœur intéressé dans nos émotions, nos passions; nous remarquons par expérience un parallélisme, une corrélation entre le fonctionnement de notre vie affective et le fonctionnement de notre cœur. Il y a là une réalité psychophysiologique que nous constatons de façon expérimentale antérieurement à toute explication. Ce n'est pas sur l'explication à intervenir que pourra reposer, mais bien sur le fait d'expérience que repose d'ores et déjà, à bon droit, le symbolisme du cœur : le cœur est symbole naturel de l'amour, parce que entre lui et l'amoiu* existe et apparaît un rapport naturel.
De quelle nature est ce rapport? Là-dessus les réponses ont varié selon l'état de la science physiologique. Durant de longs siècles, l'interprétation des philosophes, comme celle des savants, — jusques et y compris Bicuat, — aussi bien que du vulgaire, faisait du cœur le co-principe sensible, l'organe par lequel se produisaient et se ressentaient les sentiments, affections, émotions, en particulier l'amour, le courage, la joie et la peine. Les théories scientifiques
actuelles, tout en ruinant les hypothèses non vérifiées et les assertions trop aisément reçues dans le passé, sont loin d'exténuer pour autant la portée du rapport physiologique entre le cœur et la vie affective : elles l'expliquent autrement, voilà tout. Claude Bernard place dans le système nerveux l'action primitive de toutes les sensations et l'excitation qui en résulte; comme les autres viscères, le cœur n'est affecté que secondairement, mais il est celui de tous les organes qui ressent le plus et le plus vite l'influence des excitations sensitives déterminées dans les centres nerveux. Non seulement le trouble même de son rythme normal accuse la nature de l'excitation venue du cerveau, mais, en outre, la circulation du sang se trouvant par là modifiée, le cerveau en subit une réaction qui, par le jeu subséquent des nerfs, puis des muscles, s'étend dans l'organisme. « Les sentiments que nous éprouvons sont toujours accompagnés par des actions réflexes du cœur; et, bien que le cerveau soit le siège exclusif des sentiments, c'est du cœur que viennent les conditions indispensables de leur manifestation au dehors. L'expression de nos sentiments résulte d'un échange continuel d'influence entre le cœur et le cerveau. » (Claude Bernard, Etude sur la physiologie du cœur [i865], publiée notamment dans le volume-recueil La science expérimentale, Paris, 1878, et édit. suiv.) Un physiologiste russe, E. Cyon, après avoir approfondi et précisé la nature des connexions nerveuses entre le cœur et le cerveau, aboutit à des conclusions analogues(/.e cœur et le cerveau, discours à l'Académie de Saint-Pétersbourg [iS^S], traduit dans la Revue scientifique du 22 novembre i8^3) : le cœur serait un organe où ii-aient se répercuter admirablement tous les états passionnels, et la conscience que nous prendrions de ces états passionnels ne serait autre que notre connaissance intime — par le moyen des nerfs et du cerveau — de l'infinie diversité des oscillations et des variétés des battements cardiaques. (Cf. F. Papillon, Les passions d'après les travaux récents de physiologie et d'histoire naturelle, article dans la Revue des Deux Mondes du i5 décembre i8y3.) Selon la remarque de M. Th. Ribot {La psychologie des sentiments^, Paris, igo6, p. 118), « Claude Bernard et, après lui, Cyon ont pris à tâche de justifier les expressions populaires siu" le cœur, de montrer qu'elles ne sont pas de simples métaphores, mais le résultat d'une observation exacte et qu'elles peuvent se traduire dans la langue physiologique ». G. Sergi, dans son livre Dolore e Piacere (Milan, 1894), revu et traduit en français sous le titre Les Emotions (Paris, igoi), se montre partisan d'une théorie « périphérique », suivant laquelle les phénomènes affectifs se développent primitivement dans les organes de la vie de nutrition, ce qui l'amène à dire dans sa préface : « Il y a fort longtemps que l'expérience Aulgaire place le siège des sentiments dans la région du cœur... Je tente une démonstration scientifique de l'expérience Aiilgaire... » Dans sa Psychologie des sentijnents*', M. RiBOT explique comment tout n'est pas préjugé dans l'opinion courante qui fait du cœur l'incarnation de la vie affective : « Pourquoi le cœur, muscle dépourvu de conscience, se trouve-t-il érigé en organe essentiel et central des émotions et des passions? C'est en raison de cette loi physiologique bien connue qui nous fait transférer nos états psychiques dans l'organe périphérique qui les communique à notre conscience. De tous les chocs qui nous frappent, il subit le contre-coup; il reflète les impressions les plus fugitives; dans rf)rdre des sentiments, aucune manifestation n'est hors de lui, rien ne lui échappe; il vibre incessamment quoique différemment «(p. 118). Il va jusqu'à conclure, plus loin, en ces termes :
CŒUR DE JÉSUS (CULTE DU
« On comprend donc comment l'opinion populaire a pu considérer le cœur comme le siège ou le générateur des émotions. C'est l'expression instinctive d'une vue très juste : l'importance souveraine, pour la vie affectiA^e, de l'action des viscères résumée dans un organe fondamental » (p. 119). — Mais alors, en ce qui concerne la vie affective, quelle est la part d'action du cerveau? M. Ribot déclare admettre, d'accord avec G. Sergi, que « le rôle du cerveau dans la genèse des états affectifs a été surfait; il n'agit que de deux manières : comme moyen de rendre conscients tous les troubles de la vie organique, base physique des sentiments; comme cause d'excitation par le moyen des idées » (p. 128). — En somme, les excitations, engendrées par des sensations ou des représentations mentales, proviennent ])ien du cerveau, c'est bien par le moyen du cerceau que sont ressentis les modifications et les troubles de la vie organique, mais il n'en est pas moins vrai qu'une correspondance intime et étroite règne entre les mouAcments du cœur et les états passionnels qui influent sur eux, que ces états nous deviennent conscients précisément par la conscience même que nous avons des altérations du rythme cardiaque, des variations dans la fréquence et l'amplitude des battements, et enfin que certains des symptômes extérieurs, indices de ces états passionnels, résultent de modifications dans la circulation du sang, suite directe des modifications survenues au cœur. — Si donc le cœur n'est pas un principe organique, l'organe de production des affections sensibles de l'homme, il en est, en revanche, l'organe de manifestation. L'examen scientifique établit que le rapport physiologique, perçu par l'expérience générale, entre le cœur et les passions, est un rapport d'expression. Pareille explication ne va qu'à confirmer la valeur symbolique attribuée au cauir, à le montrer comme d'autant mieux qualifié pour être la représentation expressive de l'amour.
Le rapport physiologique ne relie, il est vrai, d'une façon directe, le cœur qu'à l'amour sensible. Mais dans l'homme les opérations les plus spirituelles sont nécessairement accompagnées d'opérations sensiljles : pas d'idée qui aille sans image, pas d'amour supérieur, pas d'acte de la volonté qui aille sans affections sensibles. La faculté supérieure d'aimer et de vouloir est, en Aerlu de l'unité de nature, indissolublement unie à la puissance corporelle de sentir et de s'émouvoir. L'amour le plus élevé, de soi immatériel, a donc sa répercussion dans le cœ-ur par l'intermédiaire des émotions et passions, qu'il suppose ou qu'il détermine ; à son égard le cœur joue encore le rôle d'organe de manifestation. Par suite, c'est l'amour humain tout entier, dans son ensemble cojnplexe, que le cœur est apte à signifier et à exprimer.
Mais en Jésus-Christ, comme il y a deux natures, il y a deux amours : l'amour humain, tant spirituel que sensible, et l'amour incréé. Le cœur de l'Homme- Dieii pourra-t-il symboliser la charité divine? Outre le rapprochement provenant de l'analogie, l'amour créé se rattache à l'amour incréc par un lien intime de causalité, d'iiiq)ulsion reçue, de régulation et de sujétion, si bien que l'un ne se sépare pas de l'autre et qu ainsi le syndiole incontesté de l'un éveillera, en plus, par association, la i)ensée de l'autre, et, partant, sera indirectement symbole de l'amour incréé comme il est direcleiuent synd)()le del'anumr humain. On peut dire encore <{nc si, ;iu point de dé|)art de la signification, le cœur est symbole naturel et spécial de l'amour sensible, l'acception de l'emblènie va s'élargissanl et qu'il s'étend à symboliser indistinctement et sans restriction tout l'amour, tout amour de la personne dans la poitrine de laquelle il vil. Le cœur d'une personne symbolisant ainsi, d'une façon
générale, l'amour que peut avoir cette personne, et, d'autre part, la personne divine de Jésus nous portant, en vertu de l'union hypostatique des deux natures, non seulement une affection sensible et un amour de volonté humaine, mais aussi un amour divin, il semble parfaitement admissible que son cœur symbolise ces amours dans leur plénitude et leur totalité. Le cœur de Jésus est le cœiu* d'une personne divine, il est le cœur du Verbe incarné, il représente donc tout l'amour que le Verbe incarné a pour nous.
111. L'adoration due au cœur corporel de Jésus. — Le cœur de Jésus est d'autant plus apte à servir d'élément sensible dans l'objet d'un culte spécial qu'il est, lui-même, digne d'adoration.
L'humanité de Jésus-Christ est adorable du culte suprême de l'adoration proprement dite, non pas certes pour elle-même, chose créée et iinie, mais à raison de son union à la personne du Verbe divin. Ce n'est point simplement une adoration semblable, mais bien une seule et même adoration, qui est due à la personne divine et à ce qui subsiste en elle et par elle. Le motif du culte rendu à la nature humaine du Sauveur est sa prise en possession par la personne divine, mais, comme objet de culte, cette humanité est adorable directement, immédiatement, en soi; elle présente un terme matériel à qui peut s'adresser l'hommage d'adoration. Cela est Arai de l'humanité du Christ; cela est vrai aussi de chacun des éléments, de chacune des parties dont elle se compose. En conséquence de l'union hypostatique le corps de Jésus- Christ est la propre chair de Dieu, son camr est adorable comme le propre cœHir de Dieu.
Toutefois la situation changerait radicalement, bien entendu, au cas où, par un effort d'abstraction, on s'attacherait à envisager l'humanité, ou une portion de l'humanité du Christ, comme séparée de la personne divine, à rompre ainsi par une hypothèse toute fictive l'union hj'postatitjue du Verbe avec l'humanité, en Aertu de laciuelle. d'ailleurs, cette humanité même et chacune de ses parties subsistent et existent en réalité. Ceux qui firent opposition au culte du sacré Cœur, principalement dans le dernier tiers du XAiii"^ siècle, menèrent grand bruit autour de cette Aerité élémentaire, prétendant que le culte attaqué par eux importait justement cette diAision et cette séparation ; que, par suite, l'on n'adorait le canir de Jésus qu'en ruinant par le fait même les raisons d'une adoration légitime; qu'enfin l'adoration ainsi rendue à une portion de sinq)le humanité était pur nestorianisme. L'accusation est fausse, au point de manquer même de A'raisemblancc, et dénote une ignorance surprenante de la question de fait. De tous les ouArages antérieurs où le culte du sacré Ca'ur aAait été l'objet d'un exposé doctrinal, des mémoires et rapports présentés à la Congrégation des Rites pour l'obtention de la fête, du fond même et des formules du culte, il ressortait, sans aucun malentendu possible, que le culte du sacré Cieur prend le cœur de Jésus non pas imaginaireinenl détaché de l'humanité ou séparé du Verbe — à quoi rimerait cette inAcntion? — mais tel (ju'il existe dans la réalité, en pleine vie, coexistant à toutes les autres parties de l'humanité sans que celles-ci soient exclues même numtalement, subsistant avec l'humanité totale dans la personne du Vei-be, et ([u'on y adore la personne dans son ca^ur ainsi que le cœur dans la personne. Néanmoins l'imputation mensongère fut maintenue avec tant de persistance et d'alfectation que dans la Bulle Auctoiem fidel, PiK VI eut à la repousser; il le fil en condamnant la 63* proposition du synode janséniste de Pistoie, aux termes de hupielle ceux qui adorent le cœur « oublient que la chair très sainte du Christ, ou toute partie de
CŒUR DE JESUS (CULTE DU
celle-ci, ou même l'humanité tout entière, si on la sépare ou si on fait abstraction de la divinité, ne peut être adorée d'un culte de latrie » ; et en rétablissant la vérité de fait, (( comme si, expliquait-il, les tidèles adoraient le cœur de Jésus en le séparant ou en faisant abstraction de la divinité, tandis qu'ils l'adorent comme le cœur de Jésus, c'est-à-dire le cœur de la personne du Verbe, à la(juelle il est inséparablement uni... » (Denzinger-Baxxwart, Enchir. <<', n. i563.)
Dans le même ordre d'idées les Jansénistes, en vue d'une application au culte du sacré Cœur, avaient aussi tenté de glisser une équivoque tendancieuse au sujet du mot « directement », tâchant de le faire passer pour synonyme de « séparément, isolément, à part », ce qui eût fait du culte irréprochable adressé directement à riiumanité (ou au cœur) de Jésus-Christ, un culte nestorieu de l'hunianité (ou du cœur) considérée ou adorée séparément, à part, isolément. Dans la même Bulle, Pie VI démasque cette fourberie dont avait usé le synode de Pistoie dans la rédaction de sa 6i^ proposition; il déclare x fausse, captieuse, dommageable et injurieuse au culte pieux et mérité que les fidèles rendent et doivent rendre à l'humanité du Christ » la proposition qui prétend que « adorer directement l'humanité du Christ et plus encore une partie de celle-ci, sera toujours un honneur divin accordé à la créature ; en tant que par le mot directement cette proposition entend réprouver le culte d'adoration que les lldèles dirigent vers Ihumanité du Christ, comme si une telle adoration, par laquelle l'humanité et spécialement la chair viviliante du Christ est adorée, non assiu'ément à cause d'elle-même et en tant que chair seulement, mais en tant qu'unie à la divinité, était un honneur divin accordé à la créature et non pas, bien au contraire, cette seule et même adoration par laquelle le Verbe incarné est adoré avec sa propre chair (selon le second concile de Constantinople, 5' œcuménique, canon 9) » {Enchir. <", n. i56i). Cf. Gerdil, Animady. ad notas Feller ; de prop. Lxi, § II.
Pour les raisons mêmes qui viennent d'être données, le culte du sacré Cœur ne présente pas la moindre base à l'analogie compromettante que les mêmes adversaires s'ingénièrent à supposer entre lui et l'opinion, un moment fameuse, du P. Berruyer sur la tiliation divine (Histoire du peuple de Dieu, 2= part. Ispécialement t. VIII], la Haye, i^SS; 3= part., Amsterdam, 1769). Suivant un système théologique de son cru, ou hérité plutôt du P. Hardouin, le P. Berruyer comprenait la iiliation divine comme effet de l'union non éternelle de la nature humaine avec le Verbe, en sorte que c'est en son humanité que Jésus-Christ eût été constitué « Fils de Dieu », du fait de l'union hypostatique de cette humanité avec une personne divine, — ce qui ne laissait pas, cpioi qu'en eût l'auteur, d'entraîner une certaine dualité de personne et sentait le nestorianisme. Pur de toute tache nestorienne, le culte du sacré Cœur n'a rien de commun tant avec les conséquences qu'avec les principes d'une telle doctrine. Il est à remarquer, par ailleurs, que ni le P. Berruyer, ni aucun de ses rares adeptes n'avait eu la malencontreuse pensée de faire application de cette théorie singulière pour expliquer les fondements théologiques du culte du sacré Cœur.
Ainsi donc entre le système et le culte, pas de lien doctrinal, pas même de lien accidentel qui autorisât un rapprochement quelconque. Celui que prétendirent trouver les Jansénistes fut tout artificiel et de leur invention.