DON. (DR. .Z
* CRÉAL. pois. Pour Créac. V. cc.
mot. (b.)
CRÉAM. bot. phan. Même chose que Codlings. V. ce mot. (b.)
CR.ÈATION. On ne doit pas s’attendre, dans un ouvrage strictement consacré à l’histoire naturelle, à nous voir traiter ce mol dans le sens où l’emploie communément la métaphysique qui nous est totalement étrangère ; mais nous ne saurions l’éliminer d’un Dictionnaire où, tous les êtres existans devant être au moins génériquement indiqués, un mot sur leur origine devient indispensable.
En histoire naturelle comme en philosophie , le mot Créature est souvent employé pour exprimer les corps organisés , et la créature est
censée le résultat d’une force toutepuissante qui voulut que l'univers fût peuplé. Sans nous permettre d’examiner quelle fut cette force, puisqu’elle semble n’avoir voulu manifester son existence que par les résultats de sa volonté, nous déclarerons qu’elle nous paraît devoir être évidente pour quiconque sondera attentivement et de bonne foi le vaste ensemble de la Création. Les plus incrédules ne sauraient la méconnaître pour peu qu’ils voulussent prendre la peine d’étudier les lois immuables qu’elle donna à tous les élémeusen les contraignant à se féconder les uns les autres, suivantun plan duquel l ieu ne s’écarte dans la nature. Prétendre saisirPimposant ensemble de ce vaste plan, limiter les moyens dont la force créatrice se réserva la disposition , oser Cf din supposer à cette force d’autres limites que celles qu’elle voulut s’imposer, nous semblerait un acte de témérité , et l’examen de telles questions sortirait du cadre de ce Dictionnaire.
La Création , comme l’entend le vulgaire , ou l’univers évoqué du néant, serait une absurdité , un mystère monstrueux auquel n’ordonnent de croire aucunes traditions même sacréeSj^R/ere ne peut produire quoi que ce soit , et le livre respecté qui forme la base des croyances de l’Europe civilisée s’explique formellement à cet égard , lorsque, consacrant dans son texte indestructible l’éternité de la matière , base de toute Création , il dit expressément : « Au commencement la terre était informe et nue , et l’esprit de Dieu était porté sur les eaux. » Or nous verrons au mot Matière que la terre, inlorme et nue , ainsi que l’eau où surnageait l’esprit de Dieu , n’étaient pas le Néant , mais bien un amas informe de molécules antérieures. Il est évident que la Genèse n’entend exprimer, en racontant les merveilles de la première semaine, que le réveil du Seigneur, s’il est pei'mis d’employer cette expression, « réveil, avons -nous dit àilteurs , qui introduisant de nouveaux élémcns,tcls
que la lumière , au milieu de l'inertie d’une matière préexistante, qui lui impriment le mouvement , aine du monde , et qui donnant des lois organisatrices à ce que l’absence de ces lois et du mouvement avait tenu dans un état de mort , féconda enfin l’univers. »
Nous ne suivrons pas l’histoire assez connue de cette Création , telle que nous la rapporte un ouvrage au sens duquel l’iiistoire naturelle prête tout l’appui de ses vérités. Nous nous bornerons sur ce poin t à une simple indication dequelques faits irrécusables.
Sept espaces de temps, appelés arbitrairement journées, suffisent, dans cette histoire mystérieuse, pour l’exécution du planmagniüquedontle genre humain complète l’ensemble. La voix du Créateur retentit dans les ténèbres quicouvreutla face de l’abîme, la lumière brille , la matière est émue, le mouvement commence, et le premier jour a lui. Alors successivement le temps est marqué par la révolution des corps célestes lancés dans les vastes orbites qui leur sont tracés. Les mers commencent à mugir dans les bassins que circonscrit l 'aride ou terre ; les Plantes parent cette terre qui cesse d’être aride, les Poissons animent les eaux, lës Oiseaux du ciel succèdent à ceux-ci , les Bêtes des champs et des forêts naissent à leur tour , l’Homme apparaît le dernier. Eh bien ! tel a dû être la marche des choses. Les eaux couvrirent évidemment le globe; tout raisonnement par lequel on voudrait attaquer cette vérité ne saurait tenir contre l’énoncé de cette loi , qui, contraignant les fluides à chercher l’équilibre , commandait dès-lors aux flots de baigner les plaines quand ils se brisaient sur le sommet des monts où nous retrouvons les traces de leur primitif séjour. Des restes d’ Animaux marins , premiers témoins de l’antique présence de la mer sur tous les points de notre planète , et auxquels ne font que succéder d’autres Fossiles, sont en même temps la preuve irrécusable que l’Océan, vieux père du
CRE 4t
monde , comme l’appelaient les anciens , lut aussi le berceau de la vie. Lorsqu’à ucun des êtres qui respirent dans l’atmosphère n’y trouvait de patrie , les Crustacés , les Mollusques et les Poissons préparaient lentement leurs demeures; et comme si la Création de tout ce qui embellit Punivers eut été le résultat des conceptions d’une puissance infinie à laquelle cependant ses pi’opres œuvres donnaient chaque fois une expérience nouvelle, la plupart des plus simples créatures de la mer , pénétrables par la lumière , à peine organisées , fragiles et tout au plus susceptibles de percevoir , ne semblent être que des ébauches. Elles ne sauraient encore jouir de ces facultés conséquentes de plus de complication , et qui font de la vie un don si précieux pour les créatures plus parfaites qui les suivirent. Ou étaient alors les Yégétaux quiombragent nos campagnes, les Oiseaux qui les égaient en chantantle retour de l’aurore, les Reptiles quirampent à la surface de la terre, les Animaux qui broutent l’Iierbe, ceux qui dévorent, les Herbivores et ces Insectes qui animent l’air ou vivent aux dépens de toutes les autres productions du sol ? Ces grandes hordes vivantes ne purent se développer que successivement , et à mesure que l une d’elles venait fournir aux suivantes les moyens de subsister. Nous avons vu aux mots Anthropouites et Animaux perdus , nous verrons encore ailleurs que l’Homme plus moderne que le reste des Animaux , vivant de Plantes et de chair , ne devait naître qu’à l’époque où les Plantes et la chair , existant déjà , pouvaient fournir à ses besoins.
L’Homme est si moderne en comparaison des autres créatures , que tandis que des feuilles et de frêles Insectes sont devenus des monumens ineffaçables de l’existence de races détruites, on ne saurait rencontrer nulle part les indices de ses débris. On dirait que son orgueil , blessé de ne pouvoir retrouver dans les fastes du vieux monde des titres de noblesse
dans les fragmens de ses premiers pères, a voulu triompher de l’oubli ar les monumens de ses mains. Les yramides sont peut-être l’ouvrage d’un peuple aussi avancé que nous dans les sciences naturelles , et qui , étant humilié de ne voir dans aucun site calcaire des témoins qui pussent attester l’antiquité de sa race, voulut survivre par des souvenirs aux grandes révolutions physiques qui pouvaient , d’un moment à l’autre, changer tout un ordre de choses contemporain.
Telle fut la marche de la Création dans la nature autant qu’il nous est donné de l’y reconnaître , telle est celle qu’indiquent aussi les livres sacrés,- mais ici se vient présenter une question nouvelle ou du moins à laquelle, seul à peu près, nous nous sommes arrêtés sérieusement autrefois , et qui mérite toute l’attention des naturalistes philosophes. Lorsqu’admettant un plan de Création successif dansl’ensemblede l’univers, on en suit la progression dans le sens que nous venons d’indiquer , doit-on conclure de ce que les traditions demeurent muettes après la naissance de notre espèce, que la force créatrice se soit à jamais arrêtée quand elle eut enfanté l’Homme? Est-il ordonné de croire que rien n’ait pu être créé depuis? Outre que le développement de chaque être éprouve des modifications individuelles qui x endent souvent le même être une ciéature pxesque différente du type spécifique , en fait une sorte de Création actuelle , et que les variétés ou Hybrides qui se perpétuent sont encoi'e des Ci’éations de tous les jours ; des Ci-dations plus décidées et complètes , d’espèces , de gem-es et de familles entières de Plantes ou d'Animaux, ne peuvent-elles pas avoir lieu continuellement, et n’est-ce pas restreindre injurieusement la puissance créatrice que de soutenir qu’ayant en quelque sorte brisé ses moules et fatiguée de produire , il ne lui serait plus donné de modifier et d’augmenter son ouvrage? Il est bien certain , par exemple, que les Vers intestinaux
qui habitent dans l’Homme ne purent précéder celui-ci dans l’ordre de la Création , et n’ont du en faire partie qu’après que notre espèce y eut été introduite.
Pour rendre à cet égard nos idées plus faciles à saisir, nous chercherons un point du globe évidemment moderne en comparaison du reste de son étendue , et nous examinerons comment la végétation etla vie ont pu s’y développer en couvrant ce point de Plantes et d’habitans. Nous choisirons comme exemple l’île de Mascal’eigne , qui , située à cent cinquante lieues du point le plus voisin de Madagascar , d’où l’on pourrait d’abord supposer que lui vinrent des graines et des Animaux, ne contient pas une parcelle de terre ou de pierre quin’ait été originairement soumise à l’action violente des feux souterrains. Nous avons démontré ailleurs que toute la masse de ce point du globe convulsivement élevé au sein de l’Océan fut originairement incandescente et liquéfiée par le feu ; dans l’endroit où nous le trouvons, la mer roulait encore ses vagues, que la moitié du monde avait été exondée. Déjà des torrens dépouillaient d’antiques montagnes en aiTachantà leur cime les atterrissemens destinés à augmenter l’Afrique , l’Europe et l’Asie , que Mascaxeigne n’était point encore sortie du sein des flots. Tout dans cette île est neuf en comparaison de ce qu’on voit sur l’ancien continent; tout y porte un caiactèi'e de jeunesse , une teinte de nouveauté qui i-appelle ce que les poètes ont chanté du monde naissant et qu’on ne retrouve que dans quelques autres îles formées aussi dans les derniei-s âges. Mascareigne fut d’abord un de ces soupiraux brûlans au milieu des eaux , comme on a vu presque de nos jours s’en former à Santorin ou dans les Açores. Des éruptions fréquentes en élevèrent la fournaise, au moyen des couches de laves ardentes qui , s’y superposant sans interruption , formèrent enfin une montagne , que des trcmhlemens de
terre terribles vinrent lace’rcr , et sur la surface échauffée de laquelle les eaux pluviales, se réduisant aussitôt en vapeur, n’arrosaient aucun Végétal possible , ne rafraîchissaient aucun vallon. Les Salamandres de la Fable, seules, eussent pu devenir les hôtes de ce brûlant écueil; comment une aimable verdure le vint-elle ombrager? Comment des Animaux attachés au sol choisirent-ils pour patrie un rocher nécessairement inhabitable , long-temps encore après son apparition et durant son accroissement? Les vents, les courans , les Oiseaux et les Hommes ont suffi , répondra-t-ôn, pour couvrir Mascareigne de Végétaux et de créaturesvivantes !... i°. Les vents, enlevantd’un souffle impétueux les graines des Véétaux, les transportent à de grandes istances, au moyen des ailes et des aigrettes dont plusieurs sont munies.
2°. Les courans, asservis aune marche régulière dans la Zone-Torride, entraînent avec eux des fruits qu ils ramassent sur certains rivages , et qu’ils abandonnent sur des rivages opposés.
3°. Les Oiseaux, qui se nourrissent de baies , en rejettent les semences prêtes à germer.
4°. Les Hommes enfin , qui naviguent depuis tant de siècles, ont pu autrefois aborder à Mascareigne, et y répandre les Animaux que nous y retrouvons.
i°. Les vents emportent effectivement avec eux , et même fort loin , les semences légères d’un certain nombre de Végétaux ; mais il est douteux qu’ils les promènent jusqu’à cent cinquante lieues pour les déposer précisément sur un point presque imperceptible en comparaison de l’immense étendue des mers environnantes. Les Végétaux à semences aigrettées et ailées , susceptibles de voyager parles airs, ne sont d’ailleurs
F as en grand nombre , surtout dans île qui nous occupe , et dans laquelle, conséquemment, les vents n’ont pu porter que fort peu d’espèces de Plantes , s’ils en ont porté.
a°. Les courans de la mer entraînent à la vérité; parmi les débris qui leur parviennent du rivage, quelques fruits capables de surnager; nous convenons que de temps en temps ces fruits roulés à terre, roulés dans l’eau, abordent sur des rives lointaines. Les Cocos de Praslin , qu’on nomme vulgairement Cocos des Maldives, en fournissent la preuve. Mais ces graines , qui ont si long-temps vogué , germèrent-elles jamais ? L’eau salée frappe de mort les germes de tous les Végétaux ou du moins du plus grand nombre. Les botanistes qui s’étudient à transporter des Plantes dans les navires , savent que lorsque les bourgeons et même les semences en sont touchés par l’onde amère , tout est perdu ; les rejetons languissent et s’étiolent sans jamais prospérer ni se reproduire. Quels sont d’ailleurs les Végétaux dont les vagues pourraient trouver les graines en bon état au bord de la plage? Ce ne sont que des espèces littorales dont le nombre est très-restreint; quelques Salicornes , des Soudes , des Statices ou de misérables Crucifères. Ces Plantes sont à peu près inconnues à Mascareigne.
Les fruits des Arbres de l’intérieur des terres et des montagnes , qui se rencontreraient au rivage, n’auraient pu y être entraînés que par les pluies ou par accident : ayant été alternativement exposés à l’humidité ou aux ardeurs du soleil hors du sein de la terre, ils auraient perdu la faculté de produire. Ces Cocos, venus par mer des Séchelles, enveloppés d’une coque et d’une bourre impénétrable à l’eau , et abordés sur les plages de l’Inde ou de ses archipels, y ont-ils jamais donné des rejetons? et l’Arbre qui donne les fruits errans, connus par tout le monde à cause de leur forme bizarre, s’est-il jamais naturalisé ailleurs qu’à Praslin?
3°. On ne peut disconvenir que certains Oiseaux frugivores sèment à la surface des continens qu’ils habitent et sur l’écorce des Arbres où ils se reposent, les graines de certains Végétaux dont les fruits les nourris-
sent habituellement, le Gui cil est la preuve sur nos Pommiers; mais ces Oiseaux frugivores sont en général sédentaires; ils ne se déplacent jamais dans les régions ou la variété des saisons ne les force pas d’en consacrer une aux migrations. Rien ne les attirant sur un écueil néccssairerement stérile, très éloigné de toute côte qu’ils ont pu habiter d’abord , et hors de la portée de leur vol généralement restreint; ils n’y ont pas îorté le petit nombre de graines dont , 'organisation peut supporter la cha- . eur de l’estomac pendant le trèscourt espace de temps nécessaire à la digestion. Les Oiseaux à vol soutenu, hab itués à se réfugier sur les rochers maritimes , ne se nourrissent que de Poissons et de Vers marins; ils ont été probablement les premiers habitans de Mascareigne ; mais ils n’ont pu y porter les semences de quelque Plante que ce soit.
4°. Les Hommes enfin, en quelque temps qu’ils eussent abordé dans 1 île qui nous sert d’exemple , qu’ils en aient défriché et ensemencé le sol , et qu’ils y aient jeté des Animaux domestiques ; les Hommes , disonsnous , n’y ont pas planté des Mousses, des Lichens et des Couferves avec tant d’autres Végétaux qu’on ne cultive nulle part et dont on ne retire pas la moindre utilité. Les Hommes qui auraient pu porter des Cerfs , des Chèvres et quelques Insectes qui les suivent partout en dépit d’eux-mêmes, qui ont évidemment introduit des Oiseaux (les Marlins) pour faire la guerre à ces Insectes importuns , n’ont pas lâché ces Singes auxquels on fait une guerre active , ces grandes Chauve-Souris et ces Tortues de terre dont la délicatesse de la chair causa la destruction; ces Sauriens dont leurs habitations sont remplies; ces Rats musqués qui infectent leurs demeures ; cette foule d’ Araignées qui en salissent les encoignures ou filent loin d’eux dans les campagnes; enfin ces Papillons nombreux qui ornent les airs de leurs brillantes couleurs. Ils n’ont pa3 davantage peu-
plé les torrens et mares d’eau douce de Poissons particuliers , des Insectes, des Ecrevisses et des Navicellcs qu’on y trouve. Ils n’ont pas surtout porté avec eux ce Dronte, Oiseau monstrueux, qu’ils furent si étonnés d’y voir et dont ils exterminèrent la race1; où l’eussent - ils pris , d'où l’auraient-ils amené? Il n’exista jamais ailleurs; il fut propre au sol, et Création locale d’une nature trop hâtée de produire , il semblait porter dans son ridicule ensemble le cachet d’une certaine inexpérience organisatrice. Il est impossible de supposer que le moindre de ces Animaux ait été porté par l’Homme , par la mer ou par les vents.
D’ailleurs , tous les êtres qu’on voit, non-seulement à Mascareigne et dans les îles les plus voisines , mais encore sur toutes les autres îles de l’univers, ne pourraient y être venus d’autre lieu , quand on parviendrait à démontrer la possibilité du voyage, puisque, outre un certain nombre d’espèces qu’on retrouve dans les climats analogues , chaque archipel présente quelque espèce , quelque genre même qui sont exclusivement propres au pays , qu’on ne revoit nulle part, et qui, par conséquent, n’ont dû-être créés que sur les lieux mêmes. Or, comme il ne peut être douteux que beaucoup de ces îles sont plus nouvelles que les conliuens, et que par conséquent tout ce qu'on y voit est plus récent, il faut nécessairement admettre la possibilité de Créations modernes , de Créations actuelles, et nfême de Créations-futures qui ont ou auront lieu, lorsqu’un concours de circonstances déterminantes a ou aura lieu sur quelque point existant ou futur de notre univers.
Cependant partout la Création s’effectue suivant un même plan. Il n’y existe que des aberrations individuelles par lesquelles se constituent des espèces diverses ; mais toutes ces espèces doivent rentrer nécessairement dans un ordre déjà établi ; on n'a trouvé et l’on ne trouvera nulle
part de ccs monstruosités constantes et transmissibles par la génération , dont la poétique mythologie ou d’ignorans voyageurs peuplaient jadis les régions peu connues. Partout, dès qu’une série d’êtres est établie , il lui en succède une autre que son organisation subordonnait à quelque existence préalable : ainsi l’Arbie n’y précédera point la Mousse ou le Lichen qui doivent préparer le sol destiné à supporter ses racines; l’Oiseau granivore n’y saurait naître avant le Végétal qui doit le nourrir de ses semences; le Mammifère broutant attendra pour paraître que le feuillage assure son existence , et l’Animal sanguinaire ne pourra se développer que lorsque la vie s’exercera dans toute son étendue parmi les séries qui lui doivent servir de proie. Comme si tout n’était qu’essais dans cette succession de légions organisées , c’est dans ces terres nouvelles presque encore vierges , qu’on rencontrera le plus de ces anomalies d’organisation si rares sur les vieilles parties des deux hémisphères; on y verra le Dronte aux pieds palmés avec les formes du Lindon, les Monolrèmes au corps de Loutre avec leur constitution d'Oiseau , et la Mimeuse hétérophille avec le feuillage d’un Saule.
— Les naturalistes qui s’occupent phylosophiquement de la science auront remarqué combien , dans les îles isolées et dans la plupart des archipels , sont nombreux les Végétaux polymorphes , c’est-à -Rire ceux dont les parties varient nonseulemcnt dans les mêmes espèces , mais encore dans les mêmes individus. Rien n’est plus étrange que les caprices de la végétation dans les îles volcaniques et conséquemment moins anciennes que les oontinens. Uii botaniste prudent ne peut trop craindre de faire jusqu’à trois ou quatre espèces des Plantes qui lui viennent desséchées de tels pays , on dirait que la nature, en se hâtant d’abord rie constituer des types par le perfectionnement des organes les plus -unportans à l'accomplissement de scs
vues propagatrices , semble négliger Informe d’organes accessoires , qu’elle abandonne à l’avenir le soin de régulariser. Au contraire, dans les vieilles parties des vieilles terres , dans ces monts altiei’S qui ont vu s’écouler tant de siècles et descendre une portion, des contiuens de leurs sommets dépouillés ,• enfin dans ces lieux où la végétation doit être extrêmement ancienne, les Plantes, contraintes de croître selon une forme à peu près immuable , n’offrent que rarement de ces écarts si fréquens dans. les pays nouveaux. Nous ne craignons pas d’être démentis en avançant que Mascareigne seule, qui nous servira encore cette fois d’exemple , renferme, dans ses cinquante et quelques lieues de cùconférence, plus d’espèces polymorphes que toute la terre ferme de l’ancien monde. Les Plantes variables qui semblent être la manifestation d’une végétation d’essai sont plus fréquentes parmi les Cryptogames et les Aquatiques. C’est aussi parmi les liabitans des eaux qu’on remarque les formes les plus bizarres , en quelque sorte les plus contradictoires , et les métamorphoses les plus singulières.
Si l’eau fut le berceau de toute organisation , si c’est dans sa fluidité que la voix du Créateur ordonna le commencement de Inexistence lorsque la lumière introduite dans le chaos vint tout vivifier, on entrevoit la raison de celte polymorphie , qu’on nous passe un moment cette expression. Par un rapport naturel entre la faculté organisatrice dont on pourraitsupposer l’eau douée et les élémens qu’elle peut réunir pour ses Créations dans les points les plus opposés du globe , on remarquera que les êtres aquatiques sont souvent identiques dans les lieux les plus dislans de l’univers. Des Algues, des Varecs, des Gonferves de nos contrées se retrouvent jusque chez nos Antipodes. Des Mousses et des Lichens sont les mêmes partout; l’Adianthc capillaire existe sur tous les points tempérés de l’ancien continent et de ses archipels ;. et sans ajouter d’exemples surabondans dans la botanique, nous
citerons, parmi les Animaux , les Infusoires , ces ébauches de l’existence, dont plusieurs végètent peut-être autant qu’ils vivent, et dont la plupart sont les mêmes partout. Voilà donc à bien des latitudes les rudimens des deux règnes qui sont les mêmes ou du moins très - analogues. On serait tenté d’en conclui’e qu’en chaque lieu la végétation et la vie durent et doivent commencer de la même façon ; qu’en raison des élémens d’existence qu’offre chaque lieu, les êtres s’y doivent former selon des lois respectées , et que la température ou d’autres causes modifiant sans cesse , et selon les lois, un petit nombre d’espèces primitives, celles-ci renaissent toujours pour passer à d’autres états à mesure que , s’éloignant de la forme des types, les premières modifications adoptent des formes fixes et déterminées sous lesquelles on les voit se perpétuer en espèces constantes ; espèces qui , par leurs variétés, peuvent à leur tour devenir les souches d’espèces nouvelles. Nous ne suivrons pas ici les nuances par lesquelles les Plantes et les Animaux ont du passer pour se multiplier sous tant de formes. Ce travail, dont les résultats ne seraient pas moins utiles que celui à l’aide duquel les géologues cherchent à établir l’ordre de formation des couches du globe, cesse d’ap-
fiartcnirà l’histoire delà Création dans c sens où nous avons dû nous en occuper; il rentre dans l’étude méthodique qui consiste aujourd’hui à former un tableau des productions naturelles, dans l’ordre de croissance ou de décroissance qui les élève ou les rabaisse , selon que leurs organes sont plus simples ou plus compliqués.
Quelque révoltante que puisse être pom certaines personnes l'idée de ces Créations continuelles qui se reproduisent par la génération , non-seulement il est impossible pour tout bon esprit de ne la point admettre, mais iL sera peut-être bientôt évident qu’il existe des Créations spontanées, c’est-à-dire qui non-seulement peuvent avoir lieu selon que les élémens p’en trouvent réunis , mais qui , ne se
perpétuant pas d’elles-mêmes, peuvent avoir lieu toutes les fois que les causes occasionelles s’en renouvellent. C’est dans ce fait, à peu près certain, où les têtes étroites, impérieusement soumises aux vieilles routines croiront voir un argument de ce qu’ils appellent incrédulité; c’est dans ce fait, disonsnous, que l'on reconnaît au contraire un effet merveilleux de cette législation incompréhensible et sublime qui voulut, en imprimant des lois à la matière, prouver que ses ressources étaient inépuisables. En effet, c’est encore ici que le microscope accourant au secours de notre faiblesse, et nous initiant en quelque sorte dans les confidences du Créateur , nous procure de véritables révélations non moins propres que toute autre à pénétrer de respect et d’admiration quiconque les sait comprendre. Ici l’Homme lui-même, associé à la puissance organisatrice, peut devenir créateur à son tour. Qu’il prenne quelques parties d’un corps organisé, qu’il les place en infusion dans l’eau la plus pure où de grossissantes lentilles lui auront démontré qu’il n’existe rien de vivant, et que garantissant son infusion du contact des ageus extérieurs , il l’observe attentivement:
bientôt des êtres doués de vie se développeront sous ses yeux. Ces êtres seront bien simples, mais ils n’en seront pas moins çxistans. Il ne tardera pas à s’en présenter de plus compliqués , et diverses espèces se montreront ou successivement ou toutes à la fois. Il en sera d’identiques dans une infinité de productions différentes mises en expérience. Telle substance n’en donnera qu’un petit nombre d’espèces, telle autre en produira une infinité. Qu’on mêle deux ou trois de ces infusions , des espèces propres à chacune y vont disparaître ; (Tautres , communes , y vont persévérer, et des espèces ternaires vont à leur tour s’y développer. Ce fait est hors de doute ; nous l’avons constamment vérifié.
Que maintenant on choisisse, pour en faire l’expérience , une Plante propre au Canada, par exemple; qu’a-
près l’avoir soumise à l'expérience et quand elle a produit des Animalcules , on en mêle l’infusion avec celle d’unVégélaldel’Inde oude la Nouvelle-Hollande, et qu’il en résulte, comme la chose ne manquera pas d’arriver , quelque Infusoire qui ne se trouvait ni dans l’un ni dans l’autre des deux liquides, n’aux'a-t-on pas opéré une véritable Ciéation, un être que la nature n’avait pas arrêté dans son plan primitif, puisqu’elle avait semblé vouloir rendre impossible par les distances 1^ rapprochement des corps qui viennent y donner lieu , mais qui n’en est pas moins l’ouvrage de ses immuables lois , et qui doit se reproduire toutes les fois que les circonstances seront les mêmes? Certes, un pareil fait n’est pas en faveur de la doctrine qui attribuerait à l’aveugle hasard l’ordre sublime auquel nous concourons par notre existence ; il commande au contraire une admiration qui porte au respect pour le législateur souverain ; car ilestimpossible de voir tout ce qui existe irrévocablement soumis à des lois immuables, et de former le projet follement audacieux de se soustraire au frein salutaire de l’ordre établi. La contemplation de cet ordre dans la nature en fait chérir l’image jusque dans l’état social. (b.)
CRÉATURE. V. Création.
* CRECER. ois. Syn. vulgaire de
la Draine, Turclus Viscivorus , L. F.
Merle. v'dr..z.)
* CRÉCERELLE, ois. Espèce du
genre Faucon , Falco Tinnunculus, L. F. Faucon. (b.)
* CRÉCHET. ois. Syn. vulgaire
du Motteux, Motacilla (Enanthe , L.