Dacpbix ( Delphinus
On y voit que Linné rapporte tous les Mammifères à quarante genres, qu'il répartit dans sept ordres, désignés sous les noms de Primates, de Brûla, de Ferœ , de Glires, de Pecora, de Belluœ et de Cetœ, et qu’il forme principalement sur la considération des dents. Cette classification, extrêmement simple, est infiniment supérieure à celle de Ray, parce que le génie de Linné avait senti les véritables rapports des êtres, et parce qu'il avait enfin créé une méthode naturelle. Aussi toutes ses coupes ont -elles été généralement adoptées. Tous ses ordres sont encore admis aujourd'hui par la plupart des naturalistes modernes, et particulièrement par Cuvier, qui seulement a substitué aux noms de
j Linné, presque tous peu susceptibles d'étre traduits en français, ceux de Quadrumanes, d'Édentés. de Carnassiers, de Rongeurs, de Ruminants, de Pachydermes et de Cétacés. Enfin, parmi ses genres, ceux même qu'on a été obligé de subdiviser se retrouvent encore conservés dans les classifications les plus récentes, où elles forment des familles naturelles. C'est ainsi, par exemple,que l’ordre des Quadrumanes comprend deux grani des familles, les Singes cl les Lémuriens, qui corresj pondent exactement au genre Simia et au genre Lemur j de l’illustre législateur de la Zoologie.
[ La méthode du Systema IVaturœ n’est pas moins I remarquable à d’autres égards. Avant Linné, les Céta-
cés avaient toujours été séparés des Quadrupèdes vivipares, et la classe des Mammifères n'avait point été établie. Déjà, il est vrai, l'illustre Bernard de Jussieu avait senti les véritables rapports des Cétacés, que tous les naturalistes, et Linné lui-même (dans ses premières éditions) avaient jusqu'alors rangés parmi les Poissons; déjà Brisson, en les séparant de ceux-ci pour en former la seconde classe de son règne animal, les avait placés à la suite des Quadrupèdes vivipares; mais Linné fit plus encore : on les avait rapprochés, il les réunit; et c'est ainsi qu'embrassant, sous le nom commun de Mammatia, tous les animaux à mamelles pour n'en former qu'une seule grande classe, il partagea avec Bernard de Jussieu et Brisson la gloire de la découverte.
Vint ensuite la classification purement artificielle de Klein, et celle de Brisson, publiées l'une en 1751. sous le titre de Quadrupedum disquisitio brevisque ht» toria nuturalis, et l’autre en 1750, dans un ouvrage intitulé : Distribution du règne animal, en neuf classes. Le premier, dans sa méthode presque uniquement basée sur la considération du nombre des doigts, établissait parmi les Mammifères deux ordres, dont l’un renfermait tous les Ongulés répartis en cinq familles, nommées Monoehilcs, Dichiles, 7'richiles, Tétrachiles et l’entachiles. Les Unguiculés formaient quatre familles également caractérisées par le nombre de leurs doigts, les Didactyles , les 7’ridnctyles, les 7'èlradactyles et les Pentadaclylcs. Enfin une dixième famille comprenait, 6ous le nom d’ A cromalopèdes, toutes les espèces à pieds palmés. Dans son système rnammalogique, Brisson s'attachant, au contraire, principalement à la considération du système dentaire, et n'accordant, avec juste raison, qu'une importance secondaire aux caractères tirés du nombre des doigts, divise les Mammifères en dix huit ordres, qu'il caractérise de la manière suivante : le premier n'a point de dents; le deuxième n'a que des molaires; le troisième a, de plus, des canines; le quatrième et le cinquième ont des incisives à la mâchoire inférieure; mais l’un six seulement, et l'autre huit. Tous les ordres suivants ont des incisives aux deux mâchoires; mais ils se distinguent, soit par le nombre de ces dents, soit par celui des doigts. Ainsi le sixième a la corne du pied formée d'une seule pièce; le septième a le pied fourchu; le huitième a trois doigts ongulés à chaque pied; le neuvième et le dixième ont également quatre doigts ongulés devant, trois derrière; mais l’un a deux incisives, et l’autre dix à chaque mâchoire. Le onzième se distingue par quatre doigts ongulés à chaque pied. Les sept ordres suivants sont tous unguiculés; mais le nombre des incisives varie : il y en a à chaque mâchoire, deux dans le douzième, et quatre dans le treizième. Le quatorzième en a quatre en haut, six en bas; le quinzième, six en haut, quatre en bas; le seizième, six à chaque mâchoire; le dix -septième, six en haut et huit en bas, et le dernier, dix en haut et huit en bas.
On voit que ces deux méthodes . quoique publiées après les premières éditions du Systema Naturee, sont tout à fait différentes de celle qui se trouve exposée dans [ cet ouvrage. Presque tous les auteurs systématiques, j
dont il reste à faire connaître les travaux , peuvent au contraire être considérés comme appartenant à l’école de Linné. Tel est particulièrement Erxlehen qui, en publiant, en 1777, son Systema regni animait*, ne l'annonça, en quelque sorte, lui -même que comme une nouvelle édition plus complète du Systema A iaturœ. L’auteur fil en effet connaître beaucoup d'espèces nouvelles, établit plusieurs genres qui tous ont été adoptés, et rendit surtout son ouvrage très recommandable par le soin avec lequel il compléta la synonymie, en citant, pour chaque animal, tous les auteurs qui en ont fait mention dans leurs écrits, depuis Aristote jusqu'aux contemporains : travail immense, et qui ne pouvait être véritablement utile, qu'autant qu'il était exécuté par un naturaliste aussi laborieux et un critique aussi éclairé que le fill Erxlehen. Le Systema regni anitnalis diffère d'ailleurs, à quelques égards, du Systema Saturer ; remarquant qu’on a beaucoup de peine à former et à caractériser des divisions secondaires vraiment naturelles, l'auteur s'est affranchi de la difficulté à* laquelle s’étaient soumis ses devanciers, en partageant la classe en un certain nombre d’ordres, sous lesquels se trouvaient ensuite compris les genres. Il les place tous dans une seule série continue, cl parait s’attacher presque uniquement à conserver exactement à chacun d’eux, le rang que lui assignent scs rapports naturels.
Dans les années qui suivirent la publication du Systema d’ErxIeben. plusieurs méthodes parurent successivement dans d'autres ouvrages, tels que le Prodromus methodi .1 nimalium, de Storr. qui fut publié en 1780; YElenchus Animalium dcBoddaert.en 1787; une nouvelle édition du Systema Natures çevue par Gmelin, en 1780; le Manuel d'Histoire naturelle de Blumcnhach. et le Système anatomique des Quadrupèdes (1792) où Vicq-d'Azyr présenta une nouvelle classification faite par Daubenlon. A l'exception de cette dernière où les Mammifères forment quinze classes, et sur laquelle il est inutile de s'arrêter, parce qu’elle est peu digne du nom de soy illustre auteur, toutes n’étaient au fond que celle de Linné avec des modifications plus ou moins importantes, et plus ou moins heureuses.
Storr divisait tous les animaux en trois phalanges ; 1n ceux qui sont pourvus de pieds propres à la marche : ils forment deux cohortes, les I ngiiiculés et les Ongulés; 2° ceux qui ont les pieds en forme de nageoires, mais à doigts distincts, comme les Phoques et les Lamantins; 3° ceux qui ont de véritables nageoires : ce sont les Cétacés. La première cohorte de la première phalange comprend trois ordres : 1° les Primates , qui se subdivisent en deux tribus, ceux qui ont des mains ( Manuati ), et ceux qui n'en ont pas (Emanuati)x cette dernière comprend les Chauves-Souris et les Carnassiers ; 2° les Jlosores, ce sont les Rongeurs ; et 3° les Mutici, ou les espèces qui manquent de dents ou du moins qui n'ont pas d'incisives. La seconde cohorte comprend également trois ordres : 1° les Jumenta , qui n’ont qu’un seul sabot; 2» les Pecora, qui en ont deux; 3° les Belluœ, qui en ont plus de deux.
La méthode de Boddacrl se rapproche davantage de
colle de Linné; mais elle a beaucoup moins de précision et d'exactitude que celle de Slorr, à laquelle elle ressembled'ailleurs en ce que tous les Mammifères sont d'abord divisés en deux grandes sections, les Terrestres et les Aquatiques. La seconde comprend en outre de véritables Aquatiques, l'Hippopotame, le Castor et la Loutre. Roddaert admet d'ailleurs, parmi les Terrestres, presque tous les ordres établis par Linné; seulement il réunit en un seul les Primates et les Bruta , qu’il embrasse sous le nom d’Unguiculés.
Blumenbach s’est encore plus rapproché de Linné; seulement, aux sept ordres admis dans le Systema A al h rie, il en ajoute trois autres {P. cinquième édition) qu'il désigne sous les noms de Bimanes, de Chéiroptères et de Solipède8 ( Solidungula ). Le genre Homme, jusqu'alors ordinairement placé à la tête des Primats, compose le premier; les Chauves Souris et le genre Cheval forment les deux autres. Quant à Gmelin, il s'est seulement proposé, en publiant une nouvelle édition du Systema Naturœ, quelques années après la mort de son auteur, de mettre cet ouvrage au niveau de la science en employant les travaux de Buffon, de Pallas, de Schreher, de Blumenbach et des autres savants ses contemporains. Malheureusement, l’esprit de critique, si nécessaire pour les travaux de cette nature, n'a point présidé à ceux de Gmelin ; et il serait dangereux de consulter sans défiance la compilation de cet auteur.
Dans la même année où parut la cinquième édition du Manuel d'Hisloire naturelle de Blumenbach (1797), Cuvier et Geoffroy publièrent aussi en France (dans un des journaux du temps : le Magasin Encyclopédique) une nouvelle classification des Mammifères, et celte méthode, modifiée dans la suite à plusieurs égards, fut généralement adoptée. Ils divisèrent d'abord la classe en trois embranchements : les espèces à ongles, les espèces à sabots et les espèces marines; et c’est de la subdivision de chacun de ces embranchements, que résultèrent leurs ordres, au nombre de quatorze. Voici successivement l’indication des caractères de chacun d'eux:
I. Quadrumanes. Doigts uuguiculés; trois sortes de dents; pouces séparés aux quatre pieds.
II. Chéiroptères. Doigts unguiculés; trois sortes de dents; mains allongées, palmées; membrane s’étendant du cou, entre les pieds, à l'anus.
III. Plantigrades. Doigts unguiculés; trois sortes de dents; point de pouces séparés; plante entière appuyée.
IV. PEdimanes. Doigts unguiculés; trois sortes de dents; pouces séparés aux pieds de derrière seulement.
V. VERXiroRXES. Doigts unguiculés; (rois sortes de dents; point de pouces séparés; corps allongé; pieds n’appuyant que les doigts; métatarses inclinés; membres courts.
VI. Bêtes r&ROCES. Doigts unguiculés; trois sortes de dents; point de pouces séparés; pieds n'appuyant que les doigts; membres redressés.
VU. Bongeirs. Doigts unguiculés; dents incisives et molaires seulement, sans canines.
YJ11. Édentés. Doigts unguiculés; point d'incisives
ni de canines (les Fourmiliers, les Pangolins, les Tatous).
IX. Tardigrades. Doigts unguiculés; point d’incisives; des canines et des molaires (te genre Bradype).
X. Pachydermes. Pieds à sabots ; plus de deux doigts aux pieds.