‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 3)Chapitre 54 sur 198 · INDIGESTION · texte numérisé non relu

INDIGESTION

ceux entretenus à l’étable, soumis au régime de la stabulation. Nous avons dit que certaines plantes Légumineuses, notamment la Luzerne et le Trèfle, surtout lorque ces herbes sont mouillées et l’atmosphère chaude, amenaient facilement la météorisation, quand les animaux n'étaient pas habitués à ces aliments. On admet que chez les sujets élevés dans les prairies artificielles, il s'établit une sorte de tolérance qui les met plus ou moins à l'abri de l'indigestion gazeuse.

En général, les symptômes de la tympanite apparaissent brusquement. Ce qui frappe tout d’abord, c’est le gonflement du flanc gauche qui augmente de plus en plus et finit par s'élever au-dessus du niveau de la ligne lombaire. Avec les progrès de la météorisation, la physionomie devient anxieuse, les naseaux se dilatent spasmodiquement ; la respiration est accélérée, difficultueuse. Le rumen fortement distendu comprime le diaphragme, s’oppose à la dilatation de l'organe pulmonaire et rend l’asphyxie imminente. À certains moments, la langue, bleuâtre, pend hors de la bouche. La circulation est embarrassée, le pouls est petit et faible. Il survient des moments de rémission plus ou moins prolongés, mais qui sont ordinairement suivis d’une aggravation des symptômes préexistants. La gêne de la respiration et l’anxiété augmentent, l'animal prend une attitude qui indique une très grande souffrance. Il est immobile, raide, insensible ; ses membres sont écartés, l’encolure tendue ; sa physionomie exprime l’angoisse, une salive plus ou moins abondante s'écoule par la bouche entr’ouverte. Par instants, 1l s’agite, mugit, pousse des cris plaintifs. Bientôt ses yeux s’éteignent, son pouls s’efface, sa respiration s'arrête; des sueurs froides apparaissent ; enfin il chancelle, tombe et meurt dans les convulsions.

Quelquefois ces symptômes se succèdent avec rapidité, et, si les malades ne sont pas promptement secourus, ils périssent infailliblement en quelques heures. On observe aussi des météorisations lentes, qui mettent plusieurs jours pour atteindre leur summum. Contre celles-ci on peut agir avec chances de succès. La météorisation est d'autant plus grave qu'elle est plus intense, qu’elle s’est développée plus rapidement et qu’elle s’est produite déjà un plus grand nombre de fois.

Il faut instituer un traitement en rapport avec le degré et l'intensité de l'affection. Il est des indigestions légères que l’on peut dissiper à l’aide de moyens très simples. Le bätonnement du pharynx, avec une tige bien unie et recouverte à son extrémité d’un linge doux et huilé, suffit quelquefois pour la faire disparaître. La résolution est encore favorisée par des frictions sèches pratiquées sur l'abdomen. Pour condenser les gaz accumulés dans le rumen et en arrêter la production, on a conseillé l'administration de différents agents thérapeutiques : sel marin, alcool, éther, ammoniaque.

L'éther doit être proscrit ; outre que son action est ordinairement faible, insuffisante, ce médicament communique à la viande une odeur désagréable qui la rend inutilisable dans les cas où l’aggravation de la maladie nécessite le sacrifice des sujets.

Quand la météorisation a résisté au bâtonnement du pharynx et aux frictions, il faut administrer des breuvages salés où ammoniacaux (250 à 400 grammes de sel marin pour les grands animaux, 20 à 30 pour le mouton et la chèvre, ou 150 à 100 grammes d’ammoniaque dans 2 à 4 litres d’eau pour le bœuf et 10 à 20 pour les petits animaux). Si, malgré ce moyen, la maladie fait des progrès, que l’asphyxie menace, il faut ponctionner le rumen au flanc gauche avec un trocart approprié ou, à défaut de trocart, avec un bistouri ou un couteau. La canule du trocart ou une canule improvisée, en sureau ou en roseau, est assujettie sur le rumen. Pour arrêter la fermentation des aliments accu-

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mulés dans ce réservoir, il convient de continuer l’administration d’eau salée. On favorise le retour de la rumination en donnant des infusions vineuses et aromatiques plusieurs fois dans la journée.

Enfin, la guérison obtenue, il est encore indiqué, pendant quelque temps, de tenir les animaux à une demi-diète et de leur faire faire, matin et soir, une courte promenade.

Indigestion du feuillet. — Affection grave produite par le desséchement des aliments dans le feuillet. Elle ne se développe que sur les animaux entretenus en stabulation; jamais on ne la constate chez ceux qui vivent aux pâturages. C’est une maladie hibernale due à l'alimentation sèche, au manque de plantes-racines, à l'insuffisance de boissons, circonstances étiologiques qui ne sont pas rares dans les pays montagneux pendant la saison d'hiver.

Les symptômes, obscurs au début, s’accentuent peu à peu et deviennent bientôt significatifs. Les malades se ballonnent après les repas; ils sont inquiets, tourmentés par des douleurs abdominales. On note presque toujours de fréquentes éructations. Ces météorisations, qui disparaissent en quelques heures, n’atteignent jamais un degré inquiétant. Avec l'ancienneté de l'affection, l'appétit diminue, disparaît même complètement ; il y a des alternatives de constipation et de diarrhée ; fréquemment on voit s'établir une diarrhée ou une dysenterie qui épuise l’animal et entraine la mort. Chez la plupart des vaches pleines, l’indigestion du feuillet détermine l'avortement.

À une période voisine du début, on triomphe aisément de la maladie par des boissons additionnées de substances mucilagimeuses ou laxatives et fréquemment dispensées. On donnera des plantesracines et du vert si l’on peut s’en procurer. Lorsque la maladie résiste aux moyens de traitement ordinaires, il faut recourir aux injections hypodermiques d’éserine ou de vératrine à doses faibles que l’on renouvelle pendant plusieurs jours. Lorsqu'elle s’est compliquée d’entérite ou de dysenterie, il est difficile d'en obtenir la guérison.

Indigestion de la caillette. — Commune sur les veaux, elle ne s’observe pas chez les sujets adultes. Sa cause déterminante est l’ingestion d’une trop grande quantité de lait ou de substances étrangères à l'alimentation ordinaire des jeunes animaux (farineux, Riz, Haricots). Les symptômes sont : les vomissements à la suite des repas, l'odeur aigrelette très désagréable des matières rejetées, une diarrhée muqueuse qui donne aux excréments ramollis un aspect jaunâtre, la tristesse, l’abattement des sujets qui refusent de téter et de boire. Dans un certain nombre de cas, l'affection se termine par la guérison, mais le plus souvent elle persiste et s'aggrave. Alors les malades maigrissent, le poil se pique, la diarrhée plus abondante et plus fétide se complique de dysenterie, et généralement la mort survient du huitième au quinzième jour.

Le traitement préventif de l’indigestion de la caillette consiste à régler la nourriture des sujets et à la modérer si elle est trop abondante.

INDIGESTIONS DES CARNASSIERS. — On n’observe guère chez ces animaux que l’indigestion ou plutôt la surcharge stomacale. C’est toujours un accident peu grave; sa guérison est donnée par le vomissement, qui s'effectue chez tous les Carnassiers avec une extrême facilité. P.-J. C.

INDIGOTIER. — Arbrisseau ou sous-arbrisseau de la famille des Légumineuses-Papilionacées, cultivé pour le principe tinctorial bleu que contiennent ses feuilles. Cette plante est originaire des Indes orientales. On la rencontre aussi à l’état sauvage dans divers districts de la Malaisie. Elle est cultivée comme plante tinctoriale, dans l’Hindoustan, la Guinée, les îles Philippines, l'ile de France, le

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Brésil, le Sénégal, la Malaisie, à Cayenne, à Siam, dans la Cochinchine, la Colombie; Guatemala, les Antilles, Saint-Domingue, la Guadeloupe, etc.

L'Indigotier ({ndigofera L.) végète en buisson plus ou moins élevé ; dans les bonnes terres il atteint souvent 1,20 à 1%,65 ; ses feuilles sont charnues, veloutées, à folioles plus ou moins arrondies ou lancéolées et imparipennées; ses fleurs sont petites, blanches, rosées ou pourpres et disposées en grappes axillaires ; ses fruits sont de petites gousses cylindracées ou tétragones, droites ou arquées, qui renferment cinq ou six graines un peu verdàtres, grosses comme des semences de Genêt à balai. La matière colorante existe à l’état incolore dans les feuilles.

Le genre Indigofera comprend un grand nombre d'espèces. Celles ‘principalement cultivées comme plantes industrielles sont au nombre de quatre.

1. Indigotier franc (Indigofera tinctoria). — Cette espèce est cultivée dans les Indes orientales, et, en général, dans toute la zone torride. L’arbuste est dressé et rameux ; ses tiges atteignent un mètre de hauteur; elles sont, comme les feuilles, couvertes de poils blanchâtres ; ses feuilles se composent de cinq à six paires de folioles oblongues et ovales; ses fleurs sont petites, blanches ou rosées; ses fruits, presque cylindriques, bosselés, réfléchis, et plus ou moins courbés, contiennent en moyenne dix graines tronquées à leurs extrémités. Cette espèce est indigène dans l'ile de Tahiti, elle fournit l’Indigo du Salvador, où elle est appelée Jiquilite. | ,

2. Indigotier bâtard (Indigofera anil). — Cette espèce, originaire des Indes orientales, est très cultivée dans l'Amérique équinoxiale ; elle a été naturalisée aux Antilles et au Brésil. Ses tiges sont dressées et hautes de 1 mètre ; ses feuilles sont composées de trois à sept folioles oblongues, mais à peine pubescentes; ses fleurs sont rouges ou pourpres. Ses gousses sont comprimées, arquées et non bosselées; elles renferment chacune de trois à six graines anguleuses et brunes.

3. Indigotier argenté (Indigofera argentea). — La culture de cette espèce est très répandue en Afrique et dans l'Inde. Cet Indigotier forme un sous-arbrisseau de 0,60; ses feuilles, à trois ou cinq folioles, sont blanchâtres et duveteuses ; ses fleurs sont pourpres; ses gousses sont un peu comprimées, pendantes, bosselées et blanchâtres ; elles contiennent de deux à quatre graines plus grosses que les semences des espèces précédentes.

4. Indigotier de la Caroline (Indigofera caroliniana). — Très cultivé en Amérique; ses tiges ont de 0,50 à 0,60 de hauteur; ses feuilles sont composées de treize folioles obovales et légèrement duveteuses; ses fleurs sont disposées en grappes qui sont plus longues que les feuilles ; les gousses sont courtes, presque globuleuses et pointues aux deux bouts; elles contiennent une ou deux graines. HR

L'Indigofera polyphylla, qu'on trouve à l’état indigène à la Guadeloupe et à la Martinique, et qui se distingue par ses feuilles couvertes de poils et ses gousses comprimées, est l'espèce qui y fournit l'Indigo du commerce. — L'Indigofera hirsuta, originaire de Guinée, est assez commun à Nosibé. Cette espèce, comme l'J. subulata, y produit un Indigo de qualité secondaire.

On trouve au Sénégal les I. diphyllum , senegalensis, pulchra, pauciflora et bracteolata, mais ces espèces y sont moins appréciées que l'J. finctoria.

L'Indigotier demande un terrain léger, fertile et un peu frais. En général, les terres calcaires de consistance moyenne exercent une influence sur la beauté du produit tinctorial qu'il peut donner. Le sol qu'on destine à cette plante doit être parfaite ment préparé, nivelé, et débarrassé des plantes à racines traçantes qui y végètent:

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L'Indigotier est vivace; néanmoins, dans toutes les contrées où il est cultivé, on le renouvelle tous les ans par des semis, l'expérience ayant mille fois démontré que les jeunes pieds fournissent toujours plus de parties herbacées que les Indigotiers âgés de deux ou trois ans. L'époque des semailles varie suivant les latitudes. À Java, dans la montagne, on les exécute en juillet; au Sénégal, on les opère à la saison des pluies ; au Japon, on les fait après les grands froids ; en Egypte, on les exécute à la fin de mars ou au commencement d'avril. Ici, on répand la graine à la volée ; ailleurs on la distribue dans de petits sillons distants les uns des autres de 0®,25 à 0,30; dans d’autres localités, les semis sont faits dans des trous espacés en tous sens, de 0,20 à 0",25. En Egypte, par exception, on espace les lignes de 0,60 à 0,70, et ies plants sur les lignes de 0,40 à 0,50. Quoi qu'il en soit, partout on enterre les graines à l’aide d’un léger râtelage. Au Japon, on couvre les semences de terreau ou de sable. Quand le soi ou le temps est humide, les semences germent au bout de quelques jours.

Pendant la végétation, on bine pour ameublir le sol et le maintenir propre, et souvent on l’arrose quand il manque de fraicheur et qu’on peut disposer d’un filet d’eau. Au Japon, où les semis se font à la volée, on éclaircit les plants quand ils ont de 0,12 à 0",16 de hauteur, et l'on couvre le sol de fumier tant pour le fertiliser que pour conserver, pendant l'été, l'humidité qui est si nécessaire à l’Indigotier.

La récolte des parties herbacées a lieu avant ou pendant la floraison. En général, les tiges garnies de feuilles récoltées avant l'épanouissement complet des fleurs contiennent plus d’indigo que celles qui sont récoltées après la floraison. A Java, au Mexique, en Egypte, au Sénégal, sur la côte de Coromandel et au Japon, on exécute trois récoltes par an, à des époques variables, suivant les latitudes. Dans l’Amérique septentrionale, on ne fait ordinairement que deux récoltes.

En général, la première récolte a lieu soixante à soixante-quinze jours après le semis, et les suivantes, à trente ou quarante jours d'intervalle, suivant la fertilité ou la fraicheur du sol et la température de l'air. Les plantes, suivant les localités, sont coupées rez terre, ou à 0,10 au-dessus du sol, avec une faucille. La dernière pousse est moins riche en matière colorante, mais, par exception, en Egypte, elle est la plus productive, par suite de l'influence des débordements du Nil.

Les procédés employés pour extraire l’indigo varient beaucoup. De là les différences considérables qu’on observe dans les indigos livrés par le commerce. Le procédé le plus perfectionné est celui adopté dans le Bengale ou dans l'Amérique du Sud. Aussitôt que les parties herbacées ont été récoltées, on les met à fermenter dans une cuve contenant environ trois fois leur volume d’eau froide, en ayant soin qu’elles soient bien pressées les unes contre les autres, en les chargeant de madriers et de pierres. Cette fermentation dure de seize à vingt-quatre heures, selon la température de l’eau. Ce bassin, appelé frempoir, est muni d’un robinet à sa partie inférieure, pour décanter le liquide dans une autre cuve appelée batterie. Quand l’eau est verte et possède une saveur âpre, on la fait arriver dans cette seconde cuve, où elle est agitée ou battue pendant une à deux heures, par des ouvriers munis de battes ou à l’aide d'une roue à palettes. Cette opération, la plus importante de toutes, a pour but de mettre la matière colorante en contact avec l’oxygène de l’air, et de précipiter l'indigo par l'oxydation. Quelquefois, pour rendre cette précipitation plus prompte et surtout plus complète, on verse et l’on mêle dans la cuve de l’eau de chaux qu’on a préalablement filtrée. Au bout de vingt-quatre heures environ, quand la matière co-

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