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la forme des nageoires, peut être très-utile et surtout d'une application facile dans la pratique; mais il ne fait connaître que le nombre et la disposition des dents, que le nombre et la disposition des nageoires. Il en est de même en botanique : le système de Tourneforl. fondé essentiellement sur la forme du périanlbe, celui de Linné, sur les modifications diverses des étamines et des pistils, ne font envisager les végétaux que d'après un trop petit nombre d'organes pour qu'une foule de rapports naturels n'y soient pas brisés.
Mais il n'en est pas de même dans une classification naturelle ou Méthode proprement dite. Ici, ce n’est plus un seul organe qui sert de base aux divisions établies; c'est l'ensemble de tous les signes caractéristiques que l'on peut tirer des divers organes des êtres classés, qui sert à former le caractère diagnostique de ces divisions.
Quand on jette les yeux sur l'immensité de la nature et sur le nombre prodigieux d'élres sortis des mains du Créateur, on n’y voit d’abord que confusion et désordre. A côté d'une plante qui végète, étalant tour à tour ses fleurs et ses fruits, on voit un Oiseau qui voltige, un Serpent qui rampe, un Quadrupède qui court, ou quelque Reptile étendu, immobile, sur un monceau de rochers. Tous ces êtres, ainsi confondus et mélangés, vivant souvent les uns aux dépens des autres, offrent en quelque sorte l’image du chaos. Mais si on les examine avec plus de soin, on finit par reconnaître qu'il existe, entre certains d’entre eux, des propriétés communes. Ainsi, on trouve que le Quadrupède, que l’Oiseau, le Lézard, le Serpent, vivent, se meuvent et changent de place à volonté; que la plante, immobile sur le point qui l’a vue naître, s'accroît par l'allongement de scs différentes parties; que le rocher, au con. traire, ainsi que toutes les autres parties solides du globe, non-seulement sont immobiles et privées de vie, mais que leur accroissement, fort lent, n'a lieu que par l'addition de nouvelles molécules de même nature, qui s'ajoutent à l’extérieur et en augmentent successivement la masse. Dès lors, l'esprit ayant saisi quelquesunes des différences et des analogies qui existent entre ces trois sortes de corps, en formera trois groupes ou classes, ainsi qu’on voudra les nommer. Ce premier pas vers un arrangement méthodique, en fera bientôt faire d’autres. Ainsi, après avoir réuni ensemble tous les animaux, l’Uomme qui portera son attention uniquement sur ce groupe, ne tardera pas à reconnaître les caractères communs qui existent entre ceux qui sont couverts de poils et qui ont quatre pattes; entre ceux qui, ayant des plumes nu lieu de poils et deux pattes seulement, volent et s'élèvent dans les airs; entre ceux qui, ayant quatre pattes, sont dépourvus de poils et rampent à la surface du sol; entre ceux enfin qui, n’ayant ni pattes ni poils, ont le corps couvert d'écailles et nagent au milieu des eaux. Par ce procédé analytique de l'esprit, les animaux qui forment un des groupes primitifs de la nature, se trouveront euxmêmes divisés en un certain nombre de groupes secondaires, qui, étudiés chacun avec le même esprit d’analyse, pourront se prêter également à de nouvelles subdivisions. Telle est la véritable marche de toute
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classification méthodique et naturelle. L'examen attentif de la nature doit précéder toute sorte de classification, et c'est de cet examen que doivent naître les caractères des divisions que la nature semble avoir ainsi indiquées elle-même. C'est lorsqu'on les envisage sous ce point de vue. qu'on peut appeler ces classifications des Méthode» naturelles, parce qu’en effet elles se rapprochent, autant que possible, de la inarche de la nature; bien différentes des systèmes, où l'on part de principes établis à priori , et auxquels on soumet tous les êtres de la nature, quelle que soit d'ailleurs la résistance qu’y opposent leurs autres qualités.
De celte différence dans la marche des deux sortes de classifications, il suit nécessairement que les êtres réunis dans un groupe ou classe d'un système, peuvent n'avoir de commun que la modification d'organe, d’après laquelle celte classe est fondée, et différer dans toutes les autres parties de leur organisation; tandis que dans une Méthode naturelle, ces êtres doivent avoir en commun les traits les plus saillants de leur organisation totale. Les Méthodes ont donc un avantage immense sur les systèmes, puisqu’elles font envisager les objets sous tous les points de vue possibles, et que par conséquent elles les font réellement connaître. Car, pour arriver à la détermination d'un animal ou d'une plante d'après une Méthode naturelle, il faut d’abord avoir étudié son sujet dans toutes ses parties, en avoir saisi l'ensemble et les détails avant de pouvoir arriver à savoir à quelle classe il appartient. Mais aussi les systèmes ont à leur tour un avantage sur les Méthodes; c’est la. facilité de leur étude et de leur application dans la pratique. l‘n système n'étant fondé que d'après un seul organe, il suffit d'étudier ses modifications pour pouvoir facilement en faire usage. Aussi, le but et le résultat d'une semblable classification, sont-ils simplement de faire arriver, avec facilité, au nom des objets. Sous ce rapport les Méthodes ne peuvent leur être comparées, et toutes les fois qu'il s'agira de dénommer ou de distinguer des objets, les systèmes devront avoir la préférence. Cependant, comme dans l'étal actuel de l'histoire naturelle, la science ne consiste pas dans la connaissance pure et siitiple du nom des objets, mais dans celle de leur organisation et des lois qui président à leur formation et à leur développement, c'est vers le perfectionnement des Méthodes que doivent tendre les efforts des naturalistes, puisque ces Méthodes ne soûl que l'expression des connaissances sur chaque partie des sciences, et que l'on peut juger par l'étal de perfection des Méthodes, de l'état de perfection où sont arrivées les branches auxquelles on en a fait l'application.
L'élude approfondie de la nature a conduit les observateurs à reconnaître qu’il existe, parmi les animaux comme parmi les plantes, des groupes dont tous les individus se ressemblent par tant de points communs, qu'ils paraissent être en quelque sorte les membres d’unq même famille. C'est à ces groupes que l’on a donné le nom de Famille» naturelles. Tous les êtres appartenant à une famille naturelle, ont cela de commun, qu'ils se ressemblent beaucoup plus entre eux par l'ensemble et les détails de leur organisation, qu'à
tout autre individu pris indistinctement dans un autre groupe ou famille. Ainsi, de tout temps, les botanistes, même avant d’avoir prononcé ce nom de famille» naturelles, avaient senti les rapports intimes qui existent entre les Graminées, toutes les Labiées, les Ombellifères, les Crucifères, les Synanlhérées, les Légumineuses, etc. Aussi, longtemps avant qu'on songeât à aucun arrangement systématique, voit -on les plantes formant ces familles rapprochées par la force même de l'évidence dans les ouvrages de Baubin et des autres botanistes de ta même époque.
Il en est de même en zoologie : dès qu'on a commencé à étudier la science avec soin, on a reconnu les affinités de certains animaux entre eux; tels sont le Lion, le Tigre, la Panthère, le Lynx, qui forment un groupe dans lequel vient naturellement se placer le Chat domestique; tels sont le Loup, le Chien, le Renard; tels sont encore les Sarigues, les Didelphcs, les Marmoses, les Dasyurcs, les l’éramèles , les Kanguroos, et en général tous les animaux munis d’une poche sous l'abdomen. Certes, ces animaux sc ressemblent tellement entre eux, qu'il est impossible de ne pas reconnaître les caractères qui les rapprochent. Aussi n'est-il personne qui ne sente que le Tigre ressemble plus au Lion ou au Chat, qu'au Loup ou au Chien; de là on peut conclure que ces animaux appartiennent à la même famille naturelle, et c'est dans ce sens que ce mol est aujourd'hui employé.
Il existe donc en zoologie des groupes que l'on peut appeler familles naturelles, aussi bien qu'en botanique. Linné, qui fut à la fois le législateur de toutes les branches de l'histoire naturelle, avait parfaitement senti ces rapports, cl la plupart des genres qu'il a établis dans le régne animal, à une époque où l'anatomie comparée n'existait pas encore, c'csl-à-dire avant les travaux des l’allas, des Perrault, des Daiibenlon, des Hunier, des Blumenbacb, des Vicq-d’Azir, des Cuvier, des Geoffroy Saint-Ililaire cl des Blainville, sont eu général tellement naturels, qu'ils forment en quelque sorte les familles établies dans ces derniers temps par les zoologistes.
L’élude des familles naturelles, dans la zoologie comme dans la botanique, est le véritable point de vue philosophique d'après lequel on doit envisager ces sciences. C'est au perfectionnement de ces groupes que les naturalistes actuels emploient toutes les forces de leur génie et de leurs méditations. Mais il n’est qu'un seul moyen de concourir au perfectionnement de celte partie fondamentale de la science : c'est par l'observation réitérée de l’organisation intime des animaux et des plantes; c'est par l'étude comparative et philosophique de leurs diverses parties et des fonctions qu'ils exécutent; c'est en suivant chaque organe dans ses divers degrés de développement ou d'aberrations, que l’on finira par saisir ces rapports, quelquefois masqués à nos yeux, qui lient entre elles toutes les productions de ta nature.
Les principes des Méthodes doivent varier suivant les sciences auxquelles on les applique. On a pu s'en convaincre déjà aux mots Animal, Conchyliologie, Extosioiogie, Erpétologie, Mammalogie, Minéralogie, etc.,
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où l'on a exposé les diverses Méthodes appliquées à r ces sciences. Il reste à présenter ici quelques définitions {générales, que l'on a dû négliger dans chacun de ces articles, parce qu'elles eussent entraîné à des répétitions, qu'il e6t bien difficile d'éviter dans un ouvrage comme celui-ci; on va donc saisir l'occasion qui se présente de définir certains termes généraux employés dans les diverses classifications, et qui ayant quelquefois un sens différent, suivant les parties de l'histoire naturelle où on en fait usage, ont besoin que l'on fasse bien connaître leurs diverses acceptions. Ces mots sont ceux d’IaoiviDts, Espèces, Variétés, Genres, Ordres, Classes; et leurs définitions, s'appliquant aux (rois règnes, auront, comme exemple, particulièrement pour objet la botanique.
Jndividcs. Ce mot a une signification très-simple. Lorsqu'on considère une forêt de Pins ou de Chênes, un troupeau de Bœufs ou de Moulons, une réunion d’Hommes, chaque Pin ou Chêne, chaque Bœuf ou Mouton, chaque Homme enfin pris isolément, est un individu des espèces que l'on nomme Chêne, Pin, Mouton, Bœuf, Homme. Les individus sont donc chacun des êtres dont se compose l'espèce en général , considérés isolément. Mais ce mot, dont le sens rigoureux signifie un être qui ne peut être divisé, ne s'emploie que dans le règne organique, c'esl-à dire seulement pour les animaux et les végétaux, où il est l'idée la. plus simple que l’on puisse se former des êtres. Dans le règne inorganique, il n’y a pas d'individus; il n’y a que des masses formant des espèces ou des variétés, qui pouvant se diviser à l’infini, sans cesser d’être toujours elles-méines, ne peuvent, en aucune manière, constituer des individus. C’est donc improprement que ce mot a été employé par quelques minéralogistes.
Espèces. Il est extrêmement difficile de donner une définition rigoureuse de ce que les naturalistes ont nommé Espèce, car tous n'ont pas accordé à ce mol la même signification. L'es|»èce, dans le règne organique, est la réunion des individus qui offrent les mêmes caractères et se reproduisent avec les mêmes propriétés essentielles et les mêmes qualités. En outre les individus qui forment l'espèce peuvent se féconder entre eux et donner naissance à d'autres individus entièrement semblables, qui jouissent également de la propriété de se reproduire et de se perpétuer par le moyen de la génération, à de très-légères modifications près, qui ne sauraient altérer essentiellement les caractères fondamentaux du type. S'il arrive quelquefois que deux espèces différentes se fécondent , elles ne produisent que des Hybrides ou Mulets, qui sont eux-mêmes privés de la faculté de perpétuer leur race. Cependant, ces Métis ou Mulets peuvent quelquefois engendrer; mais néanmoins cette faculté n'est pas permauente, et la race ne tarde pas à s’éteindre, si elle n'est entretenue par de nouveaux croisements.
Variétés. Les individus d'une même espèce peuvent offrir les mêmes caractères essentiels et néanmoins I différer entre eux par quelques caractères qui tiennent | à des circonstances accidentelles. On appelle variétés, ces individus qui s'éloignent un peu du type primitif , de l’espèce par des caractères de peu d'importance.
Dans les plantes, comme parmi les animaux, il y a certaines variétés coustantes et qui se reproduisent toujours avec les mêmes caractères par le moyeu de la génération. C'est à ces variétés constantes qu’on a donné le nom de races. Ainsi dans l’espèce du Bœuf (Bos 7 'aurus, L.). le Zébu ou Bœuf à bosse, forme une race constante, qui habile l'Inde, la partie orientale de la Perse, l'Arabie, la partie de l'Afrique située au midi de l'Atlas jusqu'au cap de Bonne-E6pérance, et Madagascar, etc. Celte race se perpétue au moyen de la génération. Mais transportée dans d’autres climats, elle dégénèreel les individus qu'elle produit avec nos Bœufs domestiques finissent par perdre celte bosse, qui fait le seul caractère de la race des Zébus.
De même en botanique, un^grand nombre de variétés ou races se conservent par le moyen des graines, et cette circonstance est fort heureuse, car ces races sont celles des plantes les plus intéressantes soit par leur beauté, soit par leurs usages économiques. Ainsi il existe une grande quantité de variétés dans les Céréales, dans les Légumineuses, les Crucifères et en général dans toutes les plantes cultivées, qui se perpétuent de graines comme les espèces. Aussi plusieurs auteurs ont-ils cru qu'on devait les regarder comme de véritables espèces. Mais ce qui les en distingue, c'est d'abord le peu d’importance des caractères d'après lesquels elles sont établies, et en second lieu c'est que lorsqu’elles cessent d'èlre soumises aux influences sous lesquelles elles se sont développées, elles perdent leur caractère particulier, pour reprendre celui de l'espèce dont elles s’étaient momentanément éloignées.
En minéralogie les deux mots Espèce et Variété ont un sens tout ù fait différent. Haüy a défini l’espèce : la réunion des mêmes caractères physiquesel chimiques, et des mêmes molécules intégrantes et constituantes. Ainsi la Chaux carhonatée, le Plomb phosphaté, le Mercure sulfuré sont autant d’espèces minérales fort distinctes. Chacune de ces espèces offre ensuite un nombre plus ou moins grand de variétés, dont les caractères varient par leur constance et leur importance. Les variétés se composent des minéraux d'une même espèce, qui ne diffèrent que par le mode d’agrégation de leurs parties ou par une couleur remarquable, appartenante à de grandes masses, dans des circonstances semblables ; elles renferment aussi quelquefois des minéraux mélangés lorsque la substance étrangère forme un tout presque homogène avec l’espèce principale.
Genres. De même que la réunion des individus semblables et même des races et des variétés constitue l’espèce, de même la réunion des espèces qui ont entre elles une ressemblance évidente dans leurs caractères intérieurs et leurs formes extérieures constitue le Genre. Les caractères sur lesquels les genres sont fondés, sont tirés de considérations d’un ordre supérieur à celles d'après lesquelles on établit les espèces. Elles tiennent à l'organisation de quelque partie essentielle. Ainsi, dans les Mainmifères,.les caractères des genres sont principalement fondés sur le nombre cl la forme des dents, sur le nombre des doigts, la structure des organes intérieurs, etc. Dans le règne végétal, c’est principalement dans la forme ou dans la disposition
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des diverses parties de la fructification que les botanistes puisent les caractères par lesquels ils distinguent ces genres. Mais le nombre et la valeur de ces'caractèrcs sont loin d'être les mêmes pour toutes les familles. Un caractère qui, dans certain groupe, serait de la plus haute importance devient presque nul dans un autre ordre. Ainsi, dans les familles très-naturelles, comme, par exemple, d3tis les Graminées, les Oinbellifères, les Crucifères, les différences d'après lesquelles on établit les genres, sont souvent si peu considérable*, que dans d'autres familles, elles serviraient à peine à distinguer les espèces entre elles.
Pour qu'un genre soit réellement bon et naturel, il faut non-seulement que les espèces qu'il réunit, aient de commun entre elles la modification d'organe qui constitue le caractère essentiel, mais encore qu’elles se ressemblent par leur port et leurs formes extérieures. Character non facit yenus, a dit Linné. Il ne faut pas perdre de vue ce sage précepte, toutes les fois qu’on veut établir un genre. On doit à la fois consulter les organes d’après lesquels on croit devoir établir la distinction, et voir si leur différence entraîne avec elle quelques signes extérieurs, qui justifient la séparation du genre. Ainsi dans le règne animal les genres Chien, Éléphant, Chameau, etc., et dans le règne végétal les genres Chêne, Renoncule, Tulipe, Bruyère, etc., sont fort naturels, parce qu’indépendamment de leur caractère essentiel et commun . toutes les espèces ont un port et des formes extérieures entièrement analogues.
Ordres. En opérant pour les genres comme on a fait pour les espèces, c'esl-à dire en rapprochant ceux qui conservent encore des caractères communs, on établit des Ordres, si l'on n'a égard qu'à un seul caractère, des Familles ou Ordres naturels, si on rapproche les genres d'après les caractères offerts par toutes les parties de leur organisation. Ainsi dans le Système sexuel de Linné, en réunissant les genres qui ont le même nombre de*-styles ou de stigmates, on eu forme des ordres. Mais si, au contraire, on a examiné chacun des genres en particulier, et si on a rapproché les uns des autres, tous ceux qui ont la même organisation dans leurs graines, leur fruit, les diverses parties de leurs Heurs, et la même disposition dans leurs organes de la végétation, alors on a formé line famille naturelle.
Classes. Enfin les Classes, qui sont le premier degré de division dans une classification, se composent d'un certain nombre d'ordres ou de familles naturelles réunies par un caractère plus général et plus large, mais toujours propre à chaque être qui se trouve contenu dans la classe. Par exemple Linné, dans son Système sexuel des plantes, a formé une classe de tous les genres qui ont cinq étamines ; celle classe se divise en un certain nombre d'ordres suivant que les genresqui y sont réunis ont un, deux, trois, quatre, ou un plus grand nombre de styles et de stigmates. De même Jussieu a formé, dans sa Méthode des familles naturelles, quinze classes dont le caractère essentiel-est fondé sur le mode d’insertion des étamines ou de la corolle monopélalc slaminifêre.
En suivant une marche inverse de celle qui vient d’être établie, on verra donc que, dans une classifica-
tion quelconque, les premières divisions portent le nom de classes, que les classes se divisent en ordres dans les systèmes artificiels, en familles dans les Méthodes naturelles; que les ordres ou familles se partagent en genres, que les genres sont des réunions d'espèces qui elles mêmes enfin sont des collections d'individus.
On a souvent agité la question de savoir le sens précis que l'on doit attacher aux mots Genret naturels et Familles naturelles , et par conséquent si les genres et les familles existent dans la nature. Cette question, assez peu importante en elle -même, parait devoir être résolue négativement : la nature n’a créé que des individus, elle a modifié dans chacun d’eux l'organisation générale, de manière que l'on peut en quelque sorte s'élever par des passages presque insensibles du végétal le plus simple à celui dont l'organisation est la plus compliquée. L’Homme, ayant appliqué les forces de son génie à la contemplation de la nature, a fini par reconnaître que, dans la multitude des végétaux épars sur la surface de notre planète, il y en a qui se reproduisent constamment avec les mêmes caractères, et par le moyen de leurs graines ; il a donné à celte succession d’êtres provenant originairement d'un seul individu, considérée d’une manière générale et abstraite, le nom d’espèce. Portant plus loin son attention, il a vu que, parmi ce grand nombre d'espèces différant les unes des autres par quelques signes, il y en avait un certain nombre ayant des caractères communs soit dans leur structure intime, soit dans leur port, et il en a formé abstraclivemcnt une sorte de groupe ou de réunion qu’il a appelée genre. S’élevant de cette idée de genre à une idée encore plus générale, il a formé d'autres groupes qu’il a nommés familles naturelles de la réunion des genres ayant entre eux de la ressemblance dans l'ensemble de toutes les parties de leur organisation. Mais les espèces, les genres et les familles, dans le sens abstrait que l'on attache à ces mots, n'existent pas dans la nature. La nature a créé les types d'organisation d'après lesquels on a cru devoir établir ces divisions, mais elle n’a pas marqué, dans la suite non interrompue d'élres qu'elle a formés, les limites qui devaient séparer les espèces, les genres et les familles : c'est l'Homme dont l'esprit trop élroit, dont les sens limités ne peuvent embrasser dans leur ensemble, en même temps que saisir dans leurs détails toutes les œuvres de la création, qui a établi ces divisions. Elles lui permettent de porter successivement son attention sur toutes les productions de la nature. Car s'il en était autrement, si, en effet, ces divisions avaient été établies par la nature elle-même, elles seraient fixes et invariables, et tous les hommes seraient d’accord sur le sens et la valeur de chacune d’eiles. Mais il n'en est pas ainsi : il s'en faut de beaucoup que les naturalistes s'entendent sur ce qu'il faut nommer espèce, genre, famille. Chacun d'eux en quelque sorte donne une signification diffëreule à ces mois, inconvénient inséparable de toutes les choses que l'Uommc a cherché à définir.
Cependant on peut employer les mots de genre et de famille naturelle, mais en leur donnant une autre signi-
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fication. Un genre ou une famille seront réellement naturels quand les espèces ou les genres qu'on y aura réunis formeront en quelque sorte une suite non interrompue, c’est-à-dire que l'organisation générale se nuancera insensiblement de l'un à l'autre, sans offrir ces contrastes choquants, qui sont contraires à l’harmonie générale de la nature. C'est dans ce sens seule* inent que le mot de naturelles pourra être appliqué à ces divisions systématiques, établies par l'Homme.
Après avoir posé les idées générales touchant la Méthode. il est convenable de porter l’attention uniquement sur la Méthode naturelle dans les végétaux. Déjà l’on connaît le sens que l'on doit attacher à ce genre 1 de classification, et les points qui le distinguent des systèmes purement artificiels. Il reste donc à faire dans cet article l'application des idées générales exposées précédemment à la classification des végétaux; mais il est bon de présenter d'abord en abrégé l'origine de celle classification des végétaux en familles naturelles.
Magnol est le premier botaniste qui dans un ouvrage intitulé : Prodromus Uistor iœ yeneralis Plantarum, publié à Montpellier en 10811, ait tenté de rapprocher les végétaux en groupes qu’il désigne, pour la prcnÉère fois, sous le nom de familles, en faisant, dit-il, allusion à la réunion des individus formant les familles dans la société. La préface de cet ouvrage, où il expose les principes qui l’ont guidé, est un monument très-remarquable pour l’époque où il a été écrit, et renferme en abrégé les principes fondamentaux de la classification naturelle. Magnol dit qu'ayant l’intention de faire une histoire générale des plantes, il a étudié avec soin les différents systèmes établis avant lüi, mais qu'il n'a cru devoir en adopter aucun, parce que tous lui ont paru rompre les affinités les plus naturelles qui existent entre les végétaux. « J’ai cru, dit-il, qu’on pouvait établir parmi les plantes des familles comme il en existe parmi les animaux : les caractères de ces familles ne doivent pas être tirés uniquement des organes de la fructification, mais aussi de toutes les autres parties du végétal; cependant nous convenons, ajoute Magnol, que les caractères les plus importants sont ceux que l'on tire de la fleur et de la graine, comme étant les parties les plus essentielles du végétal; mais il ne faut pas néanmoins négliger les autres organes qui, dans plusieurs circonstances, m'ont été d'un grand secours pour caractériser certaines familles. Il y a dans un grand nombre de plantes une ressemblance et une affinité qui existent non dans chaque organe pris isolément, mais dans l'ensemble de l’organisation, et qui frappent les sens quoiqu'on ne puisse les exprimer par des mots. Nous citerons pour exemples les familles des Aigremoiues et des Quitilefeuilles, que tout botaniste reconnaîtra pour naturelles, bien que les plantes qui les forment diffèrent beaucoup entre elles par leur racine, leurs feuilles, leurs fleurs, etc. : on peut aussi puiser d'excellents caractères dans les feuilles séminales et leur germination. •
Ces idées, que l’on trouve toutes dans la préface de l'ouvrage de Magnol, cité précédemment, sont encore aujourd'hui de la plus grande justesse, et propres à servir de base aux principes fondamentaux de la classi-
fication naturelle. Partant de ces idées générales, le professeur de Montpellier avait établi soixante-seize familles naturelles, sous la forme de tableaux; mais il n'en a pas donné les caractères, et n'y a rapporté que les genres principaux. Cependant l'ouvrage de Magnol, malgré le grand nombre de rapprochements peu naturels qu’il a opérés dans ses familles, parait renfermer l’idée mère de la Méthode naturelle des végétaux, que plus tard d'autres botanistes, aidés des progrès de la science, ont fécondée et exposée dans tout son jour.
En 1738, Linné, dans scs Classes Plantarum , proposa une distribution des genres en soixante -sept familles naturelles. Ce grand naturaliste avait déjà senti, à celte époque, que son système, tout ingénieux qu’il fût, et malgré son utilité pratique, n'était qu’un échafaudage peu solide, et non le monument durable de la science. Aussi le voit-on, dans la plupart des ouvrages qu’il a publiés postérieurement à celte époque, considérer les familles naturelles comme la seule classification qui se rapproche de la nature. « La méthode naturelle. dit-il, a été le premier et sera le dernier terme de Botanique; le travail habituel des plus grands botanistes est et doit être d'y travailler. Il est constant que la méthode artificielle n’est que secondaire de la méthode naturelle, et lui cédera le pas, si celle-ci vient à se découvrir. J'ai pendant longtemps, comme plusieurs autres, travaillé à l'établir; j’ai obtenu quelques découvertes; je n'ai pu la terminer, et j’y travaillerai tant que je vivrai, etc. » On voit par ce petit nombre de citations, qui peuvent être augmentées facilement, que Linné était bien pénétré de l’importance de la Méthode naturelle, et qu'il en sentait la supériorité sur les systèmes artificiels. Linné, de même que Magnol, ne donne pas les caractères des familles qu’il établit; il semble les ranger aussi dans un ordre tout à fait arbitraire et sans suivre de Méthode.
Ueisler, en 1748. dans son Systema Plantarum generale, a également présenté les végétaux réunis par familles; mais son ouvrage, plein des vues les plus saines, n'a eu aucune influence sur les progrès de la science, n'ayant pas été apprécié par ses contemporains.
Ce fut en 1759 que Bernard de Jussieu, en établissant le jardin botanique de Trianon, y fonda sa série des ordres naturels. Mais, de même que ses prédécesseurs, il donna un simple catalogue sans caractériser les groupes qu'il venait d'établir. Ces familles, présentées par Bernard de Jussieu, et dont son neveu, Ant. -Laurent de Jussieu, a formé le tableau qui sc trouve à la fin de la préface de son Gênera Plantarum, sont beaucoup plus naturelles que celles de ses prédécesseurs. Le savant botaniste de Paris avait étudié avec un soin tout particulier l’organisation des différents genres de végétaux, il les avait soigneusement comparés , et c’est en s'appuyant sur lin nombre prodigieux d’observations et d'analyses, qu'il était parvenu à construire sa Méthode.
Adanson, observateur passionné et voyageur infatigable, publia, en 17G3, son livre sur les familles naturelles des végétaux. Il partit de celte idée qu’en éta-
Hissant le plus grand nombre possible de systèmes, i d'après tous les points de vue sous lesquels on pou- I vait considérer les plantes, celles qui se trouveraient rapprochées dans le plus grand nombre de ces systèmes devaient être celles qui auraient entre elles les plus grands rapports, et par conséquent se trouver réunies dans un même ordre naturel. De là l’idée de sa Méthode universelle ou de comparaison générale. Il fonda sur tous les organes des plantes un ou plusieurs systèmes, en les envisageant chacun sous tous les points de vue possibles, et arriva ainsi à la création de soixante cinq systèmes artificiels. Comparant ensuite ces différentes classifications entre elles, il réunit ensemble les genres qui se trouvaient rapprochés dans le plus grand nom- ! hrc de ces systèmes, et en forma ses cinquante-huit familles. Adanson est le premier qui ail donné des caractères détaillés de toutes les familles qu'il a établies, et, sous ce rapport, son travail a un avantage marqué sur ceux de ses prédécesseurs. Ces caractères sont tracés avec beaucoup de soin cl de détails, et pris dans tous les organes des végétaux, depuis la racine jusqu'à la graine.
Mais ce ne fut qu’en 1789 que l’on cul véritablement un ouvrage complet sur la Méthode des familles naturelles. Le Généra Pianlarum d’Antoine- Laurent de Jussieu présenta la science des végétaux sous un point de vue si nouveau par la précision et l'élégance qui y règne, par la profondeur et la justesse des principes généraux qui y sont posés, que c’est depuis celte époque seulement que la méthode des familles naturelles a été véritablement créée, et que date la nouvelle ère de la science des végétaux. Jusqu’alors chaque auteur n'avait cherché qu’à former des familles sans établir les principes qui devaient servir de hase et de guide dans ccl important travail. L’auteur du Généra Plantarum posa le premier les hases de la science, en faisant voir quelle était l'importance relative des différents organes entre eux, et par conséquent leur valeur dans la classification. Le premier il établit une Méthode ou classification régulière pour disposer ces familles en classes, et non-seulement il traça le caractère de chacuue des cent familles qu'il établit, mais il caractérisa tous les genres alors connus, cl qu'il avait ainsi groupés dans ses ordres naturels.
C’est l'ouvrage d’Antoinc-Laurent de Jussieu qui a servi de base à plusieurs autres qui ont été publiés depuis; tels sont ceux de Venlenat et de Janine Sainl- Ililaire, qui n'en sont que de simples traductions. Depuis cette époque la science a certainement fait des progrès importants, auxquels l'auteur du Généra n'a pas peu contribué lui même par ses différents travaux; de nouvelles familles ont été établies, soit avec des genres entièrement nouveaux, soit avec des genres anciens, mais dont on a mieux connu la structure, ou dont les nouvelles découvertes ont révélé les véritables affinités. Mais tel qu'il est, le Généra de Jussieu est sans contredit le plus beau monument que l'esprit humain ail élevé à la science de la nature, lia fait, selon la remarque de Cuvier, la même révolution dans les sciences d'observation, que la cliimiç de Lavoisier dans les sciences d'expérience. En effet, il a non-seulement
changé la face de la botanique, mais son influence s’est également exercée sur les autres branches de l'histoire naturelle, et y a introduit cette Méthode philosophique et naturelle, vers le perfectionnement de laquelle tendent désormais les efforts de tous les naturalistes.
La Méthode naturelle a pour objet la recherche des rapports ou affinités qui existent entre les différents végétaux pour en former des genres que l'on dispose en groupes plus ou moins nombreux, nommés familles naturelles depuis Magnol, et dont tous les individus se ressemblent par les caractères les plus essentiels.
Mais que doit-on entendre par un caractère? c'est l’expression duchangeinenl oud’une modification quelconque qui existe dans un organe. Ainsi quand on dit: corolle monopétalc, étamines monailclphes , les mots tnonopêlale et tnonailelphes sont des expressions caractéristiques qui signifient que la corolle est d'une seule pièce, que les étamines sont toutes réunies en un seul tube ou faisceau par leurs filets. Mais on a aussi appliqué le nom de caractère à la réunion des signes diagnostiques qui distinguent les espèces, les genres, les familles, les classes, etc.; et c'est dans ce sens que l'oifltiil caractère spécifique, caractère générique, caractère de famille, etc.
C'est en étudiant avec soin les divers caractères des végétaux, c'est en leseoinparant entre eux pour déterminer leur importance réelle et leur valeur relative, que l'on peut arriver à une bonne classification des genres en familles naturelles. Pour parvenir à ce but, il faut rechercher et imiter autant que possible la marche que la nature elle-même semble avoir suivie dans la formation de ces groupes, qui, de tout temps, ont frappé les observateurs par les rapports intimes qui existent entre les êtres qui les composent. Or, en examinant attentivement un certain nombre de ces groupes, on voit que, parmi les caractères qu’ils présentent, il y en a qui sont constants cl invariables, d’autres qui sont généralement constants, c'est à dire qui existent dans le plus grand nombre des familles; quelques-uns qui , constants dans un certain nombre de groupes, manquent toujours dans d’autres, certains enfin qui n'ont aucune fixité et varient dans chaque ordre. On a ainsi quatre degrés de caractères relativement à leur constance. On conçoit que l'importance de ces caractères est eti raison directe de leur plus grande invariabilité, et que dans la formation des groupes, on ne doit pas compter les caractères, mais peser leur valeur relative. Ainsi un caractère invariable, du premier degré, doit en quelque sorte équivaloir à deux caractères du second degré, et ainsi successivement. Or, on voit que cette invariabilité plus ou moins grande des caractères, est en raison de l'importance plus ou moins grande de l’organe auquel ils sont empruntés. Ainsi, comme il y a deux fonctions essentielles dans la vie végétale, la nutrition et la reproduction, ce sont les organes les plus indispensables à l'exercice de ces deux fonctions qui sont aussi les plus invariables, et qui, par conséquent, jouent le rôle le plus important dans la coordination des végétaux. Dans la reproduction, l’embryon, qui est le but et le moyen de celte fonction, puisque c'est à sa formation que toupies autres organes concourent, et
qu'une fois formé, c’est par lut que peut sc renouveler et se perpétuer l’espèce, l'embryon est donc l'organe le plus important dans la série de ceux qui agissent dans cette fonction. Mais de l'embryon, comme de toute autre partie, on peut tirer plusieurvsortes de* J caractères qui n'auront pas une égale valeur. Ainsi on i conçoit que les plus importants sont ceux qui tiennent 1 d’abord et essentiellement à son existence ou à son absence. puisqu'il y a des végétaux qui en sont dépourvus; à son organisation propre, ou à son mode de développement, qui est une conséquence nécessaire de celle- | ci. On peut tirer de l’embryon trois séries de caractères j du premier degré, savoir ; 1° plantes avec ou sans embryon; 2° plantes avec l'extrémité cotylédonairc simple ou divisée; 3° plantes colylédonéesavec la radicule nue ou renfermée dans une poche qu’ou nomme coléorhize. Ces deux derniers caractères sont absolument de même valeur, et, en quelque sorte, la traduction l'un de l'autre; car toutes les plantes qui ont l'extrémité cotylédonaire indivise, c’est-à-dire l'embryon monocolylédoné. ont la radicule incluse ou coléorhizée, c’esl-àdire qu'elles sont Endorhizes, et toutes celles qui ont le corps colylédonaire divisé , c’esl-à dire l'embryon dicotylédoné, ont la radicule nue, c'est-à-dire qu’elles sont Exorhizes.
Les organes sexuels fournissent aussi quelques caractères du premier degré. On peut se dispenser de parler de leur présence ou de leur absence, qui sont en corrélation d'existence avec la présence ou l’absence de l'embryon , puisque toutes les plantes qui ont un embryon ont nécessairement des organes sexuels et vice tersâ ; le seul caractère constant et qu’on puisse ranger parmi ceux du premier degré, est la position relative des deux organes, c'est-à-dire leur mode d’insertion. Les caractères que l'on peut tirer de cette considération, sans avoir la même valeur que ceux que fournit l’embryon, sont néanmoins placés au rang des plus importants. E \ Ixsertio*.
Les organes de la nutrition procurent aussi des caractères, que le professeur De Candolle place au premier rang d'importance. Or, parmi ces organes, il n'en est pas de plus essentiels que les vaisseaux nourriciers, qui néanmoins manquent dans un certain nombre de plantes; de là deux caractères : les végétaux sans vaisseaux, qui sont entièrement formés de tissu cellulaire, et qu'on nomme pour cette raison végétaux cellulaires, et les végétaux vasculaires. Mais ces vaisseaux nour- 1 riciers sont tantôt placés à l'intérieur même, au centre du végétal, dont l’accroissement et la nutrition s'opèrent ainsi à l'intérieur, tantôt ils sont placés extérieurement, et l’accroissement a lieu à l’extérieur ; de là la distinction des végétaux vasculaires en Endogènes et Exogènes, établie par le savant professeur de Genève.
Les caractères empruntés aux organes essentiels des deux fonctions du végétal, la nutrition et la reproduction, ont une importance absolument égale, comme le prouve la corrélation qui existe entre eux. Ainsi les divisions fournies dans les végétaux, d’après l'embryon, correspondent exactement à celles établies par le moyen de vaisseaux nourriciers. Les Inembryonnés correspondent aux végétaux Cellulaires, les EmbryonnésauxVas- I
culaires. les Monocotylédonés ou Endorhizes aux Endogènes, les Dicotylédonés ou Exorhizes aux Exogènes. Cette correspondance entre des caractères pris dans des organes différents est une chose importante à noter. Ainsi il y a telle modification d’organe qui entraîne constamment telle autre modification dans un autre organe. Par exemple l’ovaire infère nécessite constamment un calice monosépale; la corolle vraiment monopétale entraîne toujours l’insertion des étamines sur la corolle elle-même, etc.
Mais tous les organes des plantes n'offrent pas dans leurs caractères la même constance et la même invariabilité que l'embryon et les vaisseaux nourriciers, et, sous ce rapport, on doit encore examiner trois ordres de caractères. Les caractères du deuxième degré sont généralement constants dans toute une famille, ou ne souffrent qu'qn petit nombre d'exceptions. A celte classe sc rapportent les caractères que l'on peut tirer de la corolle monopétale, polypétaleou nulle, ceux que fournil la présence ou l'absence dWendosperme, ceux que l’on lire de la position de l’embryon, relativement à la graine, et celle de la graine relativement au péricarpe. Parmi les caraclères du troisième ordre, les uns sont constants dans quelques familles, les autres sont inconstants; par exemple, le nombre et la proportion des étamines, leur réunion par les filets en un, deux ou plusieurs corps ou faisceaux; l'organisation intérieure du fruit, le nombre de ses loges, leur mode de déhiscence; la position des feuilles alternes ou opposées, la présence des stipules, etc. Enfin on rejette, parmi les caractères tout à fait variables, les différents modes d'inflorescence, la forme des feuilles, celle de la tige, la grandeur des fleurs, etc.
Tels sont les différents degrés d'importance des caractères que fournissent les végétaux pour leur coordination en familles naturelles. Cotte importance est surtout fondée sur leur invariabilité; mais néanmoins ceux même qui soûl rangés dans le premier degré, c'està-dire parmi les plus fixes, peuvent cependant souffrir quelques exceptions, mais qui confirment la règle générale plutôt qu'elles n’y portent atteinte. Ainsi l'embryon n'est pas uniquement à un seul ou à deux cotylédons, plusieurs plantes de la famille des Conifères en offrent un plus grand nombre. La disposition des vaisseaux nourriciers qui correspond toujours si exactement à la structure de l'embryon, souffre une exception très-notable dans la famille des Cycadées, qui sont des Endogènes ou Monocolylédons, par l'organisation de leur lige et leur port, tandis que leur embryon est bien réellement à deux cotylédons, et que la structure de leurs fleurs les place tout près des Conifères. L'insertion des étamines est également rangée parmi les caractères du premier ordre, néanmoins cette insertion est variable dans les différents genres qui forment les familles des Légumineuses, des Violacées, etc. Mais ces exceptions sont tellement rares qu'elles n'altèrent eu rien la valeur de ces caraclères. Cependant on doit en conclure qu'en histoire naturelle les caractères que l'on regarde comme les plus fixes, peuvent néanmoins offrir quelques exceptions.
La valeur des caractères n’est pas la même dans
toute* les familles, c’est-à-dirc qu’il y a certains caractères qui, peu importants dans quelques cas, acquièrent dans d’autres une très-grande valeur. Ainsi rien de moins important en général que les caractères qu'on tire des feuilles entières ou dentées. Cependant ce signe devient d'une valeur très-grande dans les Ruhiacécs; à tel point qu'il est peut-être le seul vraiment général et qui s'observe dans tous les genres de celte famille, lesquels ont des feuilles parfaitement entières. Il en est de même de la forme de la lige, qui est constamment carrée dans toutes les Labiées. Aussi voit-on que dans quelques familles, les caractères de la végétation sont plus fixes, et par conséquent ont plus de valeur que les caractères de la fructification.
C'est d'après ces principes, exposés par Richard, c'est en comparant attentivement tous les organes des végétaux, en étudiant les caractères qu'ils peuvent fournir, et en groupant ces caractères, que l'on est parvenu à réunir tous les genres connus en familles naturelles. Les caractères du premier ordre, c’esl-à dire la structure de l’embryon et l'organisation intérieure des tiges, l’insertion relative des organes sexuels, doivent rigoureusement être les mêmes dans tous les genres d’une même famille. Il en est ainsi de ceux du deuxième ordre, dont quelqu'un pourra néanmoins manquer. Les caractères du troisième degré devront en général 6e trouver réunis dans tous les groupes génériques du même ordre naturel; mais cependant leur présence à tous n'est pas indispensable. Car il faut remarquer que, comme le caractère général d'une famille n'est pas un caractère simple, mais le résultat de la réunion des caractères de tous les genres, quelques-uns de ces caractères peuvent ne pas exister dans le caractère général, surtout quand ils ne sont que du troisième degré. Ainsi, quoique dans un grand nombre de Solanées le fruit soit charnu, cependant plusieurs genres ù fruit sec appartiennent également à celle famille, etc., etc.
On vient d'établir le mécanisme de la formation des familles, il reste à parler de la coordination de ces familles entre elles.
La forme des ouvrages didactiques, la disposition et l'arrangement des collections invitent à suivre dans la classification des familles entre elles la sérig linéaire; mais celte série rompt l’ordre des affinités naturelles. Eli effet, les familles, aussi bien que les genres, n'ont pas uniquement des rapports avec le groupe qui les précède et celui qui les suit. Ces rapports sont multipliés et souvent croisés. Aussi Linné avait parfaitement senti celte vérité lorsqu’il dit que les familles ne peuvent être placées les unes à la suite des autres, mais disposées comme les territoires ou provinces dans une carte géographique, qui se touchent entre eux par un très-grand nombre de points.
Mais comme une pareille disposition ne peut être adoptée dans la pratique, il a fallu avoir recours à une classification quelconque, et c'est ici que s'est introduite une partie systématique jusque dans la Méthode naturelle. On a cherché à réunir les familles en classes, comme on avait réuni les genres pour en former des familles. Ici se présentent deux voies; l'une, suivie par Jussieu, consiste à s'élever de l’organisation la plus
simple à la plus compliquée, c'est-à-dire de commencer la série des familles par les Byssus et autres végétaux filamenteux à peine organisés, pour arriver graduellement jusqu'à ceux dont la structure est la plus complexe. Dans l’autre on part, avec De Candolle, des végétaux les plus complets, et par conséqiient les mieux connus, pour descendre par une succession presque non interrompue jusqu’à ces végétaux d’une organisation simple, qui forment en quelque sorte le passage aux autres règnes. Quelle que soit celle de ces deux roules pour laquelle on se décide, il s'agit d'établir des classes ou divisions pour y grouper les familles. Or, on conçoit que les caractères de ces classes doivent être pris parmi les plus fixes et les plus importants.
Le célèbre auteur du Généra Planlarum a adopté la classification suivante : Les caractères des classes ont été pris successivement dans les organes les plus importants. Or, on a vu que c'était en première ligne la structure de l'embryon, et ensuite la position relative des organes sexuels entre eux, c'est-à-dire leur insertion (é'. Ixsertiov). Les végétaux ont donc d’abord été divisés en trois grands embranchements, suivant qu'ils manquent d'embryon, suivant que leur embryon offre un seul, ou suivant qu'il offre deux cotylédons. Les premiers ont reçu le nom d ' Acotylèdonèt, parce que n'ayant pas d'embryon, ils sont nécessairement sans cotylédons; les seconds, celui de Afonocotylèdonès, et enfin les derniers celui de DicotyUdonii. On a donc d’abord réuni les familles dans ces trois grandes divisions primordiales. La seconde série de caractères, celle qui sert vraiment à établir les classes proprement dites, est fondée sur l'insertion relative des étamines ou de la corolle, toutes les fois qu'elle est inonopétale et qu'elle porte les étamines. Or, on sait qu’il y a trois inodes principaux d’insertion : YHypogynique , la Pèrigyniq ue et V pi gy nique. Ces modes ont servi à former autant de classes.
Les Acolylédonés, qui sont non-seulement sans embryon, mais sans fleurs et sans organes sexuels proprement dits, n'ont pu élre divisés d'après celle considération. On en a formé la première classe. Les Mouocotylédonés ont été divisés en trois classes, d'après leur insertion, et l'on a eu les Monocotylédonés bypogynes. les Monocotylédonés périgynes et les Monocotylédonés épigynes.
Lesfamillesde plantes dicolylédonées étant beaucoup plus nombreuses, on a dû chercher à y multiplier le nombre des divisions; car dans tout système, plus le nombre des divisions est grand, plus son utilité et sa facilité augmentent dans la pratique. Or, on a vu que dans l'ordre d'importance des organes, la corolle, considérée en tant que inonopétale, polypétale ou nulle, était, après l’embryon et l’insertion, l'organe qui fournissait les caractères de la plus grande valeur; c'est donc à la corolle que Jussieu a emprunté une nouvelle source de caractères classiques. En examinant les famillesdc plan tes d icolylédonées, on en trouve un certain nombre qui sont entièrement privées de corolle, c’està-dire qui n'ont qu'un périanthe simple ou calice; d'autres qui ont leur corolle d'une seule pièce ou monopétale, d'autres enfin qui offrent une corolle poly-
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pétale. On a donc formé parmi les Dicotylédonées (rois groupes secondaires, savoir : les Dicotylédonées apétales ou sans corolle; les Dicotylédonées monopétales, et les Dicotylédonées polypétales. C’est alors qu'on a employé l’insertion pour diviser chacun de ces groupes en classes. Ainsi on a partagé les Dicotylédonées apétales en trois classes, savoir : les Apétales épigynes, les Apétales périgynes et les Apétales hypogynes. Quant aux Dycotylédonées monopétales, on a eu recours non pas à l'insertion immédiate des étamines qui sont toujours attachées à la corolle, mais à celle de la corolle staminifére qui offre les (rois modes particuliers d’insertion hypogynique, périgynique et épigynique, et l’on a eu ainsi les Monopétales hypogynes, les Monopétales périgynes el les Monopétales épigynes. Ces dernières ont été subdivisées en deux classes, suivant
qu'elles ont les anthères soudées entre elles et formant un tube, ou suivant que ces anthères sont libres el distinctes, ce qui a fait quatre classes pour les Dicotylédonées monopétales. Les Dicotylédonées polypétales ont été partagées en trois classes, qui sont les Dicolylédonées polypétales épigynes, les Polypétales périgynes et les Polypétales hypogynes. Enfin on a formé une dernière classe pour les plantes dicotylédonées à fleurs véritablement unisexuées el déclines. Jussieu est donc ainsi arrivé à la formation de quinze classes, savoir : une pour les Acolylédonées, trois pour les Monocotylédonées, et onze pour les Dicotylédonées. Il n’avait d’abord pas donné de nom à ces classes, mais plus lard il a senti la nécessité de pouvoir désigner chacune d'elles par un nom simple, el il les a désignées ainsi qu’on va le voir ;