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Telles sont les principales différences que présente le Sang considéré comparativement dans les divers animaux vertébrés; mais ce ne sont pas les seules dont on ait à parler ici, car lorsqu'on examine ce liquide dans le même individu, on trouve que ses propriétés ne sont pas les mêmes lorsqu'il revient des diverses parties du corps vers le cœur, et qu'il se porte de cet organe vers le poumon , ou quand il a déjà éprouvé l'action de l'air, et qu'il parcourt les artères pour aller se distribuer aux divers organes.
Le Sang veineux est d'une couleur plus foncée que le Sang artériel; il se coagule moins facilement, e(, d'après les expériences de Prévost et Dumas, il renferme moins de globules solides. On avait pensé que sa capacité pour le calori(jue était également différente, mais les expériences de J. Davy ont fait voir que cette opinion n'était pas exacte. Lorsque ce liijuide se coagule, il s'en échappe des bulles de gaz acide carbonique, et si on le place sous le récipient de la machine pneumatique, le dégagement de ce Uuide devient beaucoup
9 niCT. HES SCIENCES NAT.
plus abondant. D'après quelques essais de Hassenfratz, il paraîtrait que le Sang artériel tient au contraire en dissolution du gaz oxygène; mais ce fait, qui serait très-important pour la théorie de la respiration, a besoin d'être vérifié, (y. Respiratiou , Circclatiopi.)
SANG DES MAr..US. bot. (Paulct.) Synonyme d'Agaric scarlalin.
SANGA. BOT. La plante décrite et figurée par Rumph (Herb. Jinboin., t. ii, p. 259, tab. 85), sous le nom de Caju-Savga, Arborvernicis, est VHernandia sonora, L. ^. Hernandie.
SANG -DRAGON, bot. Substance résineuse, d'une couleur rouge vive, dont il existe plusieurs variétés commerciales, produites par des espèces diverses de végétaux qui croissent dans les pays chauds du globe. Le Sang-Dragon en roseau est extrait des fruits du Calamus Rotang, petit Palmier des Indes orientales. On l'obtient soit en exposant ces fruits à la vapeur de l'eau bouillante, qui les ramollit et fait exsuder la résine, soit en les cuisant dans l'eau après avoir été concassés. Le premier procédé fournit un Sang-Dragon d'une très- belle qualité, dont on forme de petites masses ovales d'un rouge brun, dures, d'une cassure peu brillante, de la grosseur d'une prune, que l'on entoure de feuilles de Calaiiiits, et que l'on vend disposées en colliers. Comme le Sang-Dragon en roseau a une valeur plus considérable que les autres sortes, les marchands vendent souvent du Sang-Dragon altéré auquel ils donnent la forme et l'apparence du Sang-Dragon en roseau. Le procédé par la coclion des fruits dans l'eau, donne une résine moins pure que la précédente, et d'une moins belle couleur; on façonne cette résine en petits palets arrondis, d'un demi-pouce environ d'épaisseursur deux à trois pouces de diamètre. Une deuxième sorte de Sang-Dragon découle par des fissures naturelles du tronc du Dracœna Diaco, L., plante arborescente de la famille des Asparaginées, qui croît dans les îles Canaries où son tronc acquiert souvent d'énormes dimensions, l^. Drago:«ier. Il est en fragments lisses, durs, secs, d'un brun rouge, à cassure un peu brillante, et entourés des feuilles de la plante. Enfin il y a une troisième sorte de Sang-Dragon, beaucoup moins estimée que les précédentes, et qui provient du Pterocarpus Draco, L., arbre de la famille des Légumineuses. Ce Sang-Dragon est en morceaux cylindriques, comprimés, longs environ d'un pied, et épais d'un pouce, souvent altérés par des cor|)S étrangers, et jamais entourés de feuilles de Monocotylédones.
Le Sang-Dragon contient, selon Thomson, un peu d'acide benzoïque; mais cet acide y est en trop petite quantité pour qu'on doive placer le Sang-Dragon au rang des baumes, ainsi que le chimiste anglais l'a proposé. L'alcool dissout presque en totalité celte substance résineuse; la dissolution est d'un beau rouge; elle tache le marbre et pénètre d'autant plus profondément que la pierre est plus chaude, propriété dont on a profilé pour faire une composition qui imite le Granit. Le Sang-Dragon se dissout aussi dans les huiles; il forme du tannin par l'action des acides nitrique et sulfiirique.
SANGLIER. MAM. Nom français de l'animal sauvage ■ 31
qui est la souche du Cochon domestique, cl qu'il serait plus convenable de conserver comme synonyme du genveSus. Les espèces de Sangliers ayant été décrites au mot Cochon (t. ii, p. 3-21), on y renvoie le lecteur, ainsi qu'au mot Phacochoere (t. vu, p. 500); mais depuis la publication de l'article Cochon, on a proposé dans le genre Sus, de Linné, des changements assez considérables; ce genre serait divisé de manière que le Bubirossa deviendrait le type d'un genre distinct qui prendrait le nom de l'espèce; et il ne resterait dans le genre Cochon que l'espèce d'Europe et ses nombreuses variétés, ainsi que le Cochon des Papous, Sus Papuensis, décrit par Lesson dans la Zoologie de la Co(|uille, pi. 8, et le Sanglier à masque. Sus larvattis, F. Cuvier. Les Pécaris ont été distingués sous le nom de Dicotfles, par F. Cuvier, et les Phacochères ou Phascochères ont formé un genre distinct pour recevoir deux espèces confondues sous le nom de Sanglier du Cap-Yert, Sus /Ethiopiens.
SANGLIER DE MER. rois. Synonyme vulgaire de Caprisque. y. ce mot.
SANGLIN. MAM. y. ODISTITI VBIGAIRE.
SANGSUE. Sauf/uisuga. anïïêl. Nom générique qui a été réservé par les naturalistes modernes à un petit grouped'Annélides, qui renferme la «SaM^sHe employée en médecine et quelques autres espèces voisines. Savigny place ce genre dans sa famille des Sangsues (Hirudines),en lui assignant pour caractères distinctifs ; ventouse orale peu concave , à lèvre supérieure très-avancée, presque lancéolée; mâchoires grandes, très-comprimées, à deux rangs de denticules nombreux et serrés. Dix yeux disposés sur une ligne courbe, les quatre postérieurs plus isolés; ventouse anale obliquement terminale. Les Sangsues proprement dites diffèrent des Branchellions par l'absence de branchies saillantes; elles partagent ce caractère avec les Albiones et les Hœmocharis; mais elles s'en distinguent suffisamment par leur ventouse orale de plusieurs pièces, non séparée du corps par un étranglement, et à ouverture transverse. Elles se rapprochent davantage des Bdelles, des Hœmopis, des Néphélis et des Clepsines; mais les Sangsues ont des mâchoires finement denticulées, et cette seule particularité ne permet pas de les confondre. En étudiant avec plus de soin les caractères propres aux Sangsues, on voit, suivant Savigny, qu'elles ont le corps obtus en arrière, rétréci graduellement en avant, allongé, sensiblement déprimé, et composé de segments quinés, c'est-à-dire ordonnés cinq par cinq, nombreux, courts, égaux, saillants sur les côtés et très-distincts. Le vingt-septième ou vingt-huitième, et le trente deux ou trente-troisième portent les orifices de la génération. Ce corps n'offre aucune trace d'appendices dans toute son étendue; mais il est terminé en arrière par une ventouse anale, et en avant par une autre ventouse qui porte le nom d'orale. La ventouse anale est moyenne, sillonnée de légers rayons dans sa concavité, et obliquement terminale. La ventouse orale, formée de plusieurs segments, est peu concave et non séparée du corps; elle a une ouverture transverse et à deux lèvres : la lèvre inférieure est rétuse; la lèvre supérieure, très-avancée et
presque lancéolée lorsqu'elle s'allonge, devient trèsobtuse quand elle se raccourcit; elle est formée par les (rois premiers segments du corps, dont le terminal paraît plus grand et obtus. La bouche, qui est située dans son fond, est grande relativement à la ventouse orale, et munie de mâchoires dures, fortement comprimées et armées sur leur tranchant de deux rangs de denticules très-fins et très-serrés. Les yeux, au nombre de dix , sont disposés en ligne Irès-courbée ; six rapprochés sur le premier segment, deux sur le troisième, et deux sur le sixième; ces quatre derniers sont jjIus isolés. Les espèces de ce genre que l'on emploie en médecine, ont été d'abord confondues sous le nom de Sangsue médicinale; mais on a distingué depuis la Sangsue ofiicinale, et quelques auteurs en admettent un plus grand nombre, tandis que d'autres ne les considèrent que comme des variétés produites souvent par les localités que ces animaux fréquentent. Quoi qu'il en soit, les Sangsues ont entre elles les plus grands rapports quant à leurs habitudes. Elles vivent dans les élangs, les marais, les ruisseaux, et elles sont trèsabondantes au nord comme au midi de l'Europe; les autres continents en sont aussi pourvus. La récolte en est très-simple; des hommes, des femmes et des enfants entrent nu-jambes dans l'eau, et saisissent avec les mains ou prennent avec des filets les individus qu'ils rencontrent et qui viennent quelquefois s'attacher à leur corps. On se sert aussi quelquefois, pour appât, de chair ou de cadavres d'animaux. Dans les contrées où le commerce des Sangsues se fait en grand et où la récolte a lieu d'une manière régulière, on évite d'épuiser les étangs par de trop fréquentes pêches, et on sait repeupler ceux qui se trouvent trop appauvris en y transportant des œufs qui sont contenus dans des cocons du volume d'une très-grosse olive. Vers le mois d'avril ou de mai, suivant la rigueur de la saison, on envoie des ouvriers munis de bêches et de paniers, dans les petits marais fangeux qu'on sait en contenir en abondance. Ces ouvriers enlèvent des parties de vase qu'ils reconnaissent renfermer des cocons , les déposent dans des pièces d'eau préparées pour les recevoir, laissent sortir les petites Sangsues de ces cocons, et, six mois après, retirent ces Sangsues pour les placer dans des étangs plus vasles. Alors (sans doute pour augmenter leurs moyens de nourriture et hâter leur accroissement) ils commencent à leur livrer des vaches et des chevaux en les faisant paître sur les bords de ces étangs, et ce n'est qu'au bout de dix-huit mois qu'ils les fournissent au commerce.
Parmi le grand nombre des Sangsues, il se rencontre souvent des individus qui ne mordent pas; tout le monde sait que cela a toujours lieu lors(|u'elles sont gorgées de sang, et l'on a remarqué qu'elles étaient également privées d'appétit à l'époque où elles changeaient de peau. Souvent aussi on trouve mêlées aux Sangsues médicinales les Sangsues de Cheval, et cette espèce, à laquelle on attribuait les accidents Inflammatoires «lui se montrent quelquefois à la suite de l'application des Sangsues, refuse constamment de se fixer sur la peau de l'Homme et ne l'entame jamais; mais dans une foule d'autres cas, plusieurs Sangsues, quel-
SAN
que moyen que l'on emploie, ne prennent pas, sans qu'on ait pu encore en savoir la cause. Divers procédés sont mis en usage pour la conservation des Sangsues : on les lient ordinairement renfermées dans des vases remplis d'eau, et on a soin de renouveler fréquemment ce liquide; mais on a souvent reconnu que ce procédé n'élait pas le meilleur, et quelques pharmaciens ont imaginé de placeraufond du vase de la mousse et quelques corps étrangers pour que les Sangsues puissent, on glissant entre ces corps, se débarrasser des mucosités qui revêlent leur peau et s'accumulent quelquefois en assez grande abondance. Savigiiy n'admettait que trois espc^ces de Sangsues :
Sangsce MÉDicmALE. Sangutsuga vieilicinalis , Hinido iiicdiciiialiis de Linné, Millier, Ciivier, Lamarck.Savigny, Leacli, Moquin-Tandon (Monographie des Hirudinées). Corps long de quatre à cinq pouces dans son élat moyen de dilatation, mais susceptible de se l'accourcir ou de s'allonger de plus de moitié; formé de quatre-vingt-dix-huit segments très-égaux, faiblement carénés sur leur contour, hérissés sur ce même contour de petils mamelons grenus, qui se manifeslent et s'effacent à la volonté de l'animal : il n'en reste aucune trace après la mort. Ventouses inégales : la ventouse orale plissée longitudinalement sous la lèvre supérieure; l'anale double de l'autre, à disque un peu radié. Couleur, vert foncé sur le dos, avec six bandes rousses; trois de chaque côté. Les deux bandes intérieures plus écartées, presque sans taches; les deux mitoyennes marquées d'une chaîne de moucheinres et de points d'un noir velouté; les deux bandes extérieures absolument marginales, subdivisées chacune par une bandelelle noire. Ventre olivâtre, largement bordé et entièrement maculé de noir. En Europe, dans les eaux douces.
Sapigspe oFFiciiViiiE. lyawjfMi'sî/jfa ofjficinalis , Sav.; Hirudo provincialis , Caréna; vulgairement ^an^rsue verte. Corps de même grandeur que dans la Sangsue médicinale, formé du même tiombre de segments, également carénés et susceptibles de se hérisser de petites papilles sur leur carène; couleur, vert peu foncé, avec six bandes supérieures disposées comme dans la Sangsue médicinale, mais très-nébuleuses et très-variables dans leur nuance et dans leur mélange (le noir et de roux; le dessous d'un vert plus jaune que le dessus, bordé de noir, sans aucune tache. Les six yeux antérieurs sont très-saillants, et paraissent être Ijropres à la vision. Avec la précédente.
Sangsue ghandleuse. Sanguisuga graimlosa, Sav., Moq. Corps formé de quatre-vingt-dix-huit segments, garnis sur leur contour d'un rang de grains ou tubercules assez serrés. Trente-huit à quarante de ces tubercules sur les segments intermédiaires. Mâchoires et ventouses des deux précédentes. Couleur générale, le vert-brun, avec trois bandes plus obscures sur le dos. Leschenault l'a rapportée de Pondichéry où les médecins l'emploient au même usage que la Sangsue médicinale.
Depuis Savigny, la liste des espèces s'est beaucoup accrue par les recherches de plusieurs naturalistes. Néanmoins Blainville n'en reconnait qu'une seule espèce
bien distincte, Hirudo viedkinalis, L., et il établit cinq variétés sous les noms de Sangsue médicinale grise, Sangsue médicinale verte. Sangsue médicinale marquetée, Huz.; Sangsue médicinale noire, et Sangsue médicinale couleur de chair; et il propose, mais probablement sans succès, de changer le nom de Sangsue proprement dite en celui de Jatrobdtila.
SANGSUE VOLANTE. HAa. Synonyme de Phyllostome. y. ce mol.
SANGSUES. Hirudiiies. annél. Savigny (Syst. des Annélides) a établi dans la classe des Annélides un quatrième ordre sous le nom d'Hirudinées, Hirudineœ; il comprend une seule famille, celle des Sangsues, Hirudines. Celte famille, dont il va être question, renferme, outre les Sangsues proprement dites, plusieurs autres genres, et elle correspond à la famille des Hirudinées, fondée antérieurement par Lamarck. Ses caractères distinctifs sont, suivant Savigny : corps terminé k chaque extrémité par une cavité dilatable, préhensible, faisant les fonctions de ventouse. Bouche située dans la ventouse antérieure ou orale, pourvue de trois mâchoires.
Les Sangsues ont été connues très-anciennement; il paraîtrait même que l'animal dont il est fait mention dans la Bible, au chap. 30, vers. 15 des Proverbes de Salomon, sous le nom hébreu à'Haliicah ou Gnaluka, était une Sangsue. Au reste, les auteurs grecs font mention des Sangsues sous le nom de Uella; et les auteurs latins en parlent sous celui A' Hirudo et de Sanguisuga ; mais il serait difficile de dire à quelle espèce ces noms s'appliquaient. A la renaissance des lettres, on employa le nom de Sangsue d'une manière un peu plus précise; mais on ne s'entendit réellement sur son acception qu'à l'époque où l'on vit naître les classifications, et où l'on assigna des caractères distinctifs aux espèces. Linné en décrivit huit (Fauna Suecica, p. 503), et, depuis lors, on en augmenta considérablement la liste sans beaucoup d'examen , et sans chercher à reconnaître dans les espèces qu'on y rapportait les caractères que Linné avait assignés à ce genre. La classification n'éprouva pendant longtemps aucun changement, et l'on conserva intact le genre Hirudo fondé par Ray et adopté par Linné, jusqu'à ce qu'on eut reconnu enfin la nécessité de subdiviser ce groupe formé par des animaux très-différents les uns des autres. Ce fut alors que Leach, Oken, Savigny, Dutrochet, Johnson, Lamarck, etc., créèrent chacun de leur coté de nouvelles divisions aux dépens du genre Hirudo. Quelques-unes de ces divisions, étant synonymes, furent supprimées afin d'éviter le double emploi, et le tableau qui termine cet article présentera ceux qu'on adopte généralement. Tous ces genres réunis constituent la famille des Sangsues.
Le corps des Sangsues est mou, contractile, revêtu d'une viscosité généralement abondante, et composé d'anneaux nombreux, extensibles, quelquefois très-peu marqués et difficiles à compter; en avant, il est terminé par une cavité plus ou moins profonde, qui quelquefois est simple, et qui ordinairement est formée par un certain nombre de segments. C'est la ventouse orale, Capula de Savigny, au fond de laquelle est située la
hoiiche. En anière, on remarque une autre cavité ayant la forme d'un disque, et qui est produite par une expansion du dernier anneau du corps : on la désigne sous le nom de ventouse anale, Colyla de Savigny. Toutes deux sontpréliensiles et servent à l'animal pour se fixer alternativement en avant et en arrière. Le corps des Sangsues est encore caractérisé par la présence des yeux, ou du moins dépeints noirs ayant l'aspect d'yeux, par l'ouverture anale située à l'opposite de la bouche, sur le dos, à la naissance de la ventouse anale, et par les ouvertures des organes génitaux, mâle et femelle, placés sous le ventre vers le tiers antérieur du corps, à une petite distance l'un de l'autre. — Les téguments des Hirudinées n'ont encore été étudies anatomiquement que dans un petit nombre d'entre elles. On a remarqué qu'il était possible de distinguer dans la peau de la Sangsue médicinale trois parties, l'épiderme, la couche colorée et le derme. L'épiderme est très-mince et parfaitement incolore, mutique, c'est-à-dire se renouvelant, et cela tous les quatre ou cinq jours dans la saison chaude. U adhère intimement à la peau, mais non pas dans toute son étendue ; car il est souvent libre entre les interstices des anneaux dont le corps de la Sangsue est formé. Lorsqu'on l'a détaché, on remarque qu'il est parfaitement transparent dans les points qui adhéraient à la couche colorée, et légèrement opaque, ou même d'une couleur blanchâtre dans ceu,xoù il était resté libre en passant d'un segment à l'autre. Le microscope montre qu'il est percé d'une infinité de petits trous par lesquels sort une liqueur gluante, qui lubréfic la peau , et dont nous verrons plus bas l'origine. La couche colorée, ou la tunique colorée, ou bien encore le piginentiim , situé immédiatement au-dessous de l'épiderme, adhère fortement au derme qu'il recouvre. Les couleurs qu'il présente sont très-différentes dans les diverses espèces de Sangsues; quelquefois la couleur est unie, noire et généralement plus foncée sur le dos que sous le ventre; d'autres fois il existe sur le fond des lignes ou bien des taches diversement colorées; souvent enfin le pigineiitum est d'une teinte claire ou même incolore, et alors on voit au travers de la peau, et assez distinctement, tous les organes situés à l'intérieur du corps. Le derme ou la couche la plus profonde de l'enveloppe cutanée offre une organisation curieuse; c'est une tunique assez épaisse, à aspect mamelonné et à articulations distinctes et circulaires, qui donnent au corps de l'animal l'aspect froncé ou plutôt annelé qu'on lui observe. Les intervalles qui existent entre ces sortes d'anneaux sont recouverts par l'épiderme, et semblent destinés à faciliter les mouvements en tout sens de la Sangsue.
On peut regarder comme une dépendance du derme les organes particuliers de sécrétion qui, semblant contenus dans son intéiieur, le traversent et viennent aboutir à la surface de la peau. Ces organes, qu'on a désignés sous le nom de cryptes, consistent eu des sortes de petits sachets, dont les ouvertures se voient plus ou moins distinctement sur chacune des rides de la peau, où ils font, dans certains cas, une légère saillie. La liqueur qui en sort est onctueuse et gluante; si on l'enlève avec un linge, elle ne tarde pas, ainsi qu'on
le sait, à se renouveler. D'autres ouvertures se remarquent à la face inférieure du corps. Ce sont de petits trous placés régulièrement de chaque côté de cinq anneaux en cinq anneaux, et ordinairement au nombre de quinze à vingt; ils fournissent un fluide clair et gluant; ce sont aussi ces orifices que l'on considère comme l'entrée des poches pulmonaires, ainsi qu'on le verra plus loin.
Au-dessous du derme sont situés les muscles ; on en voit d'abord une couche dont les fibres sont transversales; elle adhère intimement au derme, et, suivant Moquin-Tandon, on ne doit pas l'en distinguer. Cette couche recouvre d'autres muscles djnt la direction est longitudinale, et au-dessous de ces derniers on en retrouve encore quelques-uns qui sont transversaux. Indépendamment des mouvements généraux et variés qui résultent de cette complication de moyens, les Sangsues sont jiourvues, ainsi qu'il a déjà été dit, de deux ventouses placées à l'extrémité du corps. Si l'animal est sur terre ou au fond de l'eau, ou même quelquefois à la surface de ce liquide, et qu'il veuille changer de place, il lui suffit de fixer d'abord sa venlouse anale, et d'allonger ensuite son corps pour aller attacher aussi avant que possible sa ventouse antérieure ou orale. Alors il fait lâcher prise à la venlouse postérieure, et, se contractant, il la ramène et la fixe près du point d'appui qu'il vient de prendre, puis il détache bientôt sa ventouse orale, et s'allonge pour la porter de nouveau en avant.
Le canal digestif est composé de deux tuniques pellucides ; et, vers son extrémité, on observe quelques fibres musculaires. Blainville croit qu'il existe un appareil sécréteur de la bile, qui consisterait en un tissu cellulomembraneux, entourant une partie de l'intestin , et surtout de l'estomac.
Toutes les Hirudinées se nourrissent aux dépens d'autres animaux qu'elles sucent ou qu'elles avalent par portion ou même en entier. Tantôt elles s'attachent aux Poissons, aux Grenouilles, aux Salamandres, etc.; tantôt elles dévorent les Mollusques, les Annélides ou les larves d'insectes. Les Sangsues proprement dites, les seules que l'on emploie en médecine, et les seules qui soient avides de sang humain, entament la peau au moyen de l'appareil buccal dont il a été déjà question. Leur ventouse orale se fixe fortement sur le point qu'elles veulent sucer; les tubercules dentifères prennent de la rigidité; ils se contractent, et les denticules qu'ils supportent, incisent alors, en se mouvant, la portion de la peau qui est comprise entre eux. Le sang coule de chacune des entailles, et l'animal le fait successivement passer dans son œsophage et dans son vaste estomac. Les Sangsues dont on fait usage dans l'art de guérir ne prennent pas toutes la même quantité de sang; il existe à cet égard de très-grandes différences suivant les espèces et même suivant la grosseur ou le poids des individus. Moquin-Tandon s'est assuré que généralement une Sangsue de l'espèce officinale absorbe de soixante à quatre-vingts grains de sang; mais que si elle est petite, elle n'en absorbe que cinquante grains ou deux fois et demie son poids; si elle est de moyenne taille, elle en absorbera quatre-vingts grains
SAN
environ ou deux fois son poids; et fût-elle très-grosse, la quantité serait encore de quatre-vingts grains ou son poids; par conséquent, on obtiendrait des résultats semblables dans ces deux derniers cas; mais ils seraient Irùs-dIfFérents dans le premier. Moquin-Tandon voudrait donc que, dans les prescriptions de Sangsues, le pralicien les dosât d'après le poids, en parlant de la donnée que chaque individu d'une grosseur moyenne doit absorber une quantité de sang deux fois plus forte que son propre poids.
Les Ilirudinées digèrent très -lentement. Souvent, après plusieurs jours, plusieurs semaines et même après plusieurs mois, on relrouve dans leur canal intestinal les matières solides ou liquides qu'elles ont avalées. Les espèces que l'on emploie en médecine offrent une autre particularité curieuse : le sang qu'elles ont sucé n'éprouve dans leur eslomac aucune altéralion sensible; il est de même couleur et conserve sa lluldilé naturelle; mais si on l'expose à l'air, ou si la .Sangsue périt, il se coagule prompteraent, et devient d'un brun noirâtre.
Les Uirudinées, ainsi que les aulres Annélides, ont une sensibililé générale assez exquise, mais ils paraissent privés d'un organe de tact circonscrit. Us sont nécessairement pourvus du sens du goût. Celui de l'odorat el celui de l'ouïe semblent nuls ; aucune odeur ne parai! les affecter; aucun bruit n'agit sur eux, et d'ailleurs il n'exisie aucun appareil qu'on puisse regarder comme le siège de ces deux fonctions. 11 n'en est pas de même de l'organe de la vue. Toutes les Ilirudinées présentent, à la partie antérieure de leur corps, des points de couleur brune ou noirâtre qui ne s'élèvent que très-peu au-dessus de la peau, et que plusieurs auteurs ont regardés comme de véritables yeux, tandis (|ue d'autres leur ont refusé ce nom. Leur nombre varie de deux à dix suivant les genres, et ils sont fixés tous, ou à peu près tous, sur la ventouse orale. Plusieurs expériences ont fait penser que ces organes ne servaient pas à la vue, et que les HIrudinées étaient privées de ce sens. Cependant, il est certain que si on les place dans un vase entouré de papier noir, et auquel on laisse seulement une ouverture pour le passage de la lumière, elles ne lardent pas à se diriger vers ce lieu et k s'y fixer.
Les Sangsues sont des animaux hermaphrodites à la manière des autres Annélides : chaque individu est pourvu tout à la fois d'organes mâles et d'organes femelles; mais la fécondation ne saurait avoir lieu que lorsque deux individus s'étant mis en contact, se rapprochent ventre contre ventre et en sens inverse, c'està-dire que la tète de l'un se place vis-à-vis la ventouse anale de l'autre. Op conçoit que, dans cette position, les organes génitaux sont également situés en sens inverse, de manière que chaque pénis est placé en face de l'ouverture femelle et y pénètre.
Suivant Auguste Odier, les Branchiobdelles, dont les organes sont différemment situés, la vulve étant en avant du pénis, ont un mode d'accouplement assez différent en apparence, mais semblable quant au résultat; pour exécuter cet acte, deux individus, après s'être rapprochés, prennent un pointd'appui, au moyen
de leur disque postérieur qu'ils fixent siirquelque corps étranger; puis ils s'entrelacent comme deux anneaux d'une chaîne en recourbant chacun leur lêle vers la partie postérieure de leur corps. Dans celle position, leurs deux surfaces inférieures se louchent exactement et en sens opposé, de manière que l'organe mâle de l'un devenu très-saillant pénètre dans l'ouverture vulvaire de l'autre, et vice versa. L'accouplement des Branchiobdelles dure plusieurs heures; Odier l'a observé aux mois de juillet et d'août : c'est aussi, suivant Johnson, l'époque de l'accouplement des Sangsues.
La plupart des Hirudinées pondent des capsules ovifèresdans lesquelles se développent plusieurs germes. Quelques espèces cependant engendrent des œufs qu'elles déposent isolément ; enfin un très-petit nombre paraissent vivipares, c'est-à-dire que bien qu'on distingue leurs œufs dans l'intérieur de leur corps, ils ne sont point pondus, et les petits sortent directement du sein maternel. Certaines espèces du genre Clepsine présentent une particularité curieuse : il existe sous le ventre une poche dans laquelle les petits se réfugient pendant leur jeune âge. Les Hirudinées atteignent assez lenlement leur plus haut degré d'accroissement, et la durée de leur vie, quoiqu'elle ne soil pas bien précisée, paraît assez longue. Cependant on aurait tort de prendre pour termes du calcul les observations de longévité remarquées parmi les individus que l'on tient captifs dans des bocaux ou même dans des vases de grande dimension. Là on a vu des Sangsues médicinales vivre deux, trois ou quatre années; on en cite qui ne sont mortes qu'après huit ans.
Les Hirudinées sont répandues sur presque toute la surface du globe; mais les espèces diffèrent suivant les localités. Les Sangsues médicinale et officinale sont particulièrement propres au continent européen, depuis la Russie jusqu'en Espagne et en Portugal. Il en existe beaucoup en France, mais par le grand emploi que l'on en fait, elles ne suffisent pas à la consommation. Les Hirudinées vivent dans les eaux douces ou salées; elles sucent le sang de divers animaux et on les rencontre souvent fixées sur divers Poissons. Lorsque le froid se fait sentir, ces Annélides s'enfoncent généralement dans la vase des étangs, et y passent l'hiver dans un état d'engourdissement d'où elles sortent aux premiers jours du printemps.
La famille des Sangsues a été divisée par Savigny en trois sections dans lesquelles il groupe tous les genres de la manière suivante :
1'° Section. — Sangsues branchei.liennes.
Des branchies saillantes; ventouse orale d'une seule pièce, séparée du corps par un fort étranglement; ouverture circulaire.
Genre : Brancbellion.
11= Seclion. — Sangsues albionriennes.
Point de branchies; ventouse orale d'une seule pièce, séparée du corps par un fort étranglement; ouverture sensiblement longitudinale.
Genres : ALBlo^E, H^aocHARis.
Ulo Seclion. — Sangsues bdeiiienbes.
Point de branchies; ventouse orale de plusieurs pièces, peu ou point séparée du reste du corps; ouver-
lure transversale, comme à deux lèvres; la lèvre inférieure rétuse.
Genres : Bdelle, Sakgsce, Hoemopis, Néphéms, Clep-