CR
que son Crocodile atteigne audelà de sept pieds de longueur , et pense qu’il doit se trouver , comme le précédent , dans tous les grands fleuves de l’Afrique, mais surtout dans le Niger. Ce n’estpointici le lieud’examiner si le Suchos de Geoffroy , moins féroce et plus timide que le grand Crocodile ordinaire du Nil , fut celui que les anciens Egyptiens adoraient spécialement sous le nom de Suchus, et si ce nom de Suchus était un nom spécifique ou le nom propre de l’individu adoré, comme Apis ne signifiait pas un Bœuf, mais le Bœuf exposé à l’adoration des fidèles de ce temps. Qu’importe ce qu’ont pu dire à ce sujet Hérodote, Aristote , Diodore , rline , Ælien, Strabon , Plutarque , Cicéron , Damasius cité par Photius , et, après tous ces anciens , Bochard , Kirchcr, Paw, Jablonski et Larcher? Les doctes controverses qui résulteraient de la comparaison de leurs écrits n’ont pas , en histoire naturelle, le mérite qu’y acquiert la description exacte de la moindre partie d’un crâne embaumé depuis plusieurs milliers d’années , quand cette description aide à exhumer une espèce inédite à travers la poussière des sépulcres , et que cette espèce a survécu non-seulement à des peuples qui lui adressèrent des vœux , mais encore à la plus grande partie des monumens et des usages par lesquels ces peuples orgueilleux croyaient triompher de l’oubli, et rendre leur mémoire éternelle.
8. Crocodile a deux arêtes , Crocodilus ( biporcatus ) rostro porcis 2 subparallelis , scutis nuchæ 6 , squamis dorsi ovalibus, octofariam positis , Cuv., loc. c/'A, p. 48, pl. 1, fig. 4 (squelette de la tête vu en dessus); fig. i5 (le même vu de profil), et pl. 2, fig. 8 (les plaques nuchalcs et cervicales) ; Crocodilus porosus de Schneider; Séb.
Mus. T. i,pl. io3,fig. 1, ctpl. io4, fig. 12, que le compilateur Gmelin rapporte à son Lacerta Gangetica. Cette espèce est à proprement parler le Crocodile des Indes et des archipels asiatiques. C’est elle qui habile les rivages
io8 CRO
des Séchclles , de Ceylan , de Java et de Timor où n’existent cependant pas de grands fleuves. Le Crocodile à deux arêtes s’avance quelquefois dans les flots de la mer , sans cependant s’éloigner jamais du rivage. C'est encore de lui qu’on nous a deux fois apporté de très-jeunes individus vivans à l’Ile-de-France , où plusieurs habitans nous conjurèrent de les' faire mourir, dans l’appréhension peu fondée qu’on ne les laissât échapper, et qu’ils ne multipliassent dans le pays. On en possède au Muséum des individus, depuis leur sortie de l’œuf jusqu’à la taille de douze pieds. Il ressemble assez au Charnsès , mais il en diffère parce que ses plaques cervicales sont très • différemment groupées , et que les dorsales, plus petites et plus nombreuses, ont une tout autre forme, et laissent entre elles des espaces triangulaires qui, par l’opposition de leur base, forment des espèces de bandes intermédiaires, de losanges ou de petits carrés joints par leurs angles aigus ; des pores qui ne sont sensibles dans le Crocodile ordinaire du Nil que sur le reste des écailles des trèsjeunes individus , se développent au contraire avec l’âge daps celui-ci, et lui donnent un aspect tout particulier. La couleur de ce Crocodile est plus brune que dans les précédens , et des taches encore plus foncées , isolées sur les flancs , se rapprochent en bandes noirâtres sur le dos. Labillardière nous apprend qu’on croit énéralement à Java que l’Animal ont il est question ne dévore jamais sa proie sur-le-champ , mais qu’il l’enfouit dans la vase où, après l’ayoir laissée trois ou quatre jours se corrompre , il va la rechercher.
La même habitude s’observe dans d’autres espèces.
9. CîtQCODILE A LOSANGE , CrOCOd'dus ( rhombifer ) r09t.ro convexiorc ; porcis 2 convergentibus, scutis nuchœ 6, squamis dorsi quadcatis sexfariam positis ; mernbrorurn squamis crassis , carinaûs , Cuv. , lue. cil., pag. 65, pl. 1, f. i-3 ( le squelette de la tcLe vu
CRO
en dessus , en dessous et de profil ). On ignore la patrie de cette espèce trèsimparfaitement connue, recommandée aux recherches des voyageurs , décrite surfdeux individus mutilés , dont aucune figure n’a été gravée , dont les écailles affectent à peu rès la même disposition que celle u Cliamsès du Nil , et dont enfin le fond de la couleur verdâtre est tout piqueté en dessus de petites taches brunes très-marquées.
10. Crocodile a casque , Crocodilus ( gaieatus ) cris ta elevalâ bidentatâ in vertice , scutis nuchœ 6 , Cuv. , loc. cit, p. 5 1 , pl. 1 , fig. 9 (le squelette de la tête en dessus); Crucodilus Siamensis de Schneider , Encycl. Rept.,pl. i,fig. 3( médiocre et donnée comme celle du Crocodile ordinaire); Faujas, Hist. de la Mont, de Saint-Pierre de Maëstricht , pl. 43 ( encore donnée pour celle du Crocodile du Nil). Cette espèce dont on doit la connaissance aux missionnaires français qui en firent la description à Siam ( V. Mém.
de l’Acad. des Sc. avant 1699, T.
iii, p. 2, p. 255, pl. 64) , est à peu près la seule que Cuvier n’ait point vue. Sa figure a été reproduite dans l’Hist. génér. des Voyages et jusque dans le Dictionnaire de Déterville comme celle du Crocodile de 1 antiquité , et, dans toutes ces copies, on a soigneusement conservé les deux crêtes dentelées que le dessinateur fit régner Risqu a l’extrémité de la
Sue ue , et omis les palmures des pieds e derrière, qui sout des fautes grossières que contredit formellement la desciiption. Le Crocodile à casque , remarquable par les deux crêtes triangulaires , osseuses , implantées l’une derrière l’autre sur la ligue moyenne du crâne, est aussi de la grande taille. L’individu décrit avait dix pieds de long. Il n'en existe pas d’individus dans les galeries du Muséum d Histoire naturelle.
11. Crocodile a deux plaques, Crocodilus ( bisulcatus ) squamis dorsi intermediis quadralis , exterioribus invgularibus subsparsis , scu -
CRO
s nuc/iœ a, Cuv., loc. cil. p. 53, i. a , f. 6 ( les plaques nuchales i cervicales). Il paraît que cette csèce imparfaitement connue , délite d’après deux individus en assez îauvais état, est le Crocodile noir ’Adanson (Sénégal, p. 7.3), dont nnelin et Gronou ont fait, on nevoit as pourquoi , un synonyme de leur /. acerta Gangetica qui est le Gavial, •n ne connaît pas positivement sa atrie qu’on présume être la côte ocdentale d’Afrique. Sa couleur est lus foncée que celle des autres Croodiles ; ses mâchoires sont plus almgées que celles du jChamsès , mais mins que celles de l’espèce de Saint- 'omingue à laquelle il ressemble ailleurs par la disposition des plaues du dos. Il est surtout caractéi-sé par les cervicales qui sont au ombre de quatre, dont deux plus otites situées près de la nuque , et eux fort grandes qui semblent iso- ■es au milieu du cou.
12. Crocodile de Graves, Croco- •lus{Grauesii) rostro œqua/i ad basirn 'ano, scutis nuchœ se. v , squamis orn- ’.bus tuberculosis, dorsalibus quinque xfariam disposais, pedibus cristatis,
. . pl. de ce Dict. ; Crocodilus p/a- ’iroslris, Graves , Ann. gén. des Sc.
! lys. T. n , p. 348. Nous ignorons .écisément quelle est la patrie de :tte espèce , mais nous avons des lisons de la croire africaine, et mêie des côtes du Congo , parce que la oau en avait été anciennement venue à notre aïeul Journu , avec oaucoup d’autres objets d’histoire aturelle, par un chirurgien de nare qui avait souvent été à la traite ;s Nègres dans cette contrée. Cette ;au, parfaitement restaurée et cranllée, faisait partie de la magnifique élection réunie par notre famille urant trois générations , et donnée 2puis la révolution à l’Académie de ordeaux où elle existe encore. L’excelnte description qu’en a faite Graves, Dire proche parent, qui futconsci-vaur de ce trésor lorsque nous fîtes appelé aux armées , doit méritera i jeune et modeste naturaliste la dé-
CRO 1 09
dicace que nous lui faisons d’une espèce remarquable dont nous donnerons la figure. L’épaisseur de son corps et de ses membres lui donne une forme trapue et un aspect de pesanteur qu’on ne retrouve dans aucun autre Saurien. Sa largeur est au moins le cinquième de sa longueur totale , tandis que dans les autres elle n’est jamais que le huitième au plus. Sa tête fait le neuvième de sa longueur totale qui , dans l'individu décrit, est de trois pieds dix pouces et demi. Sa plus grande circonférence par le milieu du corps est de deux pieds trois pouces. La tête ne présente aucune convexité ni saillie de bosses frontales , de sorte que le chanfrein est parfaitement plane. Le crâne est percé de deux fosses ovales , médiocres; tous les os en sont comme rongés et percés de petits trous , ainsi que dans le Caïman à lunettes ; il est muni à son bord postérieur de cinq petits tubercules en forme de dents. Sa tête représente un triangle isoscèle allongé ; l’extrémité du museau arrondie , et sa surface couverte de gros tubercules obtus , disposés sans ordre régulier ; le grand diamètre des yeux qui sont à seize lignes de distance l’un de l’autre est de dix lignes ; la mâchoire supérieure est garnie de dix-huit dents pointues de chaque côté , dont la quatrième et la dixième sont les plus fortes; l’une îles quatrièmes ayant été cassée , ou remarque dans sa cavité une petite dent de la même forme; la mâchoire inférieure a quinze dents de chaque côté; la quatrième est reçue dans une échancrure latérale de la mâchoire supérieure ; une autre échancrure prolongée reçoit aussi les neuvième, dixième et onzième dents; cette mâchoire inférieure est remarquable par son épaisseur qui , au premier coup-d’œil, la fait paraître plus large que la supérieure ; le cou est encore plus large et plus gros que la tête ; derrière l’occiput on voit quatre nuchales tuberculeuses , transverses ; à quinze lignes de celles-ci sc trouvent six cervicales disposées
1 ÎO
sur deux ligues parfaitement droites , quatre antérieures et deux postérieures, assez petites, élevées en tubercules
Î)ointus, à côtés inégaux , et enlremêéesdans leur distance de petits tubercules, tels qu’on les trouve sur le reste du cou ; le dos est recouvert de dixhuit rangées de petites plaques carrées dont les unes se terminent en tête de clou , d’autres en pointes un peu recourbées , et quelques autres en lames tranchantes. La première rangée a seulement deux plaques ; les onze suivantes en ont chacune six; puis viennent cinq rangées de quatre plaques, et enfin une dernière de dix ; dans les intervalles de ces rangées on observe quelques autres tubercules très-petits; le plastron dorsal composé de toutes ces plaques est large de quatre pouces, et forme un parallélogramme assez régulier; les flancs sont garnis , ainsi que les côtés du cou , de petites écailles arrondies , portant chacune un tubercule émoussé, et entremêlées d’autres très-petites écailles bosselées ; la queue ne présente que vingt-neuf rangées transversales au lieu de trente-cinq qu’on trouve ordinairement dans les autres Crocodiles ; elle occupe seule la moitié de la longueur totale de l’Animal; les plaques qui la recouvrent, tant en dessus que latéralement, sont parfaitement semblables en petit à celles du dos , c’est-à-dire carrées et tuberculeuses; les crêtes peu sensibles qui résultent du prolongement de leurs tubercules sont épaisses , obtuses , immobiles et comme osseuses ; elles commencent à la sixième rangée, et se réunissent à la dix-septième; la crête terminale n’est pas plus saillante que les autres; les membres, qui sont très-gros, ont leurs plaques supérieures et latérales prolongées en tubercules obtus, en sorte que la superficie de l’Animal paraît hérissée de protubérances; les pieds antérieuis ont cinq doigts; les postérieurs en ont quatre entièrement palmés , dont les trois intérieurs présentent des ongles totalement émoussés ; le contour des pâtes est arrondi , et ne porte
CRO
aucune apparence de crête sembia-M ble à celles de la queue; ledessous est! entièrement revêtu de plaques car-3 rées , disposées par bandes transver-j sales , lisses et unies , mais dans les-| quelles on observe une certaine dis-v position à devenir tuberculeuses ;j vsous le cou et la mâchoire inférieure! ces petites plaques sont plus épaisses* et munies d’un pore ; des pores pa-.
refisse retrouvent dans les rangées qui» avoisinent les cuisses et sous les mein-? bres; la couleur des parties supé4 rieuresest d’un brun foncé noirâLrert celle des parties inférieures esL d’uni jaune sombre. L’individu décrit paraît^ avoir été fort vieux , à en juger païf l’épaisseur des os et la force des tu-! hercules qui ne sont pas le produif d'une disposition particulière de l’é-i piderme , mais qui résultent de 14 substance même des plaques. Ce| Animal s’éloigne par ses formes dr sous-genre dont il présente du rest< exactement tous les caractères. 1 pourrait bien en être une espèco plus terrestre qu’aquatique , si i’oij en juge par la petitesse et l’immôbilita de ses crêtes , et peut-être Laurent! l’a-t-il eu en vue en mentionnant so Crocodilus terrestres ( Ampli., n. 86 dont la synonymie , établie coram au hasard , ne convient pas à sot Sa urien .
io. Crocodile a museau effilé • Crocodilus (acutus) 2 squamis do/ sj intermediis quadralis , ex terioribu* irregularibus subsparsis , scutis nu »
cliæ 6 , rostro productiore ad basit* convexo , Cuv. , loc. cit., p. 55, pl. i fig. 5 ( le squelette de la tête vu par1 dessus), fig. i4 (le même vu de profil) etpl. 2 ,fig. 5 ( les plaques nuchalese cervicales); Geoflroy, Ann. du Mus»
T. x , p. 79 , et T. il , pl. 27 , fig.
( parfaite); Séba, Mus. T. i, pl. io4 fig. i-g. Cuvier pense qu’on peut aus 1 si rapporter à cette espèce la figur de la planche cent sixième du mêm t Séba , qui , remplie de défauts essen !
ticls, dont l’un des moins importai» t est encore l’augmentation imaginair du nombre des doigts aux pieds d derrière , a été la source déplus d’un
CRO
; erreur. Geoffroy Saint -Hilaire a le premier bien caractérisé et décrit oet- :e espèce, qui est le Crocodile des Antilles et particulièrement de Saint- Domingue où on l’appelle Caïman, ffl est extrêmement commun dans loues les rivières et les mares de celle graille île, où l’on imagina long-temps qu’il i tait identique avec le Chamsès ou Crocodile du Nil. Plumier en avait déjà,
■ /ers la fin du dix-septième siècle, fait . 'anatomie , et des communications . les manuscrits de ce religieux avaient mis Bloch à portée d’en parler, mais mparfaitement. La largeur de la tête i l'articulation des mâchoires est leux fois et un quart de sa longueur. La longueur du crâne ne fait [u’un peu plus du cinquième de celle ; le toute la tête; les mâles ont cepenlanttoutesces proportions un peu plus f mutes que les femelles , et qui se rap- >rochent un peu de celles des femelles ; luCrocodile ordinaire du Nil , surtout i juaud ils sont jeunes. Les bords des nâchoires sont plus fortement feston- - îés en ligne sinueuse que dans les i utres espèces. Les plaques nuchales i :t cervicales sont à peu près pareilles i celles du Chamsès, mais les dorsales ont fort différemment disposées , ne » ormant proprement que quatre li- : nés d’arêtes , comme dans le Croco- ! die à deux plaques. La tête équivaut un peu plus du septième de la ongueur totale. Les écailles inférieurs ont chacune un pore. Le dessus lu corps est d’un vert foncé, tacheté l marbré de noir, le dessous est d’un ert pâle. Le docteur Descourlils a ' oigneusement observé les mœurs du • Irocodile de Saint-Domingue ; il nous ppreud que les mâles sont beaucoup moins nombreux que les femelles ; u’ils sc battent entre eux avec acharleinent ; que l’accouplement sc fait ians 1 eau sur le côté ; que l’intromislon dure à peine vingt-cinq sccon- 1<;S5> ciue les mâles sont propres à la ,énérationa dix ans, et les femelles à un t ou neul; que la fécondité de elle-ci ne dure guère que quatre ou , mq ans ; que ces femelles se creusent i 'vec les pales et le museau un trou
circulaire dans le sable sur un tertre un peu élevé afin d’y déposer vingthuit œufs humectés d’une liqueur visqueuse rangés par couches séparées d’un peu de terre , et recouverts d’un peu de limon battu ; enfin que la ponte a lieu en mars, avril et mai , et que les petits éclosent au bout d’un mois. Ces petits n’ont que neuf à dix pouces au sortir de l’œuf, mais ils croissent jusqu’à plus de vingt ans et atteignent seize pieds au moins dé longueur. Lorsqu’ils éclosent , la femelle vient gratter la terre pour les délivrer , les conduit, les défend et les nourrit en leur dégorgeant la pâture pendant trois mois , espace de temps pendant lequel le mâle cherche à les dévorer. Comme les autres Crocodiles , celui de Saint- Domingue ne peut manger sous l’eau sans courir risque de s’étouffer, mais il y entraîne ses victimes , les y enfouit durant quelques jours sous la Vase , et ne les mange qu’après que la putréfaction s’y est manifestée. 11 préfère aussi la chair du nègre à celle du blanc. Le docteur Descourtils ajoute que ce Crocodile, plus flexible que ses congénères , peut porter l’extrémité de sa queue à sa bouche.
l4. CkOCODIEE DE JoUBNU , C/'O-
codilus ( Journei ) rostro productiore subcylindrico ; scutis nuchæ sex ; squa/ni.s dorsi subrotundis sexfaiiam disposais ,• squamis omnibus tp orosis [V. planchesde ce Dictionnaire); Crocodile intermédiaire , Graves , loc. cit. , p. 344. C’est à la mémoire de notre aïeul que nous dédions cette belle espèce , espèce dont l’acquisition fut faite vers le milieu du siècle dernier , qu’on soupçonnait être originaire de l’Amérique, et qui se voit maintenant dans le Muséum de Bordeaux. Ayant perdu la description que nous en avions rédigée lorsque l'Animal était sous nos yeux, nous donnerons celle que la science doit à Graves ; elle n’est pas moins soigneusement faite que celle qu’on a lue au n° 12. La longueur totale del’individu, parfaitement conservé et préparé par notre aïeul luimême, est de huit pieds sept pouces neuf lignes, où la tête entre pour plus
CRO
cl’un sixième et la queue pour près de la moitié. La longueur de la tête est plus du double de sa largeur; cette partie estoblongue, ayant son museau beaucoup plus effilé que celui des autres Crocodiles, et se rapprochant déjà par sa forme du m usea u des espèces qui formeront le sous -genre suivant. Ce museau est convexe et allongé , presque en cylindre dans son tiers inférieur , ce qui donne d’abord au Crocodile de Journu l’aspect d’un Gavial dont la tête serait antérieurement tronquée; le dessus du crâne est revêtu d’une plaque saillante , un peu déprimée, à peu près quadrangulaire et ondulée à son bord postérieur. Les yeux sont placés antérieurement à cette convexité ; audessus de chacun d’eux se trouve un sillon large et profond qui se continue vers l’occiput. Les oreilles sont percées dans ce sillon ; le museau est parfaitement lisse , nu , arrondi et légèrement élargi à son extrémité ; les narines y sont percées dans un enfoncement membraneux situé à un pouce au-dessus de l’extrémité. La mâchoire supérieure porte dix-huit dents pointues , fortes et coniques de chaque côté ; Les quatrièmes et dixièmes sont une fois plus grandes que les autres ; ces dernières ont jusqu’à quatorze lignes de largeur. La mâchoire inférieure est munie de seize dents de chaque côté ; les deux extérieures traversent en entier l’extrémité de la mâchoire supérieure; les quatrièmes, longues de quinze lignes , sont reçues dans une échancrure latérale de la mâchoire supérieure. Les bords des mâchoires sont très-festonnés ; les yeux un peu enfoncés , situés à deux pouces l’un de l’autre , avec leurs paupières rudes et écailleuses. Le cou , gros et à peu près cylindrique , supporte immédiatement derrière le crâne cinq nuchales ovales , petites , très- écaillées , disposées sur une ligne transverse. A quatre pouces en arrière sont les cervicales, au nombre de six, disposées en un groupe arrondi, et toutes pourvues d’arêtes; deux sont antérieures, quadran-
CRO
gulaires, à côté convexe ; deux latérales plus petites de moitié, à arêtes plus tra nchan tes, et deux postérieures semblables aux latéi’ales , mais plus petites de moitié. A quatre pouces derrière ces plaques commencent les dorsales distinctement disposées sur six rangs. Celles des deux rangs du milieu sont à peu près carrées , celles des autres rangs se rapprochent d’autant plus de la forme ovale ou arrondie, qu’elles sont plus voisines des flancs.
Toutes sont munies d’arêtes longitudinales très-fortes. On compte seize rangées transversales jusqu’à l’origine de la queue ; la première n’est composée que de cinq plaques , les dix suivantes en ont chacune six ; premièrement deux rangs de cinq, ensuite un rang de quatre , et enfin deux de trois. Indépendamment des six rangées longitudinales , on aperçoit de chaque côté , un autre rang écarté de plus de trois pouces des autres et composé seulement de six plaques ovales éloignées les unes des autres. La queue a dix-huit rangées transversales jusqu’à la réunion des crêtes, et dix-sept après cette réunion. Les arêtes des rangées externes ne se changent en crêtes qu’au septième rang, et celles des plaques intermédiaires cessent d’être sensibles dès le quatrième. La crête caudale est très-forte, formée de lanières distinctes, longues de trois pouces , dirigées en arrière.
Les côtés du cou et des flancs sont couverts d’écailles nues, luisantes, ovales ou arrondies , plus grandes sur les flancs , plus petites, comme réticulées sur le cou. Le dessous est garni de rangs transversaux d’écailles carrées , mais plus petites sur le cou et entre les cuisses , et très-grandes sous la queue , et l’on n’y trouve ab solument aucune trace ae pores. Les écailles des côtés de la queue sont ovales. Les membres sont gros sans être trapus, arrondis dans leurs contours , munis chacun sur le bord extérieur de la dernière articulation d’une crête semblable à la crête caudale , mais plus petite ; ils sont revêtus d’écailles irrégulières en dessus,
parfaitement rhomboïdes et réticulées < la surface inférieure. Les pieds anérieurs ont cinq doigts libres dont es deux extérieurs sont privés d’on- „'les , et les trois intérieurs munis chatcun d’un ongle pointu long de six lignes. Les pieds de derrière sont bien aalmés ; ils ont trois doigts munis chat :un d’un ongle droit très-fort, long ie dix-huit lignes , et un quatrième loigt extérieur sans ongle. Le Crocolile de Journu est d’un vert jaunâtre ’oncéqui, durantlavie, n’a pas dû être F ians un certain éclat. Les plaques cai -enées sontcouvertes de points bruns.
! L.es flancs sont jaunâtres , le ventre i out-à-fait jaune et la queue verte marbrée en dessous. On voit, par celle description , combien notre espèce rîst intéressante ; elle forme un passade aux Gavials et se distingue aisé- : nent , même au premier coup-d’œil , lie toutes lesautres.
Les Crocodilus carinatus , oophulis :t palmatus de Schneider, appartiennent bien certainement au sous-genre llont nous venons de nous occuper; nnais Cuvier déclare n’avoir pu dis— •erncr, dans les courtes indications }[ue donne de ces espèces le naturaliste qui les mentionna, des carac- ( cres suffisans pour les rapporter pluôt à une espèce qu’à une autre.
Le Crocodilus Pentonix , du même * uteur, est sans doute un Animal maginaire auquel il rapporte, sans aisons suffisantes , le C. terrestris de jaurenli , et qui fut fondé d’après me figure vicieuse de Séba , que nous vons citée en parlant du Crocodile à tr useau effilé, n° i3.
•fff Gavials, Longirostres. Ils ont e museau rétréci, cylindrique, exrêmement allongé, un peu renflé au >out; la longueur de leur crâne répond peine au cinquième de la longueur toale de la tête; les dents sont presque gales; vingt-cinq à vingt-sept de cha- [uccôléen bas; vingt-sept à vingt-huit n haut; les deux premières et les deux (uatriemes de la mâchoire inférieure •assent dans les échancrures de la upérieurCjCt non pas dans des trous; c crâne a de grands trous derrière