‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 3)Chapitre 44 sur 198 · OT · texte numérisé non relu

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coup savent que la chose n’est pas rare. Fréqueument, les poulains de robe claire naissent avec ces marques Qui disparaissent ensuite et parfois persistent durant toute la vie. Nathusius, cité plus haut, en rapporte un exemple observé par lui à Hundisburg, dans sa propre écurie. Une jument baie de nuance claire, après avoir fait avec l’étalon de course Belzoni cinq poulains et deux avec un étalon trotteur, tous d’une seule couleur, en fit un huitième avec l’étalon Cheradam, qui était gris pommelé. Ce dernier poulain naquit avec des raies noires aux membres, au dos et aux épaules, beaucoup plus prononcées que celles des poulains de la jument de lord Morton. Il les perdit dans le courant de la première année et devint ensuite gris pommelé comme son père. C’est évidemment un cas semblable à celui qui a été attribué à l’influence du Quagga.

On cite encore la jument de course Catty Sark, de robe baie, qui fut saillie pour la premiére fois en 1825 par Visconti, étalon gris. En 1896, elle en eut un poulain gris comme son père. Saillie les années suivantes par Champignon, bai comme elle, tous ou presque tous ses poulains furent gris. Pour écarter, en ce cas, toute idée d’hérédité ancestrale et faire admettre que la robe grise des poulains nés de Champignon devait bien être attribuée à limprégnation par Visconti, on a osé affirmer que ni Champignon ni Catty Sark n'avaient dans leur ascendance aucun individu de robe grise. Une telle affirmation est en vérité un peu bien audacieuse, en présence de sujets d’origine orientale comme le sont les chevaux de course. Nathusius, en la discutant comme nous l’avions discutée nousmême auparavant, la déclare incroyable, et vraiment il n’est pas besoin d’insister. Un cheval Anglais de course sans ancêtre gris ! Jusqu’à quelle génération aurait-on pu remonter pour l’établir solidement ? Ce cas-là supporte encore moins l’examen que le précédent. Les poulains gris issus de juments Anglaises baies ou alezanes n’ayant jamais été fécondées que par des étalons de même robe ne se comptent pas.

Le plus curieux argument est celui tiré des juments d'Algérie faisant, après avoir été fécondées une première fois par l'âne, des poulains ressemblant à des mulets, et aussi des juments du Poitou, que l’on dit « intérieurement mulassières » ou plus propres que les autres à s’accoupler avec l'âne, parce que leur mère à fait elle-même des mulets avant leur naissance. Là, il y a purement et simplement illusion, pour cause d'observation superticielle.

A l'égard des chevaux algériens dont il est ici question, leur ressemblance plus ou moins éloignée avec les mulets n’est pas douteuse. Elle ne se montre pas seulement en Algérie. On la peut constater de même en Italie, en Espagne et dans le midi de la France, où Weltheim l’a attribuée à ce que, dans ces pays, la production des mulets est très pratiquée. Est-ce parce que les mères y sont souvent fécondées d’abord par des ânes, comme l’assure cet auteur ? C’est seulement parce que les formes du type naturel auquel appartiennent les sujets dont il s’agit sont telles. Ces formes se présentent de même dans le Turkestan et ailleurs, où il ne se produit point de mulets. Les oreilles un peu longues, le dos etila croupe tranchants, les cuisses longues et minces, qui établissent la ressemblance invoquée, caractérisent simplement la race chevaline Africaine (Æ. C. africanus), qui diffère en outre des autres races en ce qu’elle n’a, dans le rachis, que trente-cinq vertèbres, dont cinq lombaires, comme les ânes, tandis que toutes les autres espèces chevalines en ont trente-six.

Quant aux juments poitevines, l’assertion qui les concerne est de pure fantaisie. Tous ceux qui connaissent le Poitou savent qu’on y emploie mainte-

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nant à la production mulassière presque autant de juments Bretonnes que de juments de la race Frisonne, et que les unes ne se montrent ni plus ni moins que les autres facilement fécondables par les ânes étalons. Ces Frisonnes de la variété Poitevine ne diffèrent en rien, d’un autre côté, sous le rapport des formes, de celles des variétés Picarde et Flamande, dont les mères n’ont jamais eu aucune relation avec l’âne.

Du reste, sur ce sujet même, Settegast a publié des faits bien circonstanciés, fournissant des preuves négatives de grande valeur, qu'il n'aurait vraiment pas dû être nécessaire d’opposer à des appréciations si peu sérieuses. Ils ont été constatés à la métairie de Birkenwalde, dépendante du haras de Trakehnen, où furent poursuivis, avant 1815, des essais de production mulassière. Trois juments, Gonorilla, Ida et Hydra, y avaient été soumises. Antérieurement, une autre jument, Rulilia, avait été avant 1802 dans le même cas. Gonorilla, après avoir fait à Birkenwalde 3 mulets, fit à Trakehnen 4 poulains. Ida fit au haras 4 poulains après avoir fait 4 mulets à Birkenwalde. Hydra, après avoir porté 1 mulet, fit 4 poulains. Quant à Rutilia, 2? poulains suivirent 2 mulets.

Pour faire juger des poulains de ces juments, toutes fécondées d’abord par l’âne, et qui auraient dû ainsi être imprégnées, l’auteur consulte le livre généalogique du haras de Trakehnen et montre ainsi ce qu’ils sont devenus. Les juments Fury et Idania, nées de Gonorilla et d’Ida immédiatement après qu'elles avaient porté des mulets, figurent parmi l'élite du haras. En 1861 il se trouvait encore au haras principal une nombreuse descendance de Gonorilla, représentée par les juments Dogdo, Doralice, Darioletta, Datura, Dorling, Dogoressa et Della. Quatre étalons de tête : Delos, Djalma et Danila à Trakehnen, et Deltura au haras Friederich-Wilhelm, étaient de la même famille. Evidemment, si ces sujets eussent ressemblé le moins du monde à des mulets, on ne les aurait point conservés dans un établissement où la sélection des reproducteurs a toujours été faite avec le plus grand soin.

Passons aux faits tirés de l'observation des Bovidés et des Ovidés. Ici l’on ne trouve cité par les auteurs que le seul cas d’une vache sans cornes de la variété d’Aberdeen qui, après avoir eu son premier veau d’un taureau Courtes-cornes, aurait fait ensuite des veaux à cornes avec des taureaux de sa propre race, sans cornes comme elle. Nous n’avons aucune garantie de l’authenticité du fait. Fût-elle réelle, il resterait à savoir si la vache en question était d'une pureté incontestable. Les croisements entre les vaches sans cornes et les taureaux Courtescornes ont été depuis longtemps trop communs sur les basses terres d’Ecosse pour qu’on ne fût pas autorisé à voir en un tel cas un effet d'atavisme, encore bien que l’autre interprétation ne serait point physiologiquement inadmissible. Mais fidèle à sa coutume de raisonnement, Nathusius a opposé à ce cas un Cas contraire, constaté par lui dans son domaine de Hundisburg. Une génisse d’Ayrshire y a été par hasard saillie par un taureau sans cornes de la variété de Suffolk. Elle a donné un veau sans cornes. Malgré cela, dit-il, dans une série de naissances subséquentes, saillie par des taureaux d’Ayrshire, ses produits ont été constamment pourvus de cornes.

Il ajoute qu'ayant institué depuis plus de dix ans des croisements entre diverses races de moutons, il a noté plus de mille cas expressément en vue de vérifier la doctrine que nous examinons. Il Sagissait de types dont les caractères étaient très différents, ce qui eût rendu très facile la constatation de l’imprégnation si elle s’était produite. Aueun signe quelconque ne s’en est présenté. Au domaine de l’ancienne académie agricole de Pros-

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kau, environ sept cents brebis Mérinos de la variété Électorale ont été croisées avec des béliers Southdowns, après avoir fait des agneaux avec des béliers de leur race. La variété Électorale se fait remarquer par la fréquente apparition des cornes chez les brebis; 60 sur 100, en moyenne, en sont pourvues. Settegast, qui a observé le fait, constate que pas un seul des agneaux issus des béliers Southdowns n’a eu des cornes. Il ajoute qu'aucun d’eux n’a manqué de naître avec la face et les membres noirs, comme c’est l'habitude pour les métis de Southdown.

Sans accorder à ces preuves négatives plus de valeur qu’elles n’en ont en réalité, on ne peut pourlant pas disconvenir que sur un si grand nombre de faits, où même l’hérédité maternelle ne paraît s'être pas produite, si l’imprégnation était une réalité, quelques exemples auraient bien dû s’en montrer. Est-il besoin, après cela, de relever les cas relatifs aux brebis blanches qui, après avoir été luttées la première fois par un bélier noir, ont donné ensuite des agneaux noirs avec des béliers blancs? Est-ce qu’on ne voit pas à chaque instant, dans les troupeaux communs, le même fait se produire sans l'intervention d'aucun bélier noir ? C’est l'un des exemples qui s’invoquent le plus volontiers à l’appui de l’atavisme et de la réversion.

On cite enfin, toujours sans garantie aucune, ie cas d’une truie qui, après avoir fait une première portée avec un sanglier, aurait eu des gorets tachés de noir avec des verrats blancs. De quelle race était cette truie? c’est ce qui n’est pas dit. Etaitelle pure ou métisse? on n’en sait rien. Ce cas serait par conséquent à récuser purement et sim— plement, comme n'ayant aucune valeur scientifique. Nous en avons un tout à fait authentique et auquel ne manque aucun détail, qui a été observé sur des sujets de même genre à l'académie agricole de Poppelsdorf, en 1872. On y croisa une truie masquée, de couleur noire comme toutes celles de son espèce, avec des verrats anglais blancs, à cause de la très grande fécondité de cette espèce, caractérisée par les nombreux plis que la peau présente à la face. Cette truie avait d’abord été fécondée par un verrat masqué comme elle, qui mourut ensuite. Malgré cette première fécondation, qui aurait dû l’imprégner pour toujours, tous les gorets qu'elle eut avec les verrats anglais furent entièrement de couleur blanche comme leur père, ou avec forte prédominance de cette couleur. La mère n'eut même pas sa part égale de puissance héréditaire.

Après les faits que nous venons de passer en revue, nous nous abstiendrons, pour cause de suspicion légitime, de relever ceux qui concernent les unions entre blancs et négresses, ou inversement. Il en à été cité, mais il est trop évident que les faits de ce genre échappent à toute vérification, et qu’à ce seul titre ils doivent être écartés d’une discussion sérieuse. On en a vu assez d’ailleurs pour que nous soyons autorisés à conclure qu'aucun des cas cités, de quelque genre qu’il soit, n’a la moindre valeur probante en faveur du préjugé de l’imprégnation. Il ne s’agit, bien entendu, que de ceux qui sont bien réellement des faits. Ceux-ci s’interprètent tout naturellement par l'atavisme (voy. HÉRÉ- DITÉ), et non point par une influence persistante de la première fécondation, que nos connaissances physiologiques démontrent impossible. Il faut donc absolument renoncer à l’idée de Fimprégnation et se débarrasser de l’entrave que cette idée, à l’état de préjugé, introduit dans la pratique de la reproduction. Par cela seul qu’une jeune femelle aurait été mal accouplée pour la première fois, ce ne peut pas être un motif légitime d’exclusion pour des accouplements ultérieurs mieux appropriés. Il n’y à rien à craindre au sujet de sa descendance. AS

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