‹ Dictionnaire complet d'Homère et des HoméridesChapitre 2 sur 299 · HOMÈRE · texte numérisé non relu

HOMÈRE

« PAR M. GUIGNAUT, MEMBRE DE L'INSTITUT, ANCIEN DIRECTEUR DE L'ÉCOLE NORMALE, | PROFESSEUR DE GÉOGRAPHIE A LA FACULTÉ DES LETTRES DE PARIS.

des héros. Il paie de ses chants l'hospitalité qui lui est donnée , les liens d'amitié ou de parenté qu’il contracte, à [08, à Samos, jusque dans 1116 de Cypre , partout où farent plus tard ses continuateurs. Mais la sphère de son action, c'est-à-dire celle de sa poésie, se borne en général , dans les légendes les plus anciennes , aux côtes etaux iles de 1 Ἔο-lide et de l’Ionie ; et de toutes les nombreuses villes qui , dans la suite, se disputèrent son berceau, Smyrne, alors éolienne, est celle qui parait avoir eu le plus de droits à cette prétention , comme Cyme à celle d’avoir vu ses premiers essais, Chios d’avoir inspiré ses plus beaux chants, Îos d’avoir possédé sa tombe. Ces traditions , quoiqu'’elles se rapportent principalement à la présence des Homérides et à la propagation des poëmes homériques, sont confirmées par les indices que donne l’Iliade, le plus vieux de tous. Quelque profond silence que garde ce poëme, aussi bien que celui de l'Odyssée, sur s on auteur, naïf écho de la Muse qui lui dicte ses chants, il est évident par certains passages , par le ton général des descriptions , par le point de vue d’où elles sont prises, que ce point de vue est l Grèce asiatique. Ïl ne l’est pas moins que

16 poète, dans le témps encore plus que dans

l’espace, vit à distance des scènes qu'il décrit ou qu’il raconte, et qu’il voit les hommes comme les choses dans une sorte de perspective idéale, condition essentielle de la véritable épopée. Nous n’hésitons donc pas à rejeter parmi les fictions, non plus de la tradition, mais de lascience,l'Homère contemporain ainsi que l'Homère compatriote de ses héros, l’'Homère d’Argos ou de Mycènes, d’Ithaque ou de Crète, l’ Homère achéen ou mêmetroyen, l'Homère témoin de la guerre de Troie, l'Homère-Ulysse enfin , qu’avaient déjà rêvé les anciens. Homère, s’il exista, comme nous le croyons (car son œuvre le révèle à défaut de l'histoire), dut être Eolien ou Ionien, de

VIIX NOTICE

même que les principaux Homérides, ses fils en esprit, sa famille poétique. ἢ] dut, tel que l’un d’entre eux, faire entendre ses chants nouveaux dans les colonies déjà florissantes de l’Asie-Mineure,quelques générations a près l'établissement de ces colonies , quelques siè. cles après la guerre de Troie ; et de toutes les diverses opinions qui tantôt le rapprochent de l’un ou de l’autre de ces événements , tantôt le font descendre jusque vers l’époque des olympiades, l’une des plus probables estencore celle d'Hérodote, selon laquelle il aurait

vécu 400 années environ ayant l'historien,

c’est-à-dire au 1x° siècle avant notre ère. Tout au plus peut-on, avec Apollodore , avec Cicéron, Pline et Porphyre, le faire remonter jusqu’ ‘au x°. C'est, dans tous les cas, de l’ un à l’autre de ces deux siècles que, doivent s’échelonner les dates, vraisemblablement successives, de l’Liade et de l'Odyssée, les deux grands chefs-d’ œuvre homériques , les premiers monuments de l’épopée, et, par elle, de la poésie οἱ de toute la liHérature grecque.

Ce n’est qu'au temps des Pisistratides, et à partir de la fin du vi siècle avant J.-C., que

les Grecs commencèrent à s’enquérir sérieu-

sement de leurs origines en général , et en particulier de celles de leur littérature. Théagène de Rhegium, Stésimbrote de Thasos et d’autres, que les critiques d "Alexandrie nomment les anciens, et avant eux les poëtes Iyriques qui , depuis Callinus et Archiloque, au var” siècle, témoignent de l’imitation d’Homére ou font allusion à ses chants, admirent sans difficulté les fraudes pieuses des Homérides ou les malentendus de Ja tradition ; ils rapportérent en masse au vieux maitre tous les paëmes de ce qu’on appelait le Cycle épique et non-seulement ceux qui roulaient sur la guerre de Troie, les antécédents ou les conséquents de l’Iliade et de l'Odyssée, mais

d’autres encore qui formaient comme des cy-

cles partiels dans le grand cycle, tels que la Thébaïde etles Epigones. Àu γ᾽ siècle, Hérodote ouvre l’êre de la véritable histoire , et par cela même de la critique : aussi le voit-on émettre des doutes sur l’auteur des vers Crpriens et sur celui des Épigones, deux poëmes qui circuülaient sous lenom d'Homère. Mais Thucydide, après lui,cite positivementl’hymne homérique à Apollon comme une œuvre d'Homére, et, un siècle plus tard, Aristote en est encore à lui attribuer le Margitès, espèce de poëme satirique, qui n’avait plus rien de commun que le mêtre avec l'épopée, si même il

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