IPÉCACUANHA
qui les porte, que nous mangeons; certains involucres peuvent fournir des matières colorantes ou tanniques, etc. (vOy. BRACTÉE, INDUVIE). E. M.
IPÉCACUANHA (on dit souvent IPÉCA, par abréviation) (botanique). — Ce nom a été donné à un assez grand nombre de substances d’origine végétale, qui n’ont souvent d'autre caractère commun que celui de provoquer le vomissement. |
Les Ipécacuanhas vrais, dont on distingue six sortes commerciales, sont tous produits par des plantes de la famille des Rubiacées, appartenant aux genres Uragoga et Richardia.
Le premier de ces genres se distingue particuliè= rement (voy. RUBIACÉES) par sa corolle à préfloraison valvaire, par son ovaire plus ou moins infère, ordinairement divisé en deux loges qui contiennent chacune un seul ovule ascendant ; par son fruit, qui est une drupe à deux noyaux, avec deux graines à albumen corné, entourant un embryon droit ou un peu arqué.
Les Uragoga sont des herbes ou de petits arbustes américains, à feuilles opposées, munies de minces stipules interpétiolaires, et dont les fleurs sont toujours disposées en cymes, à axes de longueur très variable. L'espèce la plus importante est l'U. Ipecacuanha MH. Kn (Cephælis Ipecacuanha Rich.), très petit arbuste brésilien, qui ne dépasse guère 0",40 de haut, et dont la tige, ordinairement simple, se termine par une tête de glomérules qui simule un capitule, et est entourée à la base par un involucre de deux à quatre bractées très amples. Cette plante se cultive facilement dans nos serres.
La partie employée est la racine. Elle se présente sous la forme de cordons flexueux, munis de renflements et d’étranglements alternatifs très rapprochés, ce qui a fait donner à cette substance le nom d'Ipécacuanha annelé. On emploie surtout le parenchyme cortical de ces racines, qui doit ses propriétés à l’acide ipécacuanhique et à l'émétine qui y sont contenus.
D’autres racines sont surtout remarquables par les stries longitudinales dont elles sont marquées, et constituent les ]pécacuanhas striés. Elles sont produites par des espèces du même genre, originaires de la Nouvelle-Grenade ou de pays voisins.
Comme nous l'avons dit ci-dessus, le genre Richardia concourt également à la production des Ipécacuanhas vrais. 11 est formé d'herbes de l'Amérique tropicale, à port variable, mais qui se distinguent surtout parce qu'avec une organisation florale analogue à celle des Uragoga, elles ont un fruit sec, formé de trois à quatre loges monospermes, qui se séparent à la maturité en autant de coques déhiscentes au sommet. L'espèce utile est le À. scabra L. (Richardsonia brasiliensis Gom.) ; très répandue depuis le Mexique jusqu'au Brésil, elle fournit un /pécacuanha ondulé, ainsi nommé de la forme des racines qui sont marquées de distance en distance de sillons semi-circulaires plus ou moins profonds.
Les différentes sortes d'Ipécacuanhas ont des propriétés d'intensité très variable suivant leur composition chimique; mais ce sont là des détails qui ne sauraient trouver utilement leur place dans cet article.
Les faux Ipécacuanhas appartiennent tous à des familles fort différentes de celle des Rubiacées, et nous n’avons pas à les examiner en détail. Cependant nous croyons qu'il peut être utile au lecteur de faire remarquer que bon nombre de plantes indigènes ont la propriété vomitive, et peuvent, par conséquent, remplacer au besoin les vrais Ipécacuanhas. Telles sont, par exemple :
L’Arnica de montagne (Arnica montana L.), Composée dont les fleurs, que l’on consomme en si grande quantité comme vulnéraires et antirhuma-— tismales, sont émétiques quand on les prend à l'intérieur ; ; f
IPOMÉE
Le Cabaret (Asarum europæum L.), petite herbe du groupe des Aristolochiacées, dont la racine cest fortement purgative et vomitive ;
Le Narcisse des prés (Narcissus pseudo-Narcissus L.) de l’ordre des Amaryllidacées. Les fleurs de cette plante sont également vomitives, et rendent souvent de très grands services, notamment dans les maladies de poitrine, chez les très jeunes enfants. E. M.
IPOMÉE (horticullure). — Genre de plantes de la famille des Convolvulacées dont les fleurs hermaphrodites et régulières ont un calice à cinq divisions et une corolle en entonnoir. Ce sont des plantes annuelles ou vivaces par un rhizome tubé-
Fig. 169. — Ipomée à grandes fleurs.
reux. Les rameaux aériens sont volubiles et portent des feuilles simples, cordiformes, entières ou découpées sur les bords suivant les espèces.
On cultive dans presque tous les jardins l'/pomée pourpre (Ipomea purpurea Lamk), connue aussi sous le nom vulgaire de Volubilis, dont les fleurs sont réunies en cymes unipares à l’aisselle des feuilles. Ces fleurs revêtent des couleurs très variables suivant Les variétés ; elle sont roses, bleues, blanches ou bien portent ces diverses couleurs associées en panachure. Les fleurs qui s’épanouissent le matin sont flétries dans l’après-midi ; mais, comme elles sont très nombreuses, la plante en est constamment couverte. Les Volubilis conviennent très bien à la décoration des tonnelles ou des grilles, car leur croissance est rapide. On sème en place ou bien en pot sous châssis. Ils craignent la gelée et
IRIDACÉES
ne doivent, par conséquent, être exposés à l'air libre que dans la seconde quinzaine de mai. Ils fructifient abondamment et se resèment d'eux-mêmes.
L'Ipomée remarquable (I. Bona-nox L.) est un peu moins cultivée que la précédente espèce, cependant ses grandes fleurs très élégantes et son beau feuillage ample et complètement glabre sont bien faits pour en recommander la culture. Malheureusement celle-ci est moins simple que celle de la précédente espèce. Il faut semer sur couche, puis repiquer en godet et mettre en place fin mai à exposition chaude. La floraison na lieu qu'en septembre et octobre.
On cultive encore, mais plus rarement, les 7. muricata Cas., pendula R. B., paniculata R. Br. et quelques autres, qui sont peu rustiques. On doit les conserver en serre chaude pendant l'hiver, car elles sont vivaces.
Elles y peuvent servir à la décoration des murailles ou des colonnes. JD:
IRIDACÉES (botanique). — Famille de plantes monocotylédonées, qui à reçu son nom du genre ris, lequel peut être étudiépour donner une notion générale du groupe.
Les Zris L. ont les fleurs régulières et hermaphrodites. Leur réceptacle a la forme d’un sac profond, trigonc, rétréci au sommet en une sorte de col que surmonte un goulot légèrement évasé, et variable de hauteur, suivant les espèces. Le périanthe comprend six pièces, toutes insérées à l’ouverture du sac réceptaculaire, et disposées en deux verticilles trimères. Les pièces du verticille extérieur (sépales) sont réfléchies et concolores, assez étroites, munies sur le milieu de leur face interne d’une crête papilleuse plus ou moins saillante. L'une d'elles occupe la partie postérieure de la fleur. Les pièces intérieures (pétales) sont alternes avec les précédentes, dressées, avec le sommet infléchi, concolores, mais quelquefois teintées différemment que les sépales. L’androcée, inséré un peu au-dessus du périanthe, comprend trois étamines superposées chacune à un sépale.
Elles sont formées d'un filet qui porte une anthère basifixe, biloculaire, déhiscente par deux fentes longitudinales extrorses. Le gynécée consiste en un ovaire triloculaire, adné dans toute son étendue au sac réceptaculaire, et surmonté d’un style dont la base traverse l'espèce de col dont il a été question, et se divise bientôt en trois branches d’une organisation toute particulière. Chacune d'elles, en effet, se termine par une petite surface stigmatique, après s'être dilatée à droite et à gauche en une aile membraneuse, colorée comme le périanthe, et prolongée au delà de l'extrémité stigmatique; de sorte que ces trois branches, par leur structure membraneuse, par les teintes variées dont elles sont ornées, ont quelquefois été prises pour les pièces d’un troisième verticille du périanthe. Les botanistes descripteurs les disent pétaloïdes. Elles sont concaves en dehors et embrassent étroitement les étamines. Chacune des loges ovariennes, qui se trouvent en face des sépales (et par conséquent des étamines), contient sur un placenta longitu-
IRIDACÉES
dinal axile, de rangées d’ovules anatropes, indéfinis. Le fruit est une capsule allongée, trigone, loculicide, induviée au début par le périanthe persistant. Les graines, ordinairement comprimées, à téguments épais, plus ou moins subéreux, renferment un albumen corné, avec un petit embryon excentrique.
Les Iris sont des herbes vivaces, à rhizome épais, plus ou moins ramifié sous le sol (rarement court et tubériforme), garni de racines adventives, surtout dans sa demi-circonférence inférieure et de feuilles réduites à l’état d’écailles blanches ou brunâtres. Les rameaux aériens (qu’on appelle improprement figes, dans le langage ordinaire) portent des feuilles ensiformes, condupliquées, distiques et équitantes. Sur les axes florifères, ces feuilles passent bientôt à l’état de bractées, dans
Fig. 170. — Iris de RE coupe longitudinale de la eur.
l’aisselle desquelles naissent de petites cymes unipares de fleurs plus ou moins longuement pédicellées, et entourées chacune d’une spathe de consistance variable. L'inflorescence est done mixte; c'est une grappe ou un épi de cymes. Quelques rares espèces ne possèdent qu'une seule fleur ou deux.
Les Jris, dont on connaît une centaine d’espèces
répandues dans presque toutes les régions tempérées de l’ancien et du nouveau monde, sont très variables quant à leur port, la couleur, la taille et le nombre de leurs fleurs. Ils n’en constituent pas moins un genre bien distinct, toujours reconnaissable à l’organisation de son style. Autour d'eux se rangent quelques autres types qui en diffèrent par des caractères peu importants, lesquels ne sauraient être énumérés en détail; tels sont les genres Moræa L., Tigridia Ker, etc.
. La forme du périanthe et des branches stylaires joue un rôle important pour la subdivision de la famille très naturelle qui nous occupe. C’est en effet sur ces caractères qu'est surtout basée une autre série d’Iridacées dont les Safrans (Crocus L.) peuvent être considérés comme le type.
IRIDACÉES
Les Safrans ont le périanthe longuement tubuleux, à limbe claviforme dans le bouton. Les trois étamines ont leurs filets insérés vers la gorge de ce tube. La longueur de ce dernier entraine un allongement extrême du style, qui est fort grêle dans sa portion simple. Les trois branches ont la forme d’une membrane triangulaire, denticulée à son bord libre, et plissée du point d'origine vers ce bord, à peu près comme un éventail aux trois quarts fermé. L'organisation de l'ovaire est la même en somme que dans les Iris, et le fruit est encore une capsule loculicide.
C'est aussi par leurs organes végétatifs que se différencient les Crocus. Leur tige, en effet, consiste en cette variété de bulbe qu'on appelle solide (voy. BuLBE). Les tuniques (gaines) y sont minces et peu nombreuses. Les feuilles aériennes, qui partent presque toutes de ce bulbe, ont un limbe ordinairement étroit, comme subulé. De l’aisselle des tuniques ou du sommet du bulbe luimême, naissent les pédoncules floraux qui portent, suivant les espèces, des fleurs solitaires et terminales, ou de petites cymes unipares. Les Safrans, dont on a décrit plus de soixante espèces, sont presque tous originaires de la région méditerranéenne, sauf quelques-uns qui s’avancent jusque dans l’Asie centrale.
Les types à fleur irrégulière ne font point défaut à la famille des Iridacées, et y constituent naturellement une troisième série dans laquelle les Glaïeuls (Gladiolus L.) sont pour nous les plus importants. Ils ont tous les caractères fondamentaux des Iris, mais leur périanthe devient subbilabié, parce que le sépale et les deux pétales postérieurs sont relevés, ordinairement plus grands et autrement colorés que les autres parties du périanthe. L’androcée participe plus ou moins à cette irrégularité, l'étamine postérieure étant ordinairement plus grande. Les Glaïeuls ont, comme les Safrans, un bulbe plein d’où s'élève un seul rameau aérien, muni de feuilles qui rappellent beaucoup celles des Iris, et terminé par un épi de cymes uniflores, presque toujours déjetées d’un même côté. On en compte environ quatre-vingts dans la région méditerranéenne, l'Afrique tropicale et les iles Mascareignes.
Constituée, comme nous venons de l'indiquer brièvement, la famille des Iridacées comprend environ sept cents espèces réparties entre une cinquantaine de genres dont le nombre paraît certainement exagéré et pourrait être réduit peutêtre de moitié. L’aire géographique du groupe est fort étendue, puisqu'on en a signalé la présence jusqu’en Australie. [1 faut dire, toutefois, que c’est une famille essentiellement méditerranéenne, malgré les quelques rameaux qu’elle envoie plus ou moins loin de ce centre.
Quant à ses affinités, elles sont évidentes, et la rapprochent tout à fait des Amaryllidacées dont elles ont l'ovaire infère et l’organisation fondamentale, mais dont elles se distinguent très facilement par leur androcée isostémoné et extrorse.
Au point de vue de la technologie végétale, les Iridacées ont une importance considérable dont nous ne pouvons donner qu’un aperçu sommaire.
Presque toutes les plantes du groupe sont douées de propriétés marquées, dues en grande partie à des substances contenues surtout dans leurs parties souterraines, et qui les rendent ordinairement fort actives. Le rhizome des Iris, les bulbes des Safrans et des Glaïeuls sont irritants, àcres et purgatifs ; employés à l’état frais, ils peuvent amener, une sorte de vésication, et provoquer la suppuration des plaies. Les principes dont il est question sont en grande partie volatils, et les organes, une fois desséchés, sont à peu près inoffensifs, et n'ont plus guère d’autres propriétés que celles des 0rganes riches en fécule. M LE
IRIDACÉES
Certaines espèces contiennent en outre des essences odorantes, et chacun connaît l'usage que fait la parfumerie des rhizomes secs de l’Iris de Florence et de quelques autres espèces, pour préparer des cosmétiques divers à odeur de Violette.
Le Safran cultivé (Crocus sativus L.) fournit à la médecine et à l’industrie ses styles, que l’on récolte au moment du complet épanouissement des fleurs.
Fig. 171. — Safran cultivé : plante entière et coupée longitudinalement, style, ovaire
entier et coupé en travers.
Ces styles{constituent, après avoir été séchés, le safran du commerce. Ils contiennent une huile odorante, du sucre, de la gomme, ete., et jouissent d'une grande réputation (probablement en partie usurpée) comme antispasmodiques et emménagogues. Ils entrent, comme tels, dans un bon nombre de médicaments usuels, parmi lesquels le laudanum et l’élixir de Garus sont les plus connus. L'eau leur enlève en outre une matière colorante très belle (la polychroïte ou safranine), de teinte jaune orangé, qui se fixe bien sur les étoffes, celles de laineet de soie,‘en particulier.