‹ Dictionnaire biographique et bibliographique des prédicateurs et sermonnaires françaisChapitre 36 sur 78 · FLÉ · texte numérisé non relu

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tant de vertus Fléchier joignait une grande modestie. Fils d'un particulier qui n'avait qu'une petite métairie , qu'il faisait valoir lui-même, et parvenu à l'épiscopal, il n'avait ni la sottise de cacher l'obscurité de sa naissance , ni la vanité plus raffinée de chercher dans celte obscurité même un titre de gloire. Un jour, cependant , il sortit de sa simplicité ordinaire. Un prélat orgueilleux lui ayant dit : » Avouez que votre père aurait » été bien surpris de vous voir sortir de son moulin a pour devenir évêque? — Je crains bien , lui répondit » Fléchier, que si le vôtre avait travaillé au moulin , » vous n'eussiez toute votre vie tourné la meule. » Le maréchal de la Feuillade lui ayant dit un jour: a Avouez » que votre père serait bien élonné de vous voir ce que » vous êtes ? 1) — Non , lui répondit Fléchier, car ce n'est » pas le fils de mon père j c'est moi qu'on a fait évêque.» Les Sermons de Fléchier ne sont pas de la même force que ses Panégyriques et ses Oraisons funèbres. Il avait cherché de bonne heure, dans nos vieux prédicateurs, des traits d'éloquence et des pensées ingénieuses. Aussi lui trouve-t-on , quant au fond des choses, l'air du commencement de son siècle. Il prêchait avec un vieux goût et un style moderne. De là des traits recherchés, des contrastes peu naturels, des pensées plus brillantes que solides. Fléchier avait un peu gâté soîi goût eu croyant le former. Il lisait souvent , pour s'amuser, les sermonnaires italiens et espagnols , qu'il appelait ses bouffons ; mais ces hommes^ qu'il ridiculisait . lui laissèrent quelque chose de leur ton. Ses Panégyriques » dans lesquels il fît preuve d'un talent supérieur, sont au nombre de dix-huit. Sous le rapport des Oraisoiis

funèbres, il occupe le premier rang après Bossuef.

II y a moins d'élégance et de pureté de langage dans celles de Bossuet; mais on y trouve une éloquence plus forte, plus mâle, plus nerveuse. Le style de Fléchier est plus coulant, plus arrondi , plus uniforme ; celui de Bossuet moins égal , moins soutenu et plus rempli de ces traits hardis, de ces figures vives et frappantes qui caractérisent le génie. Fléchier est plus heureux que lui dans le choix et dans l'arrangement des mois ; mais son penchant pour l'antithèse répand une sorte de monotonie sur son style. Il devait autant à l'art qu'à la nature ; Bossuet devait plus à la nature qu'à l'arl. Fléchier disait que « l'on parlait pour ks sens, et que l'on « écrivait pour l'esprit. » Bossuet remplissait ces deux objets. Il remuait l'imagination et faisait penser loutà-la-fois. Fléchier a bien moins que lui ce grand mérite de penseur, si rarement joint à celui de l'éloquence, Fléchier, écrivant avec facilité, ne pouvait pas avoir beaucoup de ces pensées profondes qu« donne la méditation ou le génie. « On croit, disait-il, que je con\- » pose avec peine et contention ; on se trompe : j'ai » beaucoup travaillé dans ma jeunesse, et j'ai mis tous a les momens à profit ; si la composition me coût^ait , D il y aurait long. temps que j'y aurais renoncé. » Quelque temps avant de mourir, Fléchier ordonna à un sculpteur de faire un dessin très-modeste de son tombeau , car il craignait que la reconnaissance ou la vanité ne voulût élever à sa cendre un monument remarquable : le sculpteur fit deux dessins; Fléchier choisit le plus simple, et dit à l'artiste : » Mettez la main ? • l'oeuvre, c;ir le temps, presse. -> Il mourut, en effet ^

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peu (le temps après, à Montpellier, le 16 février i7io,à l'âge de soixante-dix-huit ans, pleuré des catholiques, regretté des protestans, et ayant toujours été pour ses confrères un digne modèle de charité , de simplicité et d'éloquence. Fléchier laissa plus de vingt mille écus aux pauvres. L'abbé du Jarry prononça son oraison funèbre. L'Académie française s'était associé Fléchier, après la mort de Godeau. Les principaux ouvrages de ce prélat sont: l, Oraisoîis funèbres, i68j,in-4 et in-i2, trèssouvent réimprimées ; il y en a une édition de 1 802, 2 v. in-18 , avec une Vie de l'auteur, et des Notices sur les personnages qui sont les sujets des oraisons funèbres. II. Panégyriques des Saints , Paris, 1690, 1 vol. in-4, et 1697, 2 vol. in-12; 1739 , 3 vol. in-12 ; ils sont écrits avec pureté , mais pas toujours exempts d'affeclalion. lll' Sermons de Morale prêches devant le Roi , avec des discours synodaux , et les Sermons préckés par Fléchier aux états du Languedoc et dans sa cathédrale , 3 vol. in-12. On y trouve, comme dans les autres ouvrages de ce prélat j un style pur, fleuri, noble, brillant même ; mais ils manquent de profondeur. La préface de ces sermons est de Tabbé Du Jarry. Les oraisons funèbres , les Panégyriques , et plusieurs sermons de Fléchier, ont été traduits en allemand , Liegnitz , 6 vol. in-8 , et en italien , par un Carme , Venise, 1712, 2 vol. in-12. IV. La Vie du cardinal Commendon , traduite du latin de Gratiani , in-4 , et 2 vol. in-12. Le traducteur avait donné auparavant, c'est-à-dire en it>47 > in-'a> ""e édition de l'original de celte histoire, sous le nom de Rogcr-Akakia. Celle Vie est écrite avec pureté et une grande délicatesse de sfyle .;

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