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« Je sais ce que je vous dois , vous savez ce que je vous » stiis. » Il est probable qu'il aurait eu part au gouvernement, si ce prince eût vécu. L'allention continuelle que Fénélon portait aux intérêts poliliqucs delà France, ne diminua jamais en rien son zèle pour les affaires de la religion et de l'Eglise. Les difTérens écrits de philosophie , de théologie , de belles-lettres , sorties de la plume de Fénélon , lui ont fait un nom immortel. On y voit un homme nourri de la fleur de La littérature ancienne et moderne , et animé par une imagination vive , douce et riante ; son style est coulant, gracieux et harmonieux. Cependant il ne parut jamais chercher la gloire d'auteur; tousses ouvrages furent inspirés par les devoirs de son état, par ses malheurs ou ceux de la patrie. La plupart échappèrent à sou insçu de ses mains et ne furent connus qu'après sa mort. Fénélon avait beaucoup réfléchi sur l'art oratoire et sur l'éloquence de la chaire , et ses études , à cet égard , se trouvent dans trois dialogues, dont le style est simple, agréable, varié , éloquent à -ijropos, et mêlé de cet enjouement délicat dont les anciens savaient tempérer la sévérité didactique. Cette production appartient à la jeunesse de Fénélon , et l'on y sent partout cet amour pour Je beau simple , qui fait le caractère inimitable de ses écrits. La Lettre sur i' Eloquence , écrite sur la fin de sa vie , ne renferme que la même doctrine , appliquée avec plus d'étendue, ornée de développemens nouveaux, énoncée partout avec cette autorité douce et persuasive d'un homme de génie vieillissant , qui discute peu , qui se souvient et qui juge. Les Aventures de Télévxoqvte , composées , selon les uns , à la cour, et seloc
d'autres, fruits de sa retraite dans son diocèse; les Diaiogues (les morts , la Direction pour la conscienec d'un Roi, V Abrégé des Vies des anciens philosophes, sont, comme chacun sait, les iruiîs de l'éducation du duc de Bourgogne. Ce dernier ouvrage est incomplet. Ses autres ouvrages les plus importans sont : Un Traité de l'Education des filles , un autre du Ministère des Pasteurs , VExpiication des Maximes des Saints , les Œuvres philosophiques , ou Démonstration do {'existence de Dieii par ies preuves de ia nature^ ouvrage auquel on peut joindre des Lettres sur divers sujets de religion et de métaphysique ; plusieurs écrits relatifs à la constitution Unigenitus ; enfin des OEu~ vres spirituelles . On a lieu de regretter que le manuscrit de sa traduction de VEnéïde ait été perdu. Quant aux sermons de Fénélon , qui sont en petit nombre , on ne peut pas dire qu'ils répondent à la réputation de l'auteur des Dialogues sur l'éloquence. II les composa pendant sa jeunesse et lorsqu'il- n'était encore que i\l. l'abbé de Fénélon ; car j quoiqu'il prêchât très-souvent dans son diocèse , il y avait long-temps qu'il prali(|iiait ce qu'il a remarqué dans ses Dialogues sur l'éloquence , savoir, de ne prêcher que d'abondance de cœur. Ces dialogues , avec de grandes beautés , renferment de grands défauts. On y trouve beaucoup d'observations et de réflexions utiles; mais il y a aussi de faux raisonnemenset des principes erronés en fait d'éloquence. En voici quelques exemples : Fénélon n'approuve point la méthode qu'ont nos prédicateurs, de partager leurs sermons en deux ou trois points , ni l'usage où ils sont d'apprendre tout par cœur. Mais si
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ces divisions émanent l'une de l'aulrc , si au lieu de faire de chaque point comme un sermon particulier , elles ne forment qu'un tout bien lié, bien suivi , il semble que ces divisions ne servent qu'à mettre plus d'ordre et de méthode dans un discours. A l'égard do la coutume de n'apprendre que par cœur, que Fénélon voulait abolir, l'impossibilité pour bien des gens de faire autrement, sera pour eux une raison décisive de la conserver. Il est rare de trouver des personnes qui puissent parler d'une manière juste et correcte , sans apprendre par cœur. Les prédications de Fénélon étaient l'écoulenïeut de l'amour qui remplissait son âme et qui se répandait sur ses auditeurs. Fénélon possédait plus qu'aucun autre le talent de prêcher sur-le-champ; mais cette facilité nuisait à sa composition : il écrivait comme il parlait ; dès-lors, il devait en résulter quelques négligences. Dans ses sermons , en effet, il y a des endroits très-pathétiques ; mais aussi il y en a qui sont peu soignés , et même faibles. C'est ce mélange do beautés et de défauts , de force et de faiblesse , qui a fait placer ses sermons dans le second rang. Fénélon fut enlevé à l'Eglise et aux lettres , le 7 janvier i^iS . à l'âge de soixante-quatre ans. Sa dernière maladie fut une inflammation de poitrine . et une chute légère accéléra sa mort. Le caractère de l'archevêque de Cambrai, par rapport à celui de Meaux, fut bien saisi par la reine de Pologne , femme du roi Stanislas, devant laquelle on agitait celle question : Lequel de Bossuet ou de Fénélon avait rendu de plus grands services à la religion ? a L'un la prouve, répondit-elle, cl l'autre la /> fait aimer. ' Le vertueux Louis XVI fit faire la statue
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de Fénélon en marbre, en 1777. Cet illuslre prélat a trouvé un historien digne de lui dans M. de Bausset, exconseiller de l'université de France, et aujourd'hui cardinal , qui s'est livré aux plus curieuses recherches pour écrire la vie d'un évêque dont il sentait profondément les vertus ; et , ce qui est le plus grand des éloges , il a conservé dans la candeur noble et touchante de sa narration, quelque chose du goût et du style de Fénéion. Nous y renvoyons nos lecteurs, nous étant bornés ici à ne considérer ce prélat que sous le talent de la chaire. Les principaux ouvrages de cet archevêque sont dans les mains de tout le monde , et le nombre des diverses éditions qui en ont été faites nous dispense d'en donner une notice bibliographique, qui serait absolument inutile à la plus grande partie du public.
FLÉCHIER ( Esprit ) , né à Pernes le 1" juin 1602 , fut élevé auprès de son oncle , le P. Hercule AudifiTrct, général des Pères de la doctrine chrétienne. 11 enU-a dans cefto congrégation , où il se distingua par ses talens et par sa piété. L'ayant quittée après la mort de son oncle , il parut aussitôt dans le monde avec éclat. Ses ranégyri({ues et ses Oraisons funèbres lui acquirent xiiie réputation extraordinaire, et le firent connaître de toute la France. Celle du maréchal de Turenue , son chef-d'œuvre, fit donner des larmes au héros et mit le comble à la gloire de l'orateur. Ou admira sur-tout le beau parallèle du maréchal de France avec Judas iUachabéc. Il est vrai qu'il n'était pas le premier qui eût transporté aux généraux modernes les élog. s donnés à cet ancien c.tpituine. Lingeudes , évêque de Mûcon , et
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Fromentière, évêcjue d'Aire , s'en étaient déjà servis , l'un dans l'Oraison funèbre de Charles Emmanuel , duc de Savoie ; l'autre , dans celle du duc de Beaufort. Mais Fléchier se rendit propre ce lieu commun , pir les ornemens dont il l'embellit dans son exorde, qui est un chef-d'œuvre. La cour rendit justice à ses talens. 11 fut nommé, en i685, à l'évêché de Lavaar , et eu 1687 à celui de Nîmes. Louis XIV lui dit j en le nommant au premier évôché : c Ne soyez pas surpris , si j'ai récom- » pensé si tard votre mérite, j'appréhendais d'être privé T> du plaisir de vous entendre. » Le diocèse de Nîmes était plein d'hérétiques : il se conduisit à leur égard en bon pasteur; il les instruisit tous par la solidité de ses discours , et en ramena plusieurs par l'esprit de paix, de douceur et d'indulgence qui l'animait. La charité , qu'il exerçait envers la partie de son troupeau séparée de l'Eglise, se faisait encore plus sentir à celle qui , dans le sein de l'Eglise même, avait besoin de son indulgence et de ses secours. Une malheureuse fille , que ses parens avaient contrainte à se faire religieuse , avait succombé à l'amour et n'avait pu cacher à sa supérieure les suites de sa faiblesse. Fléchier apprit que cette supérieure l'en avait punie de la manière la plus cruelle, en la faisant enfermer dans un cachot, où, couchée sur de la paille et réduite à un peu de pain qu'on lui donnait à peine, elle attendait la mort comme le terme de ses maux. L'évèque de Nîmes se transporta dans le couvent, et, après beaucoup de résistance , se fit ouvrir la porte du réduit afficux où celte infortunée se consuuuiil daiis le désespoir. Dès qu'elle aperçut sou pasteur, elle lui tendit les bras comme à un libérateur
Le prélat jela un regard d'indignation sur la supérieure : « Je devrais , lui dit-il , si je n'écoutais que la » justice humaine , vous faire mettre à la place de cette » victime de votre barbarie ; mais le Dieu de clémence » dont je suis le ministre, m'ordonne d'user envers vous » de l'indulgence que vous n'avçz pas eue pour elle , et B dont il usa à l'égard de la femme adultère. » Il fit aussitôt tirer la religieuse de cette horrible demeure , et ordonna qu'on eût d'elle les plus grands soins. Mais ses ordres charitables ne purent la rendre à la vie ; elle mourut) après quel(|ues mois de langueur, en bénissant le nom de son vertueux évéque. Un des soins les plus pressans de Fléchier était de consoler ses diocésains des afïlictions dont la providence se servait pour les éprouver. Dans la disette de 1709 il répandit des charités immenses. Il refusa d'employer à la construction d'une église des fonds destinés à des aumônes : « Quels cantiques , disait-il , valent les bénédictions du ' pauvre , et quel spectacle plus digne des regards de » Dieu que les larmes des indigens essuyées par ses ■i ministres ! » On l'a vu plus d'une fois aller à pied dans les rues de Nîuics , donnant l'auniône d'une main et sa bénédiction de l'autre. Il croyait devoir répoudre par des actes publics de bienfaisance épiscopale aux traits envenimés des protestans contre le faste qu'ils reprochaient à l'Eglise romaine. Mais il savait aussi cacher cette même bienfaisance;, quand elle tombait sur des hommes que leur état forçait à cacher leur misère. Il joignait alors à. la promptitude et à l'abondance des secours qu'il leur donnait , ces attentions dciicates qui empêchent rauniônc d'être humiliante. X