SCIENCES DES CORPS ORGANISÉS
Physiologie Structure et classification des corps vivants. PJiysiologie animale
et végétale, intellectuelle et affective. Physique sociale. . . . Méthode et science. Résumé et conclusion.
TABLEAU DES CONNAISSANCES HUMAINES. 109
Nous ne contesterons point l'importance de cette classification au point de vue théorique, mais à ce point de vue-là seulement; car il est évident que la pensée de son auteur n'a point été de la rendre applicable au rangement d'une bibliothèque.
Nous passerons sans nous y arrêter sur les conceptions plus ou moins ingénieuses de Jullien (1819), ïorombert (1821), Bentham (1823), Namur (1834), Charma (1830), et Gournot (1851), qui a donné un tableau purement théorique des connaissances humaines, pour nous retrouver en présence du système de Martin, préconisé par Ch. Nodier et suivi, à quelques détails près, par Barbier dans le catalogue de la bibliothèque du conseil d'État, par Beuchot dans le Journal de la librairie, par Aimé Martin et Buchon dans Y Introduction m Panthéon littéraire, par Brunei dans les Tables de son Manuel du libraire, etc., et par hi librairie française pendant plus d'un siècle.
Il serait superflu de faire de ce système une description détaillée; il suffit de rappeler (|u'il admet cinq branches principales : théologie, jurisprudence, sciences et arts, belleslettres, histoire, et que son principal titre est d'avoir servi jusqu'ici à la confection de nombreux catalogues, de sorte que l'usage et une certaine facilité pour les recherches militent en sa faveur. Mais les temps ont singuUèrement modifié les formes de la production intellectuelle; les sciences ont pris un développement considérable, et le système de Martin, quelque peu suranné, n'est plus complètement en rapport avec la nature des livres produits.
Constantin, dans son Manuel du tnJjliothécaire (184-1, p. 128); Brunei, dans la cinquième édition de son Manuel (1860, Introduction à la Table méthodique), et plusieurs autres reconnaissent l'utihté d'une réforme, mais n'osent en prendre l'initiative. «Nous avons adopté ce système par déférence, dit Brunei, nous le conservons par conviction; peut-être aurions-nous bien fait de substituer à une classe unique, celle des sciences et arts, un certain nombre de classes séparées les unes des autres, mais nous n'avons pas osé. »
Cependant personne n'était plus à même de tenter cette réforme que Brunet, et nous l'avions vivement engagé à prendre cette détermination, en 1859, tout en lui soumettant nos propres idées, qui ne lui paraissaient pas impraticables; mais, chez lui, la déférence avait entraîné l'habitude, et l'habitude la conviction.
En effet," est-il rationnel de voir la philosophie, la physique et la chimie, l'histoire naturelle, la médecine et les mathématiques former des sous-divisions des sciences et arts, tandis que la théologie, la jurisprudence, les belles-lettres, l'histoire, en sont distraites et forment quatre branches séparées?
D'ailleurs, qu'est-il besoin de parler de réforme? N'est-elle pas aujourd'hui dans le domaine des faits? Si personne n'en veut assumer la responsabilité, tout le monde reconnaît du moins son utilité. Prenons comme exemple la Bibliographie de la France ou Journal de la librairie.
De 1811 à 1847, Beuchot en conserve la direction. Sous son administration, la Table systématique reste fidèle aux mêmes traditions.
De 1848 à 1851, Merlin, dans une note insérée à la fin de 1849, expose son embarras devant les produits insolites de 1848 et donne le premier coup au système de Martin, en adoptant les divisions suivantes : théologie, sciences et arts, belles-lettres, beaux-arts, histoire littéraire, sciences sociales et politiques, sciences historiques, polygraphie.
En 1852 et 1853, Champagnac revient aux anciens errements.
En 1854-1856, Rabuteaux ( Table systématique de 1855) s'exprime ainsi : «Une distri-
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butioli systématique des livres, conçue d'après des vues encyclopédiques et conforme à un prétendu enchaînement naturel des connaissances humaines, nous paraît, à vrai dire, une chimère irréalisable; mais fût-elle par impossible réalisée, nous croyons qu'elle serait bien peu pratique et d'un usage bien peu commode. Ce que l'on doit demander à un catalogue, ce ne sont pas des vues philosophiques, qui changeront naturellement avec chaque système et entraîneront la confusion dans une science dont le devoir est de rester neutre ; mais c'est un ordre judicieux, qui, tout en satisfaisant l'esprit, se plie aux habitudes du travail, littéraire, respecte les analogies naturçlles qui s'y introduisent et s'accommode surtout à la nature et à la forme souvent très-complexe des livres, tels qu'ils sont conçus par leurs auteurs et tels qu'ils se présentent au catalogiste. Ce but nous paraît atteint dans le Manuel du libraire. »
Voilà qui est bien, sauf la pensée finale, et la preuve en est qu'après des paroles aussi nettes, on devait croire le système du Journal de la librairie à jamais fixé. Pas le moins du monde. En 1857, on supprime la Table systématique pour neuf ans; on la rétablit en 1860, mais sur des bases nouvelles, avec dix-huit classes indépendantes les unes des autres, placées sans aucune prétention scientifique.
1" Religion.
2» Droit.
3° Philosophie.
4" Sciences occultes.
5" Sciences morales et politiques.
6" Sciences militaires.
7» Sciences mathématiques.
8° Sciences naturelles.
9" Sciences médicales.
10" Sciences agricoles.
11» Arts industriels.
12" Histoire et études accessoires.
13» Géograph., ethnolog., voyag•e^ 14» Littérature française.
15» Littérature ancienne.
16» Beaux-arts.
17» Éducation, enseignement.
18» Divers.
Nous sommes déjà loin, on le voit, de la fameuse classe sciences et arts du systèuK Martin; on entre en plein dans la réforme.
A son tour Reinwald, dans son Catalogue annuel, se rapproche des usages observé,^ depuis longtemps en Allemagne. Sa Table systématique contient dix-huit classes ainsi composées ;
1» Théologie.
2" Philosophie.
3» Droit.
4" Économie polit., diplomatie.
5» Commerce, finances.
G» Histoire et sciences accessoires.
7» Politique.
8» Biographie.
9» Géographie, voyages.
10» Littérature.
11» Sciences médicales.
12» Sciences naturelles.
13» Sciences mathématiques.
14» Technologie.
15» Beaux-arts, archéologie.
16» Philologie, linguistique.
17» Éducation.
18» Divers.
Les libraires de Paris établissent-ils leurs catalogues selon les traditions de xMartin? Leurs librairies sont-elles autre chose que des sortes de bibliothèques spéciales? Les unes, consacrées à la théologie, à la philosophie, à la jurisprudence, à l'économie sociale, aux lettres, à l'histoire; les autres, aux mathématiques et aux arts industriels, à la physique et à la chimie, à l'histoire naturelle et à la médecine, aux beaux-arts.
Mais voilà notre Arbre encyclopédique trouvç.
La pratique nous indique, en effet, que telle section des connaissances fournit assez de productions pour donner lieu à une classe nettement définie, parfaitement caractérisée ; elle doit entrer dans notre tableau. Dès lors, plus de difficultés pour arrêter notre système; tandis que de nombreux savants s'appliquaient à chercher la filiation et les rapports de toutes les branches du savoir humain, la librairie militante nous donnait la seule solution pratique du problème.
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