BOS
de Dieu sur les Juifs, comme l'astronome Ptolomée faisait de la terre , qui est une des plus petites planètes, le centre unique de tous les mouvemens célestes, a On a » accusé Bossuet, dit d'Alembert, d'avoir été , dans- ce » chef-d'œuvre , plus orateur qu'historien, et plus théo- » logien que philosophe; d'y avoir parlé trop des Juifs, » trop peu des peuples qui rendent si intéressante l'his- » toire ancienne , et d'avoir , en quelque sorte , sacrifié » l'univers à une seule nation que toutes les autres alTec- » tent de mépriser. » Les soins que Bossuet s'était donnés pourTéducation du dauphin furent récompensés par la charge de premier aumônier de la Dauphine , en 1680 , et par l'évêché de Meaux en 1681 • En 1697 il obtint une charge de conseiller-d'état, et l'année d'après , celle de premier aumônier de la duchesse de Bourgogne. Une affaire d'éclat, à la(juelle il eut beaucoup de part , lisait alors les yeux du public sur lui. Finélon , archevêque de Cambrai, venait de publier son livre des Maximes des Saints , sur la vie intérieure; Bossuet , qui prétendit voir dans cet ouvrage des restes de moliiiisme , s'éleva contre lui dans des écrits réitérés, dans lesquels il n'était pas difficile de découvrir le sujet de sa jalousie contre Fénélon. Le public ne fut point dupe de ce faux zèle de Bossuet contre l'archevêque de Cambrai, et sut fort bien discerner que les intérêts de la religion n'entraient pour rien dans cette discussion. On peut juger de l'irascibilité que l'évêque de M-eaux déploya dans celte querelle, par ce trait: «Qu"auiiez-vous fait si » j'avais protégé M. de Cambrai, lui dit le Koi? — Sire, » répondit Bossuet . j'aurais crié vingt fois plus haut : p quand on défend la vérité, on est assuré de îriomphcr
BO s 07
» tôt ou tard. » Réponse plus digne d'un fanatique que d'un homme sensé. Comment l'évoque de Meaux pouvait-il être assuré de la vérité, dont il se fait le défenseur, sans en alléguer des preuves évidentes? Il répondit au même prince, qui lui demandait son sentiment sur les spectacles ; a II y a de grands exemples pour , et des rai- » sonnemens invincibles contre- » Le grand Arnaud ayant fait l'apologie de la satire de Despréaux sur les femmes, son ami et son panégyriste, l'évêque de Meaux, décida , sans hésiter , que le docteur avait élé trop indulgent. Il condamna la satire, en général, comme incompatible avec la religion chrétienne , et en particulier celle qui est dirigée contre les femmes. Il déclara nettement que celle-ci éîait contraire aux bonnes mœurs et tendait à détourner du mariage , par les peintures qu'on y fait de la corruption decetétat. Toutson temps était alîsoihé par rélnde ou par les travaux de son ministère. Résolu de finir ses jours dans son diocèse, dégoûté du monde et de la gloire, auxquels il n'avait pas toujours été insensible, il n'aspirait plus, disait-il, « qu'à être enterré aux pieds de ses prédécesseurs. » Après avoir , dans sa jeunesse , effrayé , par sa morale éloquente , les souverains et les grands de la terre, ii consola , par cette même éloquence , les faibles et les indigeus confiés à son zèle. Il ne dédaignait pas même de faire le catéchisme aux enfans, et surtout aux pauvres. « C'était un spectacle rare et touchant, dit un de » nos écrivains , de voir le grand Bossuet, transporté « de la chapelle de Versailles dans une église de village , » apprenant aux paysans à supportir leurs maux avec » patience, rassemblant avec tendresse leurs jeunes fa-
» milles autour de lui, aimant riunocence des enfans , r> la simplicité des pères, et trouvant dans leur naïveté, » dans leurs mouvemens , dans leurs affections, cette » vérité précieuse qu'il avait cherchée vainement à la » cour. » Bossuet ne se permettait que des délassemens fort courts , et ne se promenait que rarement , même dans sou jardin. Son jardinier lui dit un jour : « Si je » plantais des Saint-Augustin et des Saint-Chrysostôme, » vous les viendriez voir ; mais pour vos arbres , vous » ne vous en souciez guère. » D'autres travaux occupèrent encore les dernières années de Bossuet. Il fit un discours contre la comédie, qu'il est curieux de comparer à celui qui, depuis, a été composé par J.-J. Rousseau, d'après des motifs de morale purement humaine. Il provoqua , dans l'assemblée du clergé , en 1700, des réglemens et des instruclions sur la conduite des ecclésiastiques, qu'il voulail ramener à l'observation scrupuleuse de leurs devoirs. Il avait presque atteint sa soixante-seizième année , et son âme conservait encore la même force et la même activilé, quand il ressentit les douleurs de la pierre ; la fièvre s'y joignit j et il mourut à Paris, le 12 avril 1704. Son corps fut transporté dans la cathédrale de Meaux. Après la mort de Bossuet , quelques réfugiés publièrent que ses senlimens secrets sur la religion différaient de sa doctrine publique. Voltaire , dans le Siècle de Louis XIV, rapporte celte absurdité; il réfute aussi l'anecdote absurde du mariage de Bossuet avec mademoiselle Desvieux de Mauléon. On commença à publier à Paris, en 17^5, une coUectioa des ouvrages de Bossuet , en vingt vuluines in-^ . y compris les Œuvres