‹ Dictionnaire biographique et bibliographique des prédicateurs et sermonnaires françaisChapitre 19 sur 78 · BRE · texte numérisé non relu

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sur tes Mystères , qui furent imprimés à Paris , en 1745, 7 vol. in- 12 , le P. Bretonneau a laissé des Réflexions chrétiennes pour les jeunes gens qui entrent dans le monde , et un Ahrégé de la Vie de Jacques II, in- 12. Ce dernier ouvrage, qui n'est guère qu'un panégyrique , est tiré de l'anglais de François Sanders, confesseur du monarque. Une présente pas un très-grand intérêt. Le P. Bretonneau mourut à Paris le 29 mai 174 '5 «» l'âge de quatre-vingt-un ans, après en avoir passé soixante-six dans sa compagnie , dont il exerça successivement tous les emplois , et avoir pratiqué pendant tout le cours de sa longue carrière les vertus qu'il enseignait dans ses sermons.

BRETTEVILLE( Etienne Dubois , plus connu sous le nom iVAhhé de ) , né d'une famille noble, à Bretteville-sur-Bordel , près de Caen , en i65o, entra chez les jésuites en 1667, les quitta en 1678 , et s'appliqua à l'instruction des jeunes ecclésiastiques qui se destinaient au ministère de la prédication ; mais ses travaux ne furent pas de longue durée , car il mourut en 1688. Il avait donné , quatre ans auparavant, des Essais de Sermons , en 4 vol. in-8, où il y a six différens desseins pour chaque jour, avec des sentences tirées de l'Ecriture Sainte. Le Carême forme les trois premiers volumes , et les Dominicales le dernier. Le style de ces écrits n'est ni pur ni élégant. L'abbé du Jarri voulut le continuer et publia, de 1692 a 1698, cinq nouveaux volumes d'Essais de Sermons et de Panégyriques, qui n'eurent pas le même succès. On a encore de l'abbé de Bretteville VEioquence de la Chaire et

du Barreau, Paris , 1689, in-12 , plus estimée pour les exemples qu'il donne, que pour les règles générales et particulières qu'il prescrit.

BRIDAINE ( Jacques), né àChuscIaii, dans le diocèse d'Uzès , le 21 mars 1701, était fils du chirurgien de ce village. Il fit ses premières études au collège des jésuites d'Avignon , d'où il passa au séminaire de la congrégation des missions royales de Saint-Charles de la Croix , de la même ville. Chargé , pendant son noviciat, de faire le catéchisme dans diverses Eglises , il annonça de bonne heure cette facilité d'élocution , ce talent d'émouvoir et d'entraîner, qu'il développa depuis avec tant de succès dans le cours d'une vie consacrée toute entière aux travaux évangéliques. Une voix forte et tonnante , jointe à des instructions solides , mêlées de quelques traits terribles et sublimes, le faisait écouter avec attention , et il agitait vivement les esprits , quoiqu'en général ses discours fussent incorrects et diflfus. Pour frapper les cœurs endurcis, il employait et prodiguait même quelquefois l'éclat extérieur des cérémonies religieuses.

A peine revêtu des premiers ordres , il fut envoyé à Aigues-Mortes pour y prêcher le Carême. Les habitans de cette ville , en voyant arriver à pied, dans le plus modeste équipage, un jeune ecclésiastique^ qui ne pouvait être qu'à son début , montrèrent peu de confiance en ses talens , et lui firent l'accueil le moins encourageant. Le mercredi des Cendres, ayant vainement attendu des auditeurs ù l'Eglise , il en sort couvert d'un surplis et agitant une clochette , qu'il fait retentir de

carrefour en carreleur, A ce spectacle nouveau, chacuif s'arrête , la foule grossit à la suite du missionnaire , et , curieuse de voir où doit aboutir cette singulière scène, se précipite sur ses pas dans le temple. Bridaine alors monte en chair, entonne un cantique sur la mort, et , pour toute réponse aux éclats de rire qu'il excite, paraphrase ce terrible sujet avec une véhémence qui fait bientôt succéder à une bruyante dérision le silence , Tattention et l'etlroi. On assure (ju'il a souvent employé des moyens encore plus extraordinaires pour attirer le peuple à ses exercices. Quoi qu'il en soit, lorsque la station d'Aigues-Mortes fut confiée à Bridaine, il n'avait encore composé que trois sermons ; mais il suppléa au reste , en s'abandonnant aux inspirations du moment ; et tel fut , dès la première tentative , le succès de cette méthode, que dès-lors il en suivit rarement une autre. Il parcourut ensuite les campagnes, où il annonçait les vérités évangéliques avec une telle force et une telle éloquence, qu'il entraînait sur ses pas les habitans des villages; il prêchait assez souvent en plein champ , entouré d'une fouie immense , qui ne pouvait se lasser de l'entendre.

Jusqu'en 1751 Bridaine n'avait exercé son ministère que dans les campagnes, lorsqu'il fut appelé, cette même année, pour prêcher un Carême dans l'église de Saint-Sulpice de Paris. La foule y accourut , et surtout un grand-nombre d'évêques et de personnes de dignité. Cet auditoire imposant, loin d'intimider l'ora'» teur, lui fit improviser le fameux exorde suivant de son sermon sur l'Eternité :

c A la vue d'un auditoire si nombreux pour moi , il

» me semble que je ne devrais ouvrir la bouche que » pour demander grdce en faveur d'un pauvre mis- D sionnaire , dépourvu de tous les talens. J'éprouve, » cependant^ un sentiment bien différent; et si je suis » humilié , gardez-vous de croire, mes Frères , que je 0 m'abaisse aux misérables inquiétudes de la vanité.

* A Dieu ne plaise qu'un minisire du ciel [)ensc jamais » avoir besoin d'excuses ; car, <|ui que vous soyez , vous » êtes tous pécheurs! C'est devant votre Dieu et le mien » que je me sens pressé en ce moment de frapper ma » poitrine. Jusqu'à présent j'ai publié les justices du » Très-Haut dans des temples couverts de chaume ; » j'ai prêché les rigueurs de la pénitence à des infor- » tunés qui manquaient de pain; j'ai annoncé aux ha-

• bilans des campagnes les vé;ilés les plus effrayantes » de la religion. Qu'ai-je fait , malhcure'ux ! J'ai contrislé 9 les pauvres, les meilleurs amis démon Dieu; j'ai e porté l'épouvante et la donleur dans des âmes simples i> et fidèles , que j'aurais dû plaindre et consoler. C'est » ici, où mes regards ne tombent que sur des grands, « sur des riches, sur des oppresseurs de l'huma.nilé 0 souffrante ; c'est ici seulement qu'il fallait faire ven tentir la parole sainte dans toute la force de son ton- » nerre, et placer avec moi dans celte chaire, d'un » côté, la mort qui vous menace, de l'autre. Dieu p qui vous vient juger. Je liens aujourd'hui votre sen- » tence à la main. Tremblez devant moi, hommes su- » perbcs qui m'écoulcz! la nécessité du salut, la certi- 0 lude de la mort , l'inccrlitude de son heure , si ef- » froyable pour vous; le jugement dernier, le petit » nombre des élus, l'enfer et par-dessus l'éternité ! voilà

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B le» sujets dont je viens vous entretenir, et que j'aurais « c!û , sans doute, réserver pour vous seuls; peut-être, » à force de remords, vous me trouverez assez élo- » quent. »

C'est dans ce même sermon sur VÉternité qu'on a remarqué ce passage sublime :

« Et savez-vous ce que c'est que l'éternité ? C'est une » pendule dont le balancier dit et redit sans cesse ces » deux mots seulement dans le silence des tombeaux : » Toujours , jamais! Jamais, toujours ! Et toujours, T> pendant ces effroyables révolutions, un réprouvé » s'écrie : Quelle heure est-il ? Et la voix d'un autre » misérable lui répond : L'éternité. »

Il faut convenir que jamais l'éloquence spontanée des missionnaires ne se signala avec plus de force et d'éclat , et que les discours les plus estimés des orateurs célèbres n'offrent rien qui surpassent ces morceaux sublimes. Le reste du sermon avait été composé par avance; les traits qu'en a rapportés un excellent juge dans ces matières, lui ont fait dire que l'auteur savait au besoin préparer avec soin ses ouvrages pour la chaire, et les écrire avec autant de chaleur que de goût. Cette assertion est, à quelques égards, justifiée par d'autres extraits de .sermons étudiés de Bridaine , insérés dans sa Vie , publiée par l'abbé Caron sous le Vdre de Modèle des Prêtres^ Paris , i8o4 ; ibid. , i8o5, ln-i2. Cependant ces citations même , comme tout ce qui est sorti de sa plume et de sa bouche, présentent un mélange incohérent d'images et de mouvemcns disparates , et une association bizarre d'idées étonnées de se trouver ensemble. Emporté par l'ardeur de son

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Éèle , il aurait craiul de la laisser refroidir, s'il eût fallu qu'il soumît à la réflexion el aux règles du goût le choix des tours et des métaphores: il s'abandonnait sans art à l'impulsion de la nature ; il ne retenait jamais l'émission de sa pensée, et ne s'embarrassait guère du soin d'en travailler l'expression. De là, chez un homme doué d'une vive imagination, tant de traits hardis et frappaus, de tableaux du plus grand cfTct , et des mots heureux el profonds ; mais de ià aussi tant d'inégalités , tant de contrastes choquans , tant de choses quelquefois si grotesques. La voix de Bridaine , si forte et si sonore , qu'elle pouvait facilement être entendue d'un auditoire de dix mille personnes, ajoutait beaucoup à la puissance de ses discours, et il ne manquait pas , pour en augmenter et en perpétuer rinipression , de la laltacher à celle que produisent toujours sur la multitude le matériel du culte , la solennité des fêtes, la pompe des cérémonies. Suivant le temps, le lieu , le rang, l'esprit de ses auditeurs, et l'objet particulier qu'il se proposait, il variait habilement l'heure et la place do ses exercices , le ton et le sujet de ses instructions , le choix des oraisons et des cantiques, l'ordre des processions , et, en un mot , tout ce qu'il appelait ses méthodes. 11 en avait formé une espèce de code, dont il ne permettait pas à ses compagnons de s'écarter. II distribuait à chacun de ses collaborateurs la foncLion qu'il devait remplir, et celte répartition était toujours assortie à leur caractère et à leurs moyens. Son art consistait à captiver et à soutenir l'atlenlion par l'attrait de la nouveauté ; il ménageait avec soin la gradation de tout ce qui lui paraissait propre à exciter la curio-

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site , à charmer les yeux , à Intéresser le cœur et à produire le plus grand eiret. C'est là le secret de tant de sensations extraordinaires , de tant de conversions éclatantes , qui furent le fruit de ses efforts. Étant un jour à la tête d'une procession , il prononça une grande exhortation sur la brièveté de la vie , et finit par dire à la multitude qui le suivait : « Je vais vous ramener chacun

» chez vous » Et il les conduisit dans un cimetière.

Bridaine fit, avec le plus grand éclat et le plus grand succès, deux cent cinquante-six missions dans le cours de sa vie ; et, quelques provinces du nord exceptées', il n'y a pas en France , pour ainsi dire, une ville, un bourg , un village où il n'ait porté les soins de son apostolat. Le chapitre de Chartres voulut en consacrer la mémoire, en faisant frapper une médaille en l'honneur de l'infatigable missionnaire , honneur que cette Eglise avait jusqu'alors réservé aux princes ou aux personnes éminentes en dignité. Les prélats les plus illustres et les plus respectables le comblèrent de témoignages d'estime , d'attachement et de reconnaissance ; et le pape Benoît XIV lui conféra le pouvoir de faire la mission dans toute l'étendue de la chrélienté. Cette marque insigne de confiance redoubla la ferveur de son zèle; et il venait encore d'en donner de nouvelles preuves dans une mission à Yilleneuve-lès-Avignon , quand la mort le frappa à Roquemaure , le 22 décembre 1767. Doux, simple, modeste, d'une foi vive, d'une piété sincère , son caractère , ses mœurs, ses principes religieux ne contribuèrent pas moins que ses talens aux succès prodigieux de son ministère. On a de lui àes Cantiques spiritueis ; Montpellier, 174^, in-12.

Ils furent d'abord intitulés Cantiques spirituels i'usage des Missions du diocèsz d'Jùais , parce qu'il consacra long-temps ses travaux à celte contrée : iU ont été imprimés quarante-sept fois.

CABRIS3EAU ( Nicolas) , théologal de Reims, né à Rethel en 1680, fut considéré par Letellicr, archevêque de cette ville , persécuté par son successeur, Mailly , comme appelant de la Bulle Unigenitiis ; frappé en 1722 d'une lettre de cachet , qui l'exila <i trente lieues de Reims; employé à Paris par le cardinal de Noaillcs; enfermé dans le donjon de Vincennes sous Vintimille; destitué de sa théologale par arrêt du conseil ; puis exilé à Tours, où il mourut le 20 octobre 1750. On a do lui : I. Discours sur {es devoirs des sujets envers leur souverain , prêché lors du sacre de Louis XV, en pé sence delà cour. Paris, 17^4? in-4' H. Réflexions sur le Livre de Tohie. Paris , )736 , in-12. III. Instructions chrétiennes sur les huit Béatitudes. Paris, 1732, in- 12. IV. Instructions courtes et familières sur le Symbole. Paris , 1728, 2 vol. in-12. V. Eloges des Saints de {'Ancien Testament. VI. Instructions sur le Sacrement, de Mariage. Paris, 1757, in-12. VII. Quelques Cantiques, et plusieurs brochures sur les ailaiies de la constitution Unîgenitus.

CAIGNET ( Antoine ), docteur en théologie, chanoine , chancelier, théologal et grand-vicaire de Meaux ; il vivait dans le dix-septième siècle et fut un des pré-

dicaleujs renommés de ce temps On a de lui V Année pastorale , contenant une foule de sermons et de prônes îjnr divers sujets , Paris , 1662, 7 vol. in-4 , dont il faudrait changer les expressions et le langage , pour pouvoir en supporter la lecture. Le Dominical des jmstcurs ; 2° édit., Paris, iGjS , in-4. On lui doit encore deux Oraisons f une ùr es , l'une prononcée en 1646, et l'autre en 1661. Caignet mourut en 1669.

CALLY (Pierre ), cure de Saint-Martin de Caen, mor en 1709, âgé d'environ soixanle-dix ans, a donné des discours en forme (x Homélies, sur les mystères, sur les lïiiraoîcs e' sur les paroles de N.-S. .T.-C. , qui sont dans l'Evangiie. Paris, 1700, 2 vol. in-8. Ces discours n'ont pas éSé, à beaucoup près, aussi goûtés, après avoir subi répreuve de l'impression , que lorsque l'auteur les débitait dans la chaire. Leur ferme scholaslique a nui et a dû nuire à leur succès.

CAMBACÉRÈS (l'abbé), archi-diacre de l'église de Montpellier, né dans celle ville en 1721 ou 1722 , d'un conseiller de la Cour des Aides , Comptes et Finances du Languedoc , montra de bonne heure du goût pour les belles-lettres, et particulièrement pour l'éloquence. Après SCS études, l'abbé Cambacérès se destina à la chaire , après s'être bien pénétré des maximes de Bossuet, et sur-tout des ouvrages de Bourdaloue , qu'il prit peur modèle. En 1757 , admis à prêcher devant le Roi, ii eut le courage de retracer avec force les désoi dies publics et de faire remarquer, dans lés progrès de ritrt'ifgiui) . le présage de ia décadcace de rjil>.tt. Il

élonna le Roi et fit trembler les couitisaiis. « Il n'a fait que son devoir,» dit Louis XV, que quelques - uns d'entre eux croyaient irrité, lui 17G8 , il prononça devant l'Académie française le Panégt/ru/ue de Saint- Louis. L'admiration fut générale: on oublia que les applaudissemens étaient interdits dans l'égîise, le talent du jeune orateur les obtint pour la première fois. Lié avec les littérateurs les plus distingués , l'abbé Cambacérès parut mépriser les faveurs de la cour, et se contenta de son archi-diaconat. Il mourut à Paris le 6 novembre 1802. On a de lui : I. Pancgyriçiic de Saint-Louis, 1768, in-4. II. Des Serinons , 1781, 3 vol. in- 12. En 1788, il en donna une nouvelle édition , dans le même nombre de volumes , en lèle de laquelle on trouve un discours préliminaire, où toutes les preuves de la religion sont réunies avec méthode, force et clarté.

CAMUS ( Jean-Pierre ), né à Paris le 3 novembre i582, d'une famille noble , originaire d'Auxonne, fut nommé àl'évêché deBelley, dés l'âge de vingt-six ans, et sacré dans sa cathédrale par Saint-Francois-de-Sales. Il se rendit digne de l'amitié de ce Saint par l'usage de ses talens et l'ardeur de son zèle. Il instruisit son peuple, s'éleva contre tous les abus, et quelquefois avec vivacité. La mollesse et l'oisiveté dans lesquelles certains moines paraisnaient croupir, excitaient sa mauvaise humeur et son indignation. Aussi se déclara-t-il hautement, et avec courage , contre eus,, à une époque où il n'était pas sans danger de les attaquer, parce qu'ils avaient des protecteurs jH'i.^sans h Ui cour , et pour

appui un homme du caractère de Richelieu. En faisant allusion à leur govirmandise et à leurs révérences, il les comparait à des cruches qui se baissent pour se remplir; son zèle l'emporta souvent au-delà des bornes que la charité aurait dû lui prescrire. En chaire , comme dans ses écrits , il montra beaucoup d'aigreuret de pas- .sion; il accablait les moines de railleries et même de lurlupinades , suivant l'esprit du temps. « J.-C. , disait-il , » avec cinq pains et trois poissons ne nourrit que trois » mille pcrsonîics, et qu'une seule fois en sa vie ; Saint- » Françi)is , avec quebiues aunes de drap , nourrit fous » les jours, par un miracle perpétuel , quarante mille j) fainéans. » On vit paraître successivement plusieurs ouvrages contre eux : Le Directeur désintéressé ; la Bésappropriation claustrale ; le Ratât - Joye du triomphe monacal; les Deux Ermites; le Reclus et i'Instahte ; V Anti-Moine tien préparé ; iGj2 , in-8, très-rare , etc. , etc. Ceux-ci lui répondirent par des injures , et de là une lutte qui ne finit que par l'intervention du premier ministre. « Je ne trouve aucun autre » défaut en vous , lui dit un jour le cardinal, que cet » acharnement que vous avez contre les moines ; sans » cela je vous canoniserais.» — « Plût à Dieu! lui ré- » pondit avec vivacité le pieux évèque , nous aisrions » l'un et l'autre ce que nous souhaitons : vous seriez » pape, et moi, saint. » Celte réponse peint le caractère de Camus , et suffirait pour le faire connaître. Véritable apôtre de l'Evangile, il croyait ne devoir aucun ménagement aux grands et aux richss de la terre. Prêchant aux Incurables, le lundi de Pâques, et étant h V Ave Maria , le duc d'Orléans , Monsieur, fii^re de

Louis XIII , entra , suivi d'un nonilireux cortéji;e , et entre autres personnes de M. l'abbé de la Piivière, cl de M. Tubœuf, alors intendant des finances. Lorsque le prince eut pris sa place , il fit prier M. l'évêque de Beliey de recommencer pour lui son sermon , dont il n'avait prononcé que Texorde. Le prélat obéit , et après l'avoir salué fort humblement , il lui dit : « 3Ion- » seigneur, dimanche dernier je prêchai le triomphe » de J.-C. à Jérusalem, vendredi sa mort, hier sa ré- » surreclion , et aujourd'hui je dois prêcher son pélen rinage à Emmaùs avec deux de ses disciples. J'ai vu, I) Monseigneur, Votre Altesse Royale dans un même » état ; je vous ai vu triomphant dans celle vHle avec la I) reine Marie de Médicis, votre mère ; je vous ai vu mort » par des arrêts , sous un ministre ; je vous ai vu res- » suscité par la bonté du roi, votre frère ; et je vous » vois aujourJ'iiui en pèlerinage. D'où vient, Tdonsei- » gneur, que les grands princes se trouvent sujets à » ces changemens ? Ah ! Monseigneur , c'est qu'ils » n'écoulent que les flatteurs, et que la vérité n'enire t ordinairement dans leurs oreilles que comme Tar- 0 gent entre dans les coffres du roi , un pour cent. » Après avoir travaillé pendant vingt-cinq ans au salut de son troupeau, Camus se démit de sa dignité, pour ne plus penser (ju'au sien. Il mourut à l'hôpital des Incurables le 25 avril 1602. Ilavait refusé deux évêchés considérables, ceuxd'Arras etd'Amiens. «La petite femme que » j'ai épousée, disail-il,est assez belle pour un Camus.» » Ce prélat avait beaucoup d'imagination : elle perce dans tous ses ouvrages, écrits avec une facilité merveilleuse, nuii.s d'un siyle moitié moral, moititj hurles {ue,

semé de métaphores singulières et d'images gigantesques , d'ailleurs lâche , diffus et incorrect. Il prêchait comme il écrivait, et peut - être plus singulièrement encore. Ses sermons se ressentent du mauvais goût qui , de son temps , deshonorait la chaire , et dont Bourdaloue eut tant de peine à la purger. Prêchant dans l'assemblée des trois Etats du royaume, en i6i4, un sermon qu'il afait imprimer, il parla ainsi : « Qu'eus- » sent dit nos pères , de voir passer les offices de judi- » cature à des femmes et à des enfans au berceau? Que » reste-t-il plus , sinon comme cet empereur ancien , » d'admettre des chevaux au sénaï? Et pourquoi non, » puisque tant d'ânes y ont entrée?» Il n'aimait pas les saints nouveaux , et disait un jour en chaire sur ce sujet : « Je donnerais cent de nos saints nouveaux » pour un ancien ; il n'est chasse que de vieux chiens ; » il n'est châsse que de vieux saints. » Camus se plaisait fort à faire des allusions , quelque mauvaises qu'elles fussent. Parlant un jour des couvens , il disait : « Dans les anciens monastères on voyait de grands » moines , de vénérables religieux ; à présent , iUic » passeres nidiflcahunt. » Il disait dans le même goût qu'après leur mort les papes devenaient des papillons, les sires descîroîîs, et les rois des roitelets. Ce qu'il dit un jour à Notre-Dame, avant de commencer son sermon , est spirituel : « Messieurs , on recommande à vos cha- » rites une demoiselle (jui n'a pas assez de bien pour » faire vœu de pauvreté. » Outre les ouvrages cités plus haut , on a de ce prélat: I. Quinze volumes in-{i , qui regardent le ministère dé la prédication , depuis i()i 5 jusqu'en i652. Il y a des Homélies sur différeus

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