‹ Dictionnaire classique des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 39 sur 76 · TA^GARA · texte numérisé non relu

TA^GARA

EUPHORBE. Eiiphoibm. bot. Ce genre a donné son nom au groupe nombreux des Euphorbiacées. On a cependant remaïqué avec raison que sa structure ne fait pas concevoir une idée nette de celle de la plupart des autres genres de cette famille ; et que c'est au contraire l'examen de ceux-ci qui a conduit par analogie à considérer la structure de l'Euphorbe comme entièrement différente de ce qu'elle semble au premier coupd'œil.

Si l'on examine en effet une fleur d'Euphorbe, on observe une enveloppe terminée supérieurement par quatre ou cinq lanières, avec lesquelles allernenl souvent des corps glanduleux placés un peu plus extérieurement. Au dedans de cette enveloppe, on trouve plusieurs étamines dont les filets , articulés vers le milieu, sont accompagnés à leur base de filaments ou de squammules. Au centre, est un pistil supporté par un pédieelle ([ui le fait saillir au-dessus de la Heur. 11 était naturel de considérer cet ensemble comme une fleur hermaphrodite, et c'est ce que firent tous les botanistes anciens et Linné lui-même. Ils varièrent seulement au sujet de la nature des enveloppes florales; ainsi, Linné appelait pétales ces corps glanduleux dont nous avons parlé; Adanson donnait ce nom aux filaments situés à la base des étamines. Cependant on observa que toutes les anthères ne se développaient pas simultanément, comme cela a ordinairement lieu dans les tkurs her-

maphrodites; on rencontre dans quelques espèces un petit calice au-dessous du pistil; dans deux genres extrêmement voisins par leur organisation de l'Euphorbe, on trouve aussi un petit calice au-dessous de l'articulation supérieure de chaque filet; et l'anomalie que formait le genre Euphorbe dans une famille où le diclinisme est général, disparut devant ces observations réunies. En effet, on en lirait cette conséquence naturelle, que ce qui avait été pris jusqu'alors pour une fleur unique, était un assemblage de fleurs, dans leciuel la femelle occupait le centre, environnée par un grand nombre de mâles, le tout enfermé dans une enveloppe commune. Cette manière de voir a été généralement adoptée; et c'est d'après elle que nous allons tracer les caractères du genre qui nous occupe : fleurs monoïques renfermées dans un involucre commun; une femelle unique occupant le centre; plusieurs mâles disséminées autour; involucre commun, régulier, ou plus souvent légèrement irrégulier et présentant une fente latérale, campanule ou turbiné, terminé par quatre ou cinq divisions entières, ou frangées, ou mulUparties, dressées ou infléchies; entre ces divisions et un peu extérieurement, on trouve des appendices en nombre tantôt égal, tantôt moindre, charnus, glanduleux ou pétaloïdes, entiers ou surmontés de deux ou plus rarement de idusieurs pointes, étalés ou réfléchis. Chaque fleur mâle consiste en une étamine unique, donU'antbère est fréquemment didyme, et dont le filet s'articule avec un pédieelle qu'accompagne souvent à sa base une bractée paléacée ou squammiforme. Du milieu de ces pédicelles, s'élève la fleur femelle soutenue sur un pédoncule plus épais. Le pistil est souvent nu inférieurement; d'autres fois accompagné d'un petit calice, soit entier, soit trifide. Les styles, au nombre de trois, sont bifides à leur sommet, ou plus rarement ils se soudent en un seul supérieurement Irifide. On compte six stigmates, ou plus rarement seulement trois bilobés ; l'ovaire est à trois loges, dont chacune contient un seul ovule. Le fruit qui fait saillie hors de l'involucre élevé sur le pédoncule, souvent fléchi du côté de la fente de cet involucre, est une capsule à surface lisse ou vcrruqueuse, glabre ou velue , à trois coques qui s'ouvrent élastiquement en deux valves, et tombent en laissant persister l'axe central.

Les auteurs ont décrit à peu près trois cents espèces d'Euphorbes. Le port de ces espèces varie extrêmement avec les climats qui les voient naître. Dans les pays qui s'approchent des tropiques, on en rencontre dont la tige charnue, dépourvue de feuilles, mais garnie d'aiguillons ou de tubercules, est entièrement semblable à celui des Cierges; ce sont celles dont Isnard formait son genre Euphorbium, celles qui, les plus abondantes en suc laiteux et acre, fournissent cette matière connue sous le nom de Gomme- Résine d'Euphorbe. Les Euphorbes d'Europe, dont les diverses parties sont aussi remplies d'un suc laiteux, mais un peu moins acre et moins abondant, ont un port entièrement différent. Le plus fréquemment, leurs tiges herbacées ou frutescentes, garnies de feuilles nombreuses, se terminent par des ombelles ceintes de bractées en nombre égal à celui des rayons; et ces ombelles se subdivisent souvent elles

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mêmes en ombellules qu'environnent à la l)ase des colleietles seniblnbles. Les involucres, (jne l'on continue à nommer fleurs en décrivant l'inflorescence, sont portés a l'extrémité de ces rayons. Plus rarement, ces involucres sont disposés en tètes serrées.

Divers auteurs ont essayé de diviser le genre Euphorbe ; mais jusqu'ici les coupes proposées ne paraissent pas naturelles et n'ont pas été adoptées. Nous n'exposerons pas ici tous ces genres dont la description nous entraînerait trop loin, et dont chacun sera indiqué à son article. Nous n'entrerons pas non plus dans le détail des espèces trop nombreuses, et trop semblables entre elles par leurs caractères et leurs propriétés, pour qu'il soit aisé d'exposer en peu de mots leurs différences. Nous nous bornerons à citer pour exemple quelques-unes d'entre elles ou encore peu connues ou principalement remarquables par la singularité de l'un ou l'autre de leurs organes.

EtPUORnE DE liojEB. Eiipliorhia Bojeri, Hook., Bot. Magaz., 5327. On est redevable au professeur Bojer. à lile Maurice, de la découverte de cette belle Euphorbe; il l'a trouvée dans l'une de ses excursions à Madagascar, el en a enrichi tout récemment les serres de l'Europe. La plante est en Heur pendant tout l'été. Sa tige est frutescente, peu élevée, de l'épaisseur du petit doigt, recouverte d'une écorce d'un gris cendré, armée de chaque côté de la base des feuilles de fortes épines de la longueur d'un pouce environ. Les feuilles sont nombreuses et rapprochées, étalées, ovales-oblongues, rétuses, mucronées, atténuées en un court pétiole, d'un vert pur en dessus . d'un vert blanchâtre en dessous. Les pédoncules sont axillaires, divisés dichotomiquement et réunis en une sorte de corymbe. L'involucre est campanule, terminé par cinq lobes arrondis, jieu profonds, réfléchis et d'un jaune orangé; il est enveloppé par deux grandes bractées pétaloïdes, d'un beau rouge écarlate : chacune de ces bractées parait composée de deux pièces soudées, échancrées au sommet; il renferme la fleur femelle entourée de plusieurs mâles. La première consiste en un pistil dont l'ovaire, à quatre côtes arrondies, est surmonté de trois styles terminés chacuji par un stigmate arrondi. La fleur mâle n'a qu'une étamine, dont l'anthère est didyme ou biloculaire; son filament adhère par sa base à une écaille pres(|ue aussi longue que l'involucre et dont le sommet est découpé en ciui] petites dents. Le fruit est une capsule bivalve el polyspeime.

On cultive cet Euphorbe en serre chaude, et on le propage soit de semis, quand on parvient à obtenir des graines mûres, soit par le moyen des boutures étouffées.

EtlPnORDE A FEUILLES DE liU PLEVRE. Euphoihia Bu-

plevrifoiia, Jacq., Hort., Schœnb., 1, 55, t. lOG ; Bot. Magaz., 5-476. Celte plante est remarquable par la structure de ses principaux organes; du collet de la racine qui est lusiforme , s'élève une sorte de pseudobulbe très-gros, arrondi, écailleux, brunâtre, tenant lieu de lige, et du sommet duquel sort une touffe de feuilles lancéolées, entières, aigufis, pétiolées, glabres, d'un vert foncé en dessus, plus pâles en dessous, un peu velues à leur bord inférieur, longues de ipiatre pouces et larges de sept à huit ligues. Au sein des feuilles on re-

mar(|ue plusieurs pédoncules iniiflores, verdâlres et de moitié moinslongs que les feuilles. L'involucre est composé de deux folioles arrondies . presque cordées, coriaces, obtuses, rarement échancrées; il renferme les fleurs qui sont monnl(|ues : une femelle unique occupant le centre, et plusieurs mâles disséminées autour. La fleur femelle est soutenue sur un pédoncule assez épais; l'ovaire est arrondi, à trois loges contenant chacune un ovule; il est surmonté de trois styles filiformes, terminés par des stigmates bilobés; le fruitest une capsule à trois coques bivalves, déhiscentes par le sommet. Les Heurs mâles consistent chacune en une étamine dont l'anthère est didyme et d'un jaune pâle; le filament est accompagné à sa base d'une bractée paléacée ou squammiforme.

Euphorbe pourpre foncé. Eiipborbia a/ro/iurpurea, Willd., Bot. Magaz., 5ô21. C'est un arbrisseau de trois à quatre pieds de hauteur; sa tige, épaisse comme le doigt, se divise diehotomi<|uement à sa partie supérieure en plusieurs branches dont le sommet reste garni de feuilles assez nombreuses, longues de trois à cinq pouces, lancéolées, coniques à leur base, obtuses, d'un vert glauque, assez pâle, étendues ou penchées. Les fleurs, d'un bleu pourpré très-obscur, sont réunies huit ou dix en ombelle, foimée par des rayons quadri ou quin(|uéfides, munis de bractées oblongues, colorées ù leur base, entourant l'involucre el souvent en tenant lieu. Ces fleurs sont grandes, monoïques, renfermées dans un involucre commun ; la femelle occupe le centre, avec sa bractée ou involucre propre; les mâles sont disséminées autour; chacune de celles-ci consiste en une étamine unique, dont l'anthère est frécpiemmenl didyme et dont le filet s'articule avec le pédicelle qu'accompagne la bractée. Le pédoncule de la fleur femelle est plus épais; l'ovaire est globuleux, Iriloculaire, surmonté de trois styles bifides. Le fruit consiste en une capsule à trois co(iues, s'ouvrant en deux valves.

Il vasans dire (|ue celle espèce doit être tenue en serre chaude et conduite de même que ses congénères des tropi<|ues.

Le nom de Tithymale est souvent employé pour désigner ce genre, notamment dans la Flore française de Lamarck. Quant ù celui d'Euphorbe, qui appartient à un médecin célèbre de l'antiquité , nous remarquons qu'il parait être le premier nom d'homme qui ait été donné à un végétal : hommage imité fréquemment depuis, et prodigué peut-être dans les temps modernes.

Le suc laiteux des Euphorbes, et particulièrement de l'espèce africaine , connue sous le nom d'Eiiphorbia officinarum, L., produit, lorsqu'il est desséché, une substance gommo-résineuse, dont l'effet sur l'économie animale, les membranes muqueuses surtout, est des plus violents. Quelques grains de cette substance sont capables de causer des vomissements, des évacuations qu'il est quelquefois difficile d'arrêter; aussi la médecine humaine interne l'a-t-elle bannie de ses formules; son usage est borné aux topiques irritants et vésicanls de l'iiippialrique. L'Euphorbe, lorsqu'il a été recueilli sur la tige même où il s'est desséché, est sous forme granuleuse, d'un blanc jaunâtre, demi-transparent; il offre des masses brunes (piand il est le résultat

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(Ip révaporalion forcée ou spontanée dn suc que l'on a ohlcnu par expression. Sa saveur est extraordinairement acre et brûlante.

EUPIIORiilACÉES. Eiiplwrhiacem. bot. Famille naturelle de plantes, vulgairement désignée sous le nom de ïilhymales, et sur laquelle le professeur .Adrien De Jussieu vient de publier un travail d'une haute importance (do Euplwrbiacearum generibiis medicisgi/e ennivi viribiis Tentamen, in-i» cttni tab. 18 œiieis; Pansus, i8'24), imprimé par e.xlrait dans le tome l" des Annales des Sciences naturelles, et auquel nous' renvoyons ceux qui voudraient acquérir des nolions détaillées sur les genres nombreux qui composent celte famille dont voici les caractères généraux : les Heurs sont unisexuées, monoïques ou dioiqiies. Le calice est monosépale , à trois, quatre, cinq ou six divisions profondes, munies intérieurement d'appendices écailleux ou glanduleux, dont la forme et la structure varient beaucoup. La corolle manque dans le plus grand nombre des genres; elle se compose d'appendices de formes très variées, généralement en même nombre que les lobes du calice, avec lesquels ils alternent, quelquefois réunis entre eux, et semblant former une corolle uionopélale. Ces pétales, dans un giand nombre de genres, ne paraissent être que des étamines transformées. Dans les fleurs mâles, on compte en général un assez grand nombre d'étamines; quelquefois ce nombre est limité; dans un plus petit nombre de génies , chaque étamine peut être considérée comme une fleur mâle. Ces étamines sont tantôt libres et distinctes les unes des autres, tantôt soudées ensemble et monadelphes; les anthères sont terminales, à deux loges, assez souvent écartées l'une de l'autre ets'ouvranl par un sillon longitudinal. Les fleurs femelles se composent d'un ovaire libre, sessile ou porté sur un long pédoncule quelquefois appliqué sur un disque liypogyne plus large que sa base, et dont on retrouve des traces jusqu'au centre des Heurs mâles. Il est généralement à trois loges, quelquefois à deux seulement ou à un plus grand nombre. Chaque loge contient un ou deux ovules suspendus. Du sommet de l'ovaire naissent autant de styles ou de stigmates sessiles qu'il y a de loges. Ces stigmates sont ordinairement allongés et étroits, lanlôt simples, tantôt plus ou moins profondément laciniés. Le fruit se compose d'autant de coipies uniloculaires contenant une ou deux graines, qu'il y avait de loges à l'ovaire; ces coques, qui sont dures, crustacées OH même quelquefois osseuses, sont recouvertes extérieurement d'un sarcocarpe légèrement charnu qui se sépare en général de l'endocarpe à l'époque de la parfaite maturité. Chacune de ces coques s'ouvre par une suture longitudinale et se sépare avec élasticité de celles qui l'avoisinent. Elles appuient toules et sont réunies au centre sur un axe ou columelle qui persiste après leur chute. Les graines renfermées dans chaque loge sont en général suspendues et présentent vers leur point d'attache, une crête ou un arille peu étendu et sous forme de caroncule. Le tégument propre de la graine se sépare souvent en deux feuillets dont l'un extérieur est épais et crustacé, et l'autre interne, mince et pcllucide. L'embryon, qui suit la même direction (|ue

la graine, c'est-à-dire dont la radicule correspond au hile, est placé au centre d'un endosperrae charnu et souvent huileux. Les cotylédons sont larges, plans et minces. Les Euphorbiacécs sont tantôt des arbies, des arbrisseaux ou des arbustes , tantôt des plantes herbacées, annuelles ou vivaces. Quelques-unes, surtout parmi celles qui croissent en Afrique, sont épaisses, charnues, dépourvues de feuilles, et ressemblent absolument par leur port aux Cierges ou Cactus. Leurs feuilles sont généralement alternes, rarement opposées, accompagnées de stipules qui manquent dans plusieurs génies. Ces feuilles sont ordinairement simples ; elles sont composées dans quelques genres. Les fleurs, qui sont presque toujours petites et peu apparentes , oi'frent une inflorescence extrêmement variée. Elles sont tantôt axillaires, tantôt terminales.

On compte aujourd'hui environ quafrevinglsix genres dans la famille des Euphorbiacées, en y comprenant les genres nouveaux établis par de Jussieu fils dans sa dissertation. A ces genres sont rapportées environ mille quarante espèces qui sont à peu près réparties de la manière suivante dans les différentes parties du globe :

Europe et littoral de la Méditerranée 130

Canaries 10

Congo et Sénégal 20

Cap de Bonne -Espérance go

lies de France, de Bourbon et de Madagascar. . . 50

Arabie et Perse iri

Indes-Orientales ]4o

Chine, Cochinchiue, Japon 42

Nouvelle-Hollande 100

lies de la mer du Sud l/j

Amérique tempérée 40

Amérique méridionale 550

On voit, d'après ce tableau emprunté à la dissertation d'Adr. Jussieu, que le nombre des Euphorbiacées augmente à mesure qu'on s'approche de l'équateur.

Presque toutes les Euphorbiacées contiennent un suc laiteux blanc, gommo-résineux, d'une extrême âcreté, qui les rend des plantes irritantes et dangereuses. Quelques-unes même sont des poisons violents. D'autres fournissent des médicaments qui agissent surtout comme émétiques et purgatifs.

A. De Jussieu a divisé les genres de cette famille en six sections, auxquelles il rapporte les genres suivants: 1'" Section. — Loges contenant deux ovules; étamines en nombre déterminé, insérées sous le rudiment du pistil.

Diypetes, Vahl, Poit. ; Thecacoris, Adr. Jussieu; Pachfsandra, Rich., in Michx.; Buxus, L.; Sectirinerja, Juss.; Savia , Willd.; Amanoa, Aublet; Riche- )•(■«, Vahl; FlulJgea,^T^\\^i.

II" Section. — Loges à deux ovules ; étamines en nombre déterminé, insérées au centre de la fleur; fleurs rassemblées en tête, en faisceau ou solitaires.

Epistylon, Swartz; Gytioon, Adr. Juss.; Glochidion, Forst. -, ^nisonetna, Adr. Juss.; Leplonema, Adr. Juss.; Cicca, L.; Emblica, Gœrtn. ; Kirganellia, Juss.; Phyllanthus , L.; Xylophylla, L.; Menarda, Comm.; Micranlhea, De.sf.; Agyneia, L.; Andrachiie, L.; Cliijtia, Alton ; Briedclia, Willd.

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