‹ Dictionnaire classique des sciences naturelles presentant la definition, l'analyse et l'histoire de tous les etres qui composent les trois regnesChapitre 18 sur 148 · DES TÉGUMENTS ET DES VARIATIONS NATURELLES ET ACCIDENTELLES DU PELAGE · texte numérisé non relu

DES TÉGUMENTS ET DES VARIATIONS NATURELLES ET ACCIDENTELLES DU PELAGE

Linné, cherchant toujours à faire ressortir par des oppositions les caractères qu'il assignait à chacune de ses classes, a dit : Les Mammifères ont des poils, les Oiseaux des plumes, les Poissons des écailles. Ces pro positions sont vraies d'une manière générale; cependant plusieurs Mammifères manquent de poils ou n’en

ont qu'un très-petit nombre, comme Linné lui-même en a fait lu remarque dans un autre passage de sou ! Systetna Xalttrœ. Quelques espèces, comme les Pangolins, sont en effet couvertes de véritables écailles; | et d’autres, comme les Cétacés, ont la peau nue; mais i ce sont de véritables exceptions au caractère classique ; i exceptions plus apparentes même que réelles à l'égard j des Pangolins, dont les écailles sont de véritables poils | composés; et même aussi, suivant Blainville, à l’égard , des Cétacés, chez lesquels les poils formeraient une | sorte de croûte ou enveloppe générale. Ce naturaliste pspisr même que le nom de Pilifères pourrait peut-être remplacer avec avantage celui de IWaminifè- ! res. Iteinarquous cependant qu'on trouve aussi de véi i ilables poils chez quelques Oiseaux, et qu'ainsi, à ta i rigueur, le nom de Pilifères leur conviendrait égale- [ ment.

j Les Mammifères ont généralement deux sortes de ! poils : les soyeux, plus ou moins roides, et extérieurs; j et les laineux, très-fins, très-doux au toucher, et ordi- I nairemenl cachés sous les soyeux. Les races domestiques de Moulons font à cet égard une exception fort remarquable, à cause de l'abondance et de la longueur de la laine, et en même temps de la disparition presque totale des poils soyeux. Les animaux des pays froids se rapprochent d'elles sous ce rapport : chez ceux des pays chauds, les poils soyeux sont au contraire trèsdéveloppés. et les laineux manquent presque entièrement. La quantité, c’est à-dire l'abondance proportionnelle de ceux-ci, est généralement en raison inverse, et celle des soyeux eu raison directe de la température.

Les poils soyeux ont une longueur fort considérable chez plusieurs espèces dans certaines régions (surtout j chez les mâles), comme à la région cervicale chez le ! Lion et le Cheval, où ils forment ce que l’on nomme | une crinière; et à la queue daus beaucoup d’espèces.

! D'autres sont couvertes en entier de poils très-longs ; tel est particulièrement l'Ours des Grandes Indes ( Ursus labiuius), dont les poils ont presque partout de sept à neuf pouces, et même, en quelques endroits, près d'un pied de long.

Chez quelques espèces, le pelage est mêlé, et quelquefois composé dans sa totalité, d'épines plus ou moins abondantes et de structure assez variable; tels sont les Hérissons, les Tanrecs, les Écliimys, les Porcs Épies et plusieurs autres. Ces épines ou piquants sont i ordinairement pointues, comme l'indiquent les noms I mêmes qu'on leur a donnés , et ont généralement la ! forme d'un poil. Cependant le Porc-Épic ordinaire ( Hystrix cristata) a la queue garnie de tuyaux cyj liudriques et ouverts transversalement par leur exlré- : mité, comme serait un tuyau de plume coupé à l’origine de la laine. On remarque en général, chez toutes les espèces épineuses, un grand développement des mus clés peaussiers; cl ce développement est surtout considérable chez le Hérisson. On remarque également chez ces espèces, que les épines sont divisées en petits groupes réguliers, dont la disposition est d'ailleurs spéciale pour chacune d'elles.

Sous le rapport de sa couleur, le pelage est tantôt piqueté, ou, pour parler plus correctement, tiqueté.

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c'est-à-dire formé de poils annclés ou peints de plusieurs couleurs disposées eu anneaux, comme chez les Écureuils et les Lièvres; tantôt uniforme, comme dans le plus grand nombre des genres; tantôt varié, c'est-àdire présentant des couleurs disposées par grandes plaques, comme chez quelques Makis.

Les couleurs des Mammifères n'out point cet éclat métallique qui caractérise un si grand nombre de genres parmi les Oiseaux : une espèce, la Cbrysochlore , fait seule exception sous ce rapport. Elles n'ont jamais non plus l'éclat et la vivacité de celles des Coqs-de- Koclie, des Perroquets, des Tangaras et des Phénicoptères; et on trouve même rarement, chez les .Mammifères. quelque chose d'analogue à ces parures qui ornent le plumage de beaucoup d'Oiseaux, et que présentent, même dans celle classe, plusieurs espèces nocturnes, tels que certains Engoulevents. L’n autre caractère général du pelage des Mammifères, consiste dans la disposition de ses couleurs beaucoup plus claires en dessous qu'à la partie supérieure et sur les flancs. C'est ce qui s'observe, non-seulement à l'égard des véritables quadrupèdes, mais également pour les espèces qui conservent plus ou moins constamment la position verticale, comme les Kauguroos. Cependant, sans compter même plusieurs espèces entièrement nnicolores, comme le Coaïta (Alelcs paniscus ) et l'Ours polaire ( Ursus mariiimus) , on trouve quelques exceptions parmi les Rongeurs et surtout dans l'ordre des Carnassiers, comme par exemple chez le Hamster, les Gloutons, le Ralel, le Blaireau et quelques autres espèces : plusieurs ont même le ventre absolument noir. Tel est particulièrement un Carnassier tout récemment connu en France, et décrit par Fr. Cuvier sous le nom spécifique de Panda.

Le pelage est ordinairement le même chez le mâle et chez la femelle, qui ne difTère guère que par des nuances un peu moins vives, et n'a pas, comme chez la plupart des Oiseaux, des couleurs entièrement différentes de celles du mâle, et qui ne tes rappellent que parleur disposition. Au contraire, toutes les autres causes de variations, qui agissent sur les couleurs des Oiseaux, agissent également sur celles des Mammifères, quoique, dans certains cas, d'une manière différente. L'Age par exemple ne fait varier les couleurs du pelage que dans un petit nombre d’espèces, comme chez les Cerfs, les Tapirs et le Lion qui ont à leur naissance, ce qu'on nomme une livrée, c'est-à-dire une disposition particulière de coloration. Leur pelage, au lieu d’être uniforme comme chez l'adulte, est d'abord parsemé de taches régulièrement disposées, et analogues à celles que présentent, dans l'âge adulte, d'autres espèces du genre. Ainsi elles sont blanches chez les jeunes Faons comme chez l’adulte de l’Axis, et noires chez les Lionceaux comme chez la plupart des Chats. Ce rapport remarquable entre le système de coloration des jeunes individus d'une espèce, et celui des autres espèces du genre dans l'Age adulte, se retrouve chez quelques Oiseaux : mais au lieu que leur premier plumage, ordinairement semblable à celui des femelles adultes , est toujours beaucoup plus triste que celui de l'Age adulte, la livrée des jeunes Mammifères, variée de taches agréa-

blement disposées, est au contraire un ornement qu’ils perdent avec l’âge, pour prendre des couleurs plus simples et plus uniformes.

L'influence de la maladie albine agit également et de la même manière sur les Mammifères et sur les Oiseaux. Tout le monde a vu des Lapins albinos, et il n'est pas très-rare non plus de voir des Lièvres blancs; la même altération a été observée pareillement dans presque toutes les familles des Mammifères; et il y a également eu des exemples de celte altération dans une Chauve- Souris, dont la peau, tous les poils et toutes les membranes étaient blancs, à l'exception du tiers inférieur de la membrane inlerfémorale et de la queue, qui était au contraire noir. La maladie albine est plus fréquente dans les pays froids. Une autre altération, qui lui est précisément opposée dans ses causes comme dans ses effets, est le mélanisme. On l’observe particulièrement dans les pays chauds; mais il y est d'ailleurs beaucoup moins fréquent que ne l'est l’albinisme dans les pays froids. On n'a guère vu de mélanos, quant aux espèces sauvages, que parmi les Chais, les Daims et les Rats. En outre de l'influence de la maladie albine, mais par des causes analogues, les espèces qui vivent dans les climats froids, blanchissent l’hiver : c’est ce qui a lieu pour plusieurs espèces de Lièvres, de Renards, de Maries, et pour quelques autres Mammifères. Le noir est ordinairement la seule couleur qui se conserve dans toutes les saisons; ainsi l’Hermine a toujours le bout de la queue noir; et l'extrémité des oreilles garde également celle couleur chez le Lièvre variable. C’est aussi ce qu’on observe chez plusieurs Oiseaux, parmi ceux qui blanchissent en hiver, comme le Tétras Lagopède et le Tétras des Saules. Quelques espèces quitté vivent pas dans des climats aussi froids que les précédentes. et même, pour quelques-unes d’enlrcs elles, les individus qui sc trouvent moins avancés vers le Nord, ne blanchissent qu'incomplélement en hiver. On sait au contraire que l'Ours polaire est entièrement blanc en toute saison. j

On voit donc comment les mutations hibernales d’un Mammifère dépendent de lois fixes el se peuvent , en quelque sorte, calculer d'après la connaissance de la température du lieu qu'il habile. Il s'en faut bien qu'il soit également possible d’apprécier ainsi les changements qu’éprouve le pelage par l'influence de la domesticité. Il est d'abord certain que les modifications sont d’autant plus prononcées que les espèces sont réduites en domesticité depuis un temps plus considérable, et qu'elles sont plus entièrement domestiques; le Chien, le Cheval, le Bœuf, la Brebis, la Chèvre, le Porc, sont en effet les espèces les plus profondément modifiées. Ainsi, les variétés dans l’espèce du Cheval sont, pour ainsi dire, innombrables; el leur taille, leurs formes, la nature de leurs poils, et, à plus forte raison, leurs cou- ; leurs, présentent les différences les plus prononcées. On a distingué environ trente races différentes, et la plu- ! part de ces races sont elles-mêmes formées de plusieurs variétés. Les unes, telles que celle qu'on désigne sous le nom de race anglaise commune, ont plus de cinq pieds de hauteur au garrot, tandis que d'autres n'ont • pas plus de trt>is pieds; il n'y a pas longtemps que l’on

voyait deux Chevaux lapons, dont la taille u'excêdait pas trenle-cinq pouces pour l’un, et trente-trois pour l'autre. La plupart des races de Chevaux ont les poils lisses et assez courts : chez le Cheval de Norwège, ils sont de même lisses et courts pendant l'été, mais ils deviennent pendant l’hiver entièrement frisés. Le Cheval baskir lésa de même frisés et très-longs. On trouve aussi des Chevaux entièrement privés de poils. Enfin, les formes et les couleurs ne sont pas moins variables, comme chacun le sait.

Ainsi, plus une espèce est réduite en domesticité depuis longtemps, cl plus celle domesticité est entière et complète; ou, si l’on veut, plus l'influence de l'Homme a duré longtemps, et plus elle a été puissante; plus l’espèce a été modifiée profondément, plus les diverses variétés sont nombreuses et différentes entre elles. C'est donc de la durée et du degré de l'influence de la domesticité que dépendent le nombre et l'étendue des modifications. Leur nature lient à une autre cause, et oelte cause réside dans l'organisation elle-même de l'animal.

Les couleurs des différentes variétés d'une espèce, ou, comme on peut les nommer, ses couleurs secondaires, dépendent de sa couleur primitive. Il ne faut pas croire, en effet, qu'elles la remplacent au hasard, et comme arbitrairement; et, en effet, si cela était, après un certain nombre de générations, il n'est pas de couleurs qui ne vinssent à se produire dans une espèce. Quant au nombre des variétés, et quant à l'importance des différences qu'elles présentent avec le type primitif, le degré de l'influence de la domesticité tes produit et les détermine. Ainsi, une espèce nouvellement réduite en domesticité, ou une espece qui ne l'est qiTimparfaiteraent, ne présente qu'un petit nombre de variétés; et encore ces variétés sont-elles peu différentes entre elles. Dans ce cas, si elle redevient sauvage, elle aura repris, dès les premières générations, ses caractères primitifs. Si, au contraire, une espèce a été depuis longtemps réduite à une domesticité complète, ses variétés seront trèsnombreuses et très-différentes entre elles; cl, redevenue sauvage, clic ne reprendra sa couleur propre qu'après un temps très-considérable, ou même ne la reprendra jamais complètement. C'est ce qui a lieu pour les Chevaux redevenus sauvages, dans les pampas de Buénos- Ayres el les steppes de l'Asie centrale. On trouve, en effet, parmi eux des individus de toutes couleurs.

Il faut remarquer néanmoins que les effets produits ne sont pas toujours exactement proportionnels aux j causes indiquées ici; c'est ainsi que la couleur primitive de l'espèce se trouve encore assez bien conservée dans toutes les variétés de l'Ane, quoique ce Quadru- ’ pède soit, depuis longtemps, soumis à la domination de l'IJomme. C’est que l’organisation n'est pas au même degré, chez tous les animaux, susceptible d’être modifiée par la domesticité, cl qu'elle se trouve ainsi avoir une influence notable sur l'étendue des variations, en même temps que sur leur nature. Une autre cause, pareillement très-digne d'attention, mais dont on a souvent encore exagéré les effets, c'est l'action du climat. Ce qui a été dit sur les variations hibernales du pelage tic certaines espèces, et sur l'albinisme, suffit pour en faire apprécier l'imporlauce pour la coloration.

Il resterait maintenant, la couleur primitive d'une espèce étant donnée, à déterminer quelles seront les couleurs secondaires, ou celles des variétés : question importante, et dont la solution complète montrerait enfin, pour braucoup d'animaux, s'ils doivent réellement être considérés comme de simples variétés d'autres espèces, ou comme des espèces distinctes. Malheureusement on n'a encore de données que pour un très-petit nombre de cas. Il est deux variations que présentent presque toutes les espèces, quelle que soit d'ailleurs leur couleur primitive : l’albinisme et le mélanisme. Tout le monde sait, en effet, qu’il existe des individus blancs el d'autres noirs chez tous les animaux domestiques, comme chez le Bœuf, le Mouton, la Chèvre, le Chat, le Lapin, el même le Chameau. Ces couleurs se retrouvent même assez fréquemment, comme on l'a remarqué, dans les espèces sauvages, et se transmettent dans quelques-unes avec assez de fixité pour qu’on y ait distingué une race blanche et une race noire : c’est ce qui a lieu pour le Daim.

On sait d'une manière générale que l'albinisme est produit par un ensemble de causes débilitantes, et tient A l'absence de la matière colorante de la peau : s’il est démontré que le mélanisme est, au contraire, l'effet de causes fortifiantes, et lient ù l'excès de la matière colorante, on verra pourquoi toutes les espèces sont sus- [ ccpliblcs de présenter la couleur blanche el la noire, quelle que soit d'ailleurs leur colorai ion primitive. Itelalivement aux autres couleurs secondaires, on conçoit qu'elles doivent se retrouver d’autant plus fréquem ment parmi les variétés domestiques qu'elles dérivent de couleurs appartenant primitivement à un plus grand nombre d'espèces : lel est le gris-roussâlre que présente le pelage du Lapin, du Cochon d'Inde, et même du Chat à l’état sauvage, et d'où dérive le roux vif; ou rencontre, en effet, très -fréquemment cette dernière couleur chez tous ces animaux. Au reste, et par une raison qu’il est facile d’indiquer, la même coloration n’est ordinairement pas commune ù plusieurs espèces domestiques. Leur petit nombre a fait que très -peu d'entre elles se ressemblaient primitivement ; par suite, et d’après ce qui a été dit, on voit qu'elles ne doivent pas sc ressembler non plus dans leurs variétés.

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