‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 3)Chapitre 43 sur 198 · IMPOTS · texte numérisé non relu

IMPOTS

ficile de déterminer, et c’est à la dégager que, depuis près de deux siècles, ont tendu les efforts des économistes.

Au dix-huitième siècle, les physiocrates, imbus de l’idée que la terre est la seule véritable source de richesse, réclamaient l'impôt unique sur le produit net de la terre. Cette théorie n’a jamais été mise en pratique d’une manière absolue, mais elle a exercé une assez grande influence sur l’organisation du système d'impôts qui a été inauguré en 1790 par l’Assemblée constituante et qui s'est maintenu en France depuis cette date, en ne subissant que des modifications peu importantes. En effet, il suffit de jeter un coup d'œil rapide sur l’organisation fiscale pour constater que la plus grande partie des produits de l'impôt vient de la terre, et que la production agricole est beaucoup plus chargée sous ce rapport que l’industrie et le commerce, lesquels sont cependant des sources de richesse au même titre que l’agriculture. L’impôt, dans les conditions actuelles, prélève, pour l’ensemble du pays, 25 pour 100 du revenu net de la production agricole, tandis que la propriété urbaine bâtie paye seulement 17 pour 100, les valeurs industrielles et commerciales 13 pour 100, les valeurs mobilières 4 pour 100. Ce prélèvement se trouve même porté à 31 pour 100 du revenu agricole, quand on tient compte des-taxes de consommation dont le cultivateur doit supporter sa part comme les autres contribuables. L’inégalité est donc frappante : c’est à la faire cesser que doivent tendre les efforts des hommes d’Etat.

On divise les impôts en impôts de répartition et impôts de quotité, en impôts directs et en impôts indirects. Les impôts de répartition sont ceux par lesquels le législateur fixe à l'avance la somme à réaliser et la répartit ensuite entre les contribuables ; les impôts de quotité sont ceux par lesquels le taux à demander à chacun est établi par des règles fixées à l’avance. Les impôts directs sont ceux qui frappent les personnes ou un état de choses déterminé ; les impôts indirects sont ceux qui frappent les faits ou les actes, comme la plupart des impôts de consommation.

Dans la législation française, on distingue les im-

pôts directs et les impôts indirects. Les impôts directs sont l'impôt foncier, l'impôt personnel mobilier, l'impôt des portes et fenêtres, l'impôt des patentes; plusieurs taxes y sont assimilées, parmi lesquelles les taxes sur les chevaux et voitures et celle sur les biens de main-morte. Les principaux impôts indirects sont les droits d’enregistrement et de timbre, les droits de douane, les droits sur les boissons, les sucres, les sels, les tabacs, etc. Dans l’ensemble du montant des taxes, les impôts directs entrent dans la proportion de 17 pour 100 et les impôts indirects dans celle de 83 pour 100.

Impôt foncier. — L’impôt foncier, créé en 1790, est établi en principe d’après le revenu net des propriétés bâties et non bâties. C’est un impôt de répartition, qui se divise en deux parties : le principal et les centimes additionnels perçus au profit de l'Etat, des départements ou des communes. La répartition de l'impôt foncier entre les départements et les communes, faite à l’origine d’après des procédés tout à fait insuffisants, subsiste encore aujourd’hui, quoiqu'’elle ait subi plusieurs remaniements. Il en résulte qu’il règne une grande inégalité dans les charges qui pèsent sur les départements ; cette inégalité devient encore plus flagrante dans la répartition entre les communes. Le vice de cette répartition augmente d’ailleurs avec le temps. Pour les propriétés non bâties, le taux de l'impôt en principal variait, en 1879, entre 7 pour 100 et2et demi pour 100, suivant les départements. Le montant des centimes additionnels dépasse aujourd’hui le principal de l'impôt foncier ; il est, en 1887, de 130 millions de francs pour la propriété non bâtie,

IMPRÉGNATION

le principal n’étant que de 120 millions. La réforme de l'impôt foncier est nécessaire, mais elle est jusqu'ici enrayée par les difficultés du remaniement complet de son assiette.

IMPRÉGNATION (zootechnie). — On appelle imprégnation l'influence supposée qu'exercerait sur les produits ultérieurs d’une femelle le premier mâle qui la féconde. Cette influence imaginaire a été nommée aussi infection de la mère. Les partisans de l’idée ainsi exprimée pensent que le premier mâle qui s’accouple avec une jeune femelle l’imprègne ou l’infecte de telle sorte que quelque chose de lui se montre ensuite toujours dans la descendance qu’elle peut avoir avec d’autres mâles quelconques. C’est un préjugé fortement enraciné surtout dans l'esprit des éleveurs de chiens, mais ils ne sont pas les seuls à le partager. On est vraiment surpris de le rencontrer même dans certains ouvrages de physiologie ou de médecine, dont les auteurs n’ont certainement pas pris la peine de l'examiner.

Dans l’état actuel de nos connaissances sur le phénomène de la fécondation chez les Mammifères (voy. FÉCONDATION), cette idée d’une imprégnation pour la vie ne supporte pas l'examen. Théoriquement son impossibilité est évidente. On sait que seuls les ovules arrivés à maturité peuvent être fécondés, et que tous ceux qui l’ont été se développent en embryon d’abord, puis en fœtus. On sait aussi que les spermatozoïdes atteignant l'ovaire sans parvenir à pénétrer un ovule et à confondre leur noyau avec celui de la cellule germinative s’altèrent et disparaissent, de même que ceux qui sont restés dans la trompe ou sur la muqueuse utérine. Ils ne peuvent donc point se conserver jusqu’à la maturité des ovules en voie d'évolution et situés dans la profondeur du stroma ovarien, pour contribuer ou concourir à une fécondation ultérieure. Or l'influence héréditaire du mâle ne pouvant se manifester que par l'intermédiaire de ses spermatozoïdes, 1l est clair que cette influence doit nécessairement se borner aux sujets résultant de la fécondation actuelle. Elle est évidemment nulle sur ceux qui résulteront de la fécondation de nouveaux ovules par d’autres mâles.

L'idée d’une imprégnation de ce genre est donc théoriquement et physiologiquement tout à fait inadmissible. Comment se fait-il qu’elle ait été cependant admise ? On se l'explique sans peine en considérant les faits relativement nombreux qui sont invoqués pour l’appuyer. Ces faits sont constants. Il n’y a pas erreur d’observation en ce qui les concerne, il y a seulement erreur d’interprétation. Ne connaissant point la loi qui les régit, l'imagination y a suppléé, et on les a expliqués par la supposition qui à paru la plus probable. Pour détruire cette supposition, il convient de les examiner en détail et d’en donner la véritable signification, d’après les lois naturelles qui nous sont connues.

Commençons par les chiens, au sujet desquels le préjugé s’est vraisemblablement d’abord établi. On observe parfois, dans la portée d’une chienne de chasse couverte par un chien de sa race, un ou plusieurs petits dont les caractères s’écartent plus ou moins de ceux des parents immédiats. Ils ressemblent au Mâtin ou au Chien de berger, par exemple. S'il s’agit d’une primipare, on n’y prend pas garde, ou bien on admet qu’elle aura été couverte aussi, sans qu’on l'ait su, par un Mâtin ou un Chien de berger et qu’elle a des petits de deux pères, ce qui est d’ailleurs parfaitement possible. Mais, s’il est arrivé qu’elle ait été antérieurement couverte pour la première fois par un mâle de l’une ou l’autre race, il n’y a pas de doute : c’est un cas d’imprégnation ou d'infection. Rien n’égale la sollicitude des chasseurs éleveurs de chiens pour éviter un pareil accident.

IMPRÉGNATION

En ce cas il n’y a pas deux explications scientifiquement possibles : ou bien il y a eu deux pères, comme nous venons de le dire, ou, si le contraire est établi, l'apparition, dans la portée, de chiens d’une race autre que celle du père et de la mère est due à l’atavisme. L’un ou l’autre des parents immédiats a eu, dans son ascendance, un aïeul ou une aïeule de la race qui réapparait par réversion. Qui oserait soutenir la pureté immaculée d’un chien quelconque? On sait trop bien que les chiennes en rut ne sont guère scrupuleuses dans le choix de leur conjoint.

Settegast (Die Thierzucht) rapporte un fait significatif qui lui a été communiqué par John Frantzel, éleveur habile et grand amateur de Lévriers. Celui-ci reçut en 1853 une belle Levrette russe âgée de moins d’un an. À l'insu de son propriétaire, elle se fit couvrir par un Chien de berger. La portée de métis qui en résulta fut jetée à l’eau. En automne, elle fit sa première chasse d’une façon remarquable. En janvier 1854, on la conduisit à un Lévrier écossais qui la couvrit, et de la nouvelle portée on éleva quatre petits, dont deux chiennes. Ces quatre sujets devinrent très beaux et montrèrent les meilleures aptitudes. Des deux chiennes, l’une fut envoyée en Pologne et l’autre conservée. Des chiens qu’elles procréèrent à leur tour, aucun n'a été mauvais et beaucoup ont mérité d’être placés au premier rang. Dans les cercles de Gumbinen et de Memel, et dans celui de Marianpoler, en Pologne, la bonne réputation de leur descendance est établie. Il n’y a donc eu, dans ce cas bien observé, aucune trace d'influence quelconque du Chien de berger qui avait eu les prémices de la belle Levrette russe.

Nathusius, de son côté (Vortraege über Viehzucht und Rassenkenntniss), discutant la question, dit qu'aucun cas ne lui est encore connu dans lequel l'explication par la réversion ou par la superfétation, particulièrement chez les chiens, n’ait pas été plus naturelle que celle par la théorie de l'infection. À ce sujet, ajoute-t-il, les illusions de la plus grossière espèce sont facilement possibles.

Mais le cas qui parait avoir le plus impressionné les partisans de la singulière doctrine de l’imprégnation est celui de la jument de lord Morton. On le retrouve cité partout. Cette jument fut, en 1815, fécondée par un Quagga et elle en eut un hybride. Saillie ensuite par un étalon Arabe comme elle, et qui était de robe noire, elle fit par trois fois des poulains qui présentaient aux membres antérieurs et sur le dos des raies de poils noirs, des sortes de zébrures rappelant celles du Quagga. Entre la naissance de l’hybride et celle du premier poulain, le Quagga était mort. IL n'avait conséquemment pu intervenir dans la procréation des poulains. Les peaux de ces poulains ont été conservées. Elles montrent des raies plus ou moins nettes aux parties inférieures des membres et aux épaules. En outre, des peintures de la jument, du Quagga, de l’étalon et des poulains se peuvent voir au musée des chirurgiens de Londres. Des reproductions de ces peintures, accompagnées d’un texte de Hamilton Sinith sur le cas, déjà rapporté dans les Philosophical transactions de 1821, forment quatre planches de Jardine’s Naturalisls Library, t. XIT, publié à Edimbourg «en 1841. On a donc tous les moyens de contrôler l'observation.

En examinant, avec un esprit non prévenu, les peaux, les peintures ou leurs reproductions, on est bien loin d’y trouver la ressemblance frappante affirmée entre les raies brunes qu’elles présentent et celles qui sont naturelles à la robe des Zébrides. On n’y peut voir qu'une analogie plus ou moins éloignée. Mais il faut savoir avant tout, pour leur accorder la signification en question, si des raies semblables ne se montrent point, chez les poulains, en. dehors de l'intervention d’un Zébride quelconque. Or tous ceux qui en ont observé beau-

Page 1