‹ Dictionnaire biographique et bibliographique des prédicateurs et sermonnaires françaisChapitre 17 sur 78 · BOU · texte numérisé non relu

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tant à-la-fois les passions, les vices , les faiblesses, les erreurs de l'humanité, et terrassant ses ennemis, tantôt avec les armes de la foi , tantôt avec celles de la raison. Bourdaloue commença à prêcher en 1666 , la même année que mourut la reine Anne-d'Autriche. Les grands succès qu'il obtint en province engagèrent ses supérieurs à le faire parlir pour la capitale , où sa renommée l'avait déjà précédé. C'était en 1669. Il prêcha d'abord avec un succès extraordinaire dans l'église de la maison professe. Une foule prodigieuse accourut pour l'entendre, et bientôt son auditoire se composa de tout ce qu'il y avait de plus distingué à la cour et à la ville. Madame de Sévigné , partageant l'enthousiasme général, écrivait à sa fille, <• qu'elle n'avait jamais rien » entendu de plus beau, de plus noble , de plus éton- » nant que les sermons du P. Bourdaloue. » 11 prêcha ensuite devant Louis XIV, VJvent, en 1670 , et le Carême , en 1672. Il fut redemandé pour les Avents de 16845 1686, 1689,1691, 1695, et pour les Carêmes de 1674? '675, 1680 et 1682. Chose d'autant plus étonnante, que rarement le même prédicateur était appelé trois fois à la cour, et Bourdaloue y parut dix fois avec le même succès. Louis XIV disait : « Qu'il aimait » mieux entendre ses redites que les choses nouvelles » d'un autre. » Après la révocation de l'édit de Nantes il fut envoyé en Languedoc , pour annoncer aux protestans et faire goûter aux nouveaux convertis les vérités de la religion catholique. Il prêcha à Montpellier en 1686^ avec un succès prodigieux. Catholiques et protestans, tous à l'envi s'empressèrent de reconnaître dans cet éloquent missionnaire l'apôtre de la vérité et

de la vertu. La supériorité de Bourdaloue dans l'éloquence de la chaire était si bien établie, qu'on l'appelait le prédicateur des rois et le roi des prédicateurs. Le 1'. Bouliours dit que ce titre glorieux lui fut donné lorsqu'il eut un jour prêché devant Louis XIV et Jdtques I[ , roi d'Angleterre. Quelques écrivains du dixhuitième siècle ont trouvé ce mot ridicule, et ont douté qu'il eût jamais été dit. Cependant le P. de la Sant, jésuite, rapporte , dans son discours latin , de la supériorité [des Français dans les lettres, sur (es autres peuples de i' Europe , que la France appelait Bourdaloue non-seulement le prédicateur des rois, mais encore le roi des prédicateurs: Quem. non modo regum oratorem , scd et oratorurn regem appeilavit Gallia; et il ajoute qu'il est ainsi désigné par le plus habile maître dans l'art oratoire : Ah elegantissimo artis oratoriœ magistro. Bourdaloue fut jugé par ses contemporains comme il l'a été dans le dix-huitième siècle , et comme ill'est de nos jours. La Bruyère le comparait à Cicéron ; le P. Sanlecque l'appelait le Chrysostôme français , et Boileau le proclamait dans ses vers le plus grand orateur. Après avoir lu une de ses oraisons funèbres , Bayie s'écriait: Que cela est beau !... Bourdalouem'a charmé. Dans le siècle suivant, D'Aguesseau préfère cet orateur à Bossuet et à Fléchier , comme modèle de celui qui se destine à parler pour prouver et pour convaincre. L'abbé d'Oliveten fait deuxfois l'éloge dans sa continuation de V Histoire de l'Académie française. Trublet l'élève audessus de Massillon ; Voltaire l'appelle lepremiermodèle des bons prédicateurs en Europe, et il reconnaît, comme l'avait déjà avoué Burnet,évêque anglican de Salisbury,

que Bourdaloue est aussi le réformateur de réloquence en Angleterre. Dans son éloge de Massillon. d'Alembert a dit : « La plus grande gloire de Bourdaloue est que » la supériorité de Massillon soit encore disputée, b Enfin, l'auteur des Trois siècles de ia Littérature reconnaît en lui «le plus parfait modèle de celle éloquence forte, convaincante et rapide, qui entraîne l'esprit et triomphe de la résistance, d Et l'un de nos plus célèbres orateurs ( le cardinal Mauri ), après avoir admiré les différens genres de mérite qu'on trouve dans Bourdaloue , s'écrie : o Voilà donc jusqu'où le génie peut s'élever, quand il est soutenu par le travail ! » Sa réputation était aussi grande dans les provinces que dans la capitale. Le P. d'Harrouis disait à Ménage : 0 Lorsque le P. Bourdaloue prêcha à Rouen, tous les ar- )) lisans quittaient leursbouUques pour aller l'entendre ; » les marchands quiltaient leur négoce , les avocats le » palais , les médecins leurs malades. Pour moi, lorsque » j'y prêchai l'année d'après , je remis toutes les choses » dans l'ordre , personne n'abandonnait plus son em- » ploi. » Bourdaloue ne trouva point de règles établies ; il les fit , ou du moins on les a faites d'après lui ; car, en tout genre de littérature , les modèles ont commencé, les préceptes ont suivi. Egalement versé dans l'intelligence des livres saints, dans l'étude des Pères, dans la connaissance du cœur humain , c'est à ces trois sources qu'il puise l'abondance et la solidité de ses preuves : ses idées se développent dans un art parfait ; d'une vérité établie naissent une foule d'autres vérités, qui se soutiennent ensemble et se fortifient mutuellement. Il éclaire quand il discute, et quand il

raisonne il prouve. Aucun des nombreux sermons de Bourdaloue , dit un écrivain de mérite, ne ressemble à \m autre , quoiqu'il en ait composé trois et quatre sur le même sujet. L'inépuisable fécondité de ses plans, toujours variés , toujours diflférens , fait connaître toute la richesse de son génie , et sera toujours un objet d'admiration et d'élonnement. Son style clair, nombreux , périodique , est tantôt élevé , tantôt simple, toujours noble , jamais familier : il est nerveux sans sécheresse, concis sans affectation, sévère, mais sans exclure ni les fleurs ni les ornemens, qui s'y placent d'eux-mêmes et présentent ainsi la grâce unie à l'austérité : les lieux communs n'en sont pins dans les écrits de Bourdaloue, tout est plein et solide dans ses discours ; rien n'est omis, maisrien n'est inutile : son éloquence est celle des Chrysostôme et des Augustin ; il s'exprime avec force sur la morale, avec netteté sur les mystères, avec dignité dans les panégyriques , avec sentiment et avec art dans les oraisons funèbres. Bourdaloue s'était formé par un long silence au grand art de parler, et il savait se mettre à la portée de tous les hommes, qu'il avait ainsi observés et étudiés; tel fut le secret de Fénélon , de Racine et de nos plus grands écrivains. Quelques écrivains du dix-huitième siècle ont trop cherché à présenter Bourdaloue comme un froid raisonneur , qui ne sait qu'argumenter et convaincre. Pour n'être pas , en général , aussi sensible que Massillon , on ne doit pas conclure qu'il ne connut pas l'art d'émouvoir ; ce n'est pas là le jugement qu'en ont porté ses contemporains. On a souvent comparé ensemble Bourdaloue et Massillon ; mais quelques rapports que puissent avoir

entre eux deux grands orateurs , par la force de leur talent, la vivacité de leur esprit, l'étendue de leurs connaissances , ils ont chacun un caractère propre , distinclif , original , qui empêche de les confondre , et rendrait une comparaison entre eux tout-à-fait inutile. Ce que Massillon dut au sentiment, Bourdaloue le dut h la force de son génie. Il est certain que les contemporains de Massillon ne lui assignèrent que la seconde place. Ce dernier avait entendu Bourdaloue, et personne ne l'admirait plus que lui. Il prit une marche différente, celle que lui prescrivait la nature même de son talent. Massillon s'attacha à triompher de l'esprit en subjuguant le cœur ; Bourdaloue était arrivé au même but par des moyens différens, par une voie plus élevée. La prééminence appartiendra toujours à celui qui créa l'éloquence de la chaire ; qui a, sans contradiction , plus de puissance dans le raisonnement , plus de magnificence dans la pensée, et qui , d'ailleurs, ne manque essentiellement d'aucune des qualités secondaires qui ont brillé dans l'autre avec plus d'éclat. Dans les derniers temps de sa vie, soupirant après la solitude , Bourdaloue voulut quitter Paris pour se retirer à la Flèche ; mais sa compagnie , dont il était le plus bel ornement , ne voulut jamais consentir à sa demande : il reprit ses fonctions avec un nouveau zèle; son activité parut plus grande , son ardeur augmentée. Depuis quelque temps il était atteint d'un rhume opiniâtre et dangereux , lorsqu'une abbesse illustre lui demanda un sermon pour une prise d'habit. Il prêcha avec la même chaleur et le même succès que lorsqu'il était dans toute la force de son âge et de son talent-

Le mal augmenta , et le dimanche de la Pentecôte , 11 mai 1704, une fièvre maligne se déclara avec les symptômes les plus alarmans. Quoicju'il connût la gravité du mal dont il était subitement frappé, il voulut qu'on lui pariât sans déguisement de son état. On le fit ; et sans attendre qu'on tût fini : « C'est assez , dit- » il, je vous entends ; il faut maintenant que je fasse » ce que j'ai tant de fois prêché et conseillé aux autres.» ïl termina sa carrière le mardi i3 mai , âgé de soixantedouze ans, dont il en avait passé cinquante-six dans son ordre , et après avoir brillé dans la chaire au premier rang des orateurs pendant trente -quatre ans. Bourdaloue pratiqua pendant toute sa vie les vertus qu'il prêchait d'une manière si éloquente, et il se Pt sur-tout remarquer par une profonde humilité. Le P. Bretonneau , jésuite, a publié deux éditions dts Œuvres du P. Bourdaloue; l'une en 14 vol. in-8 ; Paris, imprimerie Royale , 1707 et années suivantes , c'est la meilleure et la plus recherchée; l'autre en i5 vol. in-12 ; c'est sur celle-ci qu'ont été faites les éditions de Rouen , de Toulouse et d'Amsterdam. En voici la distribution ; I. Deux A vents prêches devant le roi 3 1 vol. II. Carême , 5 vol. in-8 , ou 4 vol. in-i2. III. Mystères , 2 vol. IV. Fêtes des Saints , vêtures , professions , oraisons funèbres , 2 vol. V. Dominicales , 3 vol. VI. Exhortations et Instructions chrétiennes , 2 vol. VII. Retraite spirituelle , 1 vol. ; on ■y peut joindre les Pensées , en 2 et en 3 vol. Ce sont des réflexions, ou plutôt des fragmens de sermons, qui étaient demeurés imparfaits, et que Bourdaloue n'avait pas prêches. Dès l'année 1695 on avait imprimé du

p. Bourdaloue tles Serinons pour tous ie» jours de Carême; Anvers et Bruxelles, 5 vol. in-12. Cette édilion ne mérite aucune confiance , ayant été fuite d'après des copies inexactes. M. l'abbé Sicard a publié des Sermons inédits de Bourdaloue; Var'is , 1812, in-12 et in-8. L'imprimeur Lebel , de Versailles, a donné une édition des Œuvres de Bourdaloue, en jG vol. in-8. La vie de ce célèbre prédicateur a été écrite par madame de Pringy ; Paris , 1706 , in-4. L'abbé de la Porte a publié un Esprit de Bourdaloue , tiré de ses sermons et de ses pensées ; Paris , 1 762 , in- 12. Les sermons de Bourdaloue ont été traduits en plusieurs langues et sont dans toutes les bibliothèques de l'Europe. Les protes- J:ans n'hésitent pas à le mettre à la télé de tous les prédicateurs français.

BOURGOING ( François ) , troisième général de la congrégation de l'Oratoire, né à Paris, le 18 mars i585, d'un conseiller à la cour des aides , montra de bonne heure de grandes dispositions pour les sciences. Doué d'un esprit facile et d'une mémoire heureuse , il fit ses études en Sorbonne avec distinction , prit le grade de bachelier et se disposait à entrer en licence , lorsque son zèle pour l'église lui fit accepter la cure de Clichi , auprès de Paris. Il fut un des six premiers prêtres qui s'associèrent au cardinal de Bérulle pour établir la congrégation de l'Oratoire. Dès ce moment son zèle ne connut plus de bornes, il se livra sans réserve au travail des missions, et donna un grand relief à sa congrégation , par le succès de ses prédications dans les principales villes du royaume. Devenu vicaire-général du père de

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