‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 3)Chapitre 100 sur 198 · JOUG · texte numérisé non relu

JOUG

Ces différentes sortes de jougs ont nécessairement des formes très diverses, mais toujours fort simples. L'appareil se compose invariablement d'une ou de plusieurs pièces de bois solide et bien sec, d’une seule pour les jougs de tête et de garrot, de plusieurs pour les jougs d’encolure ou les jougs mixtes. À la partie moyenne, dans ceux qu’on est bien obligé maintenant d'appeler jougs doubles, se trouve le point d’attelage, le plus ordinairement sous forme d’un anneau dans lequel s'engage le timon, jusqu’à un point d'arrêt sur lequel s’effectue la traction. Dans le joug simple il y a deux points d’attelage au lieu d’un seul, et ils sont aux extrémités, consistant en anneaux ou en crochets pour les traits, selon qu'il s’agit d’attelage dans les limons ou au palonnier.

Aux jougs de tète sont ménagées une ou deux échancrures appropriées pour embrasser soit le front, soit la nuque, en avant ou en arrière de la base des cornes (car ces jougs de tête ne s’appliquent qu'aux Bovidés), et sur les bords de ces échancrures des rainures pour recevoir les liens, ainsi que des chevilles pour les arrêter. On interpose ou non des coussins entre le joug et la peau, pour éviter les blessures.

Le joug de garrot, peu employé et ne méritant guère de l'être, présente de même deux échancrures, mais plus espacées et moins larges pour embrasser le bord supérieur du cou, en avant du garrot. Il est maintenu en place par deux ares de bois qui s’y introduisent par leurs extrémités et entourent la base de l’encolure.

Le joug d’encolure ne s’applique qu'aux Equidés et en même temps que des colliers. Ayant la forme d’une sorte de cadre allongé en bois, il s'appuie sur les attelles de ces colliers et son but est, conformément à l’étymologie, de joindre les deux animaux tirant de front pour rendre leurs efforts solidaires.

Enfin il a été imaginé, dans ces derniers temps, une forme de joug devant réunir aux avantages de la solidarité des deux animaux attelés ceux de leur indépendance de mouvements. L’inventeur a cru y arriver en pratiquant à la partie moyenne de l'appareil une articulation, ce qui a fait donner à celui-ci le nom de joug articulé.

Bien des fois a été discutée la question de savoir laquelle est la meilleure parmi les diverses formes de joug usitées, et celle aussi de savoir si le collier ne serait point préférable à la meilleure d’entre elles. Il faut d’abord écarter de la discussion l'emploi d’un joug quelconque pour les Equidés. Cet emploi est d’ailleurs fort restreint et l’on ne peut faire valoir en sa faveur aucun avantage. Il n’en est pas de même à l'égard du joug des Bovidés. On en peut dire que son usage est général et bien des fois séculaire. D’après l'observation universelle, on constate que les jougs de tête sont partout préférés aux jougs de cou ou de garrot. Ceux qui en ont voulu trouver l'explication l'ont cherchée dans la conformation même du bœuf, mieux fait, ont-ils dit, pour tirer par la tête que par les épaules. Nous verrons tout à l'heure qu’il n'y àa pas lieu de s'arrêter à ces considérations, quelque valeur absolue qu’elles puissent avoir. En fait, les controverses relativement récentes dont l'appréciation du véritable joug des Bovidés, du joug à deux, dit joug double, a été l’objet, ont été inspirées par un sentiment de commisération pour les malheureux animaux que les zoophiles ont supposés gênés et même martyrisés par l'appareil de traction qui les lie l’un à l’autre.

A les voir au travail suivre paisiblement et régulièrement leur sillon ou leur route, on ne se douterait guère, en vérité, de ce prétendu martyre. On ne s’en douterait point surtout en constatant, ce qui arrive si souvent, qu'ils viennent d'eux-mêmes se placer sous le joug qui leur est présenté à l'heure

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