‹ Dictionnaire classique des sciences naturelles (volume 4)Chapitre 12 sur 99 · DE L\ PLACE QUE DOIVENT OCCCPEU LES MAMMIFÈRES D.AKS LA SÉRIE ANIMALE · texte numérisé non relu

DE L\ PLACE QUE DOIVENT OCCCPEU LES MAMMIFÈRES D.AKS LA SÉRIE ANIMALE

Avant d'avoir étudié l'organisation des Mammifères, de l'avoir considérée dans ses rapports avec celle des autres classes, tous les naturalistes étaient tombés d'accord sur la nécessité de les placer à la tète du règne animal. L'extrême intelligence de ces animaux, leur mode de génération, et toutes leurs fonctions en tout jioint analogues à celles de l'Homme; la grande ressemblance extérieure de quelques-uns d'entre eux avec cet être le plus parfait de tous, avaient en effet frappé les premiers observateurs. Aujourd'hui, ce qu'on avait reconnu d'après un petit nombre de rappoits, ce qu'on avait en quelque sorte deviné inslinctivement. est une vérité pleinement et rigoureusement démontrée. Les nombreuses recherches auxquelles on s'est livré dans ces derniers temps, ont en effet fourni ce beau résultat, que les Mammifères sont des êlres dont le développement est généralement plus parfait que celui des autres classes; que les Ovipares réalisent pendant toute la durée de leur vie les caractères propres aux Mammifères dans l'âge fœtal, et qu'ils ne sont, suivant l'expression reçue, que des embryons permanents de cette classe. On ne cherchera pas à accumuler ici les nombreux faits qui viennent à l'appui, et qui donnent la démonslralion de cette idée; on en a d'ailleurs lait remarquer quelques-uns dans le couis de cet article : c'est ainsi qu'on a vu chez les fœtus des Mammifères un diaphragme rudimenlaire comme celui des Oiseaux, des tubercules quadrijiimeaux semblables d'abord à ceux des Poissons, puis à ceux des Reptiles, |)uis à ceux des Oiseaux , enfin le même nombre de l)ièces crâniennes qui entrent dans la composition de la tête osseuse des Vertébrés inférieurs. C'est ainsi que, se trouvant toujours en rapport avec eux primitivement, ils ne s'en éloignent que par la série de leurs développements successifs.

Ces idées sont aujourd'hui généralement adoptées en France et eu Allemagne. Émises en 1807 par Geoffroy Saint-Hilaire, qui fonda sur elles sa déterminatiop. du

crâne des Poissons, elles ont en effet été depuis développées avec succès en France parce même anatomiste et par Serres, et en Allemagne par Meckel et par Tiedemann. qui en ont, on peut le dire, donné la démonstration pour tous les principaux systèmes organiques. Toutefois quelques naturalistes français les repoussent encore aujourd'hui même comme hypothétiques, et comme fondées sur une apparence qui n'a rien de réel; mais ils semblent véritablement les avoir confondues avec celles de Demaillet, qui, cherchant à prouver l'origine aquatique de l'espèce humaine, a voulu établir l'identité primitive de l'Homme avec le Poisson. Ces théories, aussi bizarres que lidicules, ne sont nullement celles des anatomistes que l'on vient de citer : ils ont établi qu'il y a analogie et ressemblance primitives des éléments des organes; mais non, comme on l'a dit, que l'échelle animale représente un seul être depuis son premier degré de développement jusqu'au dernier, et encore bien moins, que l'Homme a été, à une époque de son développement, un véritable Poisson ou un véritable Reptile. On peut dire même que toutes ces singulières hypothèses, si elles ne sont pas tout à fait incompatibles avec les théories générales de ces anatomistes, et parliculièrement avec la doctrine de l'unité de composition de Geoffroy Saint-Hilaire, ne peuvent du moins se concilier avec elles que fort difficilement.

Il était important d'insister sur cette théorie de la ressemblance primitive des organes; car sa démonstration est aussi la démonslralion la plus évidente et la plus certaine de l'unité de composition organique, comme l'entend Geoffroy Saint-Hilaire, de l'unité de composition dans les éléments de l'organisalion. Si en effet les variations de ces éléments, dans la série animale, sont les mêmes i|ue celles qu'ils présentent dans la série des développements du fœtus, à moins de nier qu'il y ait analogie entre les éléments des organes du fœtus et ceux de l'adulte, on ne peut se refuser à admettre pour l'ensemble des animaux, le même genre ou le même mode d'analogie, c'est-à-dire l'analogie élémentaire.

Ainsi on peut regarder comme bien démontré, que les Mammifères doivent être considérés comme les êtres dont l'organisation est la plus parfaite, et qui, par conséquent, se placent, d'après l'ensemble de leurs rapports, à la têle du règne animal. La plupart de leurs organes ont en effet alteint le maximum de composition, tandis que queli|ues autres sont au contraire arrivés au minimum; et à cet égard il n'en pouvait être autrement, puisque certaines jiarties de l'organisation sont toujours développées en raison inverse l'une de l'autre, ainsi qu'on l'a déjà remarqué. L'état tout à fait rudimenlaire de quelques organes esl donc précisément la cause de l'extrême richesse de développement de quelques autres, et peut ainsi luimême être regardé comme une preuve du développement plus parfait de l'ensemble de l'organisation. L'étendue plus considérable de la respiration chez les Oiseaux où elle est, selon l'expression reçue, double, paraît cependant modifier un peu ces rapports; mais on pourrait remarquer qu'elle tient à quelques égards

elle-même, ù l'imperfection de la plèvre et du péritoine, et à l'état rudimentaire du diapliragme.

DE lA DISTRIBCTION GÉOGBAPBrQUE DES MAMMIFÈRES.

Iîuffon,dans les ouvrages duquel il ne faudrait cherclier que le mérite du slyle et le talent du grand écrivain, suivant plusieurs naturalistes modernes, est cependant celui qui a posé, à l'égard de la l\Iammalogie, les premiers principes de cette importante partie de la science, connue sous le nom de Géographie physique. Privé des connaissances de l'anatomiste, porté, d'après certaines théories qui lui étaient propres, à regarder l'inlluence du climat sur le développement et les caractères des animaux, comme plus grande encore qu'elle ne l'est réellement, et d'ailleurs ses propositions générales n'étant pas la déduction d'un nombre assez considérable de faits, il a été entraîné dans quelques erreurs plus ou moins importantes, dont au reste il a lui-même reconnu et corrigé plusieurs. C'est ce qu'on peut remarquer particulièrement au sujet de son bel article sur la distribution géographique des IMammifères (t. IX, p. SG-128), qui n'en doit pas moins cependant être regardé comme un des morceaux les plus importants de l'Histoire naturelle. Ce qui a été fait dans ces derniers temps par divers naturalistes, et principalement par Geoffroy Saint-Hilaire, n'a en effet été que le développement et la démonstration des idées que Buffon a exposées dans ce passage.

La question de la distribution géographique des Mammifèies doit être traitée sous deux points de vue, c'est-à-dire à l'égard des genres et à l'égard des espèces. Buffon a remarqué le premier qu'aucune des espèce de la zone torride, trouvée dans l'un des continents, ne s'est trouvée dans l'autre, et que même la plupart de celles des climats tempérés de l'Europe manquent également dans le nouveau monde. Cette grande loi , regardée comme inexacte, et combattue parla plupart des contemporains de Buffon, est aujourd'hui généralement admise, depuis que Geoffroy Sainlllilaire a déinontré la différence spécifique du Jaguar et de la Panthère, que diverses erreurs de Buffon luimême avaient longtemps fait confondre, quoiqu'il eût déjà reconnu et annoncé que le Tigre d'Amérique et la Panthère étaient deux animaux différents. Au contraire quelques-unes des espèces qui vijent dans les climats les plus froids, et qui se trouvent les plus rap prochées du Nord, existent également dans la partie la plus septentrionale des deux continents, comme l'a remarqué Buffon; mais il faut bien se garder de croire que ces animaux communs aux deux mondes, soient à beaucoup près aussi nombreux qu'il le dit. Ainsi, après avoir cité plusieurs espèces qu'il suppose se trouver également dans le nord des deux continents, il ajoute « que les Lièvres, les Écureuils, les Hérissons, les Rats musqués, les Loutres, les Musaraignes, les Chauves-Souris, les Taupes sont aussi des espèces qu'on pourrait regarder comme communes aux deux continents, quoique d'ailleurs (comme il le remarque ensuite lui-même) il n'y ait, dans tous ces genres, aucune espèce qui soit parfaitement semblable en Amérique à celles de l'Europe. » Et en effet, relativement à tous ces animaux, ceux de l'ancien monde et ceux de

l'Américiue, entre lesquels Buflfon n'apercevait aucune différence bien notable, sont aujourd'hui considérés comme des espèces bien distinctes, et plusieurs même comme des genres particuliers. Une étude plus approfondie des caractères des êtres, a donc montré que le nombre des espèces qui n'appartiennent pas exclusivement à l'un ou à l'autre des deux mondes, est fort restreint; encore a-l-on reconnu, à l'égard de ces espèces, que plusieurs sont formées de deux variétés : l'une américaine, l'autre apparlenantprincipalemenl à notre continent. Tel est le cas du Glouton {Ursus Gulo, L.) qui existe à la fois dans le nord de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique, mais qui, dans cette dernière région, a des couleurs beaucoup plus pâles, et diffère assez pour avoir été d'abord considéré comme une espèce distincte, sous le nom de Volverenne (Ursus luscus). Buffon avait comparé les animaux du nouveau monde à ceux de l'ancien sous un autre rapport, et cherché à établir d'une manière générale que les premiers sont d'une taille moins considérable, la différence étant même dans le rapport d'un à quatre, six. huit et dix. « Une autre observation qui vient encore à l'appui de ce fait général, ajoule-t-il, c'est que tous les animaux qui ont été transportés d'Europe en Amérique, comme les Chevaux, les Anes, les Bœufs, les Brebis, les Chèvres, les Cochons, etc., tous ces animaux y sont devenus plus petits; et que ceux qui n'y ont pas été transportés, et qui y sont allés d'euxmêmes, ceux, en un mot, qui sont communs aux deux mondes, tels que les Loups, les Renards, l'es Cerfs, les Chevreuils, les Élans, sont aussi considérablement plus petits en Amérique qu'en Europe, et cela sans aucune exception. Il y a donc, dans la combinaison des éléments et des autres causes physiques, quelque chose de contraire à l'agrandissement de la naturah'ivante dans le nouveau monde. ^ Buffon cherche ensuite les causes de ces faits, et il les trouve dans la chaleur beaucoup moindre, et l'humidité beaucoup plus grande de celte région, en même temps que dans le petit nombre et les mœurs des Américains qui, menant, dit-il, la vie des animaux, laissaient la nature brute, et négligeaient la terre.

Ces hypothèses, qui peuvent être très-fondées pour une localité et pour un cas particulier, ne peuvent être adoptées dune manière générale; et on ne peut les considérer comme applicables aux diveises régions du nouveau monde tout entier. Au reste, ne pourrait-on pas dire que Buffon cherchait en vain à expliiiuer d'une manière générale un fait «pii lui-même n'est pas général? S'il est certain, en effet, que les plus grands Quadrupèdes, les Éléphants, les Rhinocéros, l'Hippopotame, la Girafe, les Chameaux, le Lion, le Tigre, appartiennent tous à l'ancien monde, on peut remarquer aussi que beaucoup de familles ont leurs plus grandes espèces parmi celles du nouveau monde. Le Fourmilier Tamanoir l'emporte de beaucoup sur les Fourmiliers de l'ancien monde, ou les Pangolins; le Jaguar sur la Panthère ; le Cabiai, les Pacas, le Castor, sur les autres Rongeurs; le Lamantin d'Amérique sur celui du Sénégal?

Buffon n'aurait donc pas dû poser d'une manière

générale sa loi de l'inférioiilé des espèces du nouveau monde, et affirmer qu'elle ne souffre aucune exception. Mais, on doit aussi le dire, on aurait également tort de soutenir que son opinion n'est fondée sur rien de réel ; et si on ne doit pas voir dans le fait signalé par Buffon une loi générale de Géographie physique, on doit convenir que, du moins, il a véritablement lieu pour le plus grand nombre des cas. Les exceptions que l'on vient de citer, celles que l'on pourrait ajouter encore, sont en fort petit nombre, et presque tous les grands animaux sont réellement habitants de l'ancien monde ; ce qui peut bien tenir aussi en partie à ce que l'Amérique ne nourrit qu'un très-petit nombre d'Herbivores, et surtout de Pachydermes, et que ces derniers sont précisément ceux qui sont susceptibles de parvenir à la plus grande taille.

Tilles sont les principales lois de la distribution géograpliique des espèces de Mammifères, lois que l'oljservalion a révélées. Mais la puissance de l'Homme créant pour ainsi dire de nouvelles espèces dans les races qu'il a fait naître, en détruisant d'autres, peuplant l'Amérique des animaux de l'Europe, et, par une sorte d'échange. l'Europe de ceux de l'Amérique, a changé la face de la terre, et renversé les lois qu'avait posées la nature.

Dans tous les articles de ce Dictionnaire qui ont été donnés soit par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, soit par d'autres collaborateurs, on a fait connaître avec le plus de soins et le plus d'exactitude possible, la patrie de chaque espèce; il est donc inutile de donner ici, pour chaque contrée du globe, l'énuméralion des Mammifères qui l'babitent. La distribution géographique des genres a également beaucoup occupé les naturalistes; et, quoiqu'on n'ait encore à leur égard trouvé aucune loi générale, les résultats auxquels on est parvenu, n'en sont pas moins dignes de remarque. C'est encore à Buffon que l'on doit les premières observations à ce sujet ; ce grand homme reconnut que cba(|ue espèce d'animaux a le plus souvent sa patrie particulière; en sorte que chaque région a ses genres, comme ses espèces de Mammifères. Il est même surtout vrai de dire, pour la plupart des genres, que ceux de la zone torride de l'un des deux continents ne se retrouvent pas dans l'autre. Ainsi, tous les Singes de l'ancien continent diffèrent génériquemenl de ceux du nouveau, et les Makis et plusieurs autres Lémuriens, non-seulement sont propres à l'ancien, mais même se trouvent exclusivement sur un seul point, dans l'île de Madagascar. Il n'y a ainsi pour tous les Quadrumanes aucune exception ; et s'il en était de même pour tous les autres ordres de Mammifères, on pourrait établir des lois générales pour leur distribution générique, comme pour leur distribution spécifique.

C'est ce qu'on serait d'autant plus porté à croire, que la plupart des faits présentés comme des objections contre ces théories, n'avaient rien de réel, et que l'examen a même souvent montré en eux des preuves du contraire. Ainsi, Buffon ayant établi que les Didelphes habitaient exclusivement l'Amérique, la plupart des naturalistes contemporains de ce grand homme annoncèrent et soutinrent qu'il en existait également

dans les Indes-Orientales. Les preuves apportées à l'appui de cette assertion, parurent même, dans ces temps où l'on connaissait encore très-peu les ra|)ports naturels, si certaines et si concluantes que Buffon lui-même crut devoir, dans les dernières années de sa vie, renoncer à sa théorie favorite, et déclarer qu'il s'était trompé. Aujourd'hui tous les naturalistes modernes s'accordent à admirer la sagacité de Buffon; le prétendu Didelphe, le fameux Didelphe oriental, s'est trouvé, non pas un véritable Didelphe, mais un Phalanger.

On voit donc que, tandis que plusieurs genres sont véritablement (suivant l'expression reçue) cosmopolites, comme les Chats, les Renards, les Ours, les Écureuils, les Tapirs, les Cerfs, il en est beaucoup aussi qui se trouvent confinés dans certaines parties du monde. Le nombre de ces derniers est même beaucoup plus considérable qu'un examen superficiel pourrait d'abord le faire imaginer. Plus on remonte dans l'échelle des êtres, plus l'existence d'animaux semblables habitant les deux mondes, devient rare. Ainsi de tous les genres naturels de Singes, de Lémuriens, de Chéiroptères, d'Insectivores jusqu'à ce jour décrits, on n'en a pendant longtemps connu aucun dont l'existence dans l'un et dans l'autre continent fût bien constatée; et il paraissait prouvé, pour toutes ces familles, que leur distribution géographique correspondait exactement aux divisions établies parmi eux, d'après leurs caractèreszoologiques. C'est cependant ce qu'on ne peut aujourd'hui admettre d'une manière générale pour tous les Chéiroptères, car il est démontré qu'un des genres de cette famille, celui que Geoffroy Saint-Hilaire a établi sous le nom de Kyctinome, existe à la fois dans l'Amérique méridionale et dans plusieurs parties de l'ancien monde. Sans donner ici toutes les preuves de ce fait important, sans établir rigoureusement, comme on le fera ailleurs par l'énumération de ses caractères, que l'espèce nouvelle, décrite sous le nom de Nyctinoinus Brasiliensis, est bien réellement un Nyclinome, on se contentera de dire ici que non-seulement l'espèce américaine ne peut, d'après ses rapports naturels, être séparée des Kyclinomes de l'ancien monde; mais qu'elle ressemble même presque entièrement à l'un d'eux, le Nyctinome du Bengale. La similitude de formes, de taille, de couleur même, est si parfaite, que l'imagede l'une peut être prise pour l'image de l'autre, et que si ces deux animaux habitaient la même région, on serait tenté de les réunir en une seule espèce. Cette remarque suffit pour faire juger de l'analogie qui existe entre les deux espèces, et pour mettre hors de doute l'existence simultanée d'un genre de Chauve-Souris dans le sud de l'Amérique et dans le centre de l'Asie.

On n'a donc point encore réussi, et on ne réussira sans doute jamais à embrasser dans une loi générale la distribution géographique des genres de Mammifères. Tout ce qu'on a pu remarquer jusqu'à ce jour, c'est que les Chéiroptères, les Insectivores, et surtout les Quadrumanes, sont les familles où des différences de caractères correspondent le plus fréquemment à des différences de patrie, et que c'est au contraire parmi les véritables Carnassiers que se trouvent les genres le plus véritablement cosmopolites. Ce rapport se trouve-

rait-il expliqué par le régime même de ces animaux? Et pouriail-on dire que, destinés à se nourrir de proie vivante, ils ont pu trouver dans les deux mondes le même genre de nourriture?

Toutes ces idées sur la distribution géograpliique des êtres, ont plus d'importance qu'elles ne le paraissent d'abord, et n'ont pas seulement l'intérêt de la curiosité. C'est véritablement d'elles qu'il faut attendre la solution du grand i>roblÈme posé dans ces derniers temps par quelques naturalistes : les diverses espèces d'un même genre et les divers genres d'une même famille, ne seraient-ils que des races d'une même espèce primitive, modifiées par le temps, le climat et les circonstances extérieures? Plusieurs philosophes n'ont pas hésité à répondre affirmativement; mais leur opinion, basée presque seulement sur des hypothèses, est en contradiction avec un grand nombre de faits.

Mammifères fossiles. Les ossements de Mammifères sont trop abondamment répandus sur un grand nombre de points du globe, au milieu des dépôts qui conslituent certains sols, et la plupart d'entre eux sont trop reconnaissables par leur forme, pour que, depuis longtemps, les observateurs n'aient pas reconnu leur existence à l'état fossile dans le sein de la terre; mais quelque nombreux que fussent les faits recueillis par les géologues, ceux-ci étaient loin de s'attendre aux résultats que devaient procurer les recherches spéciales, entreprises sur ce sujet important par l'un des plus célèbres naturalistes. C'est après avoir étudié d'unemanière non moins exacte que rationnelle le squelette de tous les Mammifères de l'époque actuelle qu'il a pu réunir dans une'immense collection, et a|)rès avoir examiné comparativement, pour ainsi dire, chacun des os dont ils se composent avec ceux que l'on rencontre fossiles , que Cuvier est parvenu à distinguer et à décrire beaucoup d'espèces anciennes et même des genres entiers qui n'existent plus maintenant, tandis que d'un autre côté il a pu faire voir que la plupart des espèces de notre époque diffèrent, soit en partie, soit entièrement, de celles qui habitaient la teire dans des temps plus ou moins reculés. Ce savant anatomisie ne s'est pas seulement attaché à établir les ressemblances ou les différences que présentaient les êtres de l'ancien monde avec ceux qui vivent aujourd'hui à sa surface, mais il a cherché encore dans quels rapports la somme de ces ressemblances ou différences des diverses espèces fossiles pouvait être avec l'âge des assises qui recèlent leurs débris. Ces recherches positives, si importantes pour l'histoire physique de la surface de la terre, et pour celle des révolutions dont elle a été le théâtre, ne sont pas d'un moins grand intérêt pour le philosophe, qui essaie de soulever le voile dont les œuvres du Créateur sont enveloppées; elles lui donnent la preuve que s'il est encore quelques uns des mystères de la nature qui ne soient pas impénétrables pour l'Homme, c'est par l'observation qu'il triomphera des obstacles; c'est en interrogeant avec persévérance et sang-froid les archives du globe que peut-être il parviendra, après avoir réuni tous les anneaux de la chaîne compliquée des êtres, à remonter jusqu'à l'origine de chaque type et à suivre pas à pas les progrès de l'organisation de-

puis la création de l'élre le plus simple jusqu'à celle de l'Homme lui-même.

Les travaux de Cuvier paraissent démontrer que depuis longtemps des espèces d'animaux, appartenant à toutes les autres classes du règne animal, et en particulier aux animaux vertébrés, tels que les Poissons, les Reptiles, avaient laissé leurs dépouilles dans les couches dont la terre se revêtissait successivement, lorsque des Mammifères ont, pour la première fois, élé enveloppés par les dépôts qui continuaient à se former. 11 semble naturel de conclure de cette observation, que les êtres les plus parfaits ou ceux dont l'organisation est le plus rapprochée de celle de l'Homme ont été créés les derniers, et celle conséquence devient encore plus probable si l'on étudie le gisement des divers Mammifères fossiles eux-mêmes. En effet, on voit que plus les espèces enfouies différaient des espèces vivantes, et plus elles appartiennent à des couches anciennes; de sorle que ce n'est que dans les couches meubles les plus superficielles (|ue l'on renconlre des ossements semblables à ceux des Mammifères dont les races subsistent encore ; et même les espèces les plus rapprochées de l'Homme, tels que les Makis, les Singes, n'ont pas jusqu'à présent d'analogues fossiles, observation qui semble coïncider avec l'absence d'ossements humains dans les dépôts antérieurs aux temps hislori(|ues.

L'Homme n'a point été trouvé à l'élat fossile; il en est de même pour tous les Quadrumanes; mais si l'on fouille le sol le plus superficiel, composé de terres, de sables, de limon qui recouvre nos grandes plaines, remplit les vallées, comble les cavernes, obstrue les fentes de plusieurs rochers, et semble être le dernier déjiàt formé sur nos continents par une action que l'on croit avoir été rapide et violente, dépôt qui présente les mêmes caractères généraux sur presque tous les points connus du globe et que les Anglais désignent par l'expression de DHucium; on trouve presque partout de nombreuses dépouilles de Mammifères qui étaient plus ou moins semblables à ceux qui nous entourent, tels que des Renards, des Loups, des Tigres, des Hyènes, des Ours, qui quelquefois, comme on le voit en France et en Angleterre, se rencontrent dans les mêmes lieux avec des os d'Éléphants, de Rhinocéros, d'Hippopotames, de Chevaux, de Bœufs, de Cerfs et de plusieurs Rongeurs. Ce n'est que dans des dépôts inférieurs au Diluviwin , dans des couches régulières de Calcaire, de Marne, de Gypse, d'Argile, que paraissent les espèces dont les genres sont perdus, tels que les Palœotheriums, les Lophiodons, les Anoplolheriums, les Anthracotheriums, les Chéropotames, les Adcpis; mais si l'on pénètre plus avant dans les couches de la terre, si l'on parvient jusque dans les couches de l'âge du Calcaire grossier parisien, on ne trouve plus que quelques Mammifères comme aquatiques des Lamantins, des Morses, ou des Cétacés, des Dauphins. Deux seuls exemples viennent faire jusqu'à présent exception à cet aperçu général, l'un cité par Boue qui dit avoir trouvé, en Autriche, des os de Ruminants dans la Craie , et l'anlre admis par presque tous les géologues anglais, qui classent parmi les terrains oolilhiques les Schistes calcaires de Stonesfield près Oxfort,dans les-

i|iicls on a (lécouverl plusieurs fragmeiils de mâchoires avec des dénis <(iii ressemblent à celles d'un pelil Carnassier insectivore, analogue à quelque Didelplie. Sans contester rauthenticité de ces faits jusqu'à présent exceptionnels, on peut penser que. dans l'état actuel des connaissances l'ournies par le gisement des divers JJammifères fossiles. Il importe de ne les admettre qu'après l'examen le plus rigoureux.

M.iMSlOUT CD MAMMOUTH, jiam. foss. Les Russes avaient donné ce nom au grand Éléphant fossile, dont les ossements se trouvent, en grande abondance, en .Sibérie. Les Américains croyant reconnaître le même animal dans celui que depuis on a appelé Mastodonte, et dont les premiers squelettes furent découverts sur les bords de l'Ohio, l'avaient désigné sous le même nom de Mammouth. A'. Éléphant fossile et MASTODu^TE.

MAMMULE. Mammula. bot. et ins. Sorte de conceplacle bombé, n'ayant ni bordure ni bourrelet, et qui naît du thalle des Lichens. Kirliy donne le même nom à des protubérances anales qui, dans les Araignées, contiennent les organes qui leur servent à filer les toiles.

MAMONET. jiAM. Synonyme de Maimon.

MAMOOT. POIS. Synonyme de Halé. espèce de Silure du sous-genre Hétérohranche. F. Silire.

MAMULARIA. bot. Et non Mamuhiria. Même chose qu'HarpacanIha ou Herpacanlha. V. Acanthe.

MANABEA. bot. Selon Jussieu, le genre ainsi nommé par Aublet doit être réuni à \'JEgi\)hHa, dont il ne diffère que par son fruit à deux loges dispermes et non à quatre loges monospermes comme dans ce dernier.

MANACA. BOT. ( Marcgraaff. ) Nom vulgaire d'un Myrtns ou d'un Eiigenia du Brésil.

MANACDS. OIS. (Brisson.) F. Manakin.

MAS.(ïLIA. BOT. Le genre institué sous ce nom, par Bowdicb.jl/a(/e!/-, 581, est à peine connu; il parait devoir se rapporter ù la famille des Primulacées. Les caractères qui lui sont assignés par l'auteur, consistent en un calice pentagone, à cinq dents; la corolle est régulière avec son limbe divisé en cinq parties; cinq étamines opposées aux lobes de la corolle; style unique; stigmate simple; capsule uniloculaire et polysperme. La seule espèce sur laquelle le genre a été établi, est une plante herbacée, velue, à feuilles opposées et garnies de plusieurs écailles, à fleurs axillaires, solitaires, dont la corolle est d'un rose pâle. On la trouve à Madagascar.

MANAGUIER. Manoga. bot. Aublet a décrit sous le nom de Managa Guiauensis (PI. Giiiaii., 2. Suppl., p. 2, lab. 369) un arbre dont il a observé les feuilles et les fruits; mais dont il n'a pas vu les Heurs, qui, jusqu'à ce jour, n'avaient été décrites par aucun botaniste. Aussi ce genre n'avait-il pu être classé; et dans son Gênera Plantaium, Jussieu n'en a fait aucune mention. Le professeur Richard, qui a été à même d'étudier l'arbre au pays natal, en a donné la description suivante : tronc de moyenne grandeur, dont le bois, selon Aublet, est blanc et léger; feuilles alternes, obovales, entières, fortement acuminées au sommet, glabres sur leurs deux faces, longues d'environ quatre pouces, larges seulement de deux, minces, membraneuses, portées sur un

pétiole de deux à trois lignes de longueur; Heurs terminales ou axillaires, tantôt solitaires, tantôt géminées, portées sur un pédoncule court, recourbé, articulé vers son sommet et offrant généralement deux bractées; calice monosépale, campaniforme, et comme turbiné à sa base, à cinq divisions égales, profondes et aiguës, plus large que le tube de la corolle qu'il embrasse; corolle monopétale, bypocratériforme, à tube très-long et cylindri(|ue, à limbe plan, à cinq divisions un peu inégales; étamines au nombre de quatre, inégales, didynames, incluses, ayant les filaments très-courts; ovaire libre, très-petit, ovoide, à deux loges; fruit globuleux, bacciforme. jaune, de la grosseur d'une prune de reine-claude. accompagné à sa base par le calice qui a acquisquelque développement. II offre extérieurement deux sillons longitudinaux; le péricarpe, assez épais, est plutôt celluleux que cliainu; il présente deux loges contenant chacune deux, trois ou quelquefois un plus grand nombre de graines enveloppées dans une substance pulpeuse, d'une saveur douce ; elles sont ascendantes, attachées à la partie inférieure de la cloison. Chaque graine est brunâtre, allongée, formée d'un tégument propre, mince; d'un endosperme extrêmement dur et comme corné, contenant, dans son intérieur, un embryon dressé, ayant la radicule très-longue, cylindrique, les deux cotylédons courts et arrondis.

D'après ces caractères, le genre Managa paraît avoir de très-grands rapports avec la famille des Solanées, dont il s'éloigne néanmoins par quelques caractères, tels que l'inégalité des étamines, la position des graines, la nature de l'endosperme et la position intraire de l'embryon.

MASAKliX. Pipra. ois. Genre de l'ordre des Insectivores. Caractères ; bec court, trigone à sa base qui est un peu élargie, comprimé dans le reste et surtout vers la pointe, convexe en dessus; mandibule supérieure courbée et échancrée vers l'extrémité, l'inférieure pointue; narines placées sur les côtés du bec et vers la hase, recouvertes en partie par une membrane garnie de petites plumes; pieds médiocres; quatre doigts; trois en avant, dont l'intermédiaire, moins long que le tarse, est uni à l'externe jusqu'à la seconde articulation, et à l'interne seulement à la base; ailes et queue courtes; les deux premières rémiges moins longues que les troisième et quatr-ième, qui dépassent toutes les autres.

Les Manakins sont de très-jolis petits Oiseaux, que l'on n'a jusqu'à ce jour rencontrés que dans l'Amérique méridionale ; il est assez apparent que leurs mœurs n'ont offert aucune particularité remarquable, puisqu'aucun auteur ne s'est occupé de leur histoire. Tranquilles habitants des forêts, ils qirittent bien rarement ces lieux de retraite pour venir étaler dans les plaines et les jardins, le luxe d'un plumage ordinairement varié de couleurs aussi pures qu'éclatantes. A l'exception de la première partie du jour, pendant laquelle on les trouve assez souvent réunis, ils vivent isolés, séparés même de leurs femelles; quelque jeunes qu'on les prenne, ils se font difficilement au joug, et meurent bientôt de chagrin et d'ennui. Ils se nourrissent indifféremment d'insectes et de petits fruits succulents que, dans l'état de captivité, on les voit

préférer aux premiers. Ils ont le vol rapide, mais bas et peu soutenu. Ils établissent leur nid dans les broussailles et les buissons fourrés, et leur ponte, comme chez presque tous les Oiseaux de petite taille, est fort nombreuse.

Manakin BiED. Pipra cœrulea, Lath. Parties supérieures noires, avec le milieu du dos bleuâtre; les inférieures d'un blanc jaunâtre; bec et pieds bruns. Taille, trois pouces. Espèce douteuse, qui pourrait bien n'être qu'une variété d'âge du Manakin à poitrine dorée.

MaNAKIN BIED A POITRINE RODOE. ^. COTISGA CORDOn- BIED.

Manakin du Brésil, Buff., pi. enl. 302, fig. 1. Variété du Manakin goitreux.

Manakin casse-noisette, Buff., pi. enl. 30.3, fîg. 1. f'. Manakin goItrecx.

Manakin cendré. Pipra cfnerea, Lath. Parties supérieures cendrées; les inférieures grisâtres, avec l'abdomen blanchâtre; bec et pieds bruns. Taille, trois pouces et demi. Espèce douteuse.

Manakin chaperonné. Pipra pileata , P. Max., Temm., pi. ,472, fig. 1. Parties supérieures d'un châtain vif; sommet de la tête, occiput, nuque et rémiges d'un noir pur; tectrices alaires terminées par une tache d'un châtain cendré; les rémiges sont bordées de verdâtre; joues et sourcils d'un roux vif; queue faiblement étagée; les six rectrices intermédiaires noires, terminées de brun; les latérales brunes, jaunâtres à leur base; parois inférieures roussâtres; bec et pieds jaunes. Taille, quatre pouces et demi. Les plumes de la léte se relèvent en une sorte de chaperon qui reparaît aussi chez la femelle; mais il est verdâtre, ainsi que les parties supérieures ; celle-ci a en outre les ailes cendrées, tachetées de grisâtre, avec le bord des plumes verdâtre. Du Brésil.

Manakin chaperonné de noir, Vieill, F. Manakin goîtreox.

Manakin a collier.

Manakin Desmarest. Pipra Desmaresti, Leach. Parties supérieures d'un bleu-noir éclatant; gorge et poitrine rouges; ventre blanc; anus rouge. Espèce qui parait appartenir à un autre genre.

Manakin a deux brins. Pipra mililaris, Shaw. Parties supérieures brunes; les inférieures d'un blanc grisâtre; front rouge; tête d'un bleu ardoisé; bec et pieds bruns; rectrices intermédiaires dépassant de beaucoup les autres. Taille, trois pouces et demi. Il paraît être une variété du Manakin à front rouge.

Manakin a front blanc F. Manakin varié.

Manakin a front rouge. Pipra riibrifrons, Vieill. Parties supérieures noires ; rémiges brunes, bordées de verdâtre; rectrices intermédiaires longues et étroites, dépassant les autres; front et croupion rouges; joues et menton grisâtres; parties inférieures blanches; bec et pieds jaunes. Taille, trois pouces deux tiers. De l'Amérique méridionale.

Manakin goîtreux. Pipra gutturosa, Desm., fig. 10. Parties supérieures noires; les inférieures blanches; plumes de la gorge touffues, longues, effilées et présentant une sorte de renflement de cet organe; bec noir; pieds jaunes. Taille, trois pouces el demi. La fe-

melle a les parties supérieures rousses, les inférieures d'un blanc roussâlre. De Cayenne.

Manakin a gorge blanche. Pipra gulturalis, Lath., Buff., pi. eul. 324, fîg. 1 . Tout le plumage est d'un noir luisant, à l'exception de la gorge, qui se prolonge en pointe sur la poitrine, et qui est d'un blanc pur ainsi que le bord interne de quelques rémiges et la mandibule inférieure : la supérieure est noire; les pieds sont rouges. Taille, trois pouces deux tiers. La femelle a les parties supérieures d'un vert olive, les rémiges et les rectrices d'un brun noirâtre, une tache noire autour de l'œil, les parties inférieures blanches. De Cayenne.

Manakin a gorge rouge. Pipra nigricollis, Lath. Parties supérieures d'un noir bleuâtre; gorge et abdomen rouges; ventre blanc; bec et pieds noirs. Espèce douteuse.

Grand Manakin. F. Manakin Tué.

Manakin linéaire. Pipra Unearis , Bonap. Tête, ailes et queue noires; une crête d'un rouge vif sur le vertex; les deux rectrices intermédiaires linéari-acuminées et du triple plus longues que les autres; dos bleu chez le mâle, olivâtre chez la femelle. Taille, quatre pouces.

Manakin a longue qdede. Pipra cauilata, Lath. Parties supérieures bleues; sommet de la tèle rouge; rémiges et reclrices,dont les intermédiaires dépassent les autres, noires; bec brun; pieds fauves. Taille, quatre pouces et demi. De l'Amérique méridionale.

Manakin malpropre. Pipra squalida, Burton. Tête et nuque brunes; dos, ailes et queue d'un brun verdâtre; extrémité des rectrices latérales frangée de blanchâtre; barbes externes des rémiges et des rectrices nuancées d'olivâtre; ailes et queue d'égale longueur; parties inférieures blanchâtres; mandibule supérieure brune : l'inférieure blanchâtre à sa base. Taille, trois pouces et demi. De l'Himalaya.

Manakin Manikup. Pipra nœvia, Lath. F. Fourmilier.

Manakin militaire. F. Manakin a deux brins.

Manakin noir et blanc F. Manakin goîtreux.

Manakin noir et jaune. F. Manakin rouge.

Manakin noir huppé. F. Manakin Tué.

Manakin orangé. F. Manakin rouge.

Manakin a oreilles blanches. Pipra leucotis, L. F. Fourmilier.

Manakin organiste. Pipra niusica, Lalh. F. Tan-

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