M A JI
c'est-à-dire formé de poils aiinelés ou peints de plusieurs couleurs disposées en anneaux, comme chez les Écureuils et les Lièvres; tantôt uniforme, comme dans le plus grand nombre des genres; tantôt varié, c'est-àdire présentant des couleurs disposées par grandes plaques, comme chez quelques Makis.
Les couleurs des Mammifères n'ont point cet éclat métallique qui caractérise un si grand nombre de genres parmi les Oiseaux : une espèce, la Chrysochlore, fait seule exception sous ce rapport. Elles n'ont jamais non plus l'éclat et la vivacité de celles des Coqs-de- Roche, des Perroquets, des Tangaras et des Phénicoptères; et on trouve même rarement, chez les Mammifères, quelque chose d'analogue à ces parures qui ornent le plumage de beaucoup d'Oiseaux, et que présentent, même dans cette classe, plusieurs espèces nocturnes, tels que certains Engoulevents. Dn autre caractère général du pelage des Mammifères, consiste dans la disposition de ses couleurs beaucoup plus claires en dessous qu'à la partie supérieure et sur les Bancs. C'est ce qui s'observe, non-seulement à l'égard des véritables quadrupèdes, mais également pour les espèces qui conservent plus ou moins constamment la position verticale, comme les Kanguroos. Cependant, sans compter même plusieurs espèces entièrement unicolores, comme le Coaïta (Ateles panisciis) et l'Ours polaire {Ursiis ■marilimiis), on trouve quelques exceptions parmi les Rongeurs et surtout dans l'ordre des Carnassiers, comme par exemple chez le Hamster, les Gloutons, le Ratel, le Blaireau et quelques autres espèces ; plusieurs ont même le ventre absolument noir. Tel est particulièrement un Carnassier tout récemment connu en France, et décrit par Fr. Cuvier sous le nom spécifique de Panda.
Le pelage est ordinairement le même chez le mâle et chez la femelle, qui ne diffère guère que par des nuances un peu moins vives, et n'a pas, comme chez la plupart des Oiseaux, des couleurs entièrement différentes de celles du mâle, et qui ne les rappellent que par leur disposition. Au contraire, toutes les autres causes de variations, qui agissent sur les couleurs des Oiseaux, agissentégalementsurcclles des Mammifères, quoique, dans certaiiis cas, d'une manière différente. L'âge par exemple ne fait varier les couleurs du pelage que dans un petit nombre d'espèces, comme chez les Cerfs, les Tapirs et le Lion qui ont à leur naissance, ce qu'on nomme une livrée, c'est-à-dire une disposition particulière de coloration. Leur pelage, au lieu d'être uniforme comme chez l'adulte, est d'abord parsemé de taches régulièrement disposées, et analogues à celles que présentent, dans l'âge adulte, d'autres espèces du genre. Ainsi elles sont blanches chez les jeunes Faons comme chez l'adulte de l'Axis, et noires chez les Lionceaux comme chez la plupart des Chats. Ce rapport remarquable entre le système de coloration des jeunes individus d'une espèce, et celui des autres espèces du genre dans l'âge adulte, se retrouve chez quelques Oiseaux : mais au lieu que leur premier plumage, ordi- .nairemcnt semblable à celui des femelles adultes , est toujours beaucoup plus triste que celui de l'âge adulte, la livrée des jeunes Mammifères, variée de taches agréa-
blement disposées, est au contraire un ornement qu'ils perdent avec l'âge, pour prendre des couleurs plus simples et plus uniformes.
L'inHuence de la maladie albine agit également et de la même manière sur lesMammifères et sur les Oiseaux. Tout le monde a vu des Lapins albinos, et il n'est pas très-rare non plus de voir des Lièvres blancs ; la même altération a été observée pareillement dans presque toutes les familles des Mammifères; et il y a également eir des exemples de cette altération dans une Chauve- Souris, dont la peau, tous les poils et toutes les membranes étaient blancs, à l'exception du tiers inféiieur de la membrane interfémorale et de la queue, qui était au contraire noir. La maladie albine est plus fréquente dans les pays froids. Une autre altération, qui lui est précisément opposée dans ses causes comme dans ses effets, est le mélanisme. On l'observe particulièrement dans les pays chauds ; mais il y est d'ailleurs beaucoup moins fréquent que ne l'est l'albinisme dans les pays froids. On n'a guère vu de mélanos, (|uant aux espèces sauvages, que parmi les Chats, les Daims et les Rats. En outre de l'influence de la maladie albine, mais par des causes analogues, les espèces qui vivent dans les climats froids, blanchissent l'hiver : c'est ce qui a lieu pour plusieurs espèces de Lièvres, de Renards, de Martes, et pour quelques autres Mammifères. Le noir est ordinairement la seule couleur qui se conserve dans toutes les saisons; ainsi l'Hermine a toujours le bout de la queue noir; et l'extrémité des oreilles garde également celte couleur chez le Lièvre variable. C'est aussi ce <|n'on observe chez plusieurs Oiseaux, parmi ceux qui blanchissent en hiver, comme le Tétras Lagopède et le Tétras des Saules. Quelques espèces qui ne vivent pas dans des climats aussi froids que les précédentes, et même, pour quelques-unes d'entrés elles, les individus qui se trouvent moins avancés vers le Nord, ne blanchissent qu'incomplètement en hiver. On sait au contraiie que l'Ours i)olaire est entièrement blanc en toute saison.
On voit donc comment les mutations hibernales d'un Mammifère dé|iendent de lois fixes et se peuvent, en quelque sorte, calculer d'après la connaissance de la température du lieu qu'il habite. Il s'en faut bien qu'il soit également possible d'apprécier ainsi les changements qu'éprouve le pelage par l'influence de la domesticité. Il est d'abord certain que les modifîcalions sont d'autant plus prononcées qne les espèces sont réduites en domesticité depuis un temps plus considérable, et qu'elles sont plus entièrement domestiques; le Chien, le Cheval, le Bœuf, la Brebis, la Chèvre, le Porc, sont en efTet les espèces les plus profondément modifiées. Ainsi, les variétés dans l'espèce du Cheval sont, pour ainsi dire, innombrables; et leur taille, leurs formes, la nature de leurs poils, et, à plus forte raison, leurs couleurs, présentent les différences les plus prononcées. On a distingué environ trente laces différentes, et la plupart de ces races sont elles-mêmes formées de plusieurs variétés. Les unes, telles que celle qu'on désigne sous le nom de race anglaise commune, ont plus de cinq pieds de hauteur au garrot, tandis que d'autres n'ont pas plus de trois pieds; il n'y a pas longtemps que l'on
voyait deux Chevaux lapons, donl la taille u'exci-dait ]ias trente-cinq )iouces pour l'un, et trente-trois pour l'autre. La pluiiart des races de Chevaux ont les poils lisses et assez courts : chez le Cheval de Norvvège, ils sont de même lisses et courts pendant l'été, mais ils deviennent pendant l'hiver entièrement frisés. Le Cheval haskir les a de même frisés et très-longs. On trouve aussi des Chevaux entièrement privés de poils. Enfin, les formes et les couleurs ne sont pas moins variables, comme chacun le sait.
Ainsi, plus une espèce est réduite en domesticité depuis longtemps, et plus cette domesticité est entière et complète; ou, si l'on veut, plus l'influence de l'Homme a duré longtemps, et plus elle a été puissante; plus l'espèce a été modifiée profondément, plus les diverses variétés sont nombreuses et difFérenles entre elles. C'est donc de la durée et du degré de l'influence de la domesticité que dépendent le nombre et l'étendue des modifications. Leur nature tient à une autre cause, et celte cause réside dans l'organisation elle-même de l'animal.
Lescouleurs des différentes variétés d'une espèce, ou, comme on peut les nommer, ses couleurs secondaires, dépendent de sa couleurpriniilive. Il ne faut pas croire, en effet, qu'elles la remplacent au hasard, et comme arbitrairement; et, en effet, si cela était, après un certain nombre de générations, il n'est pas de couleurs qui ne vinssent à se produire dans une espèce. Quant au nombre des variétés, et quant à l'imporlanee des différences qu'elles présentent avec le type primitif, le degré de l'influence de la domesticité les produit et les détermine. Ainsi, une espèce nouvellement réduite en domesticité, ou une espèce qui ne l'est qu'imparfaitement, ne présente qu'un petit nombre de variétés; et encore ces variétés sont-elles peu différentes entre elles. Dans ce cas, si elle redevient sauvage, elle aura repris, dès les premières générations, ses caractères primitifs. Si, au contraire, une espèce a été depuis longtemps réduite à une domesticité complète, ses variétés seront trèsnombreuses et très-différentes entre elles; et, redevenue sauvage, elle ne reprendra sa couleur propre qu'après un temps très-considérable, ou même ne la reprendra jamais complètement. C'est ce qui a lieu pour les Chevaux redevenus sauvages, dans les pampas de Buénos- Ayres et les steppes de l'Asie centrale. On trouve, en effet, parmi eux des individus de toutes couleurs.
Il faut remarquer néanmoins que les effets produits ne sont pas toujours exactement proportionnels aux causes indiquées ici; c'est ainsi que la couleur primitive de l'espèce se trouve encore assez bien conservée dans toutes les variétés de l'Ane, quoicjue ce Quadrupède soit, depuis longtemps, soumis à la domination de l'Homme. C'est que l'organisation n'est pas au même degré, chez tous les animaux, susceptible d'être modifiée par la domesticité, et qu'elle se trouve ainsi avoir une influence notable sur l'étendue des variations, en même temps que sur leur nature. Une autre cause, pareillement très-digne d'attention, mais dont on a souvent encore exagéré les effets, c'est l'action du climat. Ce qui a été dit sur les variations hibernales du pelage de certaines espèces, et sur l'albinisme, suffit pour en faire apprécier l'importance pour la coloration.
Il resterait maintenant, la couleur primitive d'une espèce étant donnée, à déterminer quelles seront les couleurs secondaires, ou celles des variétés : question importante, et dont la solution complète montrerait enfin, pour beaucoup d'animaux, s'ils doivent réellement être considérés comme de simples variétés d'autres espèces, ou comme des espèces distinctes. Malheureusement on n'a encore de données que pour un très-petit nombre de cas. Il est deux variations que présentent presque toutes les espèces, quelle que soil d'ailleurs leurcouleur primitive: l'albinisme et le mélanisme. Tout le monde sait, en effet, qu'il existe des individus blancs et d'autres noirs chez tous les animaux domestiques, comme chez le Bœuf, le Mouton, la Chèvre, le Chat, le Lapin, et même le Chameau. Ces couleurs se relrouvent même assez fréquemment, comme on l'a remarqué, dans les espèces sauvages, et se transmettent dans quelques-unes avec assez de fixité pour qu'on y ait distingué une race blanche et une race noire : c'est ce qui a lieu pour le Daim.
On sait d'une manière générale que l'albinisme est produit par un ensemble de causes débilitantes, et tienl à l'absence de la matière colorante de la peau : s'il est démontré que le mélanisme est, au contraire, l'effet de causes fortifiantes, et tient à l'excès de la matière colorante, on verra pourquoi toutes les espèces sont susceptibles de présenter la couleur blanche et la noire, quelle que soit d'ailleurs leur coloration primitive. Uelativement aux autres couleurs secondaires, on conçoit qu'elles doivent se retrouverd'autant plus fréquemment parmi les variétés domestiques qu'elles dérivent de couleurs appartenant primitivement à un plus grand nombre d'espèces : tel est le gris-roussàlre que présente le pelage du Lapin, du Cochon d'Inde, et même du Chat à l'état sauvage, et d'où dérive le roux vif; on rencontre, en effet, très -fréquemment cette dernière couleur chez tous ces animaux. Au reste, et par une raison qu'il est facile d'indiquer, la même coloration n'est ordinairement pas commune à plusieuis espèces domestiques. Leur pelil nombre a fait que très -peu d'entre elles se ressemblaient primitivement ; par suite, et d'après ce qui a été dit, on voit qu'elles ne doivent pas se.ressembler non plus dans leurs variétés.
DE LA LOCOMOTION CHEZ LES MAllMIFÈRES.
On a suffisamment vu quels étaient les organes de la locomotion chez les espèces auxquelles des modifications particulières commandent le séjour habituel des eaux, ou permettent de s'élever dans les airs. Il ne sera donc uniquement question ici que des véritables animaux terrestres.
La plupart des véritables animaux terrestres sont des Quadrupèdes, et posent sur le sol par leurs quatre extrémités. Tels sont les Herbivores et la plupart des Carnassiers, parmi lesquels les uns sont plantigrades, tandis que d'autres n'appuient que sur leurs doigts ou même seulement sur leurs ongles, modifications d'une haute imi>ortance, et qui ont en partie servi de base aux classifications aujourd'hui adoptées. ^. Mamjia- LOGiE. Chez d'autres Mammifères, la locomotion s'exerce l)rincipalemeut, et quelquefois même exclusivement au moyen des membres postérieurs. Tels sont plusieurs
Singes, el particulièrement les Oiangs, et quelques genres de Rongeurs et de Mai'jupiaux, comme les Gerboises et les Kanguroos.Cliez ceux-ci, le mode de progression le plus habituel est le saut exécuté au moyen des membres postérieurs seuls, et de la queue qui fait véritablement l'office d'une troisième jambe. Mais ces animaux, ou du moins les Kanguroos, suivant les observations de plusieurs voyageurs, lorsqu'ils sont vivement pressés, emploient aussi leurs membres antérieurs, non pas, il est vrai, pour une marche analogue à celle des véritables Quadrupèdes, mais pour une manière particulière de saut. Les Orangs ont une marche extrêmement remarquable; posant sur leurs membres postérieurs, et se tenant presque dans la situation verticale, ils s'aident néanmoins des antérieurs, et, profitant ainsi de l'extrême longueur de leurs bras, s'appuient sur le sol au moyen de leurs mains. On voit donc que les Orangs ont un mode de progression fort singulier, et que ces animaux, auxquels on ne peut certainement donner le nom de Quadrupèdes, ne sont pas non jikis de véritables Bipèdes. L'Homme seul mérite ce dernier nom ; lui seul repose uniquement, dans la marche, sur la plante des pieds de derrière, parce que la position verticale de son corps suffit pour établir son équilibre, sans qu'il ait besoin d'autre soutien ou d'autre appui. Cette position verticale du corps, qui lui est propre, est d'ailleurs la seule qui soit possible chez lui (/^. Homme) à cause de la forme de son calcanéum et de tout son pied, de celle de son bassin, de la disposition et de la direction de sa colonne vertébrale et de ses muscles sacro-spinaux, de la forme de sa tête, de la position de son trou occipital, des proportions de son crâne et de sa face, el de la direction de son orbite. On voit donc combien ont peu de fondement les idées de plusieurs philosophes qui ont soutenu que l'Homme, dans l'état de nature, est un véritable Quadrupède, et i|ue la station verticale n'est chez lui que l'effet de l'habitude et de l'éducation. Quoique présentée quelquefois d'une manière spécieuse, celte opinion n'en est pas moins une supposition entièrement fausse, el dans laquelle on ne serait pas tombé, si l'on eût fait la réflexion <|ue le mode de station d'un être est un résultat nécessaire de son organisation, et quel'analomie peut seule donner la clef d'une question de physiologie.
UE lA PRÉHENSION.
Elle s'exécute principalement chez les Carnassiers et chez les Rongeurs au moyen de leurs doigts ordinairement bien distincts et terminés par des ongles plus ou moins pointus. Quelques espèces, comme les Écureuils l>armi les Rongeurs, les Ratons parmi les Carnassiers, saisissent leur nourriture entre leurs deux pattes antérieures, et la portent ainsi à leur bouche. La main est beaucoup plus parfaite chez l'Homme, les Quadiuraanes et les Pédimanes, à cause de la mobilité du pouce qui peut s'écarter des autres doigts, et s'y opposer. Tous les Singes (à l'exception de ceux du genre Atèle), el généralement tous les Quadrumanes, ont, comme ce nom l'indique, quatre véritables mains, c'est-à-dire que le pouce est opposable aux quatre membres. Ils peuvent ainsi saisir également avec les membres postérieurs et avec les antérieurs; mais leur main , beaucoup moins
parfaite que celle de l'Homme, comme organe du toucher, l'est aussi moins, comme organe de préhension, à cause de la brièveté de leur pouce. Chez les Didelphes et quelques autres Marsupiaux qui ont aussi de véritables mains, mais seulement aux membres postérieurs, le pouce est généralement dépourvu d'ongle, else trouve, à cause de sa brièveté, le plus souvent susceptible de peu d'usage. Plusieurs Mammifères ont en outre dans lènrqueue, un véritable organe de préhension, quoique sa fonction la plus ordinaire soit d'assurer leurs mouvements : on n'entend pailer ici que des espèces qui l'ont prenante, c'est-à-dire susceptible de s'enrouler autour des corps, el de les saisir. Chez plusieurs d'entre elles, elle est entièrement garnie de poils; mais d'autres, et ce sont celles où elle agit avec le plus de force, l'ont nue et calleuse en dessous, vers son extrémité, c'est-àdire dans la partie qui est le plus sujette aux frottements. Elle remplit souvent l'office d'une véiilable main, et peut attirer vers l'animal des objets dont le poids est considérable. On dit aussi que le Kinkajou la fait entrer dans les trous où il a aperçu des Crustacés, afin que ceu.x-ci la saisissant avec leurs pinces, il puisse, en la ramenant à lui, les tirer hors de leur relraile pour en faire sa proie. Beaucoup de Singes d'Amérique ont la queue prenante; le même caractère se retrouve également chez plusieurs Carnassiers, chez plusieurs Marsupiaux, et chez quelques Rongeurs.
Entin un autre instrument de préhension beaucoup plus remarquable encore, est la trompe des Éléphants. Cet organe, connu de tout le monde, est un prolongement du nez, pourvu de muscles nombreux, qui lui permettent des mouvements dans tous les sens, et qui peuvent aussi soit l'allonger, soit le raccourcir. (K. ÉLÉpn\NT.) C'est simplement en en repliant l'extrémité autour d'une branche d'arbre (|ue l'animal l'arrache; et c'est aussi de cette manière qu'il cueille l'herbe dont il veut faire sa nourriture. Mais ce qui fait de la trompe un instrument de préhension très -parfait, ce qui la rend capable de saisir des corps extrêmement menus, tels que des pièces de monnaie, c'est surtout la saillie qui la termine en dessus, et dont on ne peut mieux donner l'idée qu'en la comparant à un pouce très-fortement opposable. Elle s'appuie en effet contre la partie inférieure de la trompe, de même que le pouce s'appuie sur les autres doigts : aussi beaucoup de langues n'ontelles qu'un même mot pour désigner la main de l'Homme et la trompe de l'Éléphant.
Plusieurs autres Mammifères ont aussi le nez assez prolongé pourqu'on l'ait désigné sous le nom de trompe, comme les Tapirs et les Desmans; mais cette trompe n'a jamais un développement assez considérable pour être employée à la manière de celle de l'Éléphant. C'est aussi au moyen de sa trompe que l'Éléphant boit; chacun sait comment il l'emploie pour verser l'eau dans sa bouche, quoique d'ailleurs le mécanisme de la projection de ce liquide soit encore peu connu. Les autres Mammifères boivent généralement, soit en lapant, comme la plupart des Carnassiers, soit en humant l'eau, comme les Herbivores. Les organes de la préhension sont donc, chez les Mammifères, les membres de devant el ceux de derrière, la queue, le nez, les lèvres el
la langue, auxquels on doit ajouter aussi les dents.
DE LA GÉNÉRATIOIV.
Un grand nombre de Blammifères ont, ainsi que l'Homme, les mamelles pectorales, le pénis et les testicules pendants à l'extérieur : tels sont les Quadrumanes et les Chéiroptères. On trouve également, dans ces deux ordres, plusieurs espèces dont les femelles, comme la Femme, sont assujetties à un écoulement menstruel plus ou moins régulier. Ce fait remarquable, très-bien et dès longtemps connu, à l'égard de plusieurs Singes et des Makis, vient d'être vérifié à l'égard des Roussettes, par les voyageursGarnot et Lesson. L'écoulement menstruel chez la femelle, dans ces espèces, ou du moins l'afflux du sang à ses parties génitales, revient d'une manière périodique, et détermine l'époque du rut; c'est seulement alors que la femelle est disposée à recevoir le mâle. 11 n'y a point au contraire d'époque périodique de rut pour celui-ci; l'accouplement est possible chez lui en toute saison et à toute époque, à cause de la disposition de ses organes génitaux, et surtout de son pénis toujours libre. Le rut se manifeste par des signes variables chez les autres animaux, et souvent une seule fois dans l'année. Il s'annonce quelquefois chez les femelles de Carnassiers par une sorte de menstruation, comme l'a observé Fr. Cuvier pour la Genette ; il se manifeste chez les Boucs, par l'odeur extrêmement forte et fétide qu'ont alors ces Ruminants; chez beaucoup d'Herbivoies, par l'accroissement de volume des testicules, et chez d'autres où la verge est habituellement dirigée en arrière, par son renversement en avant; chez les Chameaux mâles, par des démangeaisons, par un grand amaigrissement, par des écoulements à l'occiput d'un liquide noir, visqueux et fétide; chez les Dromadaires, par deux vessies qu'on voit sortir à chaque instant de leur bouche; enfin chez tous les animaux, par une sécrétion plus abondante dans toutes les glandes sous-cutanées, et |iar un grand changement dans leur instinct et leur naturel. Les plus doux deviennent à celte époque comme furieux, et l'on doit se défier même des mieux apprivoisés. L'ignorance de ce fait remarquable a souvent été la cause de funestes accidents; et l'on a vu quelquefois des animaux, dans le lemi)s de leur rut, blesser leurs gardiens, qui, rassurés par leur douceur et leur docilité habituelles, n'avaient aucune défiance.
On a exposé ailleurs les principales différences que présente chaque espèce i)Ourson mode d'accouplement; on conçoit que ces variations sont aussi nombreuses (pie celles de la forme et de la position des organes génitaux dans les différentes familles. Les petites espèces de Mammifères sont généralement beaucoup plus fécondes que les grandes, parce que, leur gestation durant moins longtemps, elles mettent bas plus souvent, et aussi parce qu'elles font à la fois un nombre plus considérable de petits. On a calculé qu'avec un seul couple de Cochons d'Inde on pourrait en avoir un millier dans une seule année; mais celte extrême fécondité est un effet de la domesticité où ils sont réduits, et n'existe nullement dans l'état de nature.
Le degré de développement dans lequel naissent les petits des Mammifères est bien loin d'être le même dans
toutes les familles. Ainsi tandis que le jeune Ruminant peut dès le jour même de sa naissance se tenir sur ses jambes et marcher, les jeunes Carnassiers et les jeunes Singes restent pendant un certain temps faibles et débiles; et les jeunes Marsupiaux ne sont pas même arrivés, à l'époque de leur naissance, au degré de développement qui caractérise le fœtus. ^. Lactivore. Buffoii a calculé (|ue la durée de l'époque de croissance et de développement complet du corps, forme la septième partie de la durée totale de la vie chez les Mammifères. C'est en effet à peu près ce qu'on observe dans cette classe; et il est bien certain, à quelques exceptions près, que les espèces qui croissent le plus lentement, sont aussi celles qui vivent le plus longtemps.
DES MÉTIS, ET DC CROISEMENT DES ESPÈCES ET DES RACES CBEZ LES MAMMIFÈRES.
On a réussi souvent à faire accoupler des individus appartenant à des espèces différentes; c'est ce qu'on voit journellement à l'égard de l'Ane et du Cheval, qui produisent très- facilement ensemble, et qui s'accouplent sans répugnance, comme chacun le sait; c'est aussi ce dont on a des exemples pour l'Ane et le Zèbre, le Zèbre et le Cheval, le Bison et la Vache, le Bélier et la Chèvre, le Loup et le Chien, etc. Les accouplements hybrides sont donc assez fréquents chez les Mammifères; cependant ils ne s'opèrent pas ordinairement sans qu'il y ait réunion d'un certain nombre de circonstances. Ainsi par exemple, il faut que les deux espèces, ou du moins l'une d'elles, soit réduite en domesticité. On ne connaît qu'un très -petit nombre d'exceptions; la puissance de l'Homme peut en effet seule produire ces phénomènes contraires aux lois générales de la nature. 11 faut que les deux espèces soient de même taille, ou du moins de taille peu différente ; et il est facile en effet de concevoir que l'accouplement ne peut avoir lieu, sans qu'il y ait proportion entre les dimensions des organes génitaux mâles et des organes femelles. Toutefois si l'on adoptait l'opinion de ceux qui considèrent comme des espèces différentes les principales races de Chiens (opinion qui n'est pas aujourd'hui sans quelque probabilité), on pourrait citer une exception fort remarquable à cette loi; ainsi on voit quelquefois un Chien de très-petite race s'accoupler avec une Chienne de très grande taille. On a même aussi des exemples de l'accouplement du Lama avec la Chèvre; fait qui parait aussi exceptionnel, mais qui s'explique cependant trèsbien par la petitesse proportionnelle du pénis chez le Lama. Cet accouplement a d'ailleurs toujours été stérile. Enfin, il n'y a d'accouplement hybride qu'entre des espèces voisines, et appartenant au même genre naturel. Ainsi le Cheval, le Zèbre et l'Ane, le Bison et la Vache, le Loup et le Chien, sont bien des esjjèces de même genre; et quant au Bélier et à la Chèvre, tous les zoologistes conviennent qu'aucun caractère bien réel et bien positif ne les distingue génériquement, et que plusieurs races de Chèvres pourraient tout aussi bien être placées parmi les Moulons; ces derniers font même partie du genre Capta, àans plusieurs systèmes, et particulièrement suivant ceux qui sonl le plus généralement adoptés en Allemagne. Ainsi l'accouplemenl du Bélier et de la Chèvre n'empêche pas de dire
iju'il n'y a aucune exceplion à celte deriiièie loi; mais il n'en serait pas de même, si quelques faits rapportés par Baffinesque (;taient bien avérés, c. Une Chatte, dit ce zoologiste (Annales générales des Sciences Physiques, t. VII, p. 83), fut laissée dans une cabane dans les bois du Kenliiky, laquelle fut abandonnée pendant plusieurs mois. Cette cabane était parfaitement isolée et éloignée de plusieurs lieues de toute autre, et il n'y avait pas de Chats dans le voisinage à la dislance de quinze à dix-huit milles. Le propriétaire de la cabane trouva à son retour sa Chatte encore dans la cabane, cl allaitant une portée de cinii petits monstres semblables aux Chats par le corps et le poil, mais ayant la tête, les pattes et la queue semblables à celles du Didelpbe commun des États-Unis, nommé ici Opossum (le Didelphis l^iiginiana des naturalistes). Ces animaux vécurent et furent montrés comme curiosité dans tous les environs; mais ils sont morts jeunes et sans s'être propagés. On a conjecturé avec fondement que cette Chatte, ainsi isolée, abandonnée, et qui a vécu d'Oiseaux, de Souris et de Taupes dans l'intervalle, aura agacé un Didelphe mâle durant la période ordinaire de chaleur, à défaut de maie de l'espèce analogue; car il n'y a même pas de Chats sauvages dans le Kentuky (ceux qu'on nomme ainsi sont des Lynx), et aura été fécondée par lui. «
Ou doit bien se garder d'admettre, sans un examen attentif, ce fait et queli|ues autres semblables rapportés par le même auteur. Il est en effet bien difficile d'admettre la possibilité d'un accouplement fécond entre deux espèces appartenant à des genres aussi éloignés à lous égards, et particulièrement par leur mode de génération, que le sont les Chats et les Didelphes. On a déjà remarqué d'ailleurs que la puissance de l'Homme peut seule ordinairement produire ces unions contraires aux lois de la nature, et pour lesquelles toutes les espèces sauvages montrent constamment de la répugnance. Enlin, et cette remari|ue n'est pas ici sans importance, on sait que parmi les Chats, les femelles résistent longtemps, même à leurs propres mâles, dans la crainte de la douleur qui accompagne toujours pour elles l'acte de l'accouplement, à cause des pointes dont se trouve armé le pénis de ces animaux.
L'accouplement hybride du Raton et d'une espèce de Renard, auquel les chasseurs de l'Amérique septentrionale croient généralement, ainsi que l'affirme également Raffinesque, paraît aussi un fait fort douteux. Il en est de même de celui du Cerf et de la Vache, de celui du Chai et du Chien, et encore bien mieux de celui du Chat et du Loir, dont Locke dit avoir vu un e.\emple. Enfin toul ce qu'on a dit de l'existence du Jumar ou du i)rétendu métis du Taureau et de la Jument, paraît de même dénué de fondement. L'organisation de ces espèces est en elTet trop difîérente à tous égards, pour que leur union, ou du moins leur union féconde, puisse être regardée comme possible, dans l'état actuel de la science.
Les jeunes Mulets, et surtout ceux qui proviennent d'une espèce domestique et d'une espèce sauvage, et non pas de deux espèces domestiques, s'élèvent souvent avec peine, ou même meurent dès le bas Sge, comme
si la nature répugnait à l'existence de ces êtres que l'Homme a, pour ainsi dire, créés. Quelquefois néanmoins ils s'élèvent très-bien. Un des exemples les plus remarquables est le métis né, en 1807, d'un Zèlire femelle et d'un Ane à la ménagerie du Muséum, où il vil encore aujourd'hui. Geoffroy Sainl-Hilaire l'a décrit (Ann. Mus., t. ix), et a fait connaître (Ann. Mus., t. vu) les circonstances de l'accouplement qui lui a donné naissance. 11 s'esl fait sans aucune difïicullé; et l'on n'a eu nul besoin de recourir ù quelipie lusc analogue à celle qu'Allamand dit avoir été employée, dans un cas semblable, par un seigneur anglais; ruse de l'efficacité de laquelle il est fort permis de douter. On avait, rapporte cet auteur, fait il'inuliles tentatives pour produire l'accouplement, lorsqu'on s'avisa de peindre l'Ane des couleurs du Zèbre; celui-ci se laissa tromper par cette similitude, et l'accouplemenl eut lieu. On est parvenu à faire accoupler le Bison mâle avec une Vache. La question de la fécondité des Mulets a été longtemps débattue, et n'est point encore résolue d'une manière générale. Quelques-uns, comme les métis du Chien et du Loup, ne sont cerlainement pas stériles, et Buffon l'a prouvé par plusieurs exemples; mais ils ne produisent ordinairement que des animaux faibles et qui s'élèvent difficilement. Cependant Buffon (Suppl., t. vu) a fait connaîlre jusqu'à la quatrième génération de ces mélis. D'autres métis semblent presque entièrement stériles; tel esl le Mulet proprement dit, ou le Mulet né du Cheval el de l'Ane. Ce mélis s'accouple trèsfacilement avec le Cheval, mais presque toujours infructueusement. On a néanmoins prouvé par plusieurs exemjiles (|u'il n'est pas absolument infécond ; mais ces exemples sont en petil nombre, et n'ont guère été recueillis, pour la plupart, que dans les pays chauds. Il paraît même presque entièrement stérile dans nos climats; c'est ce qui résulte du nombre considérable d'essais tentés inutilement. Les Mulets présentent généralement des caractères assez fixes, et qui sont en partie ceux du père, en partie ceux de la mère. Ainsi le métis de l'Ane et du Cheval ressemble à l'un et à l'autre, et il forme véritablemenl un être intermédiaire entre ces deux espèces, sans jamais présenterions les caractères de l'une d'elles, à l'exclusion de ceux de l'autre. Jamais un Ane. jamais un Cheval ne naîtra de l'accouplement du Cheval et de l'Ane; le produit pourra bien ressembler à l'un plus qu'à l'antre, mais non pas exclusivement à l'un d'eux; on reconnaîtra toujours en lui un métis. 11 n'en est pas toujours ainsi du croisement de deux variétés d'une même espèce : le produit lient le plus souvent de l'une et de l'autre (et l'on n'ignore pas combien l'économie rurale a su profiter de la connaissance de ce fait pour améliorer les races domestiques); mais, très-fréquemment aussi, il ressemble entièrement à l'un des animaux dont il est i)rovenu. Souvent, parmi les espèces qui fout plusieurs petits à la fois, on trouve dans la même portée, des individus semblables au père, d'autres semblables à la mère, d'autres enfin qui tiennent de l'un et de l'autre; et c'est ce que chacun sait d'après l'expérience journalière. Le croisement entre les deux mêmes individus, opéré dans des circonstances qui sont ou du moins qui paraissent semblables, peut
pioduiie <les pelKs semblables au niàle, et à une autre portée, d'autres qui se trouvent ressembler à la mère. Par exemple le croisement d'une Daine blanche et d'un Daim noir a d'abord i)roduit un mâle varié de blanc et de noir,, celle dernière couleur étant d'ailleurs celle qui dominait généralement. Le même croisement a donné ;"i la portée suivante un autre mâle, noir comme le |)ère, dont il ne différait que par une très petite tache audessus du sabot ; et ainsi presque entièrement semblable au produit de raccouplement de deux individus de la race noire. Quelle loi peut embrasser toutes ces variations? Et quelles causes déterminent ces ressemblances que présente tour à tour le produit avec le père, avec la mère, avec tous deux, et (|uelquefois même avec le grand-père, comme plusieurs agriculteurs l'ont reconnu à l'égaid des Moutons? C'est ce ([u'on ignore presque complètement ; et il en est à peu près de même de la cause (|ui détermine le sexe du produit, quoiijue de nombreux travaux entrepris récemment dans différentes directions, aient commencé à jeter quelque jour sur cette importante et difficile matière.