LORRAINE
La généralité de la population chevaline actuelle de la Lorraine ne ressemble plus du tout à l’ancien type. Là, comme partout, l'administration des haras a voulu créer des grands chevaux pour les besoins de l’armée, et par l'intermédiaire de son dépôt de Rosières elle est arrivée promptement à peupler les prairies des bords de la Moselle de ce qu’elle nomme des demi-sang Anglo-normands. Haut montés sur des membres aux articulations toujours insuffisantes, les nouveaux chevaux Lorrains ont présenté tant de non-valeurs, le dépôt de remonte de Sampigny, qui fournissait à la cavalerie les moins mauvais, a donné lieu à tant de mécomptes, que la production chevaline du pays est devenue, dans les associations agricoles, un objet de controverses interminables entre les partisans et les adversaires du système suivi. Les uns attribuent les mécomptes observés, non pas à ce système en lui-même, mais à la façon dont il est exécuté et qu'ils critiquent. Les autres le combattent et prétendent qu'il conviendrait mieux de produire des chevaux de trait pour les besoins de l’agriculture. Quelques-uns de ceux-ci, donnant l’exemple, sont allés en Bretagne, dans le Léon, chercher des étalons et des juments. De tout cela il résulte nécessairement une population de plus en plus mélangée et disparate, qui n’a plus aucune des qualités pratiques de l'ancienne, ni la vigueur ni la rusticité. Les métis Lorrains, carrossiers ou chevaux de trait, également disproportionnés avec les conditions naturelles du milieu, ne sont que tout à fait exceptionnellement aptes à rendre de bons services.
La vérité est que la Lorraine n’est point propre à produire des chevaux tels que les exigent les besoins actuels et qu’on s’évertue en vain à les y obtenir. Par une des nécessités fatales de la politique, elle doit être habitée en permanence par une nombreuse cavalerie militaire, à laquelle il lui faut bien fournir la subsistance. Il y a par là plus d’intérêt à transformer en foin, pour y suffire, les herbes de ses prairies, plutôt qu'à les faire consommer par des juments et des poulains qui leur donneront assurément moins de valeur. Le débouché permanent qui lui est ainsi assuré pour ses foins crée une incompatibilité qui échappe, apparemment, aux hippologues dilettantes. Entre la fourniture des fourrages militaires et la production chevaline, il faut opter. Les deux ne pourraient point aller de front, encore bien que la région serait réellement dans de bonnes conditions pour convenir à la dernière. Les prairies de la Moselle suffisent à peine à l'alimentation des régiments qui gardent notre frontière. La demande est toujours active et les prix sont conséquemment rémunérateurs. On ne peut à la fois vendre beaucoup de foin et bien nourrir ses élèves. Il est donc impossible, dans de telles conditions, de les faire bons. En conséquence il convient de renoncer à l’aléatoire pour s’en tenir au certain. Ceux-là qui ne le comprennent pas ne font point preuve de sagesse.
POPULATION PORCINE. — En Lorraine, le lard joue un grand rôle dans l'alimentation des travailleurs ruraux. Les porcs y sont par conséquent nombreux. Ils appartiennent à deux races, qui s’y sont mélangées depuis longtemps, sans parler du troisième type qu'on y a introduit par l’intermédiaire de certains métis anglais et qui s’y manifeste incomparablement moins souvent. La race Celtique, celle du cochon à grandes oreilles tombantes (voy. CELTIQUE), s’y était répandue de tempsimmémorial, en vertu de son extension naturelle, lorsque la conquête et l'occupation espagnoles y amenèrent l’autre, la race Ibérique (voy. ce mot), qui a fini par prédominer. En effet, les porcs Lorrains montrent bien plus souvent le type naturel de cette dernière race que celui de la race Celtique. Celui-ci peut même être considéré comme rare en Lorraine avec tous ses caractères naturels ; à tel point qu'il serait
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permis de prendre la population entière pour une variété de la race Ibérique.
L’atavisme de la plus ancienne se manifeste toutefois constamment, sinon par le retour à quelquesuns de ses caractères morphologiques, comme ceux de la longueur du corps et de la forme des oreilles, qui n’est qu'accidentelle, du moins par la couleur de la peau et des soies. Quelles que soient les formes, la peau est toujours dépourvue de pigment, chez les cochons admis pour purs Lorrains, et les soies sont toujours blanches. Sous ce rapport l'atavisme celtique prévaut, tandis que c’est au contraire le plus souvent l’ibérique pour la crâniologie.
En tout cas, les cochons sont ordinairement un peu hauts sur jambes et minces de corps, avec le squelette grossier ; par conséquent la tête est allongée et forte. Cela tient à ee qu’ils vivent beaucoup dehors, allant y chercher une bonne partie de leur nourriture. Ils ne sont maintenus à la porcherie que durant le temps de leur engraissement.
Ce qu’on appelle les croisements anglais, préconisés en vue de la précocité du développement et de l'amélioration de l'aptitude à la production de la graisse, n'a pas eu de succès dans les campagnes lorraines. La raison en est qu’on y prépare le lard en bandes séchées après leur-salaison, et que celui des cochons anglais n’est pas assez ferme pour se prêter à ce mode de conservation. La proportion de chair n’y est en outre pas assez forte.
Tels qu’ils sont, les porcs Lorrains fournissent un lard savoureux et se conservant bien, qui les fait estimer davantage. Ils ne perdraient rien de leurs qualités naturelles en acquérant des formes corporelles plus voisines du cylindre et des membres moins longs. Leur rendement en lard serait ainsi seulement augmenté; ce serait l'affaire d'une sélection poursuivie avec persévérance. A.S.
LOT (DÉPARTEMENT DU) (géographie). — Le déparlement du Lot a été formé, en 1790, aux dépens du Quercy, l’un des pays formant la Guyenne. Il est situé entre les 44° et 45° degrés de latitude nord et entre 0° 245!" et 1°15’ 43!’ longitude ouest du méridien de Paris. Il est borné : au nord, par le département de la Corrèze; à l’ouest, par ceux de la Dordogne et de Lot-et-Garonne ; au sud, par celui de Tarn-et-Garonne; à l’est, par ceux de l'Aveyron et du Cantal. Sa superficie est de 521 173 hectares. Sa forme est à peu près celle d'un parallélogramme; sa longueur, du nord au sud, est de 45 kilomètres sous le parallèle de Figeac, de 72 à 75 sous celui de Gramat et de plus de 90 sous celui de Cahors. Sa largeur, de l’est à l'ouest, est de 56 kilomètres par le travers de Souillac, de près de 70 par celui de Gourdon, de 85 par celui de Figeac, de 65 environ par celui de Cahors. Son pourtour est d'environ 450 kilomètres.
Le département est divisé en trois arrondissements comprenant 29 cantons et 323 communes.
L'arrondissement de Figeae occupe le nord-est, celui de Gourdon le nord-ouest, celui de Cahors le sud du département. |
Le Lot présente une pente générale de l’est à l’ouest, mais 1l est incliné dans sa partic nord vers la rivière de la Dordogne et dans sa partie centrale vers celle du Lot. Il est sillonné par deux grandes vallées presque parallèles qui le partagent en trois zones d’une étendue variable.
La partie centrale, comprise entre la vallée du Lot et la vallée de la Dordogne, est traversée par une série de montagnes et de collines qui se rattachent aux monts d'Auvergne. Cette chaîne court vers l’oucst et sépare, au centre du département, le bassin du Lot du bassin de la Dordogne. Cette grande zone comprend plusieurs régions distinctes : la région de l’est est hérissée de hautes montagnes à flancs escarpés, à croupes arrondies et séparées par des ravins profonds dans lesquels circulent des ruisseaux ou des torrents. La ligne de faîte de cette
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contrée passe à la Bastide-du-Haut-Mont, à la Tronquière, à la Capelle-Marival, à Saint-Céré et à Breténoux. Les parties voisines du Cantal renferment des contrées sauvages, des plateaux arides, des landes et des marécages ; c’est le Quercy noir.
La partie du centre comprend les cantons de Gramat, Livernon et la Bastide, ainsi qu’une partie du canton de Peyrac. Ce plateau, appelé plateau central du Lot ou causse du Quercy, à une altitude variant de 300 à 400 mètres. A l’ouest de ce grand plateau on rencontre une partie de pays plus accidentée et à collines calcaires ayant de 200 à 250 mètres d’altitude ; cette zone comprend les cantons de Gourdon, Cazals, Catus et Saint-Germain.
La partie septentrionale, limitée au sud par la vallée de la Dordogne, renferme, en totalité ou en partie, les cantons de Martel, Vayrac et Souillac; on y remarque le causse de Cressensac. La partie méridionale, comprise entre la vallée du Lot et le département de Tarn-et-Garonne, présente un vaste plateau calcaire sillonné de l’est à l’ouest par une chaîne sinueuse de petites collines qui sépare le bassin du Lot du bassin du Tarn. Ce plateau renferme les cantons de Limogne et de Lalbenque ; son altitude est de 250 à 400 mètres.
Les vallées principales sont au nombre de trois, celles du Lot, de la Dordogne et du Cellé ; les vallées secondaires, au nombre de deux, sont celles de l’Alzon et de Vers. :
Le département appartient entièrement au bassin de la Gironde. Les eaux descendent à la Garonne par le Tarn, la Barguelonne, le Séoune, le Lot et la Dordogne.
Le Tarn ne touche pas le département, mais il reçoit les eaux de la Lere, de l'Emboulas et de la Lutte qui l’arrosent.
Le Lot commence à toucher le département par 167 mètres d'altitude; son cours est de 125 kilomètres. Il passe à Saint-Circq-la-Popée, à Saint- Géry, à Vers; puis 1l entoure Cahors ; il passe ensuite à Douelle, à Luzech, à Albas, à Castelfranc, à Puy-l'Evêque. Il reçoit dans le département : le Lantony, le Cellé, le Vers, la Fontaine de Divonne, le Vert et la fontaine de Leygues. En dehors du territoire, dans le Lot-et-Garonne, il reçoit un ruisseau qui à presque tout son cours dans l'arrondissement de Cahors; c’est la Theze.
La Dordogne a un cours de 55 à 60 kilomètres dans le département ; elle reçoit : la Cére, le Namoul, la Bave, le Palsou, la Sourdoire, la Tourmente, l'Ouysse, la Borreze, la Fenolle et hors du territoire, le Ceon.
Le département du Lot comprend trois régions climatériques. La première est la zone des montagnes, à sol granitique, schisteux ou siliceux, où le climat est froid, humide et variable ; l'hiver y dure ordinairement six mois; la température minima descend souvent à — 6 degrés et pendant l'été elle ne dépasse jamais + 30 degrés. La seconde est la zone des plateaux où le climat est moins rigoureux et moins humide. La troisième est la zone des vallées, dont le climat est analogue à celui de la Garonne. La température moyenne du département est de 13°,30; la température minima est de — 8 degrés et la température maxima + 36 degrés. Les vents dominants sont ceux du sud-ouest, du sud-est et de l’ouest. Les orages sont fréquents dans la partie montagneuse pendant les mois d'avril, de juillet et d'août ; la grêle arrive aux mêmes époques avec les vents d’ouest et de sud-ouest. Les pluies sont abondantes de mars en mai. En général, on compte chaque année quatre-vingt-neuf jours de pluie, cent soixante-dix-neuf jours couverts et quatre-vingt-dix-sept jours sans nuages. La neige est fréquente dans les arrondissements de Figeac et de Gourdon.
L'arrondissement de Cahors est le moins mouvementé ; il est traversé par les parties basses de