‹ Dictionnaire classique des sciences naturelles presentant la definition, l'analyse et l'histoire de tous les etres qui composent les trois regnesChapitre 21 sur 148 · II A M · texte numérisé non relu

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qu'il n’y a aucune exception à celte dernière loi; mai* il n'en serait pas de même, si quelques faits rapportés par Raffinesque étaient bien avérés. « Une Cbatle, dit ce zoologiste (Annales générales des Sciences Physiques, t. vu, p. 85), fut laissée dans une cabane dans les bois du Kcntuky, laquelle fut abandonnée pendant plusieurs mois. Cette cabane était parfaitement isolée cl éloignée de plusieurs lieues de toute autre, et il n’y avait pas de Chats dans le voisinage à la distance de quinze à dix-huit milles. Le propriétaire de la cabane trouva à son retour sa Chatte encore dans la cabane, et allaitant une portée de cinq (tel ils monstres semblables aux Chats parle corps et le poil, mais avant la tête, les pattes et la queue semblables à celles du Diflelphe commun des États-Unis, nommé ici Opossum (le Dftlelphis l'irginiana des naturalistes). Ces animaux vécurent cl furent montrés comme curiosité dans tous les environ»; mais ils sont morts jeunes et sans s'élre propagés. On a conjecturé avec fondement que celte Chatte, ainsi isolée, abandonnée, et qui a vécu d'Oiseaux, de Souris et de Taupes dans l'intervalle, aura agacé un Didelphe mâle durant la période ordinaire de chaleur, à défaut de mâle de l'espèce analogue; car il n*y a même pas de Chats sauvages dans le Kenluky (ceux qu'on nomme ainsi sont des Lynx), et aura été fécondée par lui. »

On doit bien se garder d'admettre, sans un examen attentif, ce fait et quelques autres semblables rapportés par le môme auteur. Il est en effet bien difficile d’admettre la possibilité d’un accouplement fécond entre deux espèces appartenant à des genres aussi éloignés à tous égards, et particulièrement par leur mode de génération, que le sont les Chats et les Didelphes. On a déjà remarqué d'ailleurs que la puissance de l'Homme peut seule ordinairement produire ces unions contraires aux lois de la nature, et pour lesquelles toutes les espèces sauvages montrent constamment de la répugnance. Enfin, et cette remarque n’est pas ici sans importance, on sait que parmi les Chais, les femelles résistent longtemps, même à leurs propres mâles, dans la crainte de la douleur qui accompagne toujours pour elles l’acte de l'accouplement, à cause des pointes dont se trouve armé le pénis de ces animaux.

L’accouplement hybride du Raton et d'une espèce de Renard, auquel les chasseurs de l’Amérique septentrionale croient généralement, ainsi que l'affirme également Raffinesque, parait aussi un fait fort douteux. Il en est de même de celui du Cerf et de la Vache, de celui du Chat et du chien, et encore bien mieux de celui du Chat et du Loir, dont Locke dit avoir vu un exemple. Entïn tout ce qu'on a dit de l’existence du Jumar ou du prétendu métis du Taureau et de la Jument, parait de même dénué de fondement. L’organisation de ces espèces est en effet trop différente h tous égards, pour que leur union, ou du moins leur union féconde, (misse être regardée comme possible, dans l’étal actuel de la science.

Les jeunes Mulets, et surtout ceux qui proviennent d’une espèce domestique eL d'une espèce sauvage, et non pas de deux espèces domestiques, s'élèvent souveul avec peine, ou même meurent dès le bas âge, comme

si la nature répugnait à l'existence de ces êtres que l'Homme a, pour ainsi dire, créés. Quelquefois néanmoins ils s’élèvent très-bien. Un des exemples les plus remarquables est le métis né, en 1807, d'un Zèbre femelle el d'un Aneâ la ménagerie du Muséum, où il vil encore aujourd'hui. Geoffroy Sainl-Uilaire l’a décrit (Ann. Mus., I. ix), et a fait connaître (Ann. Mus., t. vu) les circonstances de l'accouplement qui lui a donné naissance. Il s'est fait sans aucune difficulté; et l’on n'a eu nul besoin de recourir à quelque ruse analogue à celle qu’Allamand dit avoir été employée, dans un cas semblable, par un seignrur anglais; ruse de l'efficacité de laquelle il est fort permis de douter. On avait, rapporte cet auteur, fait d'inuliles tentatives pour produire l'accouplement, lorsqu'on s'avisa de (teindre l’Ane des couleurs du Zèbre; celui-ci se laissa tromper par cette similitude, et l’accouplement eut lieu. On est parvenu à faire accoupler le Bison mâle avec une Vache. La question de la fécondité des Mulets a été longtemps débattue, et n'est point encore résolue d'une manière générale. Quelques uns, comme les métis du Chien et du Loup, ue sont certainement pas stériles, et Buffon l'a prouvé par plusieurs exemples; mais ils ne produisent ordinairement que des animaux faibles cl qui s'élèvent difficilement. Cependant Buffon (Suppl., I. vu) a fait connaître jusqu’à la quatrième génération de ces métis. D’autres métis semblent presque entièrement stériles; lel est le Mulet proprement dit, ou le Mulet né du Cheval el de l’Ane. Ce mélis s'accouple trèsfacilement avec le Cheval, mais presque toujours infructueusement. On a néanmoins prouvé par plusieurs exemples qu'il n'est pas absolument infécond; mais ces exemples sont en petit nombre, cl n’ont guère élé recueillis, pour la plupart, que dans les pays chauds. Il parait même presque entièrement stérile dans nos climats; c'est ce qui résulte du nombre considérable d’essais tentés inutilement. Les Mulels présentent généralement des caractères assez fixes, et qui sont en partie ceux du père, en partie ceux de la mère. Ainsi le métis de l'Ane et du Cheval ressemble à l’un el à l'autre, et il forme véritablement un être intermédiaire entre ces deux espèces, sans jamais présenter tous les caractères de l’une d’elles, â l'exclusion de ceux de l'autre. Jamais un Ane. jamais un Cheval ne nailra de l'accouplement du Cheval et de l’Ane; le produit pourra bien ressembler à l'un plus qu'à l’autre, mais non pas exclusivement à l’un d'eux; on reconnaîtra toujours en lui un métis. Il n’en est pas toujours ainsi du croisement de deux variétés d'une inéine espèce : le produit tient le plu» souvent de l'une et de l'autre (cl l'un n'ignore pa« combien l'économie rurale a su profiler de la connaissance de ce fait pour améliorer les races domestiques); mais, très-fréquemment aussi, il ressemble entièrement à l'un des animaux dont il est provenu. Souvent, parmi les espèces qui Tout plusieurs petits à la fois, on trouve dans la meme portée, des individus semblables au père, d'autres semblables à la mère, d'autres enfin qui tiennent de l’un et de l'autre; el c'est ce que chacun sait d'après l'expérience journalière. Le croisement entre les deux mêmes individus, opéré dans des circonstances qui sont ou du moins qui paraissent semblables, peut

produire des petits semblables au mâle, et & une autre portée, d’autres qui se trouvent ressembler à la mère. Par exemple le croisement d'une Daine blanche et d’un Daim noir a d’abord produit un mâle varié de blanc et de noir, cette dernière couleur étant d'ailleurs celle qui dominait généralement. Le même croisement a donné à la portée suivante un autre mâle, noir comme le père, dont il ne différait que par une très petite tache audessus du sabot ; et ainsi presque entièrement semblable nu produit de l'accouplement de deux individus de la race noire. Quelle loi peut embrasser toutes ces variations? Et quelles causes déterminent ces ressemblances que présente tour â tour le produit avec le père, avec la mère, avec tous deux, et quelquefois même avec le grand père, comine plusieurs agriculteurs l’ont reconnu à l'égard des Moulons? C’est ce qu'on ignore presque complètement ; et il en est à peu près de même de la cause qui détermine le sexe du produit, quoique de nombreux travaux entrepris récemment dans différentes directions, aient commencé à jeter quelque jour sur cette importante et difficile matière.

DE LA PLACE QUE DOIVENT OCCIPER LES MAMMIFÈRES DANS LA StRIB ANIMALE.

Avant d'avoir étudié l'organisation des Mammifères, de l’avoir considérée dans ses rapports avec celle des autres classes, tous les naturalistes étaient tombés d'accord sur la nécessité de les placer â la tête du règne animal. L'extrême intelligence de ces animaux, leur mode de génération, et toutes leurs fonctions en tout point analogues â celles de l'Homme; la grande ressemblance extérieure de quelques-uns d'entre eux avec cet être le plus parfait de tous, avaient en effet frappé les premiers observateurs. Aujourd'hui, ce qu'on avait reconnu d’après un petit nombre de rapports, ce qu’on avait en quelque sorte deviné instinctivement, est une vérité pleinement et rigoureusement démontrée. Les nombreuses recherches auxquelles on s'est livré dans ces derniers temps, ont en effet fourni ce beau résultat, que les Mammifères sont des êtres dont le développement est généralement plus parfait que celui des autres classes; que les Ovipares réalisent pendant toute la durée de leur vie les caractères propres aux Mammifères dans l'âge fœtal, et qu'ils ne sont, suivant l'expression reçue, que des embryons permanents de cette classe. On ne cherchera pas à accumuler ici les nombreux faits qui viennent à l’appui, et qui donnent la démonstration de celte idée; on en a d’ailleurs fait remarquer quelques-uns dans le cours de cet article : c’est ainsi qu’on a vu chez les fœtus des Mammifères un diaphragme rudimentaire comme celui des Oiseaux, des tubercules quadrijumeaux semblables d'a bord à ceux des Poissons, puis à ceux des Reptiles, puis â ceux des Oiseaux , enfin le même nombre de pièces crâniennes qui entrent dans la composition de la tête osseuse des Vertébrés inférieurs. C’est ainsi que, se trouvant toujours en rapport avec eux primitivement, ils ne s’en éloignent que par la série de leurs développements successifs.

Ces idées sont aujourd'hui généralement adoptées en France et en Allemagne. Émises en 1807 par Geoffroy Saint-Hilaire, qui fonda sur elles sa détermination du

| crâne des Poissons, elles ont en effet été depuis développées avec succès en France par ce même anatomiste ! ft par Serres, et en Allemagne par Meckel et par Tie- I demann. qui en ont, on peut le dire, donné la démonj st ratio n pour tous les principaux systèmes organiques.' ’ ; Toutefois quelques naturalistes français les repoussent encore aujourd'hui même comme hypothétiques, et comme fondées sur une apparence qui n’a rien de réel; mais ils semblent véritablement les avoir confondues avec celles de Demaillel, qui, cherchant à prouver l’oi rigine aquatique de l'espèce humaine, a voulu établir j l'identité primitive de l'Homme avec le Poisson. Ces I théories, aussi bizarres que ridicules, ne sont nulle- | ment celles des anatomistes que l'on vient de citer : j ils ont établi qu’il y a analogie et ressemblance primitives des éléments des organes; mais non, comme on l'a dit, que l'échelle animale représente un seul être depuis son premier degré de développement jusqu'au dernier, cl encore bien moins, que l'Homme a été, â une époque de son développement, un véritable Poisson ! ou un véritable Reptile. On peut dire même que toutes | ces singulières hypothèses, si elles ne sont pas tout à fait incompatibles avec les théories générales de ces ; anatomistes, et particulièrement avec la doctrine de l'unité de composition de Geoffroy Saint-Uilaire, ne peuvent du moins se concilier avec elles que fort difficilement.

Il était important d'insister sur cette théorie de la ressemblance primitive des organes; car sa démonstration est aussi la démonstration la plus évidente et i la plus certaine de l'unité de composition organique, comme l'entend Geoffroy Saint- Hilaire, de l’unité de composition dans les éléments de l'organisation. Si en effet les variations de ces éléments, dans la série animale, sont les mêmes que celles qu'ils présentent dans la série des développements du fœtus, à moins de nier qu'il y ail analogie entre les éléments des organes du fœtus et ceux de l'adulte, on ne peut se refuser à admettre pour l'ensemble des animaux, le même genre ou le même mode d’analogie, c’est-à-dire l'analogie élémentaire.

Ainsi on peut regarder comme bien démontré, que les Mammifères doivent être considérés comme les êtres dont l'organisation est la plus parfaite, et qui, par conséquent, se placent, d'après l'ensemble de leurs rapports, à la tête du règne animal. La plupart de leurs organes ont en effet atteint le maximum de composition, tandis que quelques autres sont au contraire arrivés au minimum ; et â cet égard il n'en pouvait être autrement, puisque certaines parties de l'organisation sont toujours développées en raison inverse l'une de l'autre, ainsi qu'on l'a déjà remarqué.

| L'état tout à fait rudimentaire de quelques organes | est donc précisément la cause de l’extrême richesse de ! développement de quelques autres, et peut ainsi luimême être regardé comme une preuve du développement plus parfait de l'ensemble de l'organisation. L'étendue plus considérable de la respiration chez les Oiseaux où elle est, selon l'expression reçue, double, parait cependant modifier un peu ces rapports; mais on pourrait remarquer qu'elle tient à quelques égards

elle-même, à l'imperfection de lu plèvre et du péritoine, et à l'état rudimentaire du diaphragme.

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