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diverses peuplades et aux nations plus civilisées, que les Européens ont trouvées dans celle Amérique du sud, et qui, de même que les peuples du nord de l'Amérique sortis du nord-est de l'Asie, ont subi toute l'influence de climats très différents, et l'action de toutes les circonstances qui peuvent favoriser ou retarder le développement des facultés humaines.
Ouelles différences ne voit-on pas . en effet , entre ces belles et fortunées vallées que l'on rencontre au milieu des Andes gigantesques, dont les sommets, etitr'ouverts par la violence des volcans, ont vomi tant de courants de laves au milieu de glaciers et de neiges durcies que tout le feu de la torride ne peut fondre à cause de leur grande élévation , et ces plaines marécageuses que couvrent des forêts aquatiques et sans bornes, où des* flots précipités tombent des hautes cascades de fleuves larges et rapides, où les tiges d'arbres innombrables et quelques masses de roches répandues sur une terre fangeuse indiquent seules que le pays que l'on découvre appartient encore au continent, et où l'Homme n'habitequedans descanotsou dans des butte» suspendues aux branches des arbres, au-dessus de savanes noyées!
On remarquera une partie de ces grands effets que les climats peuvent produire sur l’espèce humaine, si l’on considère de nouveau, sous un point de vue général, toutes les races de l'espèce humaine, et particulièrement les trois races principales, la caucasique ou arabe européenne, la mongole et l'élbiopique.
« Selon qu'elles habitent sur des montagnes ou dans des plaines, près de vastes forêts ou sur le bord des mers, dans la zone torride ou dans le voisinage des zones glaciale»; qu'elles sont soumises à une chaleur excessive ou à une douce température, à la sécheresse ou à l'Iiumidilé, aux vents violents ou aux pluies abondantes, et qu'elles reçoivent l'action de ces différentes forces plus ou moins combinées, elles peuvent offrir, et présentent, en effet, de grandes différences dans leur extérieur , et forment, par la nature et la couleur de leurs téguments, des sous variétés très-remarquables. Le tissu muqueux ou réticulaire qui règue entre l’épiderme et la peau proprement dite , s'organise ou s'altère de manière à changer la couleur générale des individu», la nature, la longueur et la nuance des cheveux et des poils. Celle couleur générale est le plus souvent blanche dans les pays tempérés et presque froids; les cheveux y sont blond», très-longs et trèsfin». Le blanc se change en basané, en brun , en jaunâtre, en olivâtre, en rouge-brun assez semblable à la couleur du cuivre, et même eu noir très-foncé, à mesure que la chaleur, la sécheresse, ou d'autres causes analogues augmentent : la longueur des cheveux diminue en même temps; leur finesse disparait, leur nature change; iis deviennent laineux ou cotonneux. »
Les différentes races de l'espèce humaine sont sujettes à d’autres altérations produites par l'influence du climat, plus profondes , mai» moins constantes , et qui, ne passant pas toujours du père ou de la mère aux enfants. ne forment pas des variétés ou sous-variétés proprement dites, et ne doivent être considérées que comme des modifications individuelles.
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Tel* soûl, par exemple, les goitre* et le crétinisme, ou maladie des crétins. On a attribué la dégénéralion de ces crétin* à l'effet d'une humidité excessive et d’une grande stagnation dans l’air de l’atmosphère, réunies à d’autres circonstances du climat.
Ces crétins, ces êtres si maltraités par la nature, sont disgraciés dans leurs facultés morales comme dans leurs facultés physiques. Tous leurs organes sont dans le relâchement; ils sont pâles et jaunâtres; leur peau est mollasse, leur figure triste, leur regard hébété; les glandes de leur cou, prodigieusement engorgées, pendent en larges goitres; ne relevant leurs bras et ne remuant leurs jambes qu'avec effort, ils passent leur vie assis ou couchés. A peine parlent-ils; et quelles idées chercheraient-ils à exprimer? Leur cerveau, peu développées! comme affaissé, et leur intelligence en quelque sorte au-dessous de celle d'une brute stupide. Il faut les soigner, les nourrir, les habiller, comme de faibles enfants ou des vieillards débiles. Heureusement pour ces êtres si imparfaits et qui sont à la merci de tous ceux qui les entourent, une opinion, que l'humanité doit conserver avec soin, les fait considérer, dans quelques contrées, comme des hommes chéris du ciel, dont on suit particulièrement la volonté en protégeant et en soulageant ces malheureux.
On trouve ces crétins non-seulement dans les gorges ilu Valais , où on les a beaucoup observés, mais dans celles des plus hautes chaînes de montagnes, des Pyrénées, des Alpes, des monts Carpalhes, du Caucase, de l'Oural, du Thibet, de Sumatra, des Andes et des Cordillères américaines.
Une autre grande dégénération de l'espèce humaine produit quelques-uns des effets que nous venons de décrire : elle consiste particulièrement dans l’altération de la couleur de la peau et des poils qui y sont enracinés. Nous avons vu que, dans toutes les races humaines, la couleur et la nature de la peau, ainsi que celles des cheveux ou des poils qui la garnissent, dépendaient de ce (issu réticulaire que l'on trouve au-dessous de l'épiderme et au-dessus de la peau proprement dite, et qui est plus ou moins blanc dans la race caucasique, olivâtre dansla mongole, et noir dans l'éthiopique. Une altération particulière dans ce réseau, ou l'absence de cet organe, est le symptôme d’une dégénération particulière, que l'Homme peut présenter à quelque race qu’il appartienne, et dont on peut voir des caractères plus ou moins nombreux et plus ou moins prononcés dans tous les corps organisés, dans les plantes comine dans les animaux, dans les végétaux / tanachès , comme dans les Mammifères et les Oiseaux, notamment dans les Singes, les Écureuils, les Martes, les Taupes, les Souris, les Cochons d'Inde, les Chèvres, les Vaches, les Chevaux, les Sangliers, les Éléphants, les Perroquets, les Corbeaux, les Merles, les Moineaux, le* Serins, les Poules, les Perdrix et les Paons, parmi lesquels on trouve des individus dont la couleur est blanche, la vue délicate et le tempérament très faible. Les Hommes dans lesquels on remarque celte grande altération, sont nommés 61afards en Europe ; bedon, chac retas ou kakerlacs, dans les Indes ; dondos, albinos , nètjres blancs , en Afrique, et dariens en Amérique. Leur couleur est en totalité
ou en partie blanche; leur peau molle, lâche et ridée ; leurs cheveux et leurs poils sont blancs et soyeux ; leurs yeux, dont l’iris est rouge, ne peuvent supporter la lumière du jour, et ne voient un peu distinctement que pendant le crépuscule; leur corps est sans vigueur; leur esprit est sans force : à peine peuvent-ils traîner leur vie languissante.
La terre montre donc partout la puissance du sol , des eaux, de l’air et de la température, sur l’organisation et les facultés de l’espèce humaine : on voit les climats retarder ou accélérer avec plus ou moins de force la marche de l’état social vers son perfectionnement. Mais, si les froides contrées du nord de l’Europe, de l’Asie et de l'Amérique, si les forêts épaisses et les bords des lacs ou mers intérieures de l’Amérique boréale ne montrent encore que des peuplades de chasseurs ou de pécheurs; si les immenses plaines de l'Asie et de l’Afrique, salées et assez arrosées pour se couvrir de végétaux, nourrissent des bordes plus ou moins errantes de pasteurs entourés de nombreux troupeaux; si les pays où une douce température, un heureux mélange de jours sereins cl de pluies fécondantes, un terrain fertile, une distribution favorable de fleuves, de rivières, de ruisseaux et de fontaines, font croître avec aboudance les arbres et les plantes les plus utiles à la nourriture et aux arts de l'espèce humaine, sont les théâtres privilégiés sur lesquels l’agriculture, la propriété, l'élude, la science et l'industrie ont hâté le plus les progrès de la civilisation, quel pouvoir n’cxerce pas aussi sur les climats l'Homme civilisé! La terre, les eaux, les êtres organisés obéissent à sa volonté; il les maîtrise par son génie cl par ses arts : et quel empire il s'est donné particulièrement sur les animaux (
• A mesure que l'espèce humaine s'est répandue sur le globe, non-seulement elle a diminué l'étendue sur laquelle s'étaient retirés les animaux encore libres; mais toutes leurs facultés ont été, pour ainsi dire, comprimée* par le défaut d'espace, de sûreté et de nourriture. Leur instinct, affaibli par la crainte, n'a produit le plus souvent que la ruse, la fuite ou une défense désespérée. Leurs arts ont presque partout disparu devant le grand art de l’Homme, et leurs associations oui été dispersées à l'approche de la société humaine, qui n’a pas souffert de rivale. Son génie a dompté tous ceux dont il a cru tirer quelque service. Il avait asservi le Chien pari'affeclion, le Cheval parle Chien, les autres auimaux par le Chien, le Cheval, ses armes ou ses pièges : il a modifié ceux qu'il a approchés de lui , altéré leurs goûts, changé leurs appétits, modifié leur nature; il les a dominés au point de n'avoir plus besoin d'autre chaîne que celle de l'habitude pour les retenir auprès de sa demeure. 11 les a faits ses esclaves, et après s'élre emparé de leur force, de leur adresse ou de leur agilité, il a donné à l'agriculture le Bœuf; au commerce, l'Ane si patient, et le Chameau, ce vaisseau vivant des immenses mers de sable; à la guerre, l'Éléphant; à la chasse, le Faucon; à l'agriculture, au commerce, à la guerre, à la chasse, le Cheval généreux et le Chien fidèle; à ses goûts, le Lièvre, le Cabiai, le Cochon, le Chevreuil, le l'igeon, le Coq des contrées orientales, le Faisan de l'antique Colchide, la Peintade de l’Afrique,
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le Dindon de l' Amérique, les Canards des deux mondes, les Perdrix , les Cailles voyageuses , les Tinamous , les lloccos, les Pénélopes, les Gouans, l'Agami, les Torlues, les Poissons ; à la médecine, le Bouquetin, la Grenouille, la Vipère; aux arls, les fourrures des Martes, les dépouilles du Lion, du Tigre et de la Panthère, les poils du Castor, celui de la Vigogne , que nos Alpes et nos Pyrénées nourriraient avec tant de facilité, celui des diverses Chèvres, la laine des Brebis, l'ivoire de l'Éléphant, de l'Uippopotame, du Morse, les défenses du Narval , l'huile des Phoques, des Lamantins, des Cétacés, la céline des Cachalots, les fanons des Baleines, la substance odorante que filtre l'organe particulier du Musc et des Civettes, le duvet de l'Eider, la plume de l'Ole, l'aigrette des Hérons, les pennes frisées de l’Autruche, les écailles du Caret et jusqu'à celles de l’Argentine.
Il ne s'est pas contenté d'user et d’abuser ainsi de tous les produits de tant d'espèces qu'il a rendues domestiques ou sujettes; il les a forcées à contracter des alliances que la nature n'avait point ordonnées : il a mêlé celles du Cheval et de l'Ane; il en a eu, pour les transports difficiles, le Mulet et le Bardeau. Il a augmenté, diminué, modifié, combiné les formes et les couleurs de tous les animaux sur lesquels il a voulu exercer le plus d'empire. S’il n’a pu arracher à la nature le secret de créer des espèces, il a produit des races. Par la distribution de la nourriture, l'arrangement de l'asile, le choix des mâles et des femelles auxquels il a permis d'obéir au vœu de la puissance créatrice et conservatrice, et surtout par la constance, cet emploi magique de la force irrésistible du temps, il a fait naître trentecinq variétés principales et durables dans l'espèce du Chien; plusieurs dans celles de la Brebis, du Bœuf, de la Chèvre, du Hocco; treize dans celle du Coq; vingt dans celle du Pigeon. Oui ne connaît pas, d’ailleurs, les différentes races par le moyen desquelles le Cheval arabe s'est diversifié sous la main de l'Homme, depuis les climats très-chauds de l'Afrique et de l'Asie jusque dans le Danemark et les autres contrées septentrionales? El, enfin, lorsque l’Homme n'a pu soumettre qu'imparfailcmenl les animaux, n’a-l-il pas su encore employer l'aliment qu’il a donné, la retraite qu’il a offerte, ou la sûreté qu'il a garantie, à se délivrer des Rats par le Chat et le Hérisson; de reptiles dangereux, par les Ibis et les Cigognes; d’insectes dévastateurs, par les Coucous et les Gracules; de cadavres infects et de vapeurs pestilentielles, par les Hyènes, les Chacals et les Vautours ? •
Une des grandes causes des progrès de cette civilisation qui a donné à l'Homme un si grand empire, a été ce besoin de penser, de réfléchir, de méditer, qu'ont dû éprouver ceux qui ont joui d’un sort paisible et de beaucoup de loisir. Plus frappés des divers phénomènes qui les ont environnés que les autres Hommes, et ne pouvant résister au désir d’en découvrir les causes, ils ont examiné avec soin et comparé avec assiduité les objets de leur attention, et, de comparaison en comparaison, ils se sont élevés à ces idées générales qui deviennent si fécondes lorsqu'on les rapproche les unes des autres, que l'on distingue tous leurs rapports, que l’on en tire
toutes les conséquences. Mais, lorsque ces heureux loisirs ont appartenu exclusivement à des castes isolées, à des corps de lettrés, à des collèges de prêtres, à des réunions d'initiés; que ces associations privilégiées se sont réservé la connaissance et l'usage des foyers de lumière qu’elles entretenaient et des trésors de science qu'elles recueillaient dans leurs sanctuaires ou derrière les voiles impénétrables qu'elles avaient tissus, et qu'elles n'ont communiqué aux autres Hommes qu’un petit nombre de résultats réels qu'il leur importait de divulguer et les erreurs ou absurdités qui pouvaient convenir à leurs intérêts particuliers, combien la civilisation a été retardée dans sa marche.
El quels funestes obstacles n’a pas rencontrés le perfectionnement de l’espèce humaine, lorsque, à ces causes si favorables à l’ignorance, et à toutes les misères humaines. se sont jointes les invasions des nations à demi sauvages, les conquêtes plus fatales encore des peuples entraînés par un aveugle et terrible fanatisme, la destruction des monuments des arls, et l’incendie des recueils les plus précieux de la science!
Malgré tant d'époques déplorables où la civilisation a été retardée dans ses progrès, arrêtée dans son essor, ou reportée en arrière à des distances plus ou moins grandes, elle finit par triompher de tous les obstacles; la nature des choses, ou pour mieux dire les lois éternelles, établies par l'auteur suprême de la nature, sont au-dessus de tous les efforts de la barbarie. Nous ne pouvons pas, dans cet article, indiquer toutes ces phases si remarquables de l'espèce humaine, ni entrer dans le détail des nombreuses aberrations que chacune des races a éprouvées; à peine pouvons-nous, en terminant celte courte esquisse d'un immense tableau, jeter un coup d'œil sur les ères les plus importantes de l'histoire de l'Homme en Europe, dans l’Asie occidentale et dans le nord de l’Afrique.
Nous ignorons quel a été le degré de splendeur des sciences dans ces temps reculés où la féconde Égypte tenait le sceptre des connaissances du monde; où, du haut de la fameuse Thèbes et de ses énormes pyramides, elle faisait entendre aux nations étonnées les oracles de l’expérience et de l'observation; où la géométrie, l’astronomie, l'agriculture, l'bisloirc, l'architecture, la sculpture, la musique renaissaient sur les bords périodiquement inondés du Nil ; où, pendant que ses prêtres conservaient, dans le fond d'un sanctuaire inviolable, le dépôt des théories des sciences, les résultats de ces théories étaient, pour ainsi dire, manifestés sur la surface de l'empire, par des figures allégoriques qui sont encore debout, par des signes sacrés dont l’empreinte subsiste encore. Sans doute nous ne pouvons former que de faibles conjectures, d'après les récits que nous ont transmis les savants de l’ancienne Europe et de l'Asie occidentale que l'ardeur de s’instruire amenait, il y a plus de deux mille ans, sur le seuil des temples africains, et qui, admis après de longues épreuves dans les asiles les plus secrets, élevés par le sacerdoce, voyaient tomber devant eux le voile qui cachait le trésor des connaissances déjà recueillies. Sans doute il est possible que l'espérance conçue par les amis de l'antiquité ne soit pas trompée, cl que dis
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hasards heureux el une élude constante nous révèlent, au moins en très-grande partie, le secret, désiré depuis si longtemps, de ces figures hiéroglyphiques, qui couvrent la surface des monuments égyptiens. Il se peut que nous apprenions alors que la science avait fait , entre les mains des prêtres de Thèbes ou de Memphis, des progrès plus grands qu'on ne l'a imaginé; mais il doit paraître bien vraisemblable que ces progrès ont été très-inférieurs à ceux pour lesquels la postérité sera si reconnaissante envers les siècles récemment écoulés.
En quittant les ères égyptiennes, en abandonnant ces temps de relations incertaines, et en passant aux âges où l'histoire a pu répandre toute sa clarté sur l’Europe, divisons en trois grandes époques les siècles qui se sont succédé depuis Aristote jusqu'à nous.
Nous plaçons dans la première époque l’intervalle compris entre les années qui oui vu fleurir Aristote, le disciple de Platon, el Théophraste, et celles qui oui suivi la mort de Pline, d'Élien, d'Alhénée, etc.
Cet intervalle renferme cinq siècles, pendant lesquels les philosophes que nous venons de nommer, et particulièrement les quatre premiers, ont élevé de grands monuments en l'honneur de la science.
Lorsqu'Arislole enseignait dans la Grèce, la liberté de cette belle partie du monde n'existait plus : Philippe de Macédoine en avait éteint le feu sacré; mais les heureux effets de celte liberté, amie du génie, n'étaient pas encore anéantis. I.'enlhousiasme qu'elle inspire, le caractère de grandeur qu’elle imprime, la noble audace qu'elle enfante, distinguaient encore la patrie de Thémistocle. La Grèce se consolait de ses fers par la gloire de son Alexandre. On pouvait, on devait faire encore de grandes choses à Athènes. Le fameux conquérant de l’Asie avait d'ailleurs senti que la reconnaissance des hommes éclairés pouvait seule fixer sa renommée : il envoyait à Aristote tous les objets que la victoire rassemblait autour de lui el qui paraissaient propres à augmenter les connaissances humaines. Le philosophe de Slagire a dû donner un grand essor à l’histoire de l'Homme physique, intellectuel, moral, à l'histoire de la nature : sa télé forte n'a pas manqué d’objets dignes d'être observés ; son esprit supérieur n'a eu qu'à choisir parmi de riches matériaux pour éleverun superbe édifice.
Pline s'est trouvé dans des circonstances presque aussi favorables. A la vérité, la liberté de Rome avait péri sous les empereurs, après avoir été tant de fois opprimée el horriblement ensanglantée sous les Marius èl les Sylla : mais l'impulsion vers les grands objets, donnée aux esprits par les discordes civiles, subsistait encore; mais les noms de Home , de copilote, de légion, Ae patrie retentissaient encore jusqu'aux extrémités de l'Europe, de l’Asie et de l'Afrique; mais le colosse de la capitale du monde était encore entier, et les lauriers militaires dont il était couvert , cachaient encore ses chaînes; mais Pline avait de grandes places qui lui donnaient de nombreux correspondants; mais la magnificence des jeux publics remplissait la ville des villes, d'étrangers de tous les pays ; mais le luxe de ces temps de servitude entraînait vers le centre de l’Italie un grand nombre de minéraux précieux, d'animaux rares, de végétaux propres à multiplier les jouissances de la
| fortune; mais l'Europe commençait à respirer sous I Vespasien et sous Tite, qui aimaient et protégeaient I l’éloquent naturaliste romain.
Cependant de grands obstacles devaient arrêter, pen- | danl celte première époque, la marche de la science. Les sophistes, qui dominaient dans les écoles, avaient fait donner la préférence aux abstractions de l'esprit, aux subtilités de la dialectique, aux jeux de l'imagination, sur les observations exactes, les phénomènes bien comparés, les notions précises : il fallait entreprendre des voyages longs, pénibles el dangereux, pour aller entendre les grands maîtres; les écrits des hommes illustres , que la main d'un copiste , souvent ignorant ou infidèle, pouvait seule multiplier, n'étaient à la disposition que d’un petit nombre de curieux très-riches: la (toussote ne dirigeait pas encore les navigateurs vers les contrées les plus lointaines, et l'existence du grand continent de l'Amérique n’élait pas même soupçonnée.
A ces causes, qui s'opposaient aux progrès des sciences, s’-en réunirent de bien plus funestes, lorsque la sc- | conde période commença.
Alors les barbares du nord sortirent de leurs forêts et couvrirent l'Europe; l'arbre de la civilisation fut mutilé par le fer de ces bordes à demi sauvages. La force remplaça le génie; l'adresse, le talent; le pouvoir des armes, la justice; une fausse idée de gloire, la vertu; une tyrannie bizarre, un gouvernement régu- : lier; l’usurpation, la propriété sacrée; la plus vile servitude, un reste de liberté; le préjugé, les sentiments généreux ; et la férocité qui ne se plaît qu'au milieu d'exercices cruels, ('urbanité bienfaisante qui attache tant de prix aux plaisirs de l'esprit et aux jouissances du cœur : les ténèbres de l'ignorance se répandirent sur le monde, et l'erreur étendit son sceptre de plomb.
Le génie de Charlemagne fil jaillir plusieurs éclairs au milieu de celte nuit épaisse; mais ils ne rendirent que plus affreuse l'obscurité profonde dans laquelle l'Europe resta plongée. Les sciences el les arts se cachèrent. De pieux solitaires leur offrirent un asile : ils recueillirent, dans leurs maisons sanctifiées par la prière el encore plus par le travail, quelques livres manuscrits, quelques dépôts des connaissances des anciens, ainsi que des heureux produits de leur éloquence admirable el de leur poésie enchanteresse ; ils les conservèrent, comme les prêtres de l'Égypte avaient préservé de l'oubli les théories el les observations qui leur avaient été confiées. Les idées religieuses environnèrent pour ainsi dire la science el la firent respecter; el c’est ainsi que particulièrement les ouvrages d'Homère, de l’indare . d’Hérodote, de Thucydide, de Xénophon, d'Hippocrate, de Démoslhène , de Sophocle , d'Euripide , de Platon , d’Aristote, de Théophraste. d’Alhénée, de Cicéron, de Virgile, de Tacite, de Pline, arrivèrent jusqu’à la troisième el brillante époque qui fut celle de la renaissance des lettres, et transmirent la science à ce nouvel âge, telle qu'elle avait paru à la fin de la première époque, sans que son domaine eût élé agrandi ni diminué : la civilisation te réveilla pour ainsi dire d'un sommeil de plusieurs siècles.
Mais le moment des grandes découvertes était arrivé. L'aiguille aimantée, consultée par tous ceux qui osent