Civfcms, Ci ne ras, Lam., Leach
p Deux lames ou valves.
4. Braxte, Branla , Ocken; Otion, Leach, Lam.; Aurifera, Blainville.
Tous les Mollusques de cette fam. vivent dans la iner; ils s’attachent aux rochers, aux pieux, aux quilles des vaisseaux, ce qui fait que, dans nos ports, on peut journellement en observer d'exotiques. Les uns paraissent toujours groupés ou vivre en société, attachés même les uns sur les autres, et former ainsi comme des bouquets, tandis que les autres paraissent vivre isolément. Le pédicule de certaines esp. est fort court; ordinairement il est long . quelquefois même il a près d'un pied ; il est tendineux, flexible, susceptible de s'allonger et de sc contracter plus ou moins, pendant la vie de l'Animal, ce qui le inet à portée de se procurer les aliments convenables; en un mot, il est organisé, musculeux intérieurement, et reçoit, dit Lamarck, les œufs qui s'y développent et que l’Animal fait ensuite remonter pour leur évacuation, ce qui n'est pas d’accord avec l'opinion de Cuvier qui assure que les œufs restent assez longtemps, en paquets, entre le corps et le manteau.
Les Analifes se plaisent dans les lieux exposés au mouvement alternatif des marées; les esp. qui s'attachent sur les vaisseaux , se placent de préférence à quelques pouces de la ligne d'eau, et surtout près du gouvernail où son agitation est plus considérable. Quelques-unes sont comestibles.
Le G. Analife, réduit d’après les caractères que nous venons d'indiquer , tel qu'Ocken , Leach et Lamarck l’ont limité, comprend toutes les Analifes de Bruguière dont la coquille est composée de quatre à cinq valves seulement. Cette coquille est aplatie sur les côtés, cunéiforme , leslacéc ou simplement membraneuse, et ordinairement composée de cinq valves, dont deux de
chaque côté, et la cinquième linéaire, souvent carénée, placée sur le bord dorsal ou liant entre elles les valve* latérales qu’on peut comparer, avec Cuvier, aux valves des Lamellibranches, divisées chacune en deux partie*. Os valves sont réunies les unes aux autres par la membrane ou tunique , sous l'épiderme de laquelle elles se forment ; membrane souvent visible entre les deux grandes valves de chacun des côtés et la valve dorsale impaire. Leur accroissement s'opère par la transsudalion delà membrane interne, mais en parlant de divers centres pour chaque valve. Pour les valves latérales, les lames d'accroissement sont disposées sur les bords qui sout contigus. Pour la cinquième valve, l'accroissement a lieu tout autour, mais surtout aux extrémités. Sept esp., bien connues, se rapportent à ce G., ce sout : Anatifa quadricalcis , Cuv.; A. villosa , Brug.; A.dorsalis , A. læcis , Brug. ; A. dentata, Brug.; A. striata, Brug.; A. sulcata , Monlagu ; A. fancicularis, Dillw.
ANAT1FÉRE ou CONQUE ANATIFÈRF.. Coucha analifera. moll. Nom donné aux Analifes, et en particulier à Y An. læcis, par les premiers conchyliologisles, et qui vient de deux mots latins, A nas, Canard, et ferre, porter, c’est-à-dire, Coquille qui porte un Canard , dénomination qui a pris son origine dans une opinion vulgaire des habitants des l'Écosse, qui croyaient que les Oies et les Canards naissaient de ces Coquilles. Celte opinion, publiée par des savants qui ont écrit de longs Mémoires pour la soutenir, s’est encore conservée chez les pécheurs de certains pays. On disait que l'Analife était un fruit qui croissait au bord de la iner, lequel parvenu à sa maturité, tombait dans l'Eau, et s'ouvrait ensuite pour laisser sortir de sa coque, selon les uns, l’espèce d'Oie nommée Bernacbe ou Barnaclc en Écosse, A nas Bernicla , ou, selon les autres, la Macreuse, Anus nigra. Albert le Grand réfuta cette absurdité dans le treizième siècle, ainsi que d'autres savants dans les siècles suivants; et cependant, dit Cuvier, il s’est trouvé jusque dans le dix-sepliéme. des gens assez hardis pour la soutenir. Y. Sibbaldi, Philos. Trans. vol. 2, p. 84 ; Moray, A relation concerning Barnacles, Philos. Trans. v. 13; Moïnichen, Coucha Anat. rindicata , etc. Hafn. 10U7. Stalpart, Grevv, etc. C'est à cette fable qu'est dù le nom vulgaire de Bernacle, Bernacbe, Barnaclc, qu'on donne à l'Analife lisse, dans quelques pays, entre autres en Bretagne ; on l'a aussi appelée Sapinctle dans quelques ports de France.
ANAT1FÉR1DKF.S. moll. Fam. de la classe des Cirripèdes, qui a pour type le G. Analif.
ANAT1FKS. Anatifiw. Fam. de l’ordre des Cirrbopodes pédoncules.
AN ATI NE. Anatina. moll. G. de la fam. des Myaircs. de la classe des Lamellibranches, établi par Lamarck, dont le type eslle&t/en Anat inus de Linné, et qui comprend aussi plusieurs Mj a de Chemnilz et de Gmelin. Ses caractères consistent dans une coquille transverse, suhéquivalve, bâillante des deux côtés ou d'un seul; une dent cardinale nue, élargie en cuilleron, plus ou moins saillante intérieurement , insérée sur chaque valve, et recevant le ligament; quelquefois une lame ou une côte en faux, adnée sous les dents cardinales, et s'étendant obliquement dans chaque valv£. Les prin-
cipales esp. sont : A. truncata , longirostris, myalis, prœtenuiSf dislorta , de* mer* d’Europe; lanterna, subrost >a ta, nicobarica, de l’Inde; imper fer ta, de la Nouvelle-Hollande; tjlobulosay d’Afrique; rugosa, d'Amérique, etc.
ANATOLICE. Anotolica. ns. G. de Coléoptère* hétéromères, institué dans la fa ni. de* Mélasomes, par Ksehscholtz. qui lui donne jjour caractère* : antennes grêles, filiforme*, à article* conique*; |K)lpes allant en grossissant ver* l’extrémité : dernier article des maxillaires et des labiaux sécuriforme; menton mitréforme, à échancrure antérieure, anguleuse, et très-profonde; labre transver&e. saillant, arrondi sur les côtés, échancré à l'extrémité ; mandibule* courte* et bifide* à l’extrémité; télé un peu dilatée au-dessus des antennes; épistome subrectangulaire ou trapéziforme; prothorax peu convexe; écusson saillant entre les élytres en une pointe triangulaire, émoussée au bout; base des élytres d’apparence sinueuse, les angles huméraux assez marqué* ; patte* et tarses grêles. Ce G. , qui a beaucoup d'analogie avec le Tenteria de Fabricius, offre une douzaine d’esp. toutes originaires des vastes province* de la Russie et de la Sibérie.
ANATOME. Analomus. moll. G. établi par Montfort (Conchyl. t. il, p. 278) pour un corps leslacé, microscopique qu’il appelle A. indien, A. itulicus , et auquel il donne pour caractères : coquille libre ou adhérente, univalve. à spire en disque aplati, ombiliquée sur un des flancs; bouche arrondie, fendue dans une partie de la longueur de la spire, sans canal; lèvres tranchantes et désunies. — Il dit avoir trouvé cette Coquille ver* le tropique du cancer, attachée en grande quantité sur le Fucus natans. La coquille, dit-il, est libre, mais le Nollusque est adhérent aux liges et aux feuilles de ce Varcc, par une esp. de muscle, en partie corné, qui sort de la fente ou sinus de la bouche. Sa tète, ajoutet-il, est munie de deux tentacules pointus; mais il n'a pu découvrir les yeux. Sa coquille est finement striée, transparente, vitrée et nacrée. Celle Nacre tire sur le vert, avec des reflets aurores.
ANATOMIE, zooi.. Partie de la zoologie qui a pour objet la détermination de la nature, du nombre et des relations des organes et des tissus des Animaux.
Nous ne parlerons point ici, disait Presle-Duplessis à qui l'on doit eel article, de l’histoire de l'Anatomie; voici pourquoi : L'histoire naturelle est l’exposition de ce qui est; ce qui est existe indépendamment des opinions que l'on peut s’en faire. Les idées que l’on a eues des corps et des phénomènes naturels dans les différents siècles, en tant qu’elles ne sont pas l’exacte représentation de ce qui est réellement, sont donc au moins inutiles à qui veut savoir ce qui est. D'ailleurs l'histoire de ces idées ne peut intéresser que ceux qui connaissent l’état réel du sujet de ces idées. Or, l’Anatomie est une science neuve, non encore achevée, et peu répandue; nous ne nous occuperons donc point de son histoire.
Fixons d'abord quelques idées rendues très-vagues parles mots de forces, de propriétés vitales, etc., qu’employaient ou emploient encore les naturalistes, d’après des médecins à peu près étrangers à l’Anatomie. Tant que ces mots et l’idée qui s'y rapportait ont été pris
pour quelque chose, et surtout pour les agents essentiels des phénomènes de l’animalité, on dut se dispenser de l’étude des organes. Car il était bien plus commode de disserter sur les propriétés d’une idée, que de rechercher toutes les conditions d’existence des nombreux éléments de l’organisation, à travers la multiplicité de ses formes et «le ses degrés.
Il existe aujourd’hui deux manières de considérer les phénomènes naturels. Dans l’une on conçoit des forces existantes indépendamment des corps matériels qu’elles animent; dans l’autre ces forces sont considérées comme effets de l’action de ces corps. Dans cette dernière hypothèse. il n’y a pas de forces sans matière; dans l'autre, on suppose le contraire, bien que néanmoins ces forces ne se manifestent qu’après des changements survenus dans l’état matériel des corps. Cette impossibilité de leur manifestation séparément de la matière est une grande présomption que ces forces résident et sont confondues dans la matière.
Si l’on se restreint A la considération des phénomènes organiques, celte confusion parait encore bien plus probable; car il n’est plus possible ici d’extraire les forces hors des organes qui les produisent, comme on transporte les forces électriques et magnétiques d’un excitateur ou d’un conducteur à un autre. Des changements moléculaires dans les organes précèdent constamment l’apparition des forces; et quand les forces en exercice viennent à varier, leur variation est encore précédée d’altérations moléculaires correspondantes. Ce rapport entre la composition matérielle des organes et les forces dont ils sont doués, l’apparition de ces forces, subséquente à l’incorporation des molécules aux organes impliquent nécessairement que ces forces sont un résultat de cette composition matérielle. C’est ce que nous avons établi dans un Mémoire sur les modifications de l’organisation; Annales générales des sc. pliysiq. T. vt. ( Brux. 1819 et suiv. )
La vie, dans chaque Animal, n’est, en définitive, autre chose que la somme de* actions produites par l’assemblage d'organes qui le constituent. Il est donc évident que l’on ne peut se faire d’idée un peu exacte de la nature d’un Animal, que par la détermination du nombre, des relations et de la nature de ses organes. Cette détermination, pour tous les Animaux, est donc ce que l’on doit appeler Anatomie. — Cet énoncé montre combien l’on se tromperait en restreignant l’Anatomie à la connaissance des organes d'une seule espèce, fût -elle l'Homme. Car, si l’on ne connaît qu’une seule espèce, on ne peut déterminer ses rapports. Il faut sc résoudre à ignorer ce qu'elle a de commun ou d’exclusif relativement aux autres Animaux. Et à ne considérer cette Anatomie spéciale que sous le point de vue médical, on se prive des moyens de reconnaître partout ailleurs où, soit certains organes, soit certains tissus, arrivent à leur maximum de développement, la vraie structure de ces mêmes organes et tissus perpétuellement rudimentaires dans l’Homme, excepté peut-être quelques cas pathologiques, et par là même accidentels. El ces cas pathologiques eux-mêmes, ou ces anomalies de structure et de position dans les organes d’une même espèce rentrant sous la condition d’états normaux perpétuels
«il périodiques dans d'autres espèces, ne |>euveut encore (Ire ramenés à des lois fixes qu'en cherchant dans ces derniers états l'explication des autres. C’est ce que nous avons montré dans notre deuxième Mémoire sur le système nerveux {Journal de Physiq. fév. 1821). Un autre désavantage de cette Anatomie spéciale, c’est de ne pouvoir déterminer la part d'action de chaque organe, d’une manière un peu exacte. Car il faudrait pour cela le voir agir seul, ou bien encore évaluer sa part, en voyant ce qui reste d’action quand il serait retranché; mais ni l’une ni l’autre de ces opérations n’est possible. Comme a dit Cuvier, les machines qui font l'objet de nos recherches, ne peuvent être démontées sans être détruites. Néanmoins, ces expériences sont pour ainsi dire toutes préparées dans les divers degrés de combinaison d’organes qu'offre la série des Animaux. 11 n'en est peut-être pas un dont elle n'ait pourvu ou privé quelque classe ou quelque genre, et il suffit de bien examiner et les effets de ces réunions et les effets de ces privations, pour en conclure l'usage de chaque organe et de chaque forme d'organe.
De même que l'on évalue l’action d'un organe par l'absence de certains effets là où cet organe n'existe pas, l'on détermine aussi de la même manière les effets de chacune de scs parties. Car ce n’est pas brusquement que disparait un organe à mesure que les combinaisons animales deviennent plus simples. Bien davantage, ce n'est pas toujours dans les combinaisons les plus compliquées qu’un même organe est lui-méme plus composé. Si cela était comme ou l'a cru longtemps, et comme le suppose faussement cette expression d' Animaux plus parfaits, appliquée à certains êtres comparativement à d'autres, si cela était, dis-je, l'Uomme offrirait le modèle du complet de chaque organe. Or. celte proposition n'est vraie qu'à l’égard de son cerveau : tous ses autres organes, sans exception, existent plus complets, ou, ee qui est la même chose, à un plus haut degré décomposition, ailleurs que chez lui. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, dans les Céphalopodes, l'organe d'impulsion de la circulation au lieud'étre simplement double comme dans l'Homme, où encore ses deux parties sont soudées l'une à l'autre, est triple; il y a deux cœurs respiratoires ou branchiaux et un cœur aortique, et tous trois sont isolés. L'on conçoit que la force d’action croit avec ce développement de l'organe. On conçoit encore que pour connaître mieux tout à la fois et la structure et le mécauisme ou b fonction d’un organe, il faut l'étudier là où il est à son plus grand développement. Les Anatomistes spéciaux ne se seraient pas sans doute attendu à trouver le maximum de développement d'un organe aussi important que le cœur, dans un de ces Animaux qu'ils appellent imparfaits parce qu'ils ne les connaissent qu'imparfaiteinenl ou point du tout.
En examinant ainsi un même organe dans tous les êtres qui l’ont reçu, on trouve des parties constantes, et d'autres accidentelles. Il est facile de voir alors quelle est la fonction d'une partie d’organe, par le défaut de celte fonction là où manque celte partie.
Pour en revenir à la Zoologie, objet principal des éludes anatomiques, il est clair, d'après ce qui précède, qu’elle ne peut avoir d'autre fondement que l'Anatomie;
car, malgré la diversité des formes extérieures, les organes principaux ou supérieurs des Animaux étant bien souvent semblables, et réciproquement malgré la ressemblance de ces formes extérieures ces organes principaux étant quelquefois hétérogènes, il suit que la considération de ces apparences extérieures ne pourrait fournir que des analogies trompeuses, d'où résulteraient des rapprochements absurdes par leurs disconvenances. Tels étaient, à quelques exceptions près, la plupart des travaux de classifications, avant Cuvier. Ce n'est pas que le mal soit précisément dans la transposition systématique d’un Animal; mais c'est que d'après les principes mêmes des classifications, la place qu'v occupe un être est l'expression de sa nature. Il faut donc pénétrer sous l’enveloppe des Animaux et distinguer par le nombre, le mode d'assemblage, la proportion de développement, et la figure de leurs organes, non-seulement leur place zoologique, mais ce qui est plus important. leur véritable nature.
La seule inspection d'un catalogue du Règne Animal suffit pour juger de l'immensité de celte étude et de la nécessité d’y être guidé par des principes fixes et peu nombreux. Avant de déduire ces principes il fallait préalablement comparer les organes analogues dans les diverses combinaisons où ils se retrouvent; ce qui suppose la détermination antérieure de l'identité entre des organes présumés similaires. Il a fallu nécessairement beaucoup d'essais manqués avant de trouver un procédé qui décidât sûrement de cette identité. Et encore il n'est pas démontré que la même méthode de détermination soit applicable à tous les systèmes d'organes; du moins, ou n'a jusqu’ici appliqué qu'au seul système osseux le procédé de déterminer les parties analogues, par leur relation de position à l'exclusion des considérations de fonctions, de volume et de figure. El dans le fait, à moins de contradiction, on ne peut guère appliquer ce procédé et le principe qui s'en déduit aux parties des autres systèmes, puisque le fondement sur lequel repose ce principe, c’est que le même nombre limité de matériaux se retrouve partout dans le même ordre. Or, il est bien évident que ni les systèmes nerveux, ni le musculaire, ni le vasculaire, ni le glandulaire, n'ont chacun aucune fixité dans le nombre ou la position relative de leurs parties; ou du moins s'il y a quelque fixité à cet égard, elle ne s'étend qu'à un petit nombre de groupes, et non pas à leur ensemble. Néanmoins, le principe des connexions s'applique encore bien, malgré la disparition de plusieurs systèmes d'organes, aux relations mutuelles des systèmes d'organes entre eux. Ainsi, dans les Animaux articulés, le rapport de position de l'appareil vasculaire avec l’organe digestif, et de celui-ci avec le système nerveux, sert à faire reconnaître ce système dans ces Animaux, pour être l'analogue du genre Sympathique des Vertébrés.
$ i. Pour parvenir à poser ce principe des connexions dans le système osseux, il a fallu se défendre d’une illusion dont on avait été dupe auparavant. En examinant, dans l'àge adulte, diverses espèces d’Animaux vertébrés, Geoffroy vit le* différentes régions correspondantes de leur squelette et surtout la tète résulter d’un nombre fort inégal d’os distincts. Dans des
espères de genres très-voisins, la différence est d’une et quelquefois de plusieurs paires d’os. Et ce surplus ou ce défaut de parties contredisait, même pour une seule classe, toute idée d'analogie et d’unité de composition. Mais en observant qu'à ses différents âges une même espèce n’offre pas le même nombre de pièces osseuses, et que ce nombre, pour toutes les régions du squelette, diminue progressivement, depuis les premières époques fœtales jusqu'à la vieillesse; que. par l'effet de ces réunions, des os pairs deviennent des os symétriques; que ces réunions ne confondent pas seulement des os situés contre la ligne médiane, mais aussi des os collatéraux à droite ou à gauche de cette ligne; que celte confusion de plusieurs os en un se fait par un progrès d’ossification qui soude ensemble un ou plusieurs bords voisins ; dès lors il pensa que les variations dans le uombre des pièces osseuses du crâne ou des diverses autres régions du squelette, chez les différents Vertébrés adultes, dépendent du degré d'ossification propre à chacun, et que, selon l'extension de ce degré, un plus grand nombre de pièces se réunissent, et partant un plus petit nombre en reste définitivement isolé. 11 vérifia qu’effeclivement, en remontant pour tous les Vertébrés le plus près possible de la formation de l'être, quel que fût le nombre définitif de pièces dont se compose le crâne de l'adulte, ce nombre est identique pour tous dans les premiers temps de la vie : à ces considérations nous ajoutons que l'étal de division de ces pièces reste d'autant plus permanent que les Animaux ont une force de respiration ou une température moindre; que chez les Oiseaux où cette fonction est plus énergique, les os se soudent bien plus tôt que chez les Mammifères, et chez ceux-ci que chez les Poissons et les Reptiles ; que les pièces osseuses, dans leur état de plus grande division, au moment de leur formation, n’ont pas de figure arrêtée; qu'elles n'offrent enfin d’autre condition absolue que leur position; que dès lors cette disparité de figure, dans l'âge adulte, ne doit plus être prise pour une négation d'identité.
$ il. Cette considération de l'état fœtal eut un autre résultat important. Elle démontra que tous les fœtus de Vertébrés sont pourvus de certaines parties étrangères pour la plupart à l’état normal, définitif de leur espèce. Ainsi par exemple tous les fœtus de Vertébrés ont également une queue pourvue d'un prolongement du faisceau rachidien; sa persistance ou sa disparition dépend des lois du développement, de même que l'état de division ou de réunion plus ou moins complète des os de la tète. Comme si le plan des Vertébrés se composait d‘uu même nombre primitif de pièces osseuses, également capable de produire et toutes les formes, et toutes les grandeurs et toutes les proportions, suivant que le développement s'applique à une région ou à une autre, et dans chaque région à telle ou telle partie. La diversité des modèles ou types d'organisation dépend donc de la destruction, de l'avortement et du développement proportionnel des parties. De ce que certaines parties se détruisent totalement ou du moins restent avortées, et saus aucune fonction, il suit une objection péremptoire contre la théorie des causes finales, suivant laquelle rien n'est inutile. Or, l’inutilité de ces
parties qui, si elles subsistaient, rendraient l'Animal ou difforme ou incapable d'exister, est évidente. Pourquoi donc ont-elles commencé d’exister pour ne pas |»ersister? D’un autre côté, les fœtus anomaux d’une même es I pèce montrent tantôt défaut de formation et tantôt dé- I faut de développement d’un plus ou moins grand nombre de parties. Ordinairement dans le dernier cas , à côté des parties restées rudimentaires, il s'en trouve d'excessivement développées, de sorte que ces anomalies, dans une espèce, répètent les variations offertes dans d'autres espèces par de pareilles réciprocités d'avortements et de développements normaux. De cette l triple considération, 1° de la disparition dans certaines espèces d'organes fœtaux persistants chez d'autres; 2n de ces avortements et développements anomaux dans les fœtus d’une même espèce, et 3° de cette inégalité du progrès de l'ossification et du développement des mêmes régions dans les diverses formes d'organisation,
1 se déduit un autre principe bien important pour la zoologie, celui du balancement des organes.
$ in. Or. en examinant plus attentivement les groupes d’êtres formés sur un même modèle, on trouve dans les diverses parties de l’ensemble de chacun une nécessité de rapports telle que, quand un organe ou une 1 partie d’organe est développé dans une certaine pro- ! portion, tel autre organe ou telle partie de cet organe est nécessairement limité dans une proportion également déterminée. El cette nécessité ne règle pas seulement les rapports de grandeur, elle règle aussi les rapports de figure : de telle sorte que certaine forme dans ' un organe, en exclut certaines autres dans un ou plusieurs autres organes, où réciproquement elles en ap- I pellent d’également déterminées. D’où il suit qu’une partie d’organe, â plus forte raison un organe entier, et même le fragment d’une partie d’organe étant connu, i l’on peut conclure, par une déduction de formes dont les rapports ont été empiriquement donnés par l’observation. l’on peut conclure, dis-je, l’ensemble de l'Animal dont ces organes ou ces fragments d’organes proviennent. Ce principe est celui de la corrélation des formes ; bien qu’einpiriquement conclu de l’universalité des faits de l’ostéologic, il s’applique avec la même déduction que les procédés rationnels des mathématiques. Les preuves en ont été publiées presqu’à l’infini par l’emploi qu’a fait de ce principe son illustre autour, dans l'histoire des ossements fossiles.
$ iv. Des trois principes précédents le premier s’applique principalement au système osseux : les deux derniers s'appliquent aussi fort exactement aux appareils des organes respiratoires, digestifs et circulatoires; mais aucun de ces principes n'indique rien sur le degré d'importance des différents organes ou appareils d’organes. Or. quand il faut comparer des Animaux formés de la combinaison d'un même nombre d’appareils organiques, mais dans lesquels un ou plusieurs de ce* appareils ont des développements inégaux, quel rang donner â chacun de ces groupes d1 Animaux? Car il peut arriver que les nombreuses dépendances d’un organe, tout en donnant à tel Animal une quantité ab- 1 solument plus grande de parties, le laissent cependant dans un degré d'Animalilé inférieure à un Animal d’une
combinaison réellement moins nombreuse, mais dont les éléments ont une plus grande valeur : tels sont par exemple les Crustacés et les Insectes comparés aux Mollusques, et les Cétacés comparés aux Oiseaux.
En considérant, comme nous le ferons tout à l'heure, soit l'ordre successif de la formation des organes dans les Animaux de la combinaison la plus complète, soit l’ordre de leur groupement dans les divers embranchements du Règne Animal, on voit que le degré de l’animalité ou. ce qui est la même chose, la plus grande capacité d’exercer des relations nombreuses et plus étendues avec leur milieu d’existence, dépend, pour les Animaux, soit des appareils derniers formés, soit de ceux qui n'apparaissent que dans les embranchements supérieurs, ou du moins qui n'existent perfectionnés, ou à leur maximum de composition, que dans les premiers ordres de cet embranchement. Ainsi le système nerveux cérébro-spinal qui ne se trouve que dans le premier embranchement ou les Vertébrés, et qui est l'organe de ces relations de l'Animal avec son milieu d’existence, occupe le premier rang. On voit donc que la raison de sa principauté n'est pas son universalité ou sa constance. C'est au contraire le système d'organes dont le plan est le moins uniforme, et dont l'ensemble se dégrade plus rapidement par le retranchement successif d'un plus grand nombre de parties importantes. Bien que dans son ensemble le système osseux soit en rapport de coexistence avec ce système, néanmoins, comme il a été dit dans l'exposé du principe des connexions, les pièces osseuses ne s’anéantissent pas simultanément avec les parties correspondantes du cerveau ; elles restent rudimentaires ou passent à de nouveaux emplois. Il y a aussi un rapport de coexistence entre le système nerveux cérébro-spinal et les appareils de la circulation et de la respiration. Car le système nerveux, l’agent des relations, soit sensitives, soit locomotives de l'Animal, reçoit son excitation du sang; plus le sang sera capable de l'exciter, et plus le système nerveux, toutes choses égales d'ailleurs, du côté de son degré de composition, sera capable d'agir. Or, ces qualités du sang dépendent de la quantité de respiration , résultant elle- même de deux facteur» : le premier est la quantité de sang qui se présente pour respirer dans un temps donné, le second est la proportion d’oxygène du fluide ambiant. La quantité du sang qui respire dépend de la disposition des organes de la respiration et de ceux de la circulation. C'est donc du degré de composition de ces deux appareils d'organes que se déduira l'ordre de subordination parmi les Animaux doués du système cérébro-spinal, ou, ce qui est la inéinc chose, les Vertébrés. Maintenant, parmi ceux qui sont au même degré du côté de ces deux appareils, l’ordre d'importance se déduira de considérations secondaires dans le système osseux, savoir le degré de composition des api>endices du squelette ou des membres. Et ici le principe de la corrélation des formes , et relui du balancement des organes deviennent auxiliaires du principe de la subordination des organes, en montrant de nouveaux rapports entre l'état de développement des extrémités des membres, celui des organes des sens, celui des organes digestifs, etc.
En voilà assez pour donner une idée du principe de la subordination des organes. On voit par là que le degré de constance ou d’universalité d'existence d’un organe le rabaisse à un rang d'importance de plus en plus inférieur. L’ordre de nécessité des organes, pour que l'Animal existe, est précisément inverse, comme cela sera démontré plus loin.
$ v. Nous avons dit que dans les fœtus anomaux il y a défaut de formation ou de développement de certaines parties. Ces anomalies sont assujetties à des règles. En effet, jamais une partie ne manque sans que les parties ultérieures ne manquent aussi, et réciproquement jamais une partie ne vient s'intercaler, en rétrogradant ou en anticipant, entre des pièces ou des organes avec lesquels elle n'est pas régulièrement connexe. D’où suit qu'aucun organe ne se forme qu'après la formation préalable de celui qui le précède du côté de l'insertion ombilicale. Ainsi, quand la face manque, le crâne ne peut exister; quand la colonne cervicale manque, la face ne peut naître, etc. Toutes les parties supérieures, et le tronc et les membres inférieurs peuvent manquer, mais l'on trouve toujours alors uue portion plus ou moins étendue du canal intestinal. On voit donc que l’ordre successif de formation des parties dépend de leur distance à l'insertion du cordon ombilical. Voilà pourquoi le canal intestinal, au moins dans sa partie ombilicale, ne manque jamais, puisque cette partie est le point d'insertion du cordon, et- qu'elle se forme dans son calibre même où elle continue de rester, quelquefois jusqu’à la naissance. Alors cette cavité inles tinale n’offre qu'un sac sans ouverture : la preuve de cette imperforation primitive de l’intestin se retrouve dans la persistance accidentelle de cet état chez certains fœtus à terme. L'on a aussi reconnu que dans tous les fœtus régulierajle l'espèce humaine, l’ouverturede l'anus ne se forme qu'à la sixième ou septième semaine.
D'autre part, la manifestation du sexe mâle dans les fœtus humains ne devance jamais une certaine époque, avant laquelle on ne trouve que des sexes femelles. El pour peu qu’on remonte encore plus près de la formation. il n'y a aucune apparence extérieure de sexe. De sorte que, selon que les productions et les développements continuent de se faire simultanément avec la persistance de l'un de ces trois états de la région où se trouvent les organes génitaux, il en résulte le sexe mâle pour la troisième époque ou la plus avancée, le sexe femelle pour l'intermédiaire, et l'absence de sexe pour la plus reculée ou pour la première. Ajoutons que dans cette période, la plus rapprochée de la formation, il n'y a qu'une seule grande cavité ou cloaque, dont les parois, en se repliant et en adossant leurs replis, forment par cet adossement les cloisons des cavités urinaires, génitales et intestinales, pour l'exposition de ces faits, Ç. Brescbct, art. Acéphale, Diction, de Médecine, T. i.
Or, à considérer les Animaux dans l’ordre de leur composition croissante, on dirait que ce sont desfœtn* développés aux divers degrés de leur formation. Chez les Polypes nus. les Méduses, d’autres Radiaires encore, on voit un sac , dans l'épaisseur des parois duquel, selon le degré de composition de ce* êtres, se forment successivement des vaisseaux, quelques renflements et ûla-
ment* nerveux, et même des corps glanduleux. De même les embry ons, bornés à la formation du bassin et à l'ébauche de ses organes, offrent aussi une cavité unique, à cause de la confusion en une seule poebe ou cloaque de ce qui formerait plus lard les sinus urinaire et génital. La permanence d'un étal de formation plus avancé, celui de l'époque intermédiaire dans le développement des parties génitales, ne montre dans ces embryons incomplets que le sexe femelle, le seul que l'on observe aussi dans les premiers des Radiaires, les Échinodcrmes, par exemple, et les derniers des Mollusques, les Acéphales teslacés. Chez ces deux ordres on ne trouve que des ovaires. Les fœtus de ce degré de formation n'ont, le plus ordinairement, qu'un seul ordre de vaisseaux, les divisions de la veine qui vient de la mère ou du placenta. Mais, avec le second ordre de vaisseaux ou les artères, un plus grand nombre d'organes se forment. Et le nombre est d’autant plus grand que les vaisseaux se divisent et se prolongent davantage. Quel que soit le déficit de la tête ou des appendices du tronc, il y a dès lors un système nerveux du grand sympathique, quelquefois absence de cœur, mais jamais de sexe; c'est comme pour les Mollusques. Cette classe est toutefois invariablement pourvue de cœur. Enfin. le progrès ultérieur des formations donne une suite de modèles jusqu’au type régulier de l’espèce. Et ces modèles anomaux rentrent presque toujours dans la règle d'une autre espèce. L’ordre suivant lequel ces formations se succèdent, de telle sorte qu'un organe ne peut se former qu'après un autre dans un fœtus, ni coexister qu'avec certains autres par des associations de plus en plus nombreuses dans la série de chaque embranchement, peut s'exprimer par une loi que nous proposons d'appeler celle de Y engendrement végétatif des organes.
§ vi. Nous avons négligé ce qui regarde les organes symétriques dans ce que nous venons de dire, et parce qu’ils sont le plus fréquemment frappés d'anomalie, et parce que leur formation est réellement postérieure à celle des viscères. Us sont d'ailleurs, aussi bien que les autres, formés dans un ordre dépendant de leur distance à l'insertion ombilicale. Et. quoique leur absence totale et même celle de la colonne vertébrale prouvent bien la priorité absolue de la formation de l'intestin, néanmoins, l'intervalle de ces deux formations est trèscourt; de sorte qu'une fuis groupés, ils continuent simultanément leur développement. Mais les organes symétriques offrent dans ce développement des faits assujettis à une loi différente. Ainsi, en considérant le squelette dans son ensemble, l'ossification y marche des parties latérales vers l’axe. Dans le tronc, par exemple, les côtes s'ossifient avant les vertèbres, les apophyses latérales des vertèbres avant leur corps. Ce corps luimême, comme tous les autres organes médians, résulte de deux parties paires bientôt réunies. Il y a donc deux demi-crânes, deux demi-rachis, deux demi-bassins, deux demi sternum, etc. Mais le système osseux n’est pas le seul formé d’après celle affinité symétrique. Le système nerveux-cérébro-spinal, qui a pour satellite nécessaire le système osseux, se compose d’abord de deux séries parallèles de parties paires : 1® la moelle épinière consiste d'abord on deux cordons réunis seule-
ment en avant, de manière à être séparés en arrière, par une fente longitudinale; 2® les deux cordons ne communiquent pas d'abord avec les séries correspondantes de ganglions intervertébraux. Cet état reste encore manifeste chez les Poissons adultes où la communication ne se fait que par insertion, soit sessile, soit pédicellée du névrilemtne adhérent ù la pie-inère, mais sans continuité de substance du nerf avec la moelle épinière. Dans les deux dernières classes des Vertébrés, il u'y a aucun entre croisement des fibres de la moelle épinière, et les divers lobes de leur encéphale sont seulement juxtaposés; ils communiquent pourtant encore entre eux par des commissures dont le nombre varie d’une famille et même d’un genre à l'autre. Mais ce qui prouve bien que quelle que petite différence qu’il y ait entre les temps de formation de la moelle épinière d'une part, et les ganglions intervertébraux et leurs nerfs d'autre part, ces derniers ont la priorité, c’est que dans des acéphales où la moelle épinière manque, ces ganglions ne manquent pas. L'ne autre preuve de cette séparation primitive des deux moitiés de l’axe vertébral, c'est la |>ersistance de cet état chez les sujets rachitiques d'origine. On sait que le rachitisme est le défaut de solidification des os. C’est une perpétuité de l'étal fœtal de ce système. Tel est le principe ou la loi de symétrie établie par Serres.
Les autres enchaînements de faits, appelés par lui principes de conjugaison et de perforation, n'en diffèrent pas réellement. Seulement les faits ne se passent pas sur la ligne médiane ou immédiatement à côté. Mais la distance à cet axe ne change rien à la loi. Je pense donc que ces trois principes doivent être ramenés â l’unité, sous le titre de loi de conjugaison , puisque le mécanisme est le même pour tous les faits qui s'y rapportent. Nous le prouverons tout à l'heure. Car, de même que la moelle épinière est d'abord formée de deux cordons sécrétés à droite et à gauche du cylindre vasculaire qui en forme l'axe, de même les divisions de l’aorte, véritable axe vasculaire général, divergeant latéralement, déposent chacune parallèlement et symé triqueinenl leurs produits par exhalation. Cette tendance des parties similaires, à se confondre, est telle que l'absence ou le défaut de formation de quelques pièces intermédia ires a mène le rapprochement forcé des parti es immédiatement extérieures. Et alors, selon leur tissu, ou elles se souderont, ou seulement elles s'appliqueront par leurs tords sans se confondre. Tel est pour le premier cas l'exemple de l’œil unique, dans les Ancncépliales cyclopes. L’on y trouve un seul nerf, deux cristallins et deux iris ' preuve, pour le dire en passant, que le nerf n’a pas influé sur la formation de l'organe où il aboutit. L'ethmoïde absent n'a plus équilibré la pression des organes extérieurs aux globes oculaires; et ceux-ci ont été rapprochés par cette pression, dont la cause initiale réside dans l'élacticilé de l'enveloppe cutanée. De même lorsque, par une modification de la loi des connexions, des parties, formant axe dans certains types, sc déplacent en avant ou en arrière, les pièces collatérales, qui les flanquaient ailleurs, se rencontrent et s'appliquent en se soudant l'iioe contre l'autre. Telles sont les clavicules Circulaire* des Poissons,