BOI
pathétique que dans tous ses autres discours. La quête rapporta i5o,ooo francs, et l'hôpital fut doté et construit àMontrouge. Les défauts de trop d'apprêt, détours emphatiques, d'antithèses et de bel esprit , qu'on reproche avec raison à l'abbé de Boismont dans ses autres discours , avaient disparu de celui ci, et l'on y remarque un abandon touchant , qui fait naître dans tous les cœurs le besoin de la bienfaisance.. C'est un des meilleurs de l'auleur , parce qu'il est écrit avec plus de naturel et avec cette éloquence du cœur propre à émouvoir et môme à attendrir les âmes les plus endurcies au inaîhc'jr de leurs semblables. L'abbé de Boismont mourut à Paris le 20 décembre 1 7S6. En i8o5 , on a recueilli les Œuvres de cet abbé , in-8. Ce recueil est précédé d'une notice historique et littéraire par M. Auger, et de l'éloge de Boismont par Rulhières ^ qui le remplaça à l'académie. L'abbé Maury , espérant succéder dans cette place à l'abbé de Boismont , tâchait de lui faire raconter les détails de sa jeunesse et de sa vie : « L'abbé , lui dit celui-ci, vous me prenez mesure , » indiquant qu'il cherchait des matériaux pour son éloge. Les Letlrcs secrètes sur l'état actuel de ia religion et du clerfjè en France , in-12 , imprimées , sans date, vers 1781 , sojît allribuées à ces deux abbés.
BOISSiÈRE (.loseph de la Fontaine de la), prêtre de la congrégation de l'Oratoire, né à Dieppe en i6:jg, mourut à Paris , le 18 août lySa. On a de lui des Sermons , (> vol. in-12 , Paris , lySo et 1751. Les trois premiers vfsiumes renferment les sermons du carême , des vêlures et profi.'s.si'!îis religieuses ; et les trois dor-
sjîers sont sur les léles des Saints et sur les principaux myslères de lu religion ; dans le second de ces trois derniers , on trouve VOraison funèére de madame Mole , abbesse de Saint-Antoine-des-Chanips , et les Panégyricjaes de plusieurs saints et saintes. L'abbé Goujet lait un grand éloge des sermons du père la Boissière : cet éloge est exagéré; quoi qu'il en soit , on cite comme le meilleur celui que cet oratorien composa sur fempioi du temps.
BOSSU ET (Jacques-Bénigne ) , naquit à Dijoii le 27 septembre 1627 , d'une famille de robe , noble et ancienne. Il laissa voir dès son enfance tout ce qui devait lui atlirerdans la suite l'admiration publique. Le plaisir de s'instruire lui faisait oublier les amusemens de son âge.'A quinze ans, Bossuet, envoyé à Paris par ses parens, et placé au collège de jSavarre, y apprit avec ardeur le grec et le lalin , et mêla à l'étude de la pbilosophie de collège la lecture des cbcfs-d'œuvre de l'antiquité; mais l'Ecriture et les lettres saintes firent toujours son occupation principale. Il avait seize ans lorsqu'il soutint sa première thèse ; annoncé comme un prodige auxbeauxesprils de l'hôtel de Rambouillet , il y fit, devant une assemblée nombreuse et choisie, un sermon surun sujet qu'on lui donna. Le prédicateur n'avait, comme nous l'avons dit , que seize ans, et il était onze heures du soir ; ce qui fit dire à Voiture, si fécond en jeux de mot.s, «qu'il n'avait jamais entendu prêcher ni sitôt, ni si lard. Il I! continua ses études toujours avec le même .<^uccès, et fut admis, à l'âge de vingt ans, dans la corporation du collège de Navarre. En 1662, il reçut
l'ordre de la prêtrise et le bonr»et de docteur , et quitta Paris pour aller se fixer à Metz , où il avait été nommé chanoine. Là , il se livra tout entier aux devoirs de son ministère ; son éloquence devenait de plus en plus forte et facile. Il s'appliqua à la conversion des proleslans et en ramena plusieurs à la religion catholique. Ses succès eurent de l'éclat; on l'appela à Paris pour y remplir les chaires les plus brillantes. La reine-mère , Anne d'Autriche, lui fit donner l'Avent de la cokîr, en 1661 , et le Carême en 1662. Le roi fut si satisfait du jeune prédicateur , qu'il fit écrire en son nom à son père, intendant de Soissons , pour le féliciter d'avoir un fils qui l'immortaliserait. 0 Bossuet , » disait madame de Sévigné, se bat à outrance avec son 0 auditoire; tous ses sermons sont des combats à mort. • Son Carême de 1666 , son Aventde 1668, prêches pour confirmer dans sa croyance le maréchal de Turenne , nouvellement converti à la foi catholique , lui valurent, en 1669, l'évêché de Condom. En 1670, le roi lui confia l'éducation du dauphin. Un an après, il se démit de l'évêché de Condom, ne croyant point pouvoir garder un diocèse qu'il lui était impossible d'administrer. Ce fut vers ce temps qu'il prononça l'Oraison funèbre de Madame , morte subitement au milieu d'une cour dont elle était la gloire et les délices. Personne ne posséda mieux que Bossuet le talent de faire passer avec rapidité dans l'âme de ses auditeurs le sentiment profond dont il était pénétré. A ces paroles : «O nuitdésas- » treuse! nuit effroyable! oîi retentit tout-à-coup, » comme un éclat de tonnerre, cette nouvelle : Ma- » dame se meuri ! Madame est morte! » tcmle \\ cour
fut vivement émue. Le pathélique et le sublime se partagent ce discours. On trouve une sensibilité plus douce dans les dernières paroles de i'Oraisoii funèbre du grand Condc , laquelle termina la carrière oratoire de Bossuet, (( Prince, dit-il, en s'adressant au héros que la » France venait de perdre, vous mettrez fin à tous ces » discours. Au lieu de déplorer la mort des autres , je B veux désormais apprendre de vous à rendre la mienne » sainte. Heureux si, averti par ces cheveux blancs du » compte que je dois rendre de mon administration , je » réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole » de vie , le reste d'une voix qui tombe et d'une ardeur n qui s'éteint. » Les oraisons funèbres de ce prélat , dont la voix publique a fait son premier et son plus glorieux titre à l'éloquence , ne sont qu'au nombre de six. « Ces oraisons , ditLaharpe, sont des chefs-d'œuvic 5' d'iuje éloquence qui ne pouvait pas avoir de modèU- » dans l'antiquité , et que personne n'a égalée depuis. » Bossuet ne s'y sert pas de la langue des autres hom- » mes, il fait la sienne ; il la fait telle qu'il la lui faut » pour lu manière de penser et de sentir , qui est à lui : » expressions, tournures, mouvemens, construction, » harmonie , tout lui appartient. » Bossuet porta toute la vigueur qui caractérise ses oraisons funèbres dan-; son Discours sur l'Histoire univcrsette , composé pouv l'éducation du dauphin. On ne peut se lasser d'admirer la rapidité avec laquelle il décrit l'élévation et la chute des empires, les causes de leurs progrès et de leur décadence. On a observé judicieusement que c'était l'histoire de la nation juive ; qu'il donnait pour causes aux grandes révolutions des empires les décrets mysîérietix