MACAQUE DOMESTIQUE
SAOUACOU. OIS. r. Savacod.
SAOUARI. BOT. Aiiblet a décrit, sous les noms de Saoïiari ylabra et Saoïiari villosa, deux plantes de la Guiaiie ijui ont été réunies a» genre Carfocar de Linné, ou Pekea d'Aublet. A'. Pekea.
SAP ET SAPE. BOT. Noms vuli^aires des Sapins.
On a donné aussi ce nom à des fossiles qui ont quelquefois jus(|u'à deux pouces de liauleur. Ce sont des corps coniques, à sommet porté en arrière, à support adhérent. Les Mollusques qui les ont formés, avaient, selon toute apparence, la faculté de changer un peu de place; au lieu d'ajouter à leur support des couches placées immédiatement les unes au-dessus des autres, ils ont formé de petites calottes qui adhèrent seulement par leur base, et qui s'écartent (|uelquefois de la ligne perpendiculaire par un intervalle d'environ une ligne, en s'appuyant sur le corps, qui leur sert de point d'appui. On trouve des Sapes dans le calcaire coquillier des environs de Berne.
SAPAJOUS OD HÉLOPITHÈQUES. maji. Quatrième groupe de la grande tribu des Singes américains ou Platyrrhinins de Geoffroy Saint-Ililaire, caractérisé de la manière suivante : cloison des narines large; narines ouvertes sur les côtés du nez; six molaires de chaque côté et à chaque mâchoire, ce qui porte le nombre (olal des dents à trente-six; ongles aplatis; point d'abajoues ni de callosités; queue longue, fortement musclée et prenante, c'est-à-dire pouvant s'enrouler autour des corps et les saisir, à l'instar d'une main. Ce dernier caractère est le seul qui soit propre aux Sapajous ou Hélopillièques, et qui les distingue des Sagouins ou Géopithèques : encore peut-on considérer le genre Sapajou proprement dit ou Sajou (Cebits), dont la queue est entièrement velue et faiblement prenante, comme formant un passage entre les deux groupes, et les liant de la manière la plus intime. Les Sapajous et les Sagouins sont donc très-rapprochés les uns des autres par leur organisation; ils ne sont véritablement que deux sections d'un même groupe naturel , distinguées par le pelage et la queue.
§ I. Sapajous a qcece nde et calleuse, Cfinnuii, Spix.
Si l'on excepte les Cétacés et les Kanguroos, il n'est point de Mammifères chez lesquels la queue acquière une aussi grande force, et remplisse d'aussi importantes fonctions. Cette partie, qui n'existe ordinairement que rudimenlaire, et qui n'a presque toujours que des usages tout à fait secondaires, ou même entièrement nuls, devient, chez ces Sapajous, un instrument tout-puissant de préhension; c'est, en quelque sorte, une cinquième main à l'aide de laquelle l'animal peul. sans mouvoir son corps, aller saisir au loin les objets qu'il veut atteindre, ou se suspendre lui-même aux branches des arbres. L'étendue de la partie calleuse de la queue, toutes choses étant égales d'ailleurs, parait se trouver dans un rapport assez exact avec la force de préhension de cet organe, et comme elle est très-constantepour chaque espèce, elle pourrait fournird'excellents caractères spécifiques. Toutefois elle n'est sujette qu'à de bien légères variations, non-seulement d'une
espèce à l'autre, mais même entre deux genres différents. Ainsi la partie nue et calleuse comprend toujours le tiers environ de la queue chez les Hurleurs et les Alèles, et les deux cinquièmes chez les Ériodes. Un autre trait commun à tous les Sapajous de la première section, consiste dans le peu de largeur de leur nez; les narines sont ouvertes latéralement comme chez tous les autres Singes américains, mais elles sont en général beaucoup plus rapprochées que chez les Sapajous à queue velue et chez tous les Singes américains à queue non prenante; et l'on trouvera même que ce caractère est tellement exagéré dans le genre Eriodes, que la disposition de ses narines le rend véritablement plus voisin des Singes Catarrhinins que des Platyrrhinins. Cette remarque très-curieuse a déjà été faite à l'égard d'une espèce, par Spix; elle doit être étendue à tous les Ériodes. Quant aux formes du crâne, elles sont très-variables dans cette première section des Sapajous ; cependant tous les genres ont cela de commun, que la portion postérieure de la boite cérébrale est très-peu développée, et que l'os molaiie ou jugal est constamment percé d'un trou très-considérable dans sa portion orbitaire, au lieu du trou plus ou moins petit qui existe ordinairement. La grajideur de ce trou n'est pas sans quelque importance, parce que, d'après l'analogie, il doit donner passage à une branche du principal nerf de la face, le trijumeau; et il est à remarquer que tout au contraire le trou sousorbitaire est très-petit , ou plutôt se trouve remplacé par plusieurs ouvertures très-petites; ce qui, au reste, est un caractère très-général dans la famille des Singes. Une autre condition organique qui est commune à tous les Sapajous à queue nue, consiste dans leur hyoïde trèsdéveloppé. C'est mèmedans l'un des genres de ce groupe, celui des Hurleurs, que le corps de cet os arrive à son maximum de développement.
•j- Les Hurleurs ou Alodates, SIenlor. Ce genre, très-nalurel et très-bien circonscrit, est caractérisé par ses membres d'une longueur moyenne, et tous terminés par cinq doigts; par son pouce antérieur de moitié moins long que le second doigt, trèspeu libre dans ses mouvements et à peine opposable, et surtout par les modifications très-remarquables de son crâne et de son os hyoïde. La tête est pyramidale, le museau allongé, le visage oblique. L'angle facial est seulement de trente degrés, et le plan du palais forme, avec celui de la base du crâne, un angle tel, que lorsqu'on pose la tête osseuse d'un Hurleur sur les bords dentaires de la mâchoire supérieure, c'est-à-dire lorsqu'on met le palais dans un plan borizonlal, le trou occipital se trouve placé au niveau de la partie supérieure des orbites. Ce trou est d'ailleurs remarquable par sa position; il est reculé tout en arrière et dirigé verticalement au lieu de l'être horizontalement, en sorte que bien loin d'être compris dans la base du crâne, il lui est perpendiculaire. La mâchoire inférieure est développée à l'excès, soit dans son corps, soit surtout dans ses branches; celles-ci sont tellement étendues en largeur et en hauteur que leur surface est presque égale à celle du crâne tout entier. Elles forment ainsi deux vastes parois , comprenant entre elles une
large cavilé dans laquelle se trouve logé un hyoïde modifié d'une manière non moins remarquable. Le corps de l'os esl Iransformé en une caisse osseuse, à parois Irès-minces et élasli((ues, présentant en arrière une large ouverture sur les côtés de laquelle sont articulées deux paires de cornes, et figurant à peu près, lorsqu'elle a atteint son dernier degré de développement, une moitié d'ellipsoïde. Cette caisse avait, dans l'un des hyoïdes, cinq cenlimélres et demi ou deux pouces environ dans son diamètre antéro-postérieur, un pouce et demi dans son diamètre transversal, et deux antérieurement dans son diamètre vertical, et il en est de plus volumineuses encore. Aussi, ce qui est tme suite de cet énorme accroissement, le corps de l'hyoïde dépasse en bas la mâchoire inférieure , et forme au-dessous d'elle une saillie recouverte extérieurement et cachée par une barbe longue et épaisse. La grande influence qu'exerce dans la production de la voix celte conformation singulière de l'hyoïde des Hurleurs, n'a point encore été expliquée d'une manière entièrement satisfaisante; mais elle ne peut être révoquée en doute. Le larynx ne diffère de celui des Sajous que par l'existence de deux poches membraneuses dans lesquelles s'ouvrent les ventricules, et qui se portent vers l'hyoïde. Ces poches ont été décrites par Camper et Vicq-d'Azyr, et plus lard par Cuvier (Anat. comp., t. IV), qui, d'après de nouvelles recherches, a relevé quelques erreurs qui s'étaient glissées dans les observations de ses illustres prédécesseurs, et qui a fait connaître quelques faits fort intéressants. Ainsi ce dernier anatomiste nous apprend que dans l'individu qu'il a disséqué, la poche droite occupait à elle seule presque toute la cavité de l'hyoïde, la gauche se terminant au moment même où elle allait y pénétrer; en sorte que les organes vocaux n'étaient pas symétriques et présentaient une exception remarquable à l'un des caractères les plus généraux des appareils qui appartiennent en propre à la vie animale. Quoi qu'il en soit, il est certain que c'est aux modifications analomiques de leur hyoïde, que les Hurleurs doivent la force extrême de leur voix qui se fait entendre à plus d'une demilieue à la ronde, ainsi que l'assurent tous les voyageurs. Cette voix est rauque et désagréable; Azara la compare au craquement d'une grande quantité de charrettes non graissées, et d'autres voyageurs, aux hurlements d'une troupe de bêtes féroces. Ces Singes se font entendre de temps en temps dans le courant de la journée; mais c'est surtout au lever et au coucher du soleil, ou bien à l'approche d'un orage, qu'ils poussent des cris effrayants et prolongés; ceux qui n'y sont pas accoutumés croient alors, dit un voyageur, que les montagnes vont s'écrouler. IMarcgraaff assure qu'un individu se fait d'abord entendre seul, après s'être placé dans un lieu élevé, et avoir fait signe aux autres de s'asseoir autour de lui et de l'écouter : « Dès qu'il les voit placés, dit le voyageur saxon, il commence un discours à voix si haute et si précipitée, qu'à l'entendre de loin, on croirait qu'ils crient tous ensemble; cependant il n'y en a qu'un seul, et pendant tout le temps qu'il parle, tous les autres sont dans le plus grand silence; ensuite, lorsqu'il cesse, il fait signe de
la main aux autres de répondre; et à l'instant tous se mettent à crier ensemble jusqu'à ce que, par un autre signe de main, il leur ordonne le silence. Dans le moment ils obéissent et se taisent; alors le premier reprend son discours, et ce n'est qu'après l'avoir encore écoulé bien attentivement qu'ils se séparent et rompent l'assemblée. » Quelques voyageurs assurent que les Hurleurs se taisent lorsqu'on approche d'eux; quelques autres affirment, au contraire, qu'ils redoublent alors leurs cris, et font un bruit épouvantable qui devient leur principal moyen de défense quand on les attaque. Ils cherchent en même temps à éloigner l'agresseur en lui jetant des branches d'arbres, et aussi en lançant sur lui leurs excréments, après les avoir reçus dans leurs mains. Au reste, ces animaux, dont le nombre est si considérable, <|ue, suivant un calcul de Humboldt, il y en a, dans cerlains cantons, plus de deux mille sur une lieue carrée, sont assez rarement attaqués par les chasseurs. Leur peau est, il est vrai, employée quelquefois au Brésil, dans les Cordillères, pour recouvrir les selles et le dos des Mulets : mais leur chair paraît être d'un goût peu agréable , quoiqu'on l'ait comparée à celle du Lièvre et du Mouton. Comme ils se tiennent toujours sur les branches élevées des grands arbres, les flèches et les armes à feu peuvent seules les atteindre ; encore, avec leur secours même, a-t-on beaucoup de peine à se procurer un certain nombre d'individus, parce que, s'ils ne sont pas tués sur le coup, ils s'accrochent avec leur queue à une branche d'arbre, et y restent suspendus, même après leur mort.
Les femelles des Hurleurs, de même que celles des autres Singes américains, ne paraissent point sujettes à l'écoulement périodique, et elles ne font qu'un seul petit qu'elles portent sur leur dos. Azara assure que, lorsqu'on pousse près d'elles de grands cris, elles abandonnent leurs petits pour s'enfuir plus rapidement, et quelques autres voyageurs rapportent aussi des observations d'où il résulterait que l'instinct de l'amour maternel a sur elles beaucoup moins de pouvoir que sur toutes les autres femelles de Singes. Cependant on trouve, dans le grand ouvrage de Spix sur les Singes du Brésil , un fait dont ce voyageur dit avoir été témoin, et qui tendrait à faire adopter une opinion toute contraire. Ayant fait à une femelle une blessure mortelle, il la vit continuer à porter son petit sur son dos jusqu'à ce qu'elle fût épuisée par la perte de son sang; se sentant alors près d'expirer, elle rassembla le peu de force qui lui restait, pour lancer son précieux fardeau sur les branches voisines, et tomba |)resque aussitôt; trait qui, ajoute Spix, suppose une sorte de réflexion. L'auteur de l'Histoire des Aventuriers, Oexmelin, affirme aussi que les femelles sont remarquables par leur attachement pour leurs petits, et qu'on ne peut se procurer de jeunes individus qu'en tuant leurs mères. Ce dernier auteur ajoute que les Hurleurs savent s'entr'aider et se secourir mutuellement pour passer d'un arbre ou d'un ruisseau à l'autre, et que, lorsqu'un individu est blessé, on voit les autres s'assembler autour de lui, mettre leurs doigts dans la plaie, comme pour la sonder; alors, si le sang coule en abondance, quelques-uns ont soin de teni." la plaie
fermée, pendant que d'aulres apportent des feuilles qu'ils mâchent et poussent adroitement dans l'ouverlure de la plaie. » Je puis dire, ajoute Oexmeliii, avoir vu cela plusieurs fois, et l'avoir vu avec admiration. » Les Hurleurs, comme la plupart des Singes, vivent en troupes et se tiennent habituellement sur les arbres; on a même prétendu qu'ils n'en descendent jamais. Spix affirme qu'ils sont monogames; mais le contraire semble résulter des observations d'Azara. Ils sautent avec agilité d'une branche à l'autre, et se lancent sans crainte de haut en bas, bien certains qu'ils sont de ne pas tomber jusqu'à terre, et de s'accrocher où il leur plaira, au moyen de leur queue ù la fois longue, bien flexible et robuste. Ils se nourrissent de différentes espèces de fruits et de feuilles, et l'on assure qu'ils mangent quelquefois aussi des insectes. Bien loin de redouter le voisinage des grands amas d'eau , comme le font un grand nombre de Singes, ils se plaisent dans les forêts les plus rapprochées des fleuves et des marais; c'est ce qui a été vérifié également au Paraguay par Azara, au Brésil par Spix, et à la Guiane par un observateur que BufFon cite sans le nommer, et qui est trèsvraisemblablement le voyageur Delaborde. Suivant ce dernier, on trouve communément des Alouales (ÎVentor Seniculus) dans les ilols boisés des grandes savanes noyées, et jamais sur les montagnes de l'intérieur. Enfin Humboldt, dont l'autorité suffirait seule pour établir ce fait, l'a conslalé également dans plusieurs parties de l'Amérique espagnole. Dans les vallées d'Aragua, à l'ouest de Caraccas, dans les LIanos de Lapuré et du Bas-Orénoque, et dans la province de la Nouvelle-Barcelone, on trouve des Hurleurs partout où des mares d'eau stagnante sont ombragées par le Sagoutier d'Amérique. On ne doit donc pas s'étonner, quoique la plupart des Singes appartiennent exclusivement aux régions continentales, que quelques îles renferment des Hurleurs. Telle est, d'après le voyageur Legentil, l'île Saint-George, située à deux lieues du continent. Enfin, en terminant ce qui concerne les habitudes des Hurleurs, on doit dire que ce sont des animaux tristes, lourds, paresseux, farouches, et d'un aspect désagréable. Il est rare, pour celte raison, et sans doute à cause de leur voix, qu'on cherche à les apprivoiser, et il est plus rare encore qu'on y réussisse. Ils paraissent en effet s'habituer très-difficilement à vivie en domesticité, et c'est ce qui explique pourquoi on ne les amène jamais vivants en Europe, malgré la fréquence des relations commerciales avec plusieurs des régions américaines où ils sont le plus communs.
Ce genre qui est, comme on a pu le voir par ce qui précède, répandu dans presque toute l'Amérique méridionale, avait d'abord été établi sous le nom de Cebtis par Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire, dans le Mémoire qu'ils ont publié en commun sur la Classification des Singes (Magas. encyclop.); mais le nom de Cebus ayant été depuis transporté au genre des Sajous ou Sapajous proprement dils, il convient d'adopter, à l'exemple de Humboldt, de Desmarest et de plusieurs autres auteurs, le nom de .Stentor proposé par Geoffroy Saint-Hilaire. Ce nom, déjà ancien dans la science, rappelle d'une manière heureuse le trait le plus remarquable des Hur-
leurs; et on doit le préférer aux noms à'Alouata et de Mjrcetes créés l'un par Lacépède, l'autre par Illiger. Le nombre des espèces déjà connues, ou du moins indiquées par les auteurs, est assez considérable. Humboldt et Geoffroy en admettaient six, et depuis la publication de leurs travaux, quelques autres ont été annoncées par plusieurs auteurs, tels que Kuhl et Spix. Au surplus, il est très-possible que le nombre réel des espèces soit beaucoup moindre qu'on ne l'a pensé. Il est certain que les Hurleurs sont sujets à un grand nombre de variétés dépendant du sexe et de l'âge, et il est probable que plusieurs de ces variétés auront été érigées en espèces, comme on est porté à le faire toutes les fois (|u'on n'a sous les yeux qu'un petit nombre d'individus. Cependant Geoffroy Saint-Hilaire, après l'examen de vingt crânes et de plus de quarante peaux, n'a pu parvenir à déterminer, d'une manière exacte, que ([uatre espèces, savoir ; les Stentor Seniculus et nirjer de Geoffroy, le Stentor ursimis de Humboldt, et une espèce non encore décrite, à laquelle il donne le nom de Chrysnrus.
Sapajou Aloiiate, Buff., t. xv, Stentor Seniculus, Geoff. St.-Hil.; Simia Seniculus, L., auquel on a quelquefois donné le nom de Hurlenr roux; nom que l'on ne peut adopter parce qu'il convient également à plusieurs espèces. Il se dislingue de la plupart de ses congénères par la nudité presque complète de sa face où l'on remarque seulement des poils très-courts et trèsclairsemés au-dessous des yeux et entre les orbites, sur la ligne médiane. Le corps est, en dessus, d'un fauve doré très-brillant qui, vers la base de la queue et près des cuisses et des épaules, se change en roux brillant. La barbe, les joues, les bras, les cuisses, et la partie supérieure des jambes sont d'un marron clair trèsbrillant, elle reste des membres, le dessus de la tête et la queue sont d'un marron très-foncé, tirant un peu sur le violet. Les poils de la partie antérieure de la tête naissent du front, et se portent d'avant en arrière et de dedans en dehors. Un autre centre de poils se remarque vers la fin du col. Il y existe, en effet, un point à partir duquel les poils du côté droit se portent à droite, ceux de gauche à gauche, ceux du dos ou les postérieurs en arrière, ceux du col ou les antérieurs en avant. Les poils du col et de la partie postérieure de la tête marchent ainsi précisément en sens inverse de ceux de la partie antérieure, d'où résulte, à l'endroit où ils se rencontrent, une crête dont la direction est transversale, et la forme demi-circulaire. Les poils des joues se portent en avant et en bas; ceux de la queue, des membres postérieurs et des bras descendent; ceux de la face externe de l'avant-bras remontent, au contraire, comme chez l'Homme : caractères remarquables qui se trouvent chez tous les Hurleurs, quoique inégalement prononcés. La longueur d'un individu adulte, mesuré du bout du museau à l'origine de la queue, est de deux pieds environ, et la queue est un peu plus longue. Les jeunes individus ont le corps uniformément d'un roux brunâtre. Cette espèce habite la Guiane, où on la connaît sous le nom de Singe rouge et de Mono Colorado.
Sapajob-Hdrlebr a QiELE DOREE. Slcntor Chrysu-
rus, Geoff. Celle espèce paraît avoir élé confondue avec la précédente, donl elle diffère moins par la nuance que par la disposition de ses couleurs. La dernière moitié de la queue et le dessus du corps depuis l'origine de la queue jusqu'un peu en arrière des épaules, est d'un fauve doré très-brillant; le resie de la queue est d'un marron assez clair, et le reste du corps, la lèle tout entière et les membres sont d'un marron trèsfoncé, principalement sur les membres où il prend une teinte violacée. La face est un peu moins nue que dans l'espèce précédente. Elle se distingue d'ailleurs trèsfacilement de celle-ci; en effet, la télé el les membres sont d'une seule couleur, et la queue et le dessus du corps de deux couleurs chez le Slentor Chixsunis, tandis que chez le Stentor Seniculus, la tête et les membres sont de deux couleurs, el la queue el le dessus du corps d'une seule. De plus, le Stentor Chrysitrus est sensiblement plus petit, et il diffère même un peu par ses proportions; sa queue forme seulement la moitié de sa longueur totale, et elle est par conséquent un peu plus courte que chez le Stentor Seniculus, et sa partie nue est proportionnellement un peu plus étendue. Celte espèce a été étudiée sur trois individus, dont deux adultes, entièrement semblables, cl un jeune diflféiant seulement par la nuance un peu moins claire de sa queue ; peut-être le premier ùge est-il généralementbrunàlre,comme dans l'espèce précédente. C'est par l'examen de leurs pelleteries que Geoffroy les a d'abord déterminés, comme se rapportant à une espèce non encore décrite; depuis, la comparaison de leurs crânes avec ceux de leurs congénères, l'a confirmé dans son opinion. Il existe en effet plusieurs différences donl les plus remarquables sont les suivantes : la partie antérieure de la tête a moins de largeur que dans le Stentor Seniculus , el se délache ainsi davantage de la portion moyenne. Par suite de celte modification, le palais devient plus étroit; mais, en revanche, il s'étend davantage en arrière, d'où il suit que les arrière -narines sont plus couvertes, el que leurs orifices sont placés dans un plan presque vertical, au lieu de l'être dans un plan trèsoblique. Les rangées de dents, plus longues que chez les autres espèces, sont parallèles entre elles, principalement à la mâchoire inférieure. La symphyse de celle mâchoire est aussi remar(|uable par sa direction très-oblique en arrière, cl son bord inférieur est tellement sinueux qu'elle ne peut soutenir la tête sur un plan horizontal, tandis que, chez le Seniculus, la mâchoire inférieure, eu posant sur la symphyse et son bord inférieur, fournit à la tête une base très-solide. Enfin, les apophyses zygomatiques sont plus larges que chez aucun autre Hurleur. Celle espèce, sous le nom d'Araguato, a été envoyée des Antilles au Muséum royal d'histoire naturelle par feu Plée. 11 est cependant certain qu'elle n'habite pas cet archipel où il n'existe point de Singes, comme l'a confirmé Moreau de Jonnès dans une noie sur les Singes américains. Ce n'est que tout récemment que l'on est parvenu ù connaître la pairie du Slentor Chrfsurus : celle patrie est la Colombie.
S.\PAJoi- Ourson. Stentor Ursinus, Geoff. Sl.-Hil.
Il a été décrit et figuré pour la première fois par Humboldl dans son grand ouvrage zoologique, sous le nom de Simia Ursina. Son pelage, composé de poils plus longs et plus abondants que dans les autres espèces, est d'un roux doré à peu près uniforme, la barbe étant seulement plus foncée, et renfermant à son centre des |)oils d'un noir profond. Ses proportions sont les mêmes <|ue celles de l'Alouale; mais il est un peu plus pelil. Sa face est beaucoup plus velue que celle des espèces précédentes; des poils abondants se remarquent audessous des yeux jusqu'auprès de la ligne médiane, et il n'y a guère que le tour de la bouche et le tour des yeux qui soient entièrement nus. Ces caractères sont I les seuls que l'on puisse assigner à celte espèce, dans laquelle la nuance du pelage, et même la quantité proportionnelle des poils de la face, sont très-variables. ) Les jeunes individus sont bruns. L'Ourson est commun au Brésil, cl c'est d'après un individu originaire de cette contrée, qu'Humboldt l'a figuré dans son grand I ouvrage. Il existe aussi, suivant llumholdt, dans le [ voisinage de l'Orénoque, el il est connu dans la Terre- ! Ferme sous le nom ù'Araguato. Ce nom est aussi celui de l'espèce précédente; ce qui prouve que ces deux Hurleurs sont confondus dans leur patrie, ou bien qu'Âraguato est une dénomination que l'on donne en commun aux diverses espèces de Hurleurs, et non une dénomination qui appartient en propre à telle ou telle espèce. Celte remarque peut servir à montrer, par une preuve de plus, combien l'usage qui semble prévaloir depuis quelques années, d'adopter des noms de pays pour noms spécifiques, est nuisible aux intérêts de la science, et propre à amener dans la synonymie une dangereuse confusion.
Sapajod-Hcrleur brcn. Stentor fusais, Geoff. Sl.-Hil. Il est d'un brun marron ; le dos et la tête passant au marron pur, et la pointe des poils étant dorée. 11 habite le Brésil comme l'Ourson, et, comme lui, est sujet à un grand nombre de variétés; aussi est- il extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de le distinguer d'une manière nette et précise des autres espèces, et surlout de l'Ourson. C'est à cette espèce qu'on rapporte l'Ouarine de Buffon et le Simia Beelzebul de Gmelin, qu'il faut bien se garder de confondre avec l'Alèle Belzébuth.
Sapajoc-Horlecr aux mains rousses. Stentor rufimanus, Desm.; Mycetes rufiinanus, Kuhl. 11 est généralement noir, avec les quatre pieds cl la dernière moitié de la queue, de couleur rousse. La face et le dessous du corps sont nus. Celle esi)èce, à laquelle on doit, suivant Spix, rapporter le Guariba de Marcgraaif que tous les autres auteurs réunissenl au Stentor fuscus, présente aussi un grand nombre de variétés. Geoffroy Saint-Hilaire pense qu'on doit lui réunir le M/cetes discolor, de Spix, décrit et figuré (pi. 53) dans le grand ouvrage que ce naturaliste a publié sur les Singes et les Chauves-Souris du Brésil. Ce Hurleur habile les forêts voisines de la rivière des Amazones, et a, suivant la description de Spix, le pelage généralement brun, avec les mains rousses. La patrie de l'in- [ dividu de Kuhl n'est pas connue; mais l'espèce existe I très vraisetDblablemenl dans plusieurs parties du Brésil.