‹ Dictionnaire biographique et bibliographique des prédicateurs et sermonnaires françaisChapitre 48 sur 78 · M AN · texte numérisé non relu

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« Est-il étonnant, répondil-il , (\ue je melte des scrn mons sur le théâtre , puisque le P. Mairnbourg t'ait » des comédies en chaire ? » Il avait déjà passé l'âge de la jeunesse, lorsqu'il commença de publier ses ouvrages historiques, auxquels il dut une réputation qui ne s'est pas soutenue. Ayant pris la défense des libertés deTÉglise gallicane , dans son Traité historique de l'Église do Rome, cette hardiesse déplut au pape Innocent XI, et il reçut l'ordre de quitter les jésuites. Le Roi le gratifia d'une pension , et lui accorda une retraite à l'abbaye de Saint- Victor de Paris, où il mourut d'apoplexie le i3 août 1686. Le P. Mairnbourg a composé un grand nombre d'ovivrages. Ses Sermons sont oubliés depuis longtemps ; ses livres de controverse ,ne sont plus guère consultés.

MÂNGEART ( Dom Thomas ) , né à Metz en 1690 , prit l'habit de Saint-Benoît à l'âge de dix-huit ans. dans la congrégation de Saint-Vannes et de Saint-Hidulphe, où il partagea ses loisirs entre l'étude et ses devoirs. Il s'appliqua d'abord à la prédication , et parut avec éclat dans les principales chaires du diocèse de Toul. Comme savant antiquaire, il fut appelé , en 1747, à Vienne , par le prince Charles de Lorraine, qui le chargea de lui former une collection de médailles et d'antiques. Il obtint, en 1761 , la permission de quitter la cour de Bruxelles , où il avait suivi le prince , nommé gouverneur des Pays-Bas, et se relira à l'abbaye de Saint- Léopold de Nanci , où il mourut presque subitement en 1762. On a du P. Mangeart un Octave de Sermons vour les morts , suivi d'un Traité tkéoiogiqiic, dog

inaiique et critique , sur le purgatoire. Nanci , 1739, 3 vol. in- 13 , et un grand nombre de Mémoires et de Dissertations sur les médailles et les antiques.

MARNE ( Jean Martial de), abbé prédicateur du Roi , avait obtenu quelques succès dans la chaire , et a publié des Panégyriques des Saints , au nombre de douze ; i665 , 1 vol. in-8. On a encore de lui d.'-i Sermons pour les dimanches , avec les annonces des fêtes pour servir aux curés dans leurs prônes, et à tous les prédicateurs dans leurs sermons pendant l'année , avec AQnow\&i\yxxPaaégyriques de Saints,Vdivh, 1669,1 vol. in-4. Il y aurait beaucoup à retoucher dans tous ces discours, pour les rendre conformes à la méthode des prédicateurs modernes.

MASCARON (Jules ) , né à Marseille en i654, était fils d'un fameux avocat au parlement d'Aix. Il entra en iGSo dans la congrégation de l'Oratoire , où il se distingua par son goût et son talent pour les belleslettres , qu'il professa d'une manière brillante dans plusieurs collèges. Il débufa , en i6ô3, à Angers, dans la carrière de la prédication , et parut , l'année suivante, à Saumur avec tant d'éclat, qu'il fallut dresser des échafauds dans l'église pour contenir l'alTIuence des auditeurs. Le savant Tannegui - Lefevre , frappé d'un talent qui s'annonçait d'une manière si distinguée , drt un jour : « Malheur au» prédicateurs qui viendront « après lui. » Le jeune orateur se fit entendre à Aix , Marseille, Nantes, cl parloul il eut le même succès, L^es principales églises de la capitule se disputèrent l'a-

vantage de le posséder: la cour le demanda pour l'Avent de 1666 , et l'on y fut si satisfait de ses sermons, qu'on le retint pour le Carême de l'année suivante. Lorsqu'au sortir de celte station il alla prendre congé du Roi : « C'est moi , mon Père , lui dit le monarque , qui vous » dois des complimens. Vos sermons m'ont charmé; » vous avez fait la chose la pîus difficile , qui est celle » de contenter une cour aussi délicate. » A l'époque où Louis XIV, esclave de ses passions, donnait de grands scandales; Mascaron , prêchant devant lui sur la parole de Dieu, le premier dimanche du Carême de 166g, ne craignit point de rappeler la mission du prophète Nathan, chargé de la part du Seigneur d'aller annoncer à David la punition de son adultère , et il accompagna ce trait de ces paroles , que Saint-Bernard adressait aux princes : " Si le respect que j'ai pour vous ne me » permet de dire la vérité que sous des enveloppes , il » faut que vous ayez plus de pénétration que je n'ai de » hardiesse , et que vous entendiez plus que je ne vous » dis , et qu'en ne vous parlant pas plus clairement , je » ne laisse pas de vous dire ce que vous ne voudriez pas « qu'on vous dît. Si, avec toutes ces précautions et tous » ces ménagemens , la vérité ne peut vous plaire , crai- » gnez qu'elle ne vous soit ôtée , et que J. C. ne venge » sa parole méprisée. » Les courtisans crurent faire leur cour à Louis XIV , en cherchant à envenimer ce trait de hardiesse. Le Roi leur ferma la bouche , en leur disant : a Le prédicateur a fait son devoir, c'est à nous » à faire le nôtre. »> Lorsque Mascaron se présenta devant lui , ce priniîe , loin de témoigner le moindre ressentiment , le remercia de l'intérêt qu'il prenait à son

«alut , lui recommanda d'avoir toujours le même zèle à prêcher la vérité , et de l'aider, par ses prières , à obtenir de Dieu la victoire sur ses passions. Louis XIV le chargea l'année suivante de deux Oraisons funèbres , une pour Madame Henriette d'Angleterre, et l'autre pour le duc de Beaufort. Les travaux de Mascaron furent récompensés en 1671 par l'évêché de Tulle. Au dernier sermon qu'il prêcha, avant d'aller à son évêché, il fit ses adieux. Le Roi lui dit : a Vous nous avez tou- » chés dans vos autres sermons , pour Dieu ; hier vous » nous touchâtes pour Dieu et pour vous. » Sachant allier les devoirs de l'épiscopat avec les fonctions du ministère de la prédication , Mascaron remplissait les premiers par des instructions éloquentes, de fréquentes visites et de sages statuts synodaux, et les dernières par des stations de Carême, à Toulouse, à Bordeaux , à Versailles. L'Oraison funèhre de Turenne^ regardée comme son chef-d'œuvre, mit , en i6y5 , le dernier sceau à sa réputation. Transféré , en 1679, ^ l'évêché d'Agen , le calvinisme lui offrit un champ proportionné à l'étendue et à la vivacité de son zèle. Les hérétiques , entraînés par le torrent de son éloquence , et gagnés par les charmes de sa vertu , rentrèrent presque tous dans le sein de l'Eglise. Ce vertueux prélat remplit encore des stations d'Avent et de Carême à la cour, en i683 , 1684 et 1694, et y recueillit les mêmes applaudissemens que dans les jours brillans de sa jeunesse. Ce fut à la fin de cette dernière année que Louis XIV lui fit ce compliment : « Il n'y a que votre éloquence qui n ne vieillit point. «De retour dans son diocèse , il continua de le régler et de l'édifier jusqu'à sa mort, arrivée

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îe 16 décembre ijoS. La ville d'Agen lui doit plusieurs ttablissemens utiles. Les O raisons fuiitùres de ce prélat ont été recueillies en 1704 1 in-i2, par le P. Charles Borde , de l'Oratoire , qui les a fait précéder d'une vie de ce prélat. On a réuni dans un recueil les Oraisons funèbres de Bossuet , Fiéchier et Mascaron , Paris , 1738, 3 vol. in-12. Ce vertueux évoque dut en partie la grande réputation qu'il eut de son vivant , aux qualités extérieures de l'orateur, dont lanature l'avaitdoué; sa prestance était majestueuse , le son de sa voix agréable , ses gestes étaient naturels, il joignait à cela un fonds d'instruction peu commun; cependant il avait conservé beaucoup du mauvais goût qui avait infecté si long-temps l'éloquence de la chaire. On trouve chez lui des idées alambiquées, des hyperboles outrées, des rapprochemens bizarres , un fatigant mélange de métaphysique , de mysticité et d'enflure ; mais il se surpassa dans l'Oraison funèbre de Turenne.

MASSILLON ( Jean Baptiste) , né le 24 juin 1660, d'un notaire d'Hières, en Provence, entra fort jeune au collège de l'Oratoire de cette ville. Il fut admis dans la congrégation en 1 68 1 , à l'âge de dix-huit ans. Conformément à l'usage de l'Oratoire, où , suivant Bossuet , on obéissait sans dépendre , pour se soumettre à une règle plus austère, Massillon fut employé quelque temps à faire les fonctions de régent dans différens collèges; il se trouvait à Vienne lors de la mort de Henri de Villars, archevêque de cette ville, 1695. 11 fut chargé de prononcer son Oraison funèbre , qui enleva tous les suffrages. En 1698, il prononça aussi celle de M. de

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"ViHeroi, archevêque de Lyon. Ces deux productions < qui furent très-goùtées , révélèrent à ses supérieurs la nature de son talent, et le P. Délateur, général de l'Oratoire , fit venir Massillon à Paris pour y diriger le séminaire de Saint-Magloire. C'est là que Massillon composa ses premières conférences ecclésiastiques. Quoique Jeur ton , assez simple , soit différent de celui de ses sermons, elles ne manquent point devivacité, lorsqu'il peint les suites du désordre ou de l'ignorance des clercs. Elles sont aussi plus analogues au genre aimable de son éloquence, que les conférences plus sévères qu'il fit dans un âge plus avancé. Bourdaloue tenait à ce4le époque le sceptre de l'éloquence chrétienne. Massillon se lança après lui dans la carrière, et se fitun genre nouveau, qui ne lui acquit pas une moindre célébrité. Le jésuite avait quelque chose de grave et d'austère; l'oratorien , sans atténuer la sévérité de la morale évangélique, l'insinua avec plus d'art. Il descendit dans la conscience de ses auditeurs , leur dévoila les ressorts les plus secrets de leurs actions, et les confondit par des peintures, où chacun fut élonné et honteux de se reconnaître. Son nom se répandit en peu de temps, et toutes les chaires de la capitale se disputèrent l'avantage de le posséder. Massillon parut à la cour. L'excellent esprit de Louis XIV le rendit sensible aux beautés d'un talent digne de son siècle. Ce prince dit à l'orateur des choses très-flatteuses. Chacun connaît ces paroles qu'il lui adressa, après avoir entendu son premier Avent à Versailles ; a Mon père, quand j'ai entendu les autres prédicaleurs^ r> j'ai été très-content d'eux; pour vous, toutes les fois » que je vous ai entendu, j'ai été Irès-méconlent de

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» moi-même. » Un jour Massillon, prêchant devant ce monarque, resta un instant sans se rappeler Ja suite rie son discours : « Remetlez-vous, mon père, lui dit le » roi; il est bien juste de nous laisser le temps de goûter » les belles et utiles choses que vous nous dites. » Eu 1704 , époque qui vit enlever à-la-fois Bossuet et Bour* daloue, Massillon prêcha un carême à la cour avec un tel succès , que Louis XIV lui déclara qu'il voulait l'entendre tous les deux ans; mais , quoiciue désormais sans égal, soit par un effet de la malveillance, soit par un effet de l'intrigue, il ne reparut plus dans la chaire de Versailles durant les dernières années du règne de Louis XIV. En 1709, il prononça VOraison funèbre dit prince de Conti , qui venait de mourir dans des sentimens remplis de piélé, entre les bras du père de La Tour, général de l'Oraloire. Deux ans après , il prononça celle du grand Dauphin; en 1713, celle de Louis XIV, et en 1723, celle àe Madame , mère du. rcgent. Ce pathétique, qui fait la principale force de l'éloquence et le caractère propre de Massillon , manquait presque entièrement à la chaire, lorsque le ministère de la parole lui fut confié. On en avait banni toute cette érudition déplacée , assemblage bizarre du sacré et du profane; mais le commun des prédicateurs ignorait l'art d'intéresser par le sentiment , quoique de là dépende tout le succès du discours. Il restait encore bien d'autres défauts à leur reprocher. Aussi le Père de La Tour demandant à Massillon , peu de temps après son arrivée à Paris, ce qu'il pensait des prédicateurs de la capitale , celui-ci répondit : « Je leur trouve bien de » l'esprit et du talent ; mais si je prêche, je ne prêcherai

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» pas comme eux. » li admirait Irop Bourdaloue pouf le confondre avec ceux qui étaient alors suivis; mais il ne le prit pas en tout pour modèle, voulant s'ouvrir une nouvelle route. Il se fit une manière de composer, qu'il ne dut qu'à lui-même; et sans autre guide que son propre génie et le talent qu'il avait reçu de la nature , il sut se garantir des défauts de ses prédécesseurs. Le langage de Massillon , quoique noble , ne laissait pas d'être simple et à la portée du vulgaire; témoin ce mot d'une femme du peuple, qui, se trouvant pressée par la foule en entrant à Notre-Dame, où prêchait le célèbre orateur, s'écria dans son langage et avec humeur : « Ce » diable de Massillon, quand il prêche, remue tout » Paris. » L'art du débit et du geste ne servit pas peu à ses succès. Le fameux acteur Baron étant venu l'entendre, frappé de la vérité de son accent , dit à un de ses camarades : « Mon ami , voilà un orateur , et nous , » nous ne sommes que des comédiens, » La première fois qu'il prêcha son célèbre Sermon sur ie petit nomhre des élus, ce fut à Saint-Eustache. Il y eut un endroit oîi un transport de saisissement s'empara de tout l'auditoire; presque tout le monde se leva à moitié, par un mouvement involontaire; le murmure d'acclamation et de surprise fut si fort, qu'il troubla l'orateur , et ce trouble ne servit qu'à augmenter le pathétique de ce morceau; le voici : «Je suppose que ce soit ici notre » dernière heure à tous, que les cieux vont s'ouvrir sur » DQS têtes, que le temps est passé et que l'éternité com- » meuce, que Jésus-Christ va paraître pour nous juger » se'ou nos œuvres, et que nous sommes tous ici pour » attendre de lui l'arrêt de la vie ou de la mort éternelle ;

« je vous le demande, frappé de terreur comme vous , « ne séparant point mon sort du vôtre , et me mettant D dans la même situation où nous devons paraître tous 9 un jour devant Dieu, notre juge; si Jésus - Christ, 8 dis-je , paraissait dès à présent pour faire la terrible » séparation des justes et des pécheurs , croyez-vous » que le plus grand nombre fût sauvé ? Croyez-vous que » le nombre des justes fût au moins égal à celui des » pécheurs? Croyez-vous que s'il faisait maintenant la » discussion des œuvres du grand nombre qui est dans n cette église, il trouvât seulement dix justes parmi 1) nous?» Cette figure, dit Voltaire, la plus hardie qu'on ait jamais employée, et en même temps la plus à sa place, est un des plus beaux traits d'éloquence qu'on puisse lire chez les nations anciennes et mo ^ dernes; et le reste dudiscours n'est pas indigne de cet endroit si saillant.

Mais voici un trait qui prouve encore davantage l'impression que faisait en chaire ce grand prédicateur. Le pieux Rollin conduisait les pensionnaires du collège de Beauvais à Saint-Leu , oii Massillon devait prêclier sur la sainteté du chrétien. Ces enfans , en l'écoutant , oublient la légèreté de leur âge , ils retournent à leur école dans un profond silence , et plusieurs se condamnent à des privations dont leur maître fut obligé d'adoucir la rigueur. Les éloges flatteurs que recevait Massillon n'altérèrent point sa modestie. Un de ses confrères le félicitant sur ce qu'il venait de prêcher admirablement , selon sa coutume : « Eh! laissez , mou )> Père , lui répondit-il , le diable me Ta dit plus élo- » quenanent que vous. » Il ne récitait imperturbabk-

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