‹ Dictionnaire classique d'histoire naturelle [electronic resource] (volume 3)Chapitre 29 sur 221 · TOME V · texte numérisé non relu

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du Nil , et ce ttc excellente figure jointe à la parfaite description de Cuvier (Ann. du Mus. T. xiï, p. 1-26), donnera une idée parfaite de l’ostéologie des Animaux de cette importante famille. Les vertèbres du cou y portent des espèces de fausses côtes qui, se touchant par leurs extrémités , empêchent l’Animal de tourner la tête entièrement de côté ; leur sternum se prolonge au-delà des côtes et porte de fausses côtes d’une espèce toute particulière, qui ne s’articulent pas avec les vertèbres, mais ne servent qu’à garantir le bas-ventre. La mâchoire inférieure se prolongeant derrière le crâne, il semble que la supérieure soit mobile , et les anciens , qui l’ont cru, ont établi cette erreur, quoiqu’il soit certain que cette mâchoire supérieure ne remue qu’avec le reste de la tête. Ce sont les seuls Sauriens qui manquent d’os claviculaires ; mais leurs apophyses coracoïdes s’attachent au sternum comme dans toutes les autres. Les poumons 11e s’enfoncent pas dans l’abdomen, comme il arrive chez le reste des Reptiles , et des fibres charnues, adhérentes à la partie du péritoine qui recouvre le foie , leur donnent une apparence de diaphragme , cc qui joint , dit Cuvier (Règu. Anitn. T. n,p. 19), à leur cœur divisé en trois loges, et où le sang , qui vient du poumon , ne se mêle pas avec celui du corps aussi complètement que da n s les a u très Reptiles , rapproche davantage les Crocodiles des Quadrupèdes à sang chaud. Leur caisse et leurs apophyses ptérigoïdes sont fixées au crâne , comme dans les Tortues. La conformation de leurs mâchoires ne permet pas à ces Animaux de broyer leur nourriture; ils ne peuvent que déchirer leur proie et la briser avant de l’avaler. Leurs yeux sont

f'éaéralement très-rapprochés l’un de 'autre , et placés obliquement audessus de la tête. Leur cerveau est très-petit; leur œsophage trcs-amplc et susceptible d’une grande dilatation ; ils n’ont pas de vessie; le nombre de leurs vertèbres est de soixante, dont sept pour le cou et trente-trois

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pour la queue. Leur peau, fort dure, est défendue par des écailles et des plaques carénées qui, la recouvrant comme une armure, les mettent à 1 abri des attaques de tous les autres Animaux. Pour blesser le Crocodile, il .faut l’atteindre à nuelmie ioint

atteindre à quelque joint , comme ces hommes d’armes bardés de fer qu’avant l’invention de la poudre on ne pouvait tuer que lorsqu’on les atteignait au défaut de la • cuirasse. De tels avantages défensifs n’existent qu’aux dépens de l’agilité :

aussi, presqu’impénétrables comme les anciens paladins, les Crocodiles sont-ils les plus pesans des Animaux.

( Leurs armes défensives et offensives et leur cruauté les ayant , outre leur grande taille, rendus de tout temps fort célèbres , il n’était pas besoin d’exagérer leur force et leur puissance, ni de les comparer à l’Aigle ou au Lion pour nous intéresser à leur histoire; un Sa u rien , quel qu’il soit, ne peut avoir le moindre rapport de mœurs ou d’instinct avec un Oiseau ou un Mammifère. Cependant les Crocodiliens ont quelques supériorités sur le reste de la classe des Reptiles en tête de laquelle ils sont placés ; leur force semble leur donner une confiance en eux-mêmes , d’ou résulte une démarche grave et qui n’est pas sans majesté ; aussi , dans l’antiquité , les Hommes leur portèrent-ils un respect qui dégénéra bientôt en culte, ainsi qu’on le verra dans la suite de cet article. Toutes leurs espèces se tiennent habituellement dans les eaux douces; mais non-seulement quelques-unes les quittent parfois pour s’avancer assez loin dans la mer, on en voit souvent se promener sur le rivage des grands fleuves ou des marais des pays chauds, et venir y déposer leurs œufs sous l’influence d’un soleil ardent. La femelle n’abandonne pas au hasard le sort de sa progéniture. Elle lui construit des espèces de nids, veille sur ses petits et leur prodigue des soins protecteurs d’autant plus tendres , que le male cherche , dit-on , à les dévorer.

La plus grande confusion a long-

temps régné dans l’histoire des Cro-j codiliens, et les naturalistes les plus fi célèbres croyaient encore naguère!

qu'il n’existait qu’une seule espèce là oh nous en connaissons aujourd’hui au moins seize , constituant trois sous-genres, un genre entier et une!

famille naturelle toute particulière, j Telle est 1 erreur ou dous jette souvent le premier aspect de ces grandes races d’Aninraux que carac élisent des formes très-prononcées ou quelques traits frappans communs à tousj leurs individus , que, nous bornant à remarquer une étrange physiono-j mie dont l’imagination est fortement émue , nous croyons d’abord voir toujours le même être dans des espèces différentes. Long -temps on a cru à une seule espèce d’ Elé-

phant , à un seul Rhinocéros , à

un ou deux Cachalots ; aujourd’hui ces groupes extraordinaires par leur taille et leur forme se sont accrus; et depuis que , pour s’occuper des spécialités , on ne s'arrête plus à ce premier coup-d’œil supeificiel qui surprit tant de voyageurs et de na turalistes, on n’est pas moins en garde contre la tendance à réunir des espèces différentes sous une même désignation, que contre la tendance contraire qui porte certaines personnes à multiplier sans nécessité les ”, espèces et jusqu’aux genres. « La détermination précise des espèces et de leurs caractères distinctifs fait , dit judicieusement Cuvier ( Ann.

du Mus. T. x, p. S), la première base sur laquelle toutes les recher ches en histoire naturelle doivent être fondées. Les observations les plus curieuses, les vues les plus nouvelles perdent tout leur mérite quand elles sont dépourvues de cet appui, et, malgré l’aridité d’un tel travail, c’est par-là que doivent commencer tous ceux qui se proposent d’arriver à des résultats solides. » En efTct, si ti l’on eût été plus convaincu en France, p vers les deux tiers du siècle dernier, D de cette vérité si bien énoncée par 1< M savant professeur dont nous venonî »

de transcrire quelques ligues , l ’his- il

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i oire naturelle eût fait des progrès . «eaucoup plus rapides , et la iureur » 'écrire des pages éloquentes sur des hoses mal connues ou qu’on n’enl endait pas, n’eût pas égaré beaui oup de personnes capables de bien t bserver , mais qui malheureusement i nagiuèreut qu’un style éblouissant eut, dans les sciences exactes , dispenser de ces connaissances positives j< u’on a tenté de flétrir du nom de hiiinuties. Il appartenait à celui qui , Imit en signalant l’importance des .lus petits détails, ne négligea pas art de se faire lire , de débrouiller histoire confuse des Crocodiles , lomme pour mettre habilement en Pratique ses excellens préceptes. L’il— n istre et laborieux Cuvier "se procu- ; mt un grand nombre de ces Anii iaux conservés dans les collections es Paris , ou des débris de celles des espèces qu’il ne pouvait trouver en- ' ères daus nos musées , et consultant •ut ce qui avait été écrit avant lui ir une matière obscure, publia , [n 1807, dans les Annales du Muséum i Histoire naturelle, un Mémoire sur ïS différentes espèces de Crocodiles 'vans, qui fixa toutes les incertitup :s, et qui nous paraît un modèle par- ! i it de monographie. Il est aujour- 1 i hui même impossible de rien ajourr à ce grand travail quant au fond ;

I ut y a été examiné, comparé, pesé discuté ; les incertitudes qu’on • signalait se sont peu à peu résolues 1 après la marche philosophique l’indiquait l’auteur; le temps 11e 1 >urra que confirmer des observams si bien faites, et ajouter tout au us quelques espèces inédites à celles I ic Cuvier sut établir avec une rare I Lgacité. — Linné, rapportant à un i ême Animal tout ce qu’on avait écrit r les Crocodiles , soit du nouveau ,

; it de l’ancien monde, et même S ns l’antiquité, n’en reconnaissait, 1 us le nom de Lacerta Crocûdilus ,

! l’une espece unique. Jusqu’à ces ! | rniers temps , le nombre des Crodilcs varia de trois à quatre , sui- ! ut les auteurs qui , rapportant tour t* tour et comme s’ils ne se fussent

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pas même donné la peine de les consulter, les figures de Crocodiles qu’ils trouvaient dans les relations de voyages , dans Séba ou dans tout autre ouvrage. publié, embrouillèrent leur synonymie d’une manière inextricable. On peut donc regarder comme à peu près indifférent pour la science tout ce qui fut écrit ou compilé sur l’histoire des Crocodiles avant Cuvier; on ne doit excepter de cet amas d’erreurs et d’inutilités que les recherches de notre illustre collaborateur , Geoffroy Saint-Hilaire, qui, travaillant dans le même esprit que Cuvi'er, et ayant fait connaître les espèces du Nil , s’est associé à la gloire d’un travail qui nous servira de guide pour la rédaction de cet article.

Cuvier, après avoir isolé les Crocodiles des autres Sauriens, les divise en trois sous-genres qu’il nomme Caïmans {Alligatores) , Crocodiles proprement dits ( Crocodili) , et Gavials ( Longirostres ). L’ordre de ces divisions, que no us suivons ici, a seulement

été interverti dans le Règne Animal du même auteur qui a trouvé dans la disposition des plaques que nous appellerons nuchales et cervicales , et que ces Animaux portent sur. le cou , des caractères excellens pour distinguer les espèces.

f Caïmans, Alligatores. Ils ont la tête moins oblongue que les Crocodiles proprement dits ; la longueur et la largeur de cette partie, prise à l’articulation. des mâchoires, est leplus souvent comme trois à deux; elle- n’a jamais plus du double; la largeur du crâne fait plus du quart de la longueur totale de cette tctc ; les dents sont inégales; on en compte au moins dix-neuf, et quelquefois jusqu’à vingt-deux de chaque côté ; en bas au moins dix-neuf, et souvent vingt en ha ut; les premières delà mâchoire inférieure percent à un certain âge la mâchoiresupérieurc ; lesquatrièmes ,qui sont les plus longues , entrent dans le

creux de cette mâchoire supérieure, ou

clics sont cachées quand la bouche est fermée ; elles ne passent point dans les échancrures ; les jambes et

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les pieds de derrière sont arrondis et n’ont ni crêtes ni dentelures à leurs bords ; les intervalles des doigts ne sont remplis qu’à moitié par une membrane courte ; les trous du crâne , dans les espèces qui en ont , sont fort petits; l’une des espèces en manque entièrement. — Le nom de Caïman est emprunté du langage créole ; il désigne dans les colonies françaises , hollandaises , portugaises et espagnoles , tous les Crocodiles indifféremment. Marcgraaffle faitdériver de la langue du Congo; ce qui paraît vrai, car on a remarqué à Saint-Domingue que les Nègres qui viennent de cette partie de l’Afrique donnent d’abord le nom de Caïman aux Crocodiles qu’ils rencontrent, avant d’avoir pu savoir un mot de la langue du pays. Les colons anglais appellent ces mêmes Animaux Alligators. On dit Alligator (\è rivé d’ Allegàter, qui, ajoute-t-on , désigne le Crocodile dans l’Inde. C’est une erreur; Allegàter ainsi qu’ Alligator sont venus par corruption de l’espagnol et du portugais el Lagarto , le Lézard. — Tous les Caïmans connus jusqu’à ce jour, et dont la patrie est constatée , sont de l’Amérique.

i . Caïman a museau de Brochet, Alligator ( Lucius ) rostro depresso parabolico , scutis nuchæ quatuor , Cuv. , Ann. Mus.T.x , p. 28, pl. 1 ,fig. 8 ( le squelette de la tête en dessus), fig. i5 (le même vu de profil); etpl. 2 , fig. 4 ( les plaques nuchales et cervicales); Lacertus maxi/nus , Catesb.Cc/o/. 2, t. 63. Cette espèce , 1 une de celles que Gmelin ( Syst. Hat. xiii, T. il, part.

111, p. io58 ) avait confondues sous le nom de Ijacerla Alligator , paraît être propre à l’Amérique Septentrionale et peut être unique dans cette partie du Nouveau-Monde. C’est à elle qu’on doit rapporter tout ce qui a été dit sur les Crocodiles des Carolines, des Florides et de la Louisiane. La figure citée de Catesby, quoique médiocre , lui convient assez bien , tandis que celle de Hernandez ( Hist . Nat. Mex. 3a5 ) semble être celle d’un vrai Crocodile.

L’espèce dont il s’agit a été pour

la première fois authentiquement rapportée au Muséum d’Iiistoire naturelle par notre ancien ami ctconfrère, ■feu le voyageur Michaux ; elle s’élève assez loin vers le nord, et remonte le Mississipi ou ses affluens jusque vers le 3ac degré de latitude nord , C’est-à-dire hors de la région équinoxiale passé laquelle on ne voit plus de Crocodiles dans l’ancien monde. En Amérique il fait cependant quelquefois très-froid en hiver à de (elles latitudes. On rapporte que ces Animaux, à la Louisiane, se tiennent dans la boue , s’y enfoncent quand vient la mauvaise saison , et y tombent dans un sommeil léthargique , même avant la gelée. Ce sommeil est si profond , qu’on le$ peut couper en morceaux sans qu’ils donnent le moindre signe de sensibilité; mais les jours chauds les raniment aussitôt. Catesby dit la même chose de ceux qu’il a observés en Caroline , et qui ont été depuis fort bien étudiés par Bosc que nous laisserons parler. « Les œufs du Caï-j man (c’est ainsi que ce savant nomme le Crocodile qu’il a vu dans ses voyages en Amérique) sont à peine:

égaux à ceux d’une Poule-d’Inde; ils sont blanchâtres comme ceux du:

Crocodile du Nil, mais plus pe-f 'tits, et leur coque est d’une nature:

parfaitement semblable à celle desfj œufs d’Oiseaux ; ils sont bons à manger, quoique sentant un peu le musc,, et les habitans les recherchent. Dès) que les petits sont nés ils vont se jeter! à l’eau ; mais la plus grande partie y! devient la proie des Tortues , des| Poissons voraces , des Animaux am-* phibies , et même , dit-on , des vieuxf Crocodiles. Ceux qui survivent ne S' nourrissent la première année que det larves d’insectes et de très-petits Pois-4 sons. J’en ai conservé pendant plu-} sieurs mois une nichée entière compo-df sée d’une quinzaine d’individus, et quel (p j’avais prise au filet dans une marejll

voisine de mon habitation en Caroline; j’ai observé qu’ils ne mangeaient} jamais que les Insectes vivans, et qu’il fallait même que ces Insectes se missent en mouvement pour les détermi- H

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or à se jeter dessus , ce qu’ils fài- ■ient alors avec uue grande voracité, en se disputant souvent le même jjet. Au reste, ils ne cherchaient en icune manière à nie faire de mal rsqueje les prenais nans les mains, u bout de la première année , les rocodiles ne sont que de petits et ibles Animaux ; ce n’est que dans courant de la seconde qu’ils t euncnt des dents redoutables, et ;:ie leur crâne acquiert une épaisur suffisante pour les mettre à, . ibri des coups. La durée de leur jee est inconnue; mais il y a des its qui tendent à prouver qu’elle >it s’étendre autant et plus même i. ie celle d’un Homme. Ils ne muent is , et par-là évitent une crise qui t fatale à la plupart des Reptiles. Le unbre des ennemis capables de les.

truire est d’ailleurs fort peu noraeux lorsqu’ils ont acquis toute leur rce. Ils peuvent rester très-longmps sans manger. C’est sur le rivage -s grands fleuves, au milieu des lacs marécageux , qu’ils s'établissent de' référence : ils s’y rencontrent queliiefois en troupes nombreuses : là trouvent sécurité d’un côté et londauce de l’autre ; ils y vivent de .'enouilles , de Poissons , d’Oiseaux uatiques , enfin de tous les Aniaux qu’ils peuvent attraper. Les liens , les Cochons , et même les eufs, ne sont pas à l’abri de leur •racité. On rapporte qu’ils les saiisent au museau ou par les jambes tand ils vont boire , et les entraient dans l’eau afin de les noyer. Je < e suis amusé quelquefois en Caroie à les faire sortir de leurs retraites accourir vers moi en faisant japer on Chien de chasse sur les bords s rivières. Je leur lâchais ordinaiment mes deux coups de fusil ; mais telquefois je les laissais approcher ! »ur pouvoir leur donner quelques ’ ups de bâton; ce dont ils ne s’eftyaient pas beaucoup. Jamais ils ont cherché à m’attaquer; ils se rcaient gravement lorsqu’ils voyaient iil n y avait rien à gagner pour f- * autour de moi. Quoique lourds ,

ils nagent avec facilité; mais leurs mouvemens deviennent encore plus pesans lorsqu’ils sont à terre. Dès que les Nègres de la Caroline en aperçoivent qui sont trop éloignés de leur retraite, ils leur coupent le chemin , se mettent plusieurs à leur poursuite ,. les tuent à coups de hache , et se régalent de leur queue.

J’en ai trouvé souvent morts ainsi mutilés, qui répandaient une odeur d’ammoniaque si infecte, que, quelque désir que j’eusse d’observer la marche de leur décomposition , et de chercher des Insectes que je pouvais espérer de récolter autour d’eux , je n’ai jamais pu en approcher. Les Vautours même , pour qui la chair la plus corrompue est- un régal , abandonnent celle-ci dès qu’elle est arrivée à- un certain degré d’altération. En Caroline les^ Crocodiles se font des trous ou des terriers trèsprofonds, ou ils passent l’hiver en entier, et même toute la journée pendant l’été. Ces trous sont nonseulement le plus souvent placés dans les marais qui accompagnent presque toutes les rivières , mais aussi quelquefois sur le bord de mares très-petites situées au milieu des bois. J’ai tenté tous les moyens possibles d’en prendre avec des pièges de plusieurs sortes à l’entrée de ces trous , mais je n’ai jamais pu y réussir. Tous les matins mes pièges étaient détendus , et les Crocodiles étaient sortis sains et saufs. On les prend cependant assez facilement dans ce pays avec des Oiseaux et de petits Quadrupèdes vivans qu’on lie à un gros hameçon attaché à un Arbre par le moyen d’une chaîne de fer. Dans la Floride , où la population est moins nombreuse et la clialeur plus considérable , les Crocodiles se trouvent en bien plus grande abondance ; Bartram , dans la Relation de son voyage sur la rivière Saint-Jean, rapporte en avoir vu les eaux couvertes dans des espaces considérables : ils y gênaient la navigation au point de l’obliger plusieurs fois de l’interrompre, v Ce même Bartram ajoute que la femelle dé-

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pose ses œufs par couches avec des lits alternatifs de terre gâchée et en forme de pc lits tertres de trois à quatre pieds de hauteur. Il assure avoir trouvé des Crocodiles dans le bassin d’une fontaine thermale dont l’eau vitriol ique était à un degré de chaleur fort élevé. Ce qu’il dit des combats que ses compagnons armés soutinrent avec un de ces Animaux qui venait attaquer son camp, peut paraître exagéré à ceux qui ont vu ailleurs les Crocodiles attaquer rarement les Hommes, et qui ont lu ce qu’en rapporte Bosc. Celuici dit encore qu’en été , et surtout au temps des amours , les Crocodiles font entendre des mugissemens presque aussi forts que ceux d’un Bœuf, et qu’on ne peut comparer à aucun autre cri. Outre les caractères communs avecsescongénères, leCaïmanà mâchoire de Brochet a son museau aplati , dont les côtés sont presque parallèles et se réunissent en avant par une courbe à peu près parabolique ; les bords des orbites sont très-relevés, mais il n’y a point comme dans l’espèce suivante une crête transversale qui les unisse ; il y a sur le dos dixhuit rangées transversales de plaques relevées chacune d’une arcte ; le nombre des arêtes ou des plaques de chaque rangée est ainsi qu’il suit :

une rangée à deux arêtes , deux à quatre , trois à six , six à huit, deux à six; et le reste à quatre, sans compter les impaires qui se trouvent quelquefois sur les côtes ; ces arêtes sont assez élevées et à peu près égales ; mais sur la queue les arêtes latérales dominent, comme dans tous les Crocodiles proprement dits , jusqu’à ce qu’elles se réunissent. Il y en a dix-neuf rangées transversales jusqu’à la réunion des deux crêtes, et autant après; mais Ce dernier nombre est plus sujet a varier que celui des plaques du dos ; la couleur du dessus est d’un brun verdâtre très-foncé; le dessous est d’un blanc teint de vert, et les flancs sont rayés assez régulièrement des deux couleurs. La longueur totale comprend sept largeurs et demie de tête. Ces Ani-

maux ne mangent jamais dans l’eau, d’oü ils retirent leur proie pour la dévorer à terre après l’avoir noyée. Ils

E réfèrent la chair du nègre à celle du lanc, évitent )gs eaux saumâtres, ne se rendent jamais dans la mer par la crainte que leur inspirent les grandes Tortues et les Requins qui les attaquent; enfin ils tiennent toujours leur gueule fermée pendant leur sommeil.

2. Le Caïman a lunettes , Alligator ( Sclerops ) porcâ transversâ inter orbitas, nuchœ fasciis osseis quatuor cataphraeæ , Cuv. , loc. cit. , n.

3 1 , pl. i , fig. 7 ( le squelette de la tête en dessus), fig. 16 (le même vu de profil ) , et pl. 2 ( les plaques nucliales et cervicales ) ; le Caïman , Encycl. Rept., p. 55 , pl. 2, fig. 1 et 2 (d’après Sybile-de-Mérian, Surin. , pl. lxix); Lacerta Crocodilus , L. , Amæn. ac. 1 , p. i5i ; Séba , 1, pl.

civ, f. 10 ; Crocodilus Americanus , Laurent., Ampli., n. 84 1 ; Jacare, Marcgr. , Brasi.l. , 242. Cet Animal , connu plus particulièrement sous le nom de Crocodile de la Guiane , et qu’Azzara appelle Yacaré , est évidemment le même que le Jacare de Marcgraaff, et l’un de ceux dont le compilateur Gmeliu a entassé divers synonymes sous le nom de Lacerta Alligator. Son museau , quoique large , 11’a pas ses bords parallèles; la figure de ce museau est un peu plus triangulaire que dans l’espèce précédente; la surface des os de la tête est très-inégale , et comme cariée et rongée par de petits trous; les bords inférieurs des orbites sont très - relevés ; le crâne 11’est percé derrière les yeux que de deux trous assez petits ; outre quelques écailles répandues derrière l’occiput , la nuque est armée de quatre bandes transversales très - robustes qui se touchent et vont se rendre à la série des bandes du dos. Les deux premières sont chacune de quatre écailles, et, par conséquent , relevées de quatre arêtes dont les moyennes sont quelquefois très-effacées ; les deux autres n’en ont plus souvent que deux ; lcs plaques transversales du dos sont au

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>mbrc iic deux rangées à deux arê- * , de quatre à six , de cinq à huit , | i ; deux à six, et de quatre à quatre ; iis , avec l’âge , des écailles laléra- » , peu marquées d’abord, prennent i forme des autres , efcdl laut ajouter ■ ux au nombre des plaques à arê- ' ; de chaque rangée. Il est au reste ; re de trouver deux individus parlement semblables à cet égard. La uleur de l’Animal est d’un vert eu en dessus avec des marbrures [régulières verdâtres et jaunâtres us ou moins pâles en dessous.

r\2zara parle d’une variété rousse plus ande et plus féroce que la variété i dinaire. Correa de Serra a rapporté (.Cuvier que les Jacares du Brésil éridional différaient aussi un peu de '. uxdu Brésil septentrional, qui sont > mêmes que les Caïmans de r lyenne. Tous acquièrent une fort I ande taille ; le Muséum d’Histoire ; iturelle en possède un individu de ize pieds ; Cuvier en a vu de qua- ). rze. Le Caïman à lunettes est probe ment le Crocodile de l’Amérique téridionâle ; il s’y étend jusque par trente-deuxième degré sud , c’estiire à la même distance de l’équaur que le précédent remonte dans | Nord. Sa vitesse à la course n’équit ut pas à la moitié de celle de l’Hom- 1 e, qu’il n’attaque jamais, ou du i oins que très-rarement , et dans le f s seulement ou celui-ci menace ses j u fs que la femelle défend cou- | geusement ; elle en pond jusqu’à i ixanteet les dépose dans le sable, i prenant la précaution de les cacher »us une légère couche de paille ou de uilles sèches, qui n’inlercepte pas

• influence salutaire de la chaleur du bleil. Ce Crocodile passe la nuitdans

* eau, et le jour étendu sur le sable f eposé à l’ardeur du jour; mais à | einc aperçoit-il le chasseur ou son r bien , qu’il se précipite dans les

ivières ou dans les marais où il ' plaît. On assure qu’en certains jeux, quand ces marais se dessè- : lient, ce qui reste de vase fluide dans jurs enfoncemcns est tellement rem- J li de oes Caïmans qu’on ne voit plus

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que leur dos , leur tête et leur queue. Probablement alors les gros dévorent les petits. Ils évitent l’eau de la mer, et sont très-communs à Cayenne.

C’est donc à tort que Séba a prétendu que l’Animal dont il donne une figure que nous rapportons à l’espèce dont il est question lui était venu de Ceylan. Azzara dit que les habitans du Paraguay se servent pour prendre le Yacaré d’une flèche construite de telle sorte qu’étant lancée dans son flanc , elle y laisse le fer dont elle est armée , mais de manière à s’en détacher , et que les deux parties restent néanmoins unies l’une à l’autre à l’aide d’une longue corde. L’Animal blessé se retire dans quelque trou sous l’eau , mais son asile est signalé par la partie flottante du trait , et l’on peut aisément l’y atteindre pour achever de lui ôter la vie.

5. Le Caïman a paupières osseuses , Alligator ( palpebrosus ) palpebris osseis , nuchœ Jasciis osseis quatuor cataphractœ , Cuv., /oc, cit. , p.

55, pl. i, fig. 6 ( le squelette de la tête vu par-dessus ), fig. 17 ( le même vu de profil), et pl. 2, fig. 2 (les plaques nuchales et cervicales ). Cuvier pense que cette espèce est celle que Blumenbach avait sous les yeux quand il voulut désigner le Crocodile qu’il appelait Lacerta Crocodilus. La plus grande confusion règne dans l’histoire de cette espèce qui vient de Cayenne , et qu’on a quelquefois regardée comme la femelle de l’espèce précédente. Elle a d’abord un rang de quatre plaques carénées, séparées derrière la nuque que suit un autre rang de six plaques plus petites, isolées , par paires , et après lequel viennent cinq paires de plaques plus grandes , étroitement contiguës par leur côté intérieur. Les plaqi*s dorsales commencent par un rang de quatre plus petites; les autres , par six sur chaque rang , forment un carrelage assez régulier , marqué d’arêtes très-vives et continues. Les mœurs de cet Animal sont inconnues, et Cuvier en recommande l’étude aux voyageurs.

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4. Le Caïman hérissé , Alligator trigonatus, Schneider , Hist. Amph., il, pl. i et 2 ; Caïman à paupières osseuses , seconde variété, Cuv. , loc.

cit. , pl . s, fig. i (les plaques nuchales et cervicales ) ; Séba , T. i , pl. io5 , fig. 3. Cette espèce , encore moins bien connue que la précédente , a été désignée également mal à propos par Séba comme venant de Ceylan.

On doit la rechercher en Amérique.

Cuvier pense que le Crocodile à large museau de Daudin est le même , et croit que l’on possède au Muséum l’individu provenant de la collection du Stathouder , qui a servi de modèle à la figure ae Séba , copiée par Shaw comme convenable au Crocodile ordinaire ou du Nil. Un individu de cette espèce, étiqueté de la main d’Adanson Kmkodile noir du Niger , et conservé au Muséum d’Histoire naturelle , fait présumer que l’Hérissé est originaire de l’Afrique occidentale. Ce serait alors le seul Caïman connu jusqu’ici qui ne vînt pas du Nouveau - Monde. C’est aux voyageurs éclairés à lever de tels doutes.

5.. Le Caïman de Cuvier , Alligator Cuuieiii, N. ; Crocodilus Cuvierii, Leach. , Mis. zool. pl. 102. Celte espèce, dédiée au naturaliste qui tira du chaos l’histoire des Animaux qui nous occupent , est originaire de l’île Dauphine, dépendante de l’Amérique méridionale.

ff Crocohii.es proprement dits, Crocodili. Ils ont la tête oblongue , deux fois plus longue que large, et quelquefois plus large encore ; la longueur du crâne fait moins de la longueur totale de cette tête ; les dents inégales sont au nombre de quinze à chaque côté en bas , et de dix-neuf en haut. Les premières de la mâchoire inférieure percent à un* certain âge les supérieures ; les quatrièmes , qui sont les plus longues de toutes , passent dans des échancrures, et ne sont point logées dans des creux de la mâchoire supérieure. Les pieds de derrière ont le plus souvent à leur bord externe une crête dentelée ; les

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intervalles de leurs doigts , au moins des externes , sont entièrement pal- ■ més; leur crâne a derrière les yeux 1 deux larges trous ovales que l’on t sent au travers de la peau, même j dans les individus desséchés. On dis- j tingue facilement les vrais Crocodiles t des Caïmans , parce que les quatriè- i mes dents inférieures de ceux-ci sont j reçues dans des creux de la mâchoire j supérieure , et des Gavials , dont le j museau est incomparablement plus j mince et plus allongé, et dont les j deux premières dents, ainsi que les deux quatrièmes inférieures , passent dans des échancrures de la mâchoire supérieure. — Le nom de Crocodile, employé dès l’antiquité la plus re- !

culée , est , selon Hérodote , de racine ionienne. Les Grecs le donnèrent à l’Animal du Nil que les habilans du pays appelaient Chamsès , d’ou les Égyptiens modernes ont tiré le nom actuel de Temsach , parce qu’ils lui trouvèrent des rapports de figure avec le Koslordylos de leurs haies qui était le vrai Stellio des Latins , devenu aujourd’hui un Gecko. — Il n’existe dans aucun genre autant de difficulté pour débrouiller la synonymie des :

espèces que dans celui-ci. L’habitude 1 où l’on avait été jusqu’à Cuvier de rapporter au Crocodile antiquement connu, et qui fit long-temps l’une 1 des principales célébrités du Nil , tous les Crocodiles , soit de l’Asie , soit de l’Afrique , et plus tard du Nouveau - Monde , la ressemblance qu’ont entre elles la plupart des espè- ; ces de l’ancien continent qui parve- ; naient dans les premières et informes collections de LEurope , les figures • détestables données de ces Animaux par la plupart des voyageurs, tout | a contribué à jeter flans le plus grand désordre un chapitre de la science où il semblait à jamais impossible de rétablir l’ordre , et sur lequel Geoffroy de Saint-Hilaire at- ; tira le premier l’attention des savaus par les excellons Mémoires qu’il don- j na sur les Crocodiles du Nil. La connaissance exacte de ceux-ci ne remonte pas au-delà de l’époque où 1 il*

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lustre professeur prit part à la gloire des armées françaises, quand celles-ci pénétrèrent jusqu’aux frontières de l’Ethiopie. Par les soins des deux savans célèbres que nous venons d e citer , nous connaissions déjà parfaitement six espèces de Crocodiles proprement dits. Les belles collections commencées dans notre famille par notre aïeul Journu , augmentées par les soins de l’un de nos oncles, le comte de Testai , accrues par nos voyages , et qui font aujourd’hui la plus belle partie des richesses naturelles du Muséum de Bordeaux, ont mis Graves, l’un de nos proches pavens ,en état d’en augmenter le nombre par la description de deux belles espèces parfaitement constatées , et que nous intercalerons à leur place dans l’article que nous consacrons au second sousgenre de Crocodiles.

6. LeCiiAMSÈs,C/ocorf//«5 C/iamses, N. ; Crocodile vulgaire, Cuv. loc. cit.

{). 4o, pi. 1 , fig. 5 (le squelette de a tête vu en dessus) ; fig. 1 2 ( le même vu de profil ), et pl. 2 , fig. 7 (les plaques nuchales et cervicales); Geoffr., Ann. Mus. T. x, p. 82 , pl. 5 (mal à propos numérotée 4), fig. 1 (parfaite); Lacerta Crocodilus , L., Gmel., Syst.

JNal ., xm, t. 1 ,pars 3,p. 1057; Séba, i , tab. loi , fig. 12. Tout anciennement célèbre que fût cet Animal, le Crocodile par excellence , on n’en avait que de détestables figures et d’imparfaites descriptions , jusqu’à l’époque ou GeofFroy l’examina avec cette sagacité qui le caractérise, et en publia l'histoire comparée avec celle du Crocodile de Saint - Domingue ( Civcodilus acutus, Cuv. ), et de l’espèce suivante. Empruntons donc le texte de GeofFroy même. « Le Crocodile du Nil a été vu par un grand nombre de voyageurs; c’est probablement celui dont Belon a donné la figure ; elle rend assez bien le renflement de la partie antérieure du cou; mais elle est d’ailleurs vicieuse , surtout à l’égard des pieds qui ne sont ni tétradactyles , ni tout onguiculés. Il paraît encore que c’est un individu de cette espèce qui fut

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disséqué par les premiers anatomistes de l’Académie des sciences. La tête du Crocodile vulgaire est dans la proportion de 10 à 20, ou, autrement, a deux fois la longueur de sa base. Ses yeux sont plus écartés que dans les autres espèces : l’intervalle qui les sépare est creusé en gouttière , sans offrir la moindre apparence de crête.

Son chanfrein en avant est aussi parfaitement plane; les deux dernières rangées de plaques sur le cou sont

Ï)lus rapprochées l’une de l’autre et es plaques plus larges que longues :

celles de la première rangée sont à peu près à une même distance respective. Quant aux rangées d’écailles sur le dos, j’en ai compté dix-sept ; puis dix-huit sur le gros tronçon de la queue , et vingt - une sur la seconde portion qui la termine en ne comprenant dans ce nombre que les rangées à une seule crête médiane : ce qui donne cinquante six en tout , ou six de moins que dans le Crocodile de Saint - Domingue. Les plaques du dos sont remarquables par l’égalité de leur volume, leur forme exactement carrée, et les crêtes de chacune, qui sont peu et également élevées. La couleur est d’un verd tirant sur le bronze; c’est le même arrangement que le Crocodile de Saint-Domingue , sauf que le noir est étendu par plaques aans celui-ci , et qu’il est apparent dans l’autre sous la figure de rayures étroites qui partent des crêtes comme d’autant de centres distincts ; les écailles sont en outre creusées dans le même sens. Les flancs et le dessus des jambes ne sont que nuancés de noir : le vert y domine davantage que sur le dos ; il est l’unique couleur du ventre. » Le Muséum d’Histoire naturelle possède des individus du Crocodile qui nous occupe depuis un et deux pieds jusqu’à douze de longueur. Cette espèce acquiert une bien plus grande taille enfcorc :

on la retrouve sans doute dans tous les grands fleuves de l’Afrique. Il est du moins certain qu’elle habile le Sénégal , le Zaïre et dans le Jooliba. Elle était autrefois commune jusque dans

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le Delta ; aujourd’hui il faut remonter beaucoup le Nil pour la rencontrer : ce qui prouve que ces régions , maintenant beaucoup moins peuplées sans doute qu’elles pourraient l’être, ne l’ontcependant jamais été autant qu’on l’a prétendu, malgré les grands monumens qui sont restés de la magnificence de leurs premiers habitans. En dépitdu respect quepurent avoir ces hommes superstitieux pour les Crocodiles , il n’est pas croyable qu’ils l’eussent laissé se multiplier au point, qu’aux environs d’Ainbos et d’Arsinoë . il y eût du danger à se laver les pieds ou les mains dans la rivière. Quel que fût son respect héraldique pour les Ours qu’elle élevait dans les fossés de sa capitale, l’aristocratique république de Berne n’en faisait pas moins une chasse active aux autres Ours de ses environs. Les Crocodiles et les Ours , comme tous les autres Animaux de proie dangereux ou incommodes pour l’Homme, deviennent nécessairement rares et finissent par disparaître partout où notre espèce établit sa domination. — Nous ne reproduirons pas ici toutes les labiés qu’on a débitées sur le Crocodile du Nil , sur sa voracité, sur la guerre que lui faisait l’Ichneumon; on ne s’occupe dans ce Dictionnaire que de choses utiles à connaître. Nous proposerons seulement dans les rapports du Crocodile commun du Nil avec l’antiquité, d’adopter, pour le désigner spécifiquement, le nom de Chamsès qui est le véritable; celui de vulgaire ne rend pas une idée assez liste, car les autres espèces sont égaement vulgaires dans les contrées où on les rencontre, tandis que le Chamsès ne s’y trouve pas ; autant qu’il est possible, on doit préférer des noms qui n’impliquent contradiction nulle part . et qui sc trouvent consacrés par l’antique usage. Geofl’roy, en restituant le nom de Suchus à l’espèce suivante, nous a donné l’idée de cette légère innovation , la seule qu’on puisse sc permettre après le beau travail de Cuvier. — Aujourd’hui le Chamsès ne se tient en Egypte que

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dans les régions supérieures du Nil et dans les parties où il ne s’engourdit jamais comme il le faisait au temps d’Hérodote, parce qu’il faisait moins chaud vers l’embouchure du fleuve fécondateur que vers la contrée où se trouvent maintenant les Crocodiles. Ces Animaux parviennent , d’après le voyageur Hasselquitz qui a confirmé les traditions anciennes à l’égard de leur taille , aux plus fortes dimensions. On prétend qu’il en existe aujourd’hui même qui ont jusqu’à trente pieds et plus de longueur, ce qui n’est pas une preuve qu’on en ait jamais vu de vingtsix coudées , comme les historiens l’ont avancé. La femelle pond deux ou trois fois par an , mais à des distances très-rapproehées , une vingtaine d’œufs qu’elle enterre dansle sable et qu’elle abandonne à la chaleur équinoxiale qui les fait éclore au boutd’une quinzainede jours selon les uns, et d’une viugtaine selon les autres. Les Ichneumons détruisent beaucoup de ces œufs , dont la grosseur est double de celledes œufs d’Oie, qu’enveloppe une coque blanche et calcaire, etauxquelsla mère, bien différente de la femelle des Caïmans , ne prend aucun intérêt. Malgré la forte odeur de musc que répand le Chamsès , les habitans des rivages qu’il fréquente recherchent beaucoup sa chair, ainsi que le faisaient , selon Hérodote, chez les anciens Egyptiens , les habitans d’Eléphanline. On voit par cet exemple que l’idée de manger des Dieux , comme tant d’autres singularités humaines, s’est rencontrée chez plus d’un peuple , et n’est pas uüe nouveauté dans l’histoire des religions modernes.

7. LeSucnos, Crocodilus Suchus, Geoffroy, loc. cit., p. 84, pl. 3, fig. 2, 3 et 4 ( le squelette de la tête d’après un individu momifié ). V. pl. de ce Dict. « Il existe au moins une variété de Crocodiles, dit Cuvier, et dont Geoffroy a trouvé la tête embaumée dans les grottes de Thèbes. Elle est un peu plus plate et plus allongée que celle du Crocodile vulgaire. Nous en

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