LUTTE A
Ce n’est pas une économie bien entendue de l’augmenter, mieux vaut avoir plus de béliers, même quand il faut les acheter. On obtient ainsi sûrement plus d’agneaux, ce qui est l’objet essentiel de l’exploitation.
Au sujet de l’âge du premier accouplement pour les femelles, on se trouve en présence d’une doctrine fortement enracinée dans l'esprit des éleveurs qui se croient les plus habiles et les plus éclairés. Elle consiste à soutenir que, pour faire de bons agneaux et pour ne point souffrir de leur fonction maternelle, les brebis, même précoces, ne doivent point être livrées au bélier avant l’âge de trente mois. Nous prétendons, au contraire, et cela d’après la connaissance des lois naturelles vérifiées nombre de fois par l’expérience, qu’à cet âge elles peuvent avoir fait, sans aucun dommage, leur premier agneau, l’avoir nourri de façon à lui assurer le meilleur développement, à la condition qu’elles aient été elles-mêmes suffisamment et convenablement alimentées durant le temps de leur gestation et de leur lactation. C’est dire qu’elles peuvent, sans aucun inconvénient, être luttées dès l’âge de douze à quinze mois pour les précoces, et de dixhuit à vingt pour les autres, exactement comme il en est pour la fonction du mâle. Il ne sera pas nécessaire sans doute d’insister beaucoup pour faire comprendre l’avantage économique d’une telle façon de procéder. Évidemment elle augmente le revenu du troupeau en réduisant ses frais. Étant donné surtout que sa bonne administration commande de renouveler les mères dès qu’elles ont atteint l’âge adulte ou leur maximum de valeur commerciale, ayant donné à ce moment deux fois des agneaux au lieu d’une seule, le produit se trouve doublé, et il n’y a plus à nourrir que des antenaises et des mères ; donc plus de recettes et moins de dépenses, puisque, pour le même temps, et avec la même alimentation, chaque bête donne autant de laine, autant de viande, et deux agneaux au lieu d’un.
L'avantage technique de faire faire des agneaux par les antenaises n’est pas à dédaigner non plus. La pratique recommandée permet de reconnaitre plus tôt, par l'expérience, celles qui ne sont pas bonnes nourrices et de les réformer tout de suite. Elle facilite aussi considérablement la sélection, par un renouvellement plus fréquent des mères. Tout se trouve ainsi réuni en faveur de la gestation moins retardée que ne la préconisent et la pratiquent les éleveurs les plus en vue. Il n’est pas superflu de faire remarquer, en outre, que dans les conditions naturelles les femelles dont il s’agit n’attendent point, pour s’accoupler, jusqu'au moment indiqué comme devant être le meilleur. Dès que l'instinct génésique s’éveille en elles, le rapprochement a lieu, et elles sont fécondées. L'espèce n’a point péréclité pour cela, bien que l’alimentation restàt la même, ce qui n’est pas le cas dans l’exploitation rurale.
La lutte s'opère de deux façons, dont la technique doit être comparée avec soin, afin de recommander la meilleure. Le procédé le plus commun consiste à mettre le bélier dans la bergerie des brebis, de manière qu'il puisse lutter à volonté celles qui sont en rut. C’est ce qu’on appelle la lutte libre. X1 est à peine besoin de faire remarquer que, de la sorte, les béliers ardents, comme ils doivent l'être tous, s’accouplent toujours beaucoup plus souvent que le nécessaire et ainsi se fatiguent et s’épuisent en pure perte. A la fin de la saison, ils sont exténués. Il arrive le plus souvent que des brebis luttées ne sont point fécondées et que d’autres ne sont point luttées du tout, étant négligées par le bélier, tandis que quelques-unes sont l’objet de ses prédilections. Ce mode de lutte présente donc le double inconvénient d’être à la
fois le plus fatigant et le moins propre à faire ob-
83 — LUXATION
tenir le nombre maximum d’agneaux. En tout cas, le premier de ses défauts, celui de fatiguer outre mesure le bélier, est constant.
L'autre procédé, nommé improprement lutte en main, réunit au contraire tous les avantages, sans aucun inconvénient. Il consiste à maintenir le bélier dans une loge spéciale et à lui conduire chaque brebis, au moment où elle est bien décidément en rut, pour qu’il s’accouple une seule fois avec elle, après quoi cette brebis est ramenée à sa bergerie. De cette façon, l’on est bien sûr qu’elle a été luttée au bon moment, et il est bien rare qu’on soit obligé de la faire revenir une seconde fois, à l'expiration du délai de périodicité normale des chaleurs. Il n’y a guère que les femelles stériles qui échappent ainsi à la fécondation, c’est-à-dire de 4 à 5 pour 100 au plus, et le bélier ne lutte que le nombre de fois strictement nécessaire, celui qu’on a cru devoir fixer, en raison de son àge et de sa vigueur.
Ce mode est donc, à tous égards, préférable à celui de la lutte libre. Le bélier, adulte et vigoureux, peut ainsi féconder sans grande fatigue jusqu'à cent brebis dans le cours d’une saison, à raison de deux à trois par jour en moyenne. Pour le pratiquer convenablement, il faut tenir en permanence, dans la troupe des brebis, un bélier bouteen-train, muni d'un tablier, qui indique au berger celles qui sont en rut, et, au besoin, le provoque chez elles par sa présence et ses excitations. Nous voyons opérer ainsi la lutte depuis des années dans le troupeau de l’École de Grignon, et, sous tous les rapports, la supériorité en est tellement évidente sur la pratique généralement suivie, même dans les exploitations passant pour les mieux conduites, que nous ne pouvons comprendre comment il se fait que cette pratique n’ait pas depuis longtemps été partout abandonnée. A. S.
LUXATION (vétérinaire). — On désigne, par ce mot, des accidents d'ordre chirurgical qui consistent en des changements de rapport des surfaces articulaires, changements transitoires ou permanents, rendant impossibles les mouvements normaux des articulations.
On distingue les luxations en congénilales, graduelles ou spontanées et traumatiques. Nous ne nous occuperons que de ces dernières, celles des deux premières variétés étant à la fois peu importantes et très rares chez nos animaux.
Toutes les articulations n’y sont pas également exposées. On les constate principalement à celles dont les mouvements sont variés et étendus, dont les surfaces articulaires në sont que faiblement emboîtées l’une dans l’autre, ne possédant que des moyens de fixité peu résistants et làchement appliqués sur leurs contours. — Les diverses causes déterminantes des luxations peuvent se ranger sous deux chefs : les violences extérieures et les contractions musculaires. Mentionnons parmi les premières : les chocs, les coups, les chutes, les rencontres, etc. Tantôt l’action traumatique porte directement sur l’article ou à son voisinage, tantôt à une partie plus ou moins éloignée; c’est ainsi que la luxation de l'épaule résulte quelquefois d’une chute sur les genoux. Si, dans certains cas, la contraction musculaire suffit seule à produire la luxation, comme cela peut avoir lieu pour la rotule et la mâchoire, le plus souvent elle s'oppose au déplacement des extrémités articulaires. On conçoit aisément que la contraction des plans musculaires qui entourent les articulations supérieures des membres assujettisse les rayons osseux, et qu’elle les protège contre les efforts extérieurs.
Tandis que les luxations sont assez fréquentes sur les animaux adultes, elles sont à peu près également rares aux deux âges extrêmes de la vie. Chez les jeunes sujets, la soudure incomplète des extrémités et de la diaphyse des os longs fait que les chocs violents qui portent au niveau des extrémités
LUXATION
osseuses, déterminent presque toujours une fracture épiphysaire et non une luxation. De même, chez les vieux, la fragilité du tissu osseux rend les fractures beaucoup plus communes quelesluxations. Celles-ci paraissent se produire plus facilement chez le bœuf que chez nos autres animaux domestiques. C’est sur les bœufs de travail, sur les chevaux obligés à de violents efforts de tirage et sur les chevaux de chasse qu’on en observe le plus grand nombre d'exemples.
Une douleur intense, la géne ou l'impossibilité des mouvements et l'allongement ou le raccourcissement des membres : voilà les symptômes les plus constants et les plus expressifs des luxations. Suivant que l'extrémité de l’os luxé a été portée au-dessus ou au-dessous de la cavité articulaire, il se produit un changement de longueur dans l'étendue du membre, là un raccourcissement, ici une élongation. Dans les cas douteux, la mensuration faite comparativement sur le membre malade et sur le membre sain peut donner de précieux renseignements. Les modifications de forme de la région luxée sont toujours très prononcées. Pour s’en rendre compte d’une façon exacte, il est bon, ici encore, d'examiner la région analogue du membre opposé.
En général, les luxations, déjà très graves en soi, se compliquent presque toujours, à leur voisinage, de désordres qui rendent la guérison impossible. Il en est à peu près du traitement des luxations de nos grands animaux comme de celui des fractures. Le laps de temps que nécessite leur réparation, les réactions violentes des animaux, les dépenses occasionnées par les soins, les appareils, la nourriture, l'incertitude du résultat, sont des motifs bien suffisants pour que l’on se décide rarement à tenter la guérison d’une luxation sur nos grands animaux. Dans l'immense majorité des cas, la luxation entraine leur abatage immédiat.
Sur les malades qui ont été conservés plus ou moins longtemps, et notamment sur les sujets de nos petites espèces, on a vu souvent, aux extrémités articulaires et aux parties sur lesquelles elles portent, lorsque la réduction n’a pu être effectuée, des modifications fort curieuses. Les nouvelles surfaces osseuses en rapport s'adaptent réciproquement, se recouvrent d’une couche de tissu fibro-cartilagineux, s’entourent d’une véritable capsule de tissu fibreux densifié remplissant le rôle de ligaments, et sont enfin lubrifiés par un liquide tout à fait semblable à la synovie normale.
Par un examen attentif de la région blessée, on peut, dans presque tous les cas, distinguer assez facilement les luxations des fractures et des contusions violentes qui ont por:é au niveau des articulations.
Trois indications principales doivent être remplies dans le traitement des luxations : opérer la réduction ; empêcher le retour de la luxation; combattre les complications.
Les contractions des muscles qui entourent la jointure constituent l'obstacle le plus difficile à surmonter dans la réduction. Le plus souvent celle-ci nécessite une force considérable. Lorsqu'on veut la pratiquer, il faut recourir à l’anesthésie poussée jusqu’à la période de résolution musculaire.
Les extrémités osseuses remises en place, les moyens à employer pour prévenir le retour de la luxation varient nécessairement beaucoup, suivant le siège du mal et les lésions que la luxation a pu provoquer.
Nous ne pouvons faire ici l'étude des diverses luxations observées chez nos différents animaux; nous dirons quelques mots de celles que l’on rencontre le plus souvent sur le cheval et le bœuf.
Fausse luxalion de l'encolure ou entorse cervicale du cheval. — Un cheval attaché à la man-
LUXATION
geoire éprouve des démangeaisons à la tête; pour se gratter avec l’un des membres postérieurs, il incurve fortement la colonne vertébrale et porte la tête au-devant du pied qui doit faire cesser ce prurit; il peut arriver que , pendant les manœuvres exécutées par l’animal, l’une des éponges du fer s'accroche dans la longe ou sur le licol : alors la chute est imminente, et, après quelques efforts, elle a lieu, tantôt du côté de la convexité de l’encolure, tantôt, mais plus rarement, du côté opposé. Dans tous les cas, le cheval fait des efforts répétés, s’agite en désespéré jusqu'au moment où l’on vient le dégager. Lorsqu'il est relevé, on constate que la tête est portée à gauche ou à droite, que l’encolure est incurvée, et que la marche n’a plus lieu en ligne droite, mais en cercle. En outre, les parties qui ont porté sur le sol sont le siège d’excoriations, de blessures plus ou moins profondes, parfois de sphacèles étendus provoquant un engorgement considérable de la tête et de l’encolure.
Il est des cas où l’on peut ramener la tête en position normale; mais, dès que l’on cesse d’agir sur cette partie, l’incurvation de l’encolure se reproduit. Si la déviation est susceptible de diminuer graduellement et même de guérir sans l’intervention du vétérinaire, d'ordinaire elle persiste et, si on l’abandonne à elle-même, elle est bientôt tout à fait incurable.
Le traitement consiste à rétablir la direction rectiligne de la tige cervicale et à maintenir la réduction. Parmi les moyens préconisés dans ce but, le meilleur consiste à appliquer un surfaix à coussinet et un licol solide, puis à réunir ces parties, du côté convexe de l’encolure, par un fort tube en caoutchouc dont on augmente graduellement Ia tension.
Luxation de la hanche. — On en a observé un assez grand nombre d'exemples chez le cheval et le bœuf. Ses principales causes sont : les coups portés sur l’articulation, les embarrures, les efforts que font les animaux assujettis dans un travail, les glissades, les chutes sur le train de derrière.
Le membre luxé est entièrement soustrait à l'appui ou ne repose que par l'extrémité de la pince. Dans la plupart des cas il est rétracté; la . croupe et la cuisse sont déformées, et presque toujours le membre a exécuté un mouvement de rotation en dehors : il est devenu panard à l’excès dans toute sa hauteur. Ce n’est que quand la luxation a lieu en avant et en dehors que le membre subit une déviation en sens inverse.
Il est très difficile, chez nos animaux, de réduire la luxation de la hanche et d’assujettir assez solidement les parties pour obtenir la guérison. Le sacrifice des animaux atteints d’une aussi grave lésion est assurément le meilleur parti à prendre.
Chez les bêtes bovines, il est commun d'observer un accident de la cuisse, qui a été quelquefois confondu avec les luxations de la hanche et de la rotule : c’est le déplacement du muscle long vaste (ischio-tibial externe). Comme la luxation de la cuisse, il se remarque principalement sur les vaches maigres, panardes, qui fauchent en marchant. Les diverses causes d’extension forcée des membres : chutes, faux pas, glissades, écarts et les violentes contusions qui portent sur la cuisse, peuvent l’occasionner. On le reconnaît à la grande difficulté ou même l'impossibilité du jeu de l’articulation coxofémorale (le membre est rigide, trainé en dehors et en arrière), et à une saillie longitudinale formée par le muscle arrêté sur une éminence osseuse facilement perçue à son bord antérieur. La guérison spontanée peut survenir, lorsque les animaux prennent de l’embonpoint sous l'influence du repos et d’un bon régime. Lorqu'il persiste et que les symptômes constatés ne s’atténuent pas, il faut recourir à la section partielle du muscle déplacé.
Luxation de la rotule. — Des recherches anato-
LUXEMBOURG
miques et cliniques récentes ont établi que la luxaton de la rotule, la crampe des hippiâtres et des auteurs allemands et italiens, considérée comme fréquente chez nos grands animaux, est en réalité fort rare. Ce que l’on a pris pour une luxation de la rotule, c'est un simple arrêt de cet os sur l’entablement supérieur de la poulie fémorale dans laquelle il glisse pendant les actions locomotrices: la rotule s'accroche pour ainsi dire sur l’entablement de la trochlée du fémur. Gn la remarque le plus souvent sur les animaux jeunes, non entrainés, et aussi chez les sujets adultes, à la période de convalescence des maladies graves, lorsqu'ils sont plus ou moins amaigris. Elle se produit tantôt pendant les allures, tantôt lorsque l’un des membres postérieurs étant assujetti dans un travail, les animaux font de violents efforts pour le dégager.
La raideur et l’inertie du membre, qui ne peut être soulevé du sol sur lequel il effectue son appui par toute la région phalangienne mécaniquement fléchie, et la déformation toujours très accusée de la région rotulienne, sont des symptômes qui permettent, dans tous les cas, de reconnaitre facilement l'affection. Le plus souvent la pseudo-luxation de la rotule ne persiste que-peu d’instants et se reproduit pendant quelques jours, quelques semaines au plus; les faits où elle s’est répétée pendant plusieurs mois sont exceptionnels.
Les notions acquises sur le mode de production de l'accident permettent de formuler une première indication importante : c’est de recourir à un bon régime et à un entrainement mesuré, qui reconstituent le corps et réparent les forces. Lorsque le mal existe, il suffit ordinairement, pour le faire cesser, d’obliger l'animal à exécuter des mouvements de recul. Si, par ce premier moyen, le résultat cherché n'est pas obtenu, il faut faire porter le membre en avant et en haut, par un aide vigoureux ou à l’aide d’une plate-longe, et agir sur la saillie rotulienne, d’arrière en avant et de haut en bas, pour lui faire quitter la position anormale qu'elle a prise. Un bruit de claquement spécial et le retour instantané de tous les mouvements normaux du membre indiquent que la rotule est rentrée dans sa gorge de glissement.
La boiterie causée par la luxation de la rotule est intermittente, mais dans l’immense majorité -des cas, elle ne procède pas d’une cause ancienne et n’a pas le caractère rédhibitoire. P.-J. C.
LUXEMBOURG (géographie). — Le grand-duché de Luxembourg forme, en Europe, entre la Belgique, la Lorraine et l'Allemagne, une dépendance de la couronne des Pays-Bas. Son étendue est de 258 700 hectares, et sa population de 210 000 habitants ; sa surface n’est pas la moitié de celle d’un départament français moyen. Il est situé en entier dans le bassin de la Moselle et arrosé par plusieurs affluents de cette rivière. Une partie appartient au plateau des Ardennes et le reste à la vallée de la Moselle.
Le domaine agricole a pris, dans le grand-duché, une très grande extension. On en jugera par Île tableau suivant, qui indique la répartition des terres depuis quarante ans :
hect. hect. hect.
Terres labourables ... 108814 111 615 124796 PIERRE... à 24747 24856 25 289
Terres vagues et pà-
turageR rent Le 32 523 31 909 16 596 Bois et haies plantées 79300 78 503 76410 TOUR an 245 384 246 883 243 091
La petite et la moyenne culture dominent dans le pays, les grands domaines forment l'exception ; sur 67 693 propriétaires fonciers, on en compte plus
LUXEMBOURG
de 63000 qui ne possèdent pas plus de dix hectares; malheureusement, la division de la propriété a eu pour conséquence le morcellement du sol presque à l'infini.
Les céréales occupent à peu près la moitié des terres arables. L’Avoine tient le premier rang; elle couvre.la moitié des terres emblavées én céréales ; le Froment n’en occupe que la sixième partie, et il vient après le Seigle et le Méteil. Quaut aux autres grains, ils ne sont cultivés que dans de faibles proportions. Le rendement moyen en grains a été, pour les dernières années : Froment, 12 hectol. 78; Seigle, 14 hectol. 52; Méteil, 14 hectol. 36; Orge d'hiver, 13 hectol. 2; Avoine, 20 hectol. 13 ; Sarrasin, 16 hectol. 49. Pour le Blé et l’Avoine, ces moyennes paraîtront un peu faibles, mais il faut tenir compte de ce fait que ces chiffres forment la moyenne des onze cantons du grand-duché, et que quatre de ces cantons appartiennent à l'Ardenne, et ont des récoltes beaucoup moins bonnes que les autres; l'influence de leurs rendements sur le chiffre moyen s’accuse d’autant plus. En 1875, le produit total a été de 580 929 hectolitres d’Avoine, 216 506 de Seigle, 192210 de Méteil, 159029 de Blé, 25 528 de Sarrasin.
On cultive peu de plantes légumineuses et sur une étendue restreinte. Il ne faut faire d'exception que pour le Lupin, qui se propage chaque année de plus en plus ; il est principalement cultivé dans les terres sablonneuses pour y être enfoui en vert; c’est l’or du désert, suivant l'expression des cultivateurs du Nord. La Pomme de terre, au contraire, a sa place dans toutes les exploitations; en 1875, elle couvrait 9523 hectares; le produit total a été de 1 276 000 hectolitres; la récolte moyenne des dix dernières années a été de 133 hectolitres par hectare. La Betterave à sucre commence aussi à se répandre; c’est en 1869 qu'elle a été introduite dans le pays, ct, depuis 1874, l'Etat accorde des primes aux cultivateurs. En 1873, la culture indigène ne fournissait aux deux sucreries du pays que 643 080 kilogrammes de racines ; en 1874, ce chiffre s’est élevé à 1546 800 kilogrammes, et, en 1875, à 4746 300 kilogrammes. La Betterave à sucre a beaucoup d’avenir dans le grand-duché, et elle y rendra les services qu’on a signalés partout où la précieuse racine s’est implantée.
La culture des plantes oléagineuses, le Colza, la Navette, etc., tend à disparaitre. On peut en dire autant des plantes textiles; le pays n’a pas de grandes usines qui achètent au cultivateur les filasses de ses Lins et de ses Chanvres ; d’un autre côté, on file de moins en moins dans les ménages des champs. En ce qui concerne les autres plantes industrielles, on fait quelques essais du Houblon et du Tabac; la Garance et le Chardon à cardère ont disparu.
Les cultures fourragères prennent de plus en plus de place dans les assolements. De 1865 à 1875, elles ont gagné 3000 hectares pris sur la jachère. Les Trèfles et la Luzerne sont particulièrement appréciés. En même temps, on transforme les anciennes pâtures en bons prés.
La Vigne gèle souvent sur les coteaux de la Moselle où elle est cultivée; c’est un produit des plus aléatoires. Aussi les années accusent-elles des différences énormes de rendement. En 1871, on récoltait dans le grand-duché 31 835 hectolitres de vin, 2889 hectolitres seulement en 1872, 3401 hectolitres en 1873; mais le rendement s'élevait à 39395 hectolitres en 1874, et il dépassait 119 000 hectolitres en 1875. C’est la plus abondante récolte du siècle. La majeure partie des vins est consommée dans le pays ; une certaine quantité s’exporte vers la Belgique. Mais la production est loin de suffire aux besoins de la consommation intérieure.
Une assez grande activité se mamifeste dans le boisement des terres improductives; en 1875, on a ainsi converti en forêt 168 hectares de terrain.
LUXEMBOURG
Les peuplements de résineux créés depuis trentecinq ans entrent aujourd’hui dans la consommation ; l’hectare sur pied atteint des prix variant de 2000 à 3000 francs. Les taillis où le Ghêne est cultivé pour l'écorçage, prennent chaque jour une valeur plus grande. Le tan qu’ils fournissent est d’ailleurs remarquable par sa qualité. Leur rendement moyen annuel est estimé à 220000 bottes de 25 kilogrammes.
La plupart des cultivateurs sont propriétaires ; il y a peu de fermiers, par suite précisément de la rareté des exploitations d’une assez grande surface. Dans la partie du pays la plus fertile, dans la plaine et sur les coteaux de la Moselle, les corps de ferme se louent généralement de 50 à 45 francs par hectare. Dans les Ardennes, le prix du fermage descend parfois à 20 francs ; dans ces cantons, le métayage est encore assez général, tandis qu’il n'existe pour ainsi dire pas dans la plaine. Le prix de fermage est faible, par rapport à la valeur vénale du sol. Le taux moyen des terres labourables de première classe est estimé à 2700 francs, celui des bonnes prairies à plus de 4600 francs. Les terres arables de valeur moyenne se payent en moyenne 1850 francs par hectare et les prairies 3040 francs. Pour les bois, les prix varient de 650 à 2300 francs par hectare. La valeur des 850 hectares plantés en Vignes est cotée très haut ; elle atteint 19000 francs pour les meilleurs vignobles du canton de Grevenmacher, mais elle ne dépasse pas 6000 francs pour ceux de qualité inférieure de Rernich. En résumé, la valeur du sol a doublé depuis quarante-cinq ans dans le grand-duché de Luxembourg.
Après cet aperçu rapide sur les principales récoltes du pays, il faut dire quelques mots des plus importantes améliorations culturales réalisées dans ces derniers temps. De 1866 à 1875, 645 hectares ont été drainés; presque toutes les terres qui avaient besoin de cette amélioration l’ont reçue désormais. Les fumiers sont toujours traités avec beaucoup de soin, on recherche les composts, l’enfouissement des récoltes vertes se généralise ; enfin, la faveur dont jouissent les engrais commerciaux augmente de jour en jour. Dans les Ardennes, où l’élément calcaire fait défaut, le chaulage des terres est fortement encouragé ; il permet de transformer la lande en cultures fourragères. Enfin, la propagation des machines agricoles perfectionnées s’accentue chaque année davantage ; pour en citer un exemple, on comptait, en 1875, 418 batteuses à bras, 1891 batteuses à manège, 55 batteuses mues par l’eau et 2 mues par la vapeur. 44 machines à moissonner ont été employées à la moisson de cette même année. Les râteaux à cheval et les faneuses sont très répandus. |
Parmi les industries agricoles, les distilleries occupent le premier rang dans le grand-duché de Luxembourg. Il n’y en a pas moins de 2105 qui aient fonctionné en 1875. La plupart n’ont qu'une très faible importance; elles distillent des fruits au moment de la récolte, et ne travaillent que durant quelques semaines chaque année.
Les grains et les Pommes de terre sont les principales matières premières des distilleries industrielles. En 1875, les distilleries ont consommé 71310 hectolitres de Seigle et 14380 hectolitres de Pommes de terre. La brasserie prend aussi de l’extension ; on compte 32 brasseries, dont les deux tiers fabriquent la bière à fermentation basse. Il y a, principalement vers la Belgique et la Prusse, une exportation assez active de spiritueux -et de bière.
Le recensement des animaux domestiques se fait chaque année au mois de juillet. En 1875, il a donné les résultats suivants : espèce chevaline, 17 996 têtes ; ânes et mulets, 95; espèce bovine, 88 826 têtes ; espèce ovine, 37 291 ; espèce porcine, 51975; espèce caprine, 15459 têtes. L’accroisse-
LUXEMBOURGEOISE
ment du bétail est la mesure généralement adoptée pour juger la prospérité d’un pays : il est inutile d'en indiquer les raisons ici. On constatait une augmentation notable dans les chiffres de la population bovine et de la population porcine; mais, pour les autres espèces animales, il y a diminution.
De grands efforts sont faits pour améliorer les races domestiques. Grâce à ces encouragements, la race chevaline du pays, race de gros trait, s’est transformée rapidement, et elle est recherchée principalement en Allemagne. Le même fait se produit pour l'espèce bovine; la race Hollandaise et la race Durham jouent ici le principal rôle. Pour les pores, ce sont les races anglaises. La race ovine Southdown a été importée depuis dix ans; on élève cette race à l’état pur, et on la croise avec la race Ardenaise, en vue de donner à celle-ci une plus grande précocité. Le mouton est principalement élevé, dans les fermes du pays, en vue de la boucherie. Des primes, d’une valeur assez élevée, sont distribuées chaque année, soit par l'intermédiaire des sociétés agricoles, soit directement, par l’administration, pour l’entretien des animaux reproducteurs admis à servir à la monte. D’un autre côté, le service vétérinaire établi en vue d'empêcher les épizooties, soit de se déclarer, soit de se propager, et pour surveiller l'entrée du bétail à la frontière, est organisée depuis longtemps de la manière la plus complète, et on se loue beaucoup des résultats qui ont été obtenus. Le commerce du bétail est très actif. Dans les foires de l’année 1875, il a été vendu 5287 chevaux, 22466 têtes bovines, 47 930 moutons et brebis, 65 739 têtes de l'espèce poreine. Cette même année, le commerce avec la Belgique comprenait, à la sortie du grand-duché, 313 chevaux et poulains, 5050 têtes bovines, 43 960 moutons et 19763 porcs; à l’entrée, 2661 chevaux et poulains, 2910 têtes bovines, 2938 moutons, 1713 porcs. La balance est donc ici très favorable au grand-duché.
La plupart des améliorations agricoles dans Je grand-duché se sont propagées sur l'initiative de la commission d’agriculture. Celle-ci est très active; en 1875, elle n'a pas étudié moins de 573 affaires. Elle a toujours un grand nombre de questions à son ordre du jour; par exemple, l’organisation du crédit agricole, la revision des évaluations cadastrales, la surveillance de l’enseignement agricole dans les écoles primaires, la création de syndicats pour les travaux d'irrigation et de drainage, la mise en valeur des terrains communaux, l'encouragement au reboisement de ces terrains, la réorganisation de la police rurale, la destruction des animaux nuisibles, etc. Ce qu’elle a fait jusqu'ici permet de prévoir qu'elle arrivera certainement à la solution de ces questions, dont quelques-unes sont très délicates, et de celles qui viendront s’ajouter à son programme. or
LUXEMBOURGEOISE (z0ofechnie). — Le bétail du grand-duché de Luxembourg, quelle que soit son espèce, ou plutôt son genre, est qualifié de Luxembourgeois. Dans chacun des quatre genres qui fournissent des sujets à la zootechnie, on n'y trouve qu'une seule espèce admise comme indigène. Il y ale cheval Luxembourgeois, la vache, le mouton et le porc Luxembourgeois.
En réalité, les habitudes locales ne sont même pas justifiées par l'existence d’une variété particu= lière, pouvant être exactement dite Luxembourgeoise, soit dans l’une, soit dans l’autre de ces races chevaline, bovine, ovine ou porcine.
Le cheval Luxembourgeois, c’est-à-dire celui né en Luxembourg, ne se distingue point de la variété Ardenaise de la race Belge, dont les représentants deviennent de plus en plus rares. La population chevaline du grand-duché se compose principalement de sujets importés de la Belgique et appartenant aux variétés plus corpulentes, comme celles
LUZERNE
du Brabant, du Hainaut et du Condroz. On fait des efforts pour les reproduire dans le pays même, en vue des besoins agricoles, mais ces efforts n’ont guère réussi jusqu’à présent.
Les bêtes bovines Luxembourgeoïises appartiennent à la race des Pays-Bas. Elles ne diffèrent en rien de la petite variété Hollandaise, non plus que de celles qui sont qualifiées de Wallonne, d’Ardenaise et de Meusienne, en Belgique et en France. Il n'y a donc pas lieu d’en faire une description particulière.
De même pour les bêtes ovines et porcines. Ce sont des moutons Ardenais et des cochons Lorrains. Les relations constantes entre le Luxembourg et les pays qui l'entourent, principalement avec la Lorraine, vers laquelle les sympathies françaises attirent ses habitants, expliquent tout cela de la manière la plus simple. A. S.
LUZERNE. — Le genre Luzerne.(Medicago), de la famille des Légumineuses, renferme un grand nombre de plantes, dont plusieurs sont utilisées en agriculture. La plus importante esi, sans contredit, la Luzerne commune, dite Luzerne cultivée (Medicago sativa), caractérisée par ses fleurs violettes en grappes oblongues, axillaires, pédonculées, dépassant la feuille; par ses pédicelles plus longs que le calice; enfin et surtout, par ses gousses polyspermes, enroulées en deux ou trois tours de spire.
La Luzerne cultivée est pourvue d’une très longue racine pivotante ; elle forme une forte souche émettant des tiges nombreuses dressées, rameuses, atteignant de 50 à 80 centimètres et portant des feuilles trifoliées à folioles dentées au sommet, munies de stipules soudées au pétiole.
La Luzerne lupuline (Medicago lupulina) est également très cultivée (voy. MINETTE).
Enfin des essais de culture ont été faits, en France, sur deux autres espèces de Luzerne : la Luzerne fœucille et la Luzerne rustique ou moyenne.
La première (Medicago fal- .
cata) se distingue de la Luzerne commune par ses fleurs jaunes et par ses gousses simplement recourbées en forme de faucille. C’est une plante rustique, poussant avec vigueur même dans les sols calcaires, secs, pierreux; mais ses tiges dures ne donnent qu’un fourrage de qualité inférieure.
La Luzerne moyenne (Medicago media) semble être un intermédiaire entre les deux précédentes espèces; son port rappelle celui de la Luzerne faucille, ses gousses font un tour de spire complet et ses fleurs sont souvent jaunes et violettes dans la même inflorescence. En ce qui concerne sa valeur fourragère, nous lui adresserons le même reproche qu’à la Luzerne faucille.
La Luzerne commune, qu’on désigne quelquefois sous le nom de Sainfoin dans le midi de la France, est originaire de l’Asie Mineure ou de la Médie. On l’a trouvée à l’état spontané en Anatolie, en Perse, en Afghanistan, dans le Bélouchistan et en Cachemir (de Candolle). C’est de Médie qu’elle fut importée en Grèce, lors de la guerre contre les Perses, envi-
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ron 470 ans avant notre ère; de là, le nom d'herbe médique qui lui fut donné et.que les Romains lui conservèrent, après l'avoir introduite chez eux, probablement dans le siècle qui précéda l’ère chrétienne. Toujours est-il que Varon, Columelle et Virgile insistent beaucoup sur les avantages que cette plante peut procurer aux agriculteurs romains. Peu de temps après, la Luzerne pénétra dans l'Espagne et dans les Gaules, où elle a pris une grande extension. Dès le dix-septième siècle on appréciait beaucoup cette légumineuse qu’Olivier de Serres appelle « la merveille du mesnage des champs ». On a même été trop loin en ce qui concerne son retour sur le même sol, et beaucoup de localités se ressentent aujourd’hui du peu de
Fig. 287. — Luzerne cultivée : A, rameau garni de fleurs et de fruits ; B, fleur grossie ; OC, androcée et gynécée ; D, pistil; E, fruit commençant à s’enrouler; F, G, fruit mür, vu en dessus et en dessous; H, graine; 1, coupe de la graine.
mesure qu’on a mis dans la culture de ce fourrage.
Dans les circonstances actuelles, la Luzerne a une aire géographique très étendue : elle végète depuis le sud de la Perse jusqu’au nord de l’Allemagne. De même, on la voit pousser à des altitudes très diverses : tandis qu’en France de belles luzernières ne sont qu’à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, on en trouve, en Suisse, à plus de 1300 mètres. Il n’en est pas moins vrai que la Luzerne est plus spécialement le fourrage du midi de l’Europe, et, rien qu’en France, on observe facilement une diminution proportionnelle de sa culture au fur et à mesure qu’on s'élève en latitude ; celle est remplacée par le Trèfle dans les climats septentrionaux.
Les statistiques nous indiquent d’ailleurs nettement cette marche décroissante. Tandis qu’en effet la région du Sud-Est renferme environ 50000 hectares de Luzerne pour 20000 hectares de Trèfle, que la région du Sud offre 90 000 hectares de Luzerne
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contre 50000 hectares de Trèfle, la région du Nord- Ouest n’a plus que 30000 hectares de Luzerne alors que le Trèfle s’étend sur plus de 250 000 hectares. Le département du Nord possède seulement 7533 hectares de Luzerne, le Pas-de-Calais n’en a que 3880 hectares; or les surfaces consacrées au Trèfle dans ces deux départements sont respectivement de 20 427 et 23 000 hectares. Si au contraire on avance dans les pays chauds, la Luzerne prend une grande importance par suite de la disparition du Trèfle. C’est ce qui a lieu pour la Corse, par exemple, où le Trèfle n’est pas cultivé et où il existe environ 500 hectares de Luzerne.
La Luzerne est donc surtout à sa place dans le climat du Maïs; au delà, ce n’est qu'aux bonnes expositions qu’elle peut donner ses produits maxima. Ses longues racines lui permettent de résister aux sécheresses pourvu qu’elles ne soient pas trop prolongées, et, dans ce dernier cas même, sa végétation, un moment arrêtée, reprend avec une nouvelle vigueur dès que les circonstances atmosphériques sont plus favorables. Au contraire, un milieu humide a une action manifestement nuisible ; MM. Stebler et Schræter pensent que tous les pays dans lesquels il tombe plus de 1 mètre de hauteur d’eau doivent être regardés comme peu convenables pour la Luzerne.
M. de Gasparin a fixé à + 8 degrés la température moyenne de l’air nécessaire pour que la Luzerne entre en végétation. Il a trouvé que cette plante fleurissait quand elle avait reçu 852 degrés de chaleur totale au-dessus de + 8 degrés de température moyenne, et il explique ainsi comment on fait, à Orange, cinq coupes en fleurs : la somme de chaleur totale est en moyenne, du 15 mars au 1*n0vembre, de 4864 degrés, ennetenantcompte que des degrés dépassant + 8 degrés ; or 4864 : 852 — 5,7.
Les froids de l’hiver sont peu préjudiciables à la Luzerne, pourvu que le sol soit sain; on l’a vue résister à des températures de — 23 degrés. Dans les sols argileux humides, au contraire, les gelées intenses la déchaussent en partie.
On rencontre de belles luzernières sur tous les étages géologiques. Le sol proprement dit n’a d’ailleurs qu’un rôle secondaire à jouer, le sous-sol a ici bien autrement d'importance. Chaque fois que les fortes racines de la Luzerne pourront s’enfoncer profondément, on sera presque assuré du succès. Or deux circonstances arrêtent le développement du système radiculaire de la légumineuse que nous envisageons : l’impénétrabilité ou l’état d'humidité de la couche sous-jacente. Un sous-sol meuble, ou tout au moins fortement fissuré, bien sain, peut donc seul convenir. L’approfondissement des terrains superficiels, le drainage des lieux humides sont par suite des opérations qui doivent précéder l'établissement d’une luzernière.
En ce qui concerne la composition chimique des terres, ce n’est que sur celles qui sont riches qu’on peut espérer de beaux résultats. Une dose élevée de calcaire semble nécessaire; de même l'acide phosphorique et la potasse doivent être abondants. C’est ce qui résulte de nombreuses observations et ce que confirment bien les analyses de M. Joulie. Ce chimiste a dosé dans les premières coupes de diverses Luzernes, pour 10000 kilogrammes de foin sec, depuis 48*,90 jusqu’à 68,10 d'acide phosphorique, de 139%,50 à 273*,20 de potasse et de 287 à 307“,50 de chaux. Or tous ces éléments sont exportés du champ et il importe de fournir à cette consommation importante.
Le fumier de ferme apporte à la fois tous les éléments utiles à la végétation ; mais il ne saurait les apporter dans les proportions exigées par chaque végétal; on ne peut donc pas en conseiller l’emploi exclusif. D'ailleurs, il y a lieu de remarquer que l’engrais de ferme mis immédiatement avant le semis de la Luzerne, a un effet nui-
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sible en ce qui concerne le développement des plantes adventices ; dans ces conditions, en effet, il active surtout la pousse des Graminées spontanées. C’est donc un terrain fumé depuis quelques années qu'on devra choisir. Incorporé ainsi longtemps à l’avance au sol, enfoui profondément, le fumier peut jouer un rôle important dans la fertilisation de la future luzernière. Mais, comme nous l’avons dit, il faut compléter la préparation chimique de la terre, et on ne peut le faire que par les engrais complémentaires. Les différents phosphates et superphosphates, les sels potassiques seront par suite répandus à doses variables avec les sols considérés. De même l'apport d’amendements calcaires est tout indiqué pour les situations dans lesquelles cet élément fait défaut.
La préparation physique du sol a besoin d’être aussi complète que sa préparation chimique ; il faut à la jeune Luzerne une terre bien ameublie et bien nettoyée. Les nombreuses façons qu’exigent les plantes sarclées amènent cet état d’une manière satisfaisante, quand elles ont été bien exécutées.
Il résulte de ces considérations que les luzernières qui sont presque toujours hors assolement, succèdent le plus souvent à une céréale semée sur une plante sarclée ; après leur défrichement, on prend fréquemment deux céréales avec apport d’engrais minéraux seulement.
Un des points les plus importants à considérer dans la culture qui nous occupe est le choix de la semence. Les graines de Luzerne ont la forme d’un Haricot de Soissons, elles sont réniformes ; leur coloration est jaunâtre, et elles mesurent 2 millimètres à 2%%,50 de longueur et 1 millimètre d’épaisseur. Elle offrent une radicule bien distincte qui altère un peu la régularité de la courbure interne, et l’on distingue un hile arrondi placé dans une dépression, sur un des côtés étroits.
Les bonnes semences sont bien jaunes, luisantes, bien nourries, c’est-à-dire aussi grosses et surtout aussi régulières que possible (450 000 à 500000 au kilogramme); elles pèsent environ 80 kilogrammes l’hectolitre (78 à 82 kilogrammes).
Enfin, il estindispensable, si l’on veut agir en toute connaissance de cause, de déterminer le degré de pureté de ces semences et leur valeur germinative.
D’après le docteur Stebler, la pureté moyenne des Luzernes du commerce est de 97,2 pour 100, et la faculté germinative de 89 pour 100. Une marchandise bonne moyenne doit avoir 98 pour 100 de graines pures, desquelles 90 pour 100 soient en état de germer et de se développer, ce qui fait 88,2 pour 100 de graines bonnes. Ce chiffre 88,2 représente alors la valeur cullurale de l’échantillon. Il y a lieu de remarquer que, dans les essais de germination, un certain nombre de graines restent dures, et cependant la pratique montre que la moitié de ces graines arrivent à germer au bout d’un temps plus ou moins long. La proportion de ces ovules durs est d’autant plus grande que la semence est plus jeune, et à ce point de vue celle d'un ou deux ans est préférable à celle de la dernière récolte. Il ne faudrait pas cependant exagérer cette préférence, et d’ailleurs le luisant qu’on exige des graines n’est pas compatible avec une longue conservation. C’est même pour masquer l'aspect terne que prennent les vieilles graines et qui les fait repousser des cultivateurs que les marchands ont inventé une fraude, aujourd’hui bien connue, leur huilage. Cette opération altère les facultés germinatives des semences qui, mises sur une feuille de papier blanc, laissent une tache très légère, mais suffisante pour déceler la fraude à des yeux exercés. L’essai de germination rend @ailleurs à peu près inutile cet examen préalable.
Les marchands grainiers divisent les graines de Luzerne en deux catégories : celle de Provence et celle de pays ou de Poitou. Ces désignations, qui
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ont pu à l’origine indiquer exactement la provenance des semences, ne sont plus aujourd’hui que des termes de commerce, qui correspondent à des qualités différentes. Les plus belles Luzernes, celles dont les graines sont relativement grosses, régulières, d'une belle couleur jaune, sont dites de Provence ; la seconde qualification est réservée aux lots moins beaux, moins réguliers, renfermant des graines petites et desséchées. Il n’en est pas moins vrai que la Provence fournit plus souvent que le Poitou ou le Berry les échantillons qu’on range dans la première catégorie, ce qui légitime, dans une certaine mesure,'le nom attribué à cette catégorie.
Parmi les impuretés les plus communes qui accompagnent les graines de Luzerne, on doit citer la Cuscute (voy. ce mot). On comprend combien est grave la présence des semences de cette plante, qui prend, dans les luzernières où elle est une fois implantée, une si rapide extension. Il est done indispensable de n’en pas semer, et il faut, à cet effet, n’acheter que des Luzernes garanties exemptes de Cuscute, et contrôler différents échantillons du poids de 200 grammes, pris à différentes hauteurs dans le sac de semences. Les Luzernes de Provence contiennent souvent la semence de deux mauvaises plantes : la Centaurée jauné (Centaurea solstitialis) et l'Helminthie fausse Vipérine (Helminthia Echioides); celles qui ont végété sur les terrains calcaires du centre de la France sont souvent mélangées de Carotte sanvage et de Plantain.
Enfin, le prix élevé de la semenee de Luzerne à conduit à des falsifications nombreuses. C’est ainsi que la Minette (Wedicago lupulina) est substituée, dans une certaine proportion, à la Luzerne cultivée. Il suffirait cependant d’un peu d'attention de la part d’un acheteur instruit pour reconnaître le mélange. Outre que la graine de Minette est plus petite, plus arrondie, plus verte que celle de la Luzerne commune, elle s’en distingue très nettement par sa radicule, qui fait saillie sous forme d’une petite pointe, au centre de la concavité, près du hile. Les graines des Luzernèés tachée et denticulée (Medicago maculata et denticulata) qu'on
extrait des fruits appelés gratterons & laine, provenant des toisons qui nous arrivent de l Amérique du sud, remplacent quelquefois la Minette. Elles ressemblent beaucoup à notre Luzerne au premier abord, et ce n’est que par un examen attentif qu’on remarque qu’elles sont un peu plus grandes, plus arquées, ternes. Chez la Luzerne tachée, la radicule forme une pointe comme chez la Minette, et cette pointe est souvent lavée de rouge. Des débris de fils d'acier, provenant des cardes, attestent l’origine des graines. Comme les caractères de végétation de ces Luzernes sont très différents de ceux de la Luzerne cultivée, et que, par suite, la fraude serait forcément reconnue, on à pensé à détruire la faculté germinative de ces graines étrangères en les soumettant à une température élevée. Dans ces conditions, en l’absence de contrôle sérieux, la falsification passe inaperçue, et l’on attribue aux intempéries, à l’état du sol, aux insectes, une levée incomplète.
Il est évident qu’on évite toutes ces causes d'insuccès quand on se trouve dans une situation telle qu'on peut faire ses graines suvi-même.
On sème la Luzerne sur sol nu ou ombragé, en automne ou au printemps, à la volée ou en lignes. Dans le Centre et le Nord, on sème de préférence au printemps et sur sol ombragé. Dans le midi, on choisit l’automne et on laisse alors la Luzerne se développer librement, sans abri. On opère quelquefois de la même façon dans l'Ouest ; mais, le plus souvent, c’est au printemps qu’ on
répand les semences, sur sol nu.
Il est évident que, lorsque la jeune Luzerne trouve un milieu favorable à son développement, elle pousse plus vigoureusement quand elle est seule
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que si elle est gênée par les racines et les tiges d’une plante-abri quelconque; mais il s’en faut ‘de beaucoup que les conditions de milieu soient toujours bonnes, et l’abri devient par suite nécessaire. Dans le Midi, ce qu’on a à redouter, ce sont les sécheresses du printemps; or, en semant à l’automne, on a, l’année suivante, des plantes vigoureuses, profondément enracinées et susceptibles, par suite, de résister à des sécheresses intenses ; les intempéries de l'hiver ne sont pas à redouter.
Dans le Centre, et surtout dans le Nord, les semis d'automne sont trop fréquemment compromis par les fortes gelées surprenant des terres complète ment imbibées d’eau, pour qu’ on puisse les préconiser. On est alors conduit à repousser la semaille au printemps, et, dans ce cas, deux causes motivent la présence d'une plante étrangère : la nécessité d’abriter la jeune Luzerne contre les violents coups de soleil de l'été ; l'impossibilité d'obtenir de la plante, dans l’année, un produit rémunérateur. On sème alors la Luzerne dans une céréale qui l’abrite et donne une récolte permettant au cultivateur de rentrer plus rapidement dans ses avances. C’est le plus souvent dans les Avoines de printemps, dans les Orges qu’on sème la Luzerne ; cependant on réussit aussi très bien en semant, au printemps, dans des Froments d'hiver, lors du hersage qu'on effectue à ce moment de l'année. On profite quelquefois aussi d’une culture de Sarrasin ; les Lins, la Cameline, la Navette d’été peuvent remplacer le Sarrasin.
Il ne faut pas perdre de vue que la réussite de la luzernière est ici le point principal, et, dans ce but, on sème les diverses récoltes relativement très clair. On s’en tient quelquefois à un terme moyen, et l’on sème, au printemps, dans une Avoine, par exemple, qu'on fauche en vert, et qui fournit ainsi rapidement une grande quantité d’un très bon fourrage, sans que la Luzerne souffre sensiblement de ce prélèvement, à condition, bien entendu, qu’on ait préparé le sol d’une manière complète à tous les points de vue, et qu’on ait fourni aux besoins de l'Avoine par un supplément d’engrais.
Sous le climat brumeux de l'Ouest, dans les terres fraiches, on n’hésite pas à semer quelquefois la Luzerne seule, même au printemps; on estime que l'excédent de fourrage qu’on obtiendra les années suivantes compensera, et au delà, l'abandon d’une récolte l’année du semis.
Ce n’est qu’à la suite d’une étude approfondie du milieu dans lequel on se trouve qu’on pourra se prononcer sur le meilleur système à adopter. Chaque fois que les circonstances atmosphériques et minéralogiques le permettent, le semis sur le sol nu est préférable ; mais nous reconnaissons que, dans nombre de cas, il serait dangereux d’adopter cette méthode, qui est surtout avantageuse là où la semaille peut se faire à l'automne.
Nous avons dit qu'on semait à la volée ou en ligne. Le premier procédé est encore de beaucoup le plus suivi; mais il n’en est pas moins vrai que le second prend tous les jours de l'extension. On peut, aujourd’hui, observer aux environs de Paris de belles Luzernes, disposées en lignes distantes de 15 à 20 céntimètres les unes des autres. Ces Luzernes ont été semées dans des céréales également en lignes, et l’on a fait en sorte que les rangs de Luzerne se trouvent juste au milieu de l'intervalle des rangs de céréale. Dans ces conditions, les deux récoltes végètent sans se gêner sensiblement, et les résultats sont meilleurs. Enfin, il est facile, après l’enlèvement de la céréale, de biner mécaniquement la luzernière, et de combattre ainsi l’envahissement des plantes adventices. Il y a plus de dix ans que nous avons trouvé cette pratique en usage à la ferme-école de la Roche (Doubs), où elle était très appréciée.
Quel que soit le procédé adopté, c’est vers le
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milieu de septembre, dans le Midi, que l’on confie la graine au sol; dans le Centre et le Nord, c'est au mois de mars. Le sol qui reçoit cette graine doit être raffermi dans ses couches inférieures et bien pulvérisé à la surface ; il faut donc que les défoncements, si l'on en a fait en vue de cette culture, datent d’une année au moins. C’est d’ailleurs le cas le plus général, les labours profonds ayant été effectués pour une plante sarclée. Des labours superliciels, complétés par des roulages et hersages alternés, mettent le terrain dans l’état voulu.
La quantité de semence à répandre par hectare varie avec le mode de semis. À la volée, on met 95 kilogrammes. Schwerz recommande de toujours dépasser ce chiffre, et il conseille d’aller jusqu’à 85 et 40 kilogrammes; il estime que, de cette manière, la Luzerne étouffe plus sûrement les plantes adventices et que, ses tiges restant plus fines, donnent un fourrage de meilleure qualité. Ces appréciations ne sont pas admises sans conteste, et l’on a vu des Luzernes semées trop dru avoir une végétation languissante et se dégarnir rapidement, alors qu'un semis moins abondant donnait des plantes vigoureuses, qui tallaient énergiquement à la . deuxième année. Nous pensons que dans un sol convenable, avec une semence bonne moyenne, d'une valeur culturale de 88,2 pour 100, 2 kilogrammes par hectare sont suffisants. En lignes, on peut mettre sensiblement moins de semence, à la condition qu'un binage viendra, la première année, détruire la végétation spontanée ; on se contente alors de 15 kilogrammes par hectare.
La graine de Luzerne doit être très peu recouverte. Quand on la répand sur une terre très meuble, un roulage suffit à provoquer son enfouissement. Dans tous les cas, on ne donne qu’un léger hersage. Quand on emploie les semoirs en lignes, on doit enlever les poids destinés à faire pénétrer les socs dans le sol.
On a créé des luzernières par le repiquage de plants obtenus en pépinière. Nous n’insisterons pas sur ce procédé, qui a été préconisé pour la petite culture et pour les terres peu profondes ; il n’est nullement compatible avec les conditions de la main-d'œuvre actuelle.
La Luzerne ne donnant son maximum de produit qu’à la deuxième année, on a trouvé avantageux d'y associer d’autres plantes à végétation plus rapide, capables par suite d'augmenter la première récolte. Pendant longtemps, on a employé le Trèfle pour cet usage; Schwerz a combattu énergiquement cette pratique, qu’il regarde comme désastreuse. Il a vu très souvent le Trèfle prendre une telle vigueur que la Luzerne était étouffée et que le sol se recouvrait ensuite de mauvaises plantes.
Ces faits, fréquemment vérifiés, ont fait remplacer le Trèfle par le Sainfoin; on utilise aussi le Ray-grass d'Italie dans le mème but.
Les soins d'entretien à donner à la luzernière sont divers, suivant les situations. Dans les sols pierreux, l’épierrement s'impose; on l’exécute généralement pendant l'hiver. Dans les terres compactes, le hersage, au printemps de la deuxième année, produit d'excellents effets, en ameublissant la couche supérieure du terrain, qu’il débarrasse des plantes nuisibles encore peu enracinées.
Quand on conserve longtemps la Luzerne, le hersage devient insuffisant au bout de peu d'années et on le remplace par un scarifiage énergique.
Dans presque toutes les terres, le plâtre active beaucoup la pousse de la Luzerne; aussi se livret-on régulièrement au plâtrage de cette légumineuse. On a l'habitude de ne plâtrer que les plantes en végétation; c’est en avril, par un temps calme, doux, qu’on répand l'amendement; on met deux à trois hectolitres à l’hectare (voy. PLATRAGE).
Dans les terres.qui ne sont pas très riches et lorsqu'on veut laisser vieillir la luzernière, 11 faut
PET Re
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fournir à ses exigences par des engrais en couverture. Le fumier de ‘ferme doit être prohibé dans cette occasion, il irait à l'encontre du but qu'on se propose et profiterait surtout aux Graminées spontanées. La suie, les cendres de bois, les cendres pyriteuses, les composts peuvent être employés. Les engrais phosphatés et potassiques ont donné parfois des résultats économiques, mais des essais préalables sont indispensables pour être fixé sur leur efficacité. Quoi qu’on fasse, au bout d’un temps variable la Luzerne disparait peu à peu. Le défrichement est alors tout indiqué comme le véritable remède à cet état de choses.
Dans les terrains calcaires, ce sont lés Bromes qui sont le plus à redouter ; ils sont souvent accompagnés de la Barkausie, du Chiendent, de l'Avoine à chapelet. Les Paturins (Poa trivialis, pratensis, compressa) prennent souvent une grande extension dans les terres argilo-calcaires, fraîches; les deux premiers sont d'excellentes plantes fourragères, mais ont le grave inconvénient dans le cas présent de détruire la Luzerne qu'ils ne sauraient égaler en rendement. Dans les argiles, les Agrostides sont les Graminées qui apparaissent les premières, et, là où la silice est abondante, les Vulpins, le Vulpin des champs notamment, sont prédominants. Ici encore nous ne sommes pas en présence d’une plante nuisible envisagée isolément ; mais elle altère la qualité du fourrage par suite de l’état sous lequel elle s’y trouve; le Vulpin des champs, étant en effet très précoce, a eu le temps de mürir et par suite de perdre la plus grande partie de sa valeur nutritive quand on récolte la Luzerne. ;
Dans les environs de Paris où les cultivateurs vendent leur foin, l'invasion des plantes que nous venons d'énumérer nécessite presque toujours un défrichement hâtif, le commerce refusant les foins de Luzerne qui renferment beaucoup de Graminées. En Brie, dans une portion de la Beauce, on retourne communément les luzernières après la troisième année de récolte; exceptionnellement on les conserve pendant quatre années. Ailleurs, dans les bonnes situations, on trouve encore des luzernières de huit à dix ans, mais ce sont là des exceptions de plus en plus rares.
On a malheureusement abusé de la Luzerne, en la ramenant trop souvent à la même place, et
aujourd’hui plusieurs régions sont privées de cette
précieuse plante. C’est qu'en effet la Luzerne se nourrit dans les couches profondes du sol qu'elle épuise, et l’on comprend qu'il faille un certain temps aux engrais qu’on incorpore superficiellement, pour descendre dans le sous-sol.
On a admis pendant longtemps qu’une luzernière pouvait revenir sur le même sol après une période de temps égale à sa durée. Avec les courtes périodes de trois ou quatre ans, cet intervalle est insuffisant; il faut au moins laisser écouler six à huit ans entre le retour de la Luzerne au même endroit. Ces chiffres n’ont, bien entendu, qu’une valeur relative; on ne saurait formuler de règle générale; le sous-sol, nous l'avons dit, joue un rôle très im portant dans cette culture, et, suivant sa composition, il se prête à des récoltes plus ou moins fréquentes. A Courquetaine (Seine-et-Marne), on à adopté l'intervalle de sept années.
Plusieurs végétaux parasites envahissent les luzernières. Les principaux sont: la Cuscute, qu'il faut détruire à tout prix, l’'Orobanche mineure, le Rhixoctone. Parmi les insectes, on doit citer : le Cercope écumeux, parfois très abondant, mais peu redoutable ; l'Eumolpe obscur, surtout commun dans le midi où ses larves ont produit de véritables désastres ; la Cantharide marginée et le Charançon piriforme. Enfin nous terminerons cette simple nomenclature par les Anguillules, signalées par J. Kühn et appartenant au genre Heterodera, qui s’attaquent aux racines,
LUZERNE
Sous les climats chauds, l'irrigation pendant les périodes de sécheresse communique aux Luzernes une grande activité végétative, aussi cette pratique est-elle en usage dans la Provence partout où l’on peut se procurer de l’eau.
La première récolte commence dès l’été qui suit le semis. C’est en mai ou juin qu'on utilise la Luzerne, c’est-à-dire au moment de sa floraison. Elle est tantôt consommée en vert,'sur place ou à l’étable, tantôt transformée en foin.
La consommation en vert exige quelques précautions par suite de la propriété qu'a ce fourrage de météoriser les animaux. On évite tout accident en ne conduisant le bétail sur les luzernières qu'après lui avoir fait absorber une ration de matières sèches, foin ou paille, et en choisissant le moment où les plantes ne sont pas recouvertes d'humidité. Les mêmes observations s’appliquent à la distribution du fourrage dans les étables. Quant au pâturage en lui-même, il peut être libre et c’est le cas le plus général ; il peut se faire au piquet pour les bêtes à cornes, en parc pour les bêtes ovines. Il y a lieu de remarquer que sur les jeunes luzernières on évite de faire séjourner les moutons qui rongent le collet de la plante.
Quand on veut faire du foin, on fauche par les procédés ordinaires, faux ou faucheuse mécanique, et on laisse s’opérer le fanage. Cette opération ne présente rien de particulier si ce n’est qu’on doit réduire autant que possible les manipulations à faire subir aux plantes coupées, par suite de la facilité avec laquelle elles perdent leurs feuilles. On se contente de retourner les andains et de mettre en tas tous les soirs le fourrage qui a subi un commencement de dessiccation. Ce fourrage est répandu à nouveau le lendemain, après la rosée, pour être remis en tas de plus en plus gros. Quand la dessiccation est suffisante, on forme des meulons de 1000 à 1200 kilogrammes qu’on laisse séjourner quelque temps sur le champ où ils subissent une légère fermentation.
Ces divers travaux s’exécutent sans difficulté lorsque le temps est beau et que la récolte n’est pas très abondante; mais, avec de fortes coupes, par un temps irrégulier, la fenaison devient très pénible, souvent même impossible. On trouve alors avantageux d’avoir recours à la mise en petites moyettes, en coquettes, du fourrage qui vient d’être coupé. Dans ce but, on forme, avec chaque andain, des javelles qui se trouvent régulièrement espacées; des ouvriers passent alors entre deux rangs de javelles et réunissent deux en deux les petits tas de fourrage en appuyant sur le sol la partie inférieure des tiges qu’ils écartent légèrement et en pressant les unes contre les autres les parties supérieures dont ils assurent l’adhérence par un lien de paille de Seigle ou simplement par quelques tiges de Luzerne. Le foin ainsi placé redoute peu les intempéries, et, si la partie extérieure des coquettes peut être détériorée, tout l’intérieur est à l'abri des causes de destruction. La main-d'œuvre nécessaire pour mettre la récolte dans cette situation diffère peu de celle qu’exigele fanage ordinaire ; on peut même simplifier beaucoup le travail en employant les moissonneuses qui forment directement les javelles. Nous avons vu ces instruments donner de très bons résultats dans des Luzernes d’un développement moyen.
On peut rentrer le foin en vrague ou après bottelage sur le champ. Dans le Centre, le premier procédé est préféré; aux environs des grandes villes, de Paris notamment, on bottelle presque toujours.
Le rendement des luzernières est essentiellement variable. Il dépend en premier lieu de l’âge de la plante ; c’est à la deuxième année que le produit est maximum. On comprend aussi que le nombre de coupes soit un facteur d’une importance capitale;
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le climat, le sol, interviennent ici d’une façon très marquée. C'est ainsi que, dans le midi dela France, on réussit, grâce aux arrosages, à prendre cinq coupes et au delà, alors que dans les environs de Paris et le Nord en général, on ne dépasse pas trois coupes. En Algérie, où la végétation est presque continue, on à obtenu huit coupes abondantes. Il n'est donc pas étonnant qu’on puisse relater des écarts de 3000 kilogrammes à 15 000 kilogrammes de foin sec.
Quand on examine les différentes coupes d’une même année, on constate que, généralement, la première est la plus abondante. Sous nos climats, la deuxième est encore bonne; mais la troisième est toujours faible et l’on estime avantageux de la faire pâturer sur place.
Pour le Midi, M. de Gasparin a noté les poids obtenus avec une Luzerne de deux ars:
FOIN SEC dACOUPeR Pr Pere he .... 3400 kilogr.
DÉCOUDE SE DRE ti eee 4200 — DOFÉOUDEr ste rue « 3400 — DA CONDÉEE AE ee + 2400 —
OR OC ae te 1 SRE
DRCOUPÉ re
15 300 kilogr.
Aux environs de Paris, M. Dailly a récolté :
FOIN SEC HEMCOUNE; LS RARES QU A «+ 5300 kilogr.
DÉPCOIPORTRE Se: Mr P ee ee 3000 — JÉCOUPDE Se ie eee 100
7700 kilogr.
Sur le domaine de Courquetaine (Seine-et-Marne), les rendements en foin, en 1886,ont été Les suivants :
4re ANNÉE ANNÉE S3CANNÉE 4€ ANNÉE DE COUPE DE COUPE DE COUPE DE COUPE
kilogr. kilogr. kilogr. kilogr.
1ESCoupesre 9 300 4675 4 400 3 980 De COUpC.- 9 020 5 890 3670 9 540 3) COUPE... 1630 1 020 4 200 1100 5 950 11585 99270 7620
La Luzerne perd environ 75 pour 100 de son poids par le fanage. On la conserve en meules, hangars ou fenils (voy. ce mot). Le mètre cube après tassement naturel pèse de 60 à 65 kilogrammes.
Le foin de luzerne est très estimé ; il a cependant le défaut de devenir facilement poudreux. Les regains sont sensiblement plus riches que les premières coupes. C’est ce qui ressort nettement des analyses suivantes de M. Joulie :
4fe COUPE REGAIN
pour 14000 pour 1000 INT OL RE ete Me ne 28,84 50,72 Acide phosphorique..... : 6,81 12,86 POtAS SEEN UM EANSE 13,95 30,30 Chants: 2047, Mass 29 48,95 Magnésie , .5....... RSA 3,43 4,76
Malgré ces résultats, les regains n’atteignent jamais, sur les marchés, les prix de vente des autres coupes. 11 y a donc tout intérêt à les conserver à la ferme.
Le défrichement des luzernières ne présente rien de particulier; il se fait à l’automne ou de très bonne heure au printemps, suivant la nature de la récolte qui doit occuper le sol. Un labour moyen est suffisant et assure la réussite des céréales semées dans ces conditions, pourvu qu'on fournisse à la terre les éléments phosphatés et potassiques que la Luzerne a exportés et qui sont indispensables pour que la nouvelle plante utilise les réserves d'azote accumulées dans la couche arable,
LUZULE
Le fait le plus saillant de la culture des Légumineuses est en effet l'enrichissement de la partie supérieure du terrain en matière azotée, et c'est ce fait qu’on exprime en appliquant le nom de plantes améliorantes aux diverses plantes qui servent à constituer les prairies artificielles.
Quel que soit le mécanisme de cet enrichissement, l'effet est bien connu et bien apprécié des cultivateurs qui obtiennent, toutes choses égales d’ailleurs, après une Luzerne, une céréale plus belle que celle qu’ils auraient obtenue avant le prélèvement du fourrage. Mais, comme nous l'avons fait observer, si l’on veut que les heureuses conséquences de cette succession de culture se maintiennent, il faut réparer par des engrais appropriés les pertes que le sol a subies, assurer par l’apport de matières organiques, de fumiers, la conservation de ses bonnes propriétés physiques, et ne faire revenir la prairie artificielle qu'après un intervalle assez long.
Production des semences. — C'est surtout pour les Luzernes destinées à donner des graines qu'on doit préconiser le semis en lignes et à grand écartement (24 centimètres par exemple), permettant les façons d’entretien, les binages nécessaires à la propreté du terrain. Si à cette précaution on Joignait celle de ne prendre la semence que sur des pieds jeunes et vigoureux, on serait assuré d’un produit de qualité supérieure.
Malheureusement, c’est le plus souvent à de vieilles Luzernes dépérissantes qu’on demande des graines et l'on opère ainsi parce qu’on a remarqué que cette production épuisait la prairie artificielle et en hâtait la disparition. On ne peut dans ce cas compter sur de bons résultats.
C'est la deuxième coupe de la troisième année qu'il faudrait laisser mürir. Il n’y a aucun inconvénient à attendre que les gousses soient complètement noires, l’égrenage naturel n’est pas à craindre.
Quand la maturité est entière, on coupe à la faux en formant des andains; après une rapide dessiccation, on met en javelles, puis en bottes qu’on lie et qu’on rentre à la ferme. On peut alors entasser en granges ou sous des hangars sans avoir à redouter l’altération des semences; elles se conservent très bien dans leurs gousses, où il est bon de les laisser aussi longtemps que possible.
Le battage se fait de façons diverses. Dans la petite culture, on arrive à produire l’égrenage complet au fléau; dans la grande culture, on emploie des machines spéciales qui détachent d’abord les gousses, puis les égrènent. Le tarare est suffisant pour nettoyer les graines battues.
Dans la Provence, on obtient jusqu’à 700 et même 900 kilogrammes de graines nettoyées par hectare. Dans le centre, on dépasse peu 400 à 900 kilogrammes. cr.
LUZULE (botanique). — Genre de plantes monocotylédonées, de la famille des Joncacées.
Les Luzules (Luzula DC.) se différencient des autres genres du même groupe, et notamment des Joncs, par le fait d’avoir les trois loges ovariennes uniovulées, et finalement réduites à une seule par suite de l’imperfection des cloisons. Leurs organes végétatifs sont également distincts, ces plantes ayant les feuilles à peu près semblables à celles des Cypéracées et des Graminées (voy. JONCACÉES).
On connaît une trentaine d’espèces,de Luzules, surtout abondantes dans les régions tempérées et froides de l'hémisphère boréal. Moins répandues sur les hautes montagnes de la zone tropicale, elles semblent rares dans l'hémisphère austral. Elles croissent habituellement sur les pelouses, dans les clairières des bois, plus rarement sur le bord des eaux. Presque toutes plaisent aux animaux, surtout à l’état frais. On en rencontre chez nous dix ou douze espèces dont quelques-unes sont très répandues; et comme elles croissent de très bonne