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ment «jue les discours dont il était le plus pénétré, ce qui explique pourquoi , lorsqu'on lui demanda quel était son meilleur sermon , il répondit : « C'est celui » que je sais le mieux. » Les occupations du ministère ne l'empêchèrent point de se livrer à la société ; il oubliait , à la campagne , qu'il était prédicateur , sans pourtant blesser la décence. S'y trouvant chez M. de Crozat, celui-ci lui dit un jour: u Mon Père, votre » morale m'effraie , mais votre façon de vivre me ras- » sure. » L'Académie française reçut Massillon dans son sein , en 1719. « On fut étonné , dit madame de » Tencin, lorsqu'on entendit son discours de réception, » de trouver dans un homme de communauté un bon » goût, un bon ton, une bonne grâce, dont n'approchait » pas le langage des beaux-esprits les plus distingués. » Racine avait plus de cinquante ans lorsqu'il produisit AthaUe ; Massillon en avait près de cinquante-cinq, lorsqu'il composa son Petit- Carême, qui lui fit donner le nom de Racine de la chaire. On â dit de lui, et on l'a dit avec raison , qu'il était à Bourdaloue ce que Racine était à Corneille. « Bourdaloue s'était adressé à » la raison, dit un écrivain ; Massillon s'adressa au coeur, » et les larmes de son auditoire prouvèrent bientôt » qu'il avait pris la voie la plus sûre. » Peu d'hommes, en effet , sont capables d'embrasser une longue suite de raisonnemens abstraits. D'ailleurs , la rapidité du débit permet difficilement de saisir tous les fils d'une discussion savante ; et du moment qu'un seul échappe , le plaisir cesse et l'ennui succède à l'attention. Il est souvent même dangereux de donner un air problématique à des vérités qui doivent être senties. L'incrédule qu'où
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veut accabler sous le poids d'une démonstraliou rigoureuse , ne souffre pas qu'un \éix,er nuage obscurcisse l'éclat des preuves qu'on lui oppose , et quelquefois « plus on raisonne avec lui , moins on réussit à le convaincre. Mais si nous n'avons pas tous l'habitude de combiner des pensées profondes , nous avons tous une âme qu'on peut attendrir, et des passions qu'on peut émouvoir. L'orateur sacré doit donc s'attacher principalement à rendre le christianisme aimable, à toucher, à remuer ses auditeurs, et à leur inspirer la haine du vice et l'enthousiasme de la vertu. Telle est la marche qu'a suivie Massillon : son extérieur simple et modeste, et son profond recueillement en montant dans la chaire , commandaient le silence et le respect. Quelle heureuse application des livres saints et des Pères de l'Egliee ! Comme la persuasion coule de ses lèvres ! Avec quel art il dévoile nos pensées les plus secrètes , il s'insinue dans les replis les plus cachés de notre cœur, et démêle le jeu de nos passions ! Rien ne lui échappe ; il connaît les détours familiers à l'amour-propre , il écarte les sophismes, détruit les objections, lève insensiblement le voile qui couvrait nos yeux , nous alarme et nous conscle tour-à-tour, et ne cesse de nous poursuivre que lorsque, vaincus et repentans, nous tombons au pied des autels. Massillon n'avait encore été récompensé, sous Louis XIV, que par les paroles honorables dont ce prince avait payé son éloquence. Promu enfin, par son talent éminent, à l'évêché de Clermont , environ deux ans avant sa réception à l'Académie française, et n'ayant pas de quoi payer ses bulles , ce fut le régent qui s'en chargea. Celui dont la voix avait retenti si longtemps
dans les chaires, et dont la conduite répondait à se& prédications , reçut donc enfin, quoique tard, la récompense due à son mérile. UOraison funèhre de la duchesse d'Ortcans, en 1725, fut le dernier discours qu'il prononça à Paris. Depuis , il ne sortit plus de son diocèse, où sa douceur, sa politesse et ses bienfaits lui avaient gagné tous les cœurs. Il demandait souvent à la cour des secours pour les indigens et la diminution des impôts qui pesaient sur la province d'Auvergne. En deux ans , il fit porter secrètement 20,000 liv- à l'Hôtel- Dieu de Ciermont. Il tenait annuellement des synodes diocésains, et nous avons vingt discours qu'il prononça successivement dans ces conférences ecclésiastiques. Il y en a un pour chaque année ; ce qui prouve avec quelle exactitude et quel zèle Massillon s'acquittait des devoirs de sa place , et veillait à la bonne discipline de son clergé. Le discours synodal pour l'année 1742, est remarquable en ce que Massillon y annonce en quelque sorîe que c'est pour la dernière fois qu'il parle à ses prêtres. Il faisait aussi des conférences, des retraites , dans lesquelles il.exhortait soit les jeunes ecclésiastiques^ soil les curés. Ces discours ont tous un caractère d'onction, et ce n'est pas sans raison que quelques personnes les pJacenf sur la même ligne que ses meilleurs sermons. Ce fut le 18 septembre de l'année 1742 , que mourut, paries suiîes d'une apoplexie, l'orateur chrétien dont le nom est devenu celui de l'éloquence même. Il tern\ina sa carrière comme il l'avait pai'coorue, dans les plus grands sentimens de piété. » Ce Massillon, dil le \ mètae écrivain, appartient à répo([ue la plus mémorable ijtle nos annales. Contemporain de Bossuet et de Féuélo.n,
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3 il a marché glorieusement sur leurs Iraccsi , et , digne » héritier de leurs talens, il occupa sans rivaux , pen- » dant trente ans , le trône de l'éloquence. Soit qu'il » prêche la parole divine dans les temples , soit qu'à lu » cour de Louis XIV il humilie la fierté du monarque » sous le joug de l'Evangile, soit qu'il donne à un jeune » souverain les premières leçons de la bienfaisance , soit » qtie, loin du théâtre brillant de la capitule, il se dévoue » aux honorables fonctions de l'épiscopat , il mérite B également nos hommages. Combien il est consolant » de traverser la vie d'un homme supérieur, sans ren- )) contrer une action qu'on doive taire , une tache » qu'on doive elFacer , une faiblesse qu'on doive dissi- » muler 1 Le Panégyriste de Massillon sera soutenu , » encouragé par son sujet. Nul sentiment pénible n'agi- » tera son cœur; nul souvenir aflligeant ne tourmentera » sa pensée ; le génie simple et modeste se montrera » toujours à ses yeux sous les traits de la vertu. » Il est deux classes de lecteurs auxquels le nom de Massillon doit être principalement cher, les amis des lettres et ceux de la religion. La collection des Œuvres de l'évèque de Cleraiont , donnée par son neveu , coiilient :
I. Sermons , au nombre de près de cent ; le Petit-Carême nù<i en tête, quoique le dernier en date , 1 vol. : ÏJvent , 1 vol. ; le Carême, 4 ^oh î Mystères . Panégyriques et Oraisons funèbres , 5 vol. , 174^, in- 12..
II. Conférences ecclésiastiques , Mandemens et Dis-cours synodaux i 1746 » i753 , 3 vol. in-13. III. Scntimens d'une Ame , etc. , ou Paraphrase de plusieurs Psaumes , au nombre de 3i , en forme de prières , a vol. in-i2, i74/' IV. Pensées sur diffêrcns sujets dô
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morale et de piété , tirées des ouvrages de Massillon et rangées sous différens titres , i vol. in-ia , 1748- On a réimprimé la collection des Sermons et autres Œuvres de Massillon; Paris , 1762 , i3 vol. in-8, et Lyon , i5 vol. in- 12; une belle édition des mêmes Œuvres , donnée par Renouard , Paris, jSio, i5 vol. in-8. Le libraire Beaucé en a donné , en 1817, une édition compacte , en 4 vol. in-8 ; et Méquignon fils aîné , une autre édition en i5 vol. in-12. On a aussi reproduit séparément , en divers formats, son Petit-Carême et ses Oraisons funèbres. On a encore de Alassilion quelques autres ouvrages , mais de moindre importance que ses sermons. 'V Eloge de t'évéque de Clermont^ par D'Alem bert , lu à l'Académie' française en 1774 , et imprimé dans le premier volume de VHistoire de l'académie , en 1779 , fut communiqué par l'auteur, en manuscrit , aux Pères de l'Oratoire, sauf toutefois les notes ajoutées ù l'impression , et dont quelques-unes, où le caractère du vertueux évêque semble taxé de faiblesse , peuvent être suspectes de partialité. Sans préfendre justifier l'acte de condescendance de l'évéque de Clermont , signant une formule d'attestation en faveur du cardinal Dubois, et assistant à son sacre, les motifs de l'autorité du régent et de la reconnaissance du prélat, peuvent fournirdu moins u»e excuse plausible , si l'on considère le caractère de bonté et de sagesse qui le distinguait. La ville d'Hières, patrie de Massillon , a décerné à ce grand orateur une statue en 1817.
M.'\SSON ( Claude ) , prêtre de l'Oratoire et prédicateur 4.U dix-«;ep.tième siècle, a laissé 4es Sermons f>i\
5 vol. in-8 ; Avent , 1 vol. ; Carême , 2 vol. ; Paiiôgyriques des Saints, 1 vol., Lyon, 1695. Dans tons les discours de cet orateur, la forme emporte le fond , et on voit qu'il s'attache plutôt à briller qu'à approfondir réellement son sujet.
MAURY ( Jean-SiFFREiN) , né le a6 juin 1746, à Vauréas, dans le comté Venaissin, d'une famille pauvre et obscure, après avoir fait d'excellentes études, vint à Paris. Sans fortune et ne connaissant personne, il s'y trouva dans une position difficile , et fut obligé de se faire instituteur. En 1766, n'ayant encore que vingt ans, il publia deux Éloges funèbres , ceux du Dau- "phin et de Stanislas 3 in-S". Ces deux discours, qui paraissent n'avoir pas été prononcés, n'ont rien de remarquable; ils offrent même quelques traces de mauvais goût. En «767, le jeune Maury concourut pour deux sujets de prix proposés par l'Académie française : l'un était VEloge de Charles V, et l'autre, les Avantages de ia paix. Ces deux discours furent imprimés in-8°. Après avoir pris les ordres sacrés, ce jeune abbé ré- .solut de se livrer à l'éloquence de la chaire, et il prêcha dans différentes églises de la capitale avec quelque succès. En 1770, l'Académie française ayant proposé pour prix d'éloquence V Éloge de Fénélon, l'abbé Waury envoya un discours avec cette épigraphe: y^nfi^wa homo virtute ac fuie; il obtint l'accessit, et La Harpe le prix. Le style et le fond des pensées de ce discours se sentent un peu de la jeunesse de l'orateur. Un héritier ■ du nom de Fénélon, promu à l'évêché de Lombez , ^lomma l'abbé .Maury son gr^nd-vicaire et chanoine de