‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 3)Chapitre 66 sur 198 · SORTIES · texte numérisé non relu

SORTIES

IRLANDAISE

complète des landes de Bretagne, où plus tard sont venus s'établir les petits chevaux immigrants d’Asie (voy. BRETONNES).

On reconnait, dans la race chevaline Irlandaise, plusieurs variétés de Poneys, ceux des Shetland, d'Islande et de la Suède, ceux de Galloway ou du pays de Galles et ceux de l'Irlande, et enfin les variétés Bretonnes (voy. BRETONNES et PONEYS pour leur description zootechnique).

RACE BOVINE IRLANDAISE. — Le D. T. hibernicus, type naturel de cette race, est dolichocéphale. Dans ce type, le front forme un chignon peu élevé audessous du niveau de la nuque, et dont les deux sommets, peu accentués, sont éloignés l’un de l’autre. Les chevilles osseuses frontales, circulaires à leur base placée haut, sont dirigées d’abord obliquement de bas en haut et un peu d’arrière en avant, puis arquées en dedans et ensuite en arrière, vers la pointe qui est très effilée, Il y a une faible dépression divergente entre les orbites, surmontés de bosses saïllantes. Les os du nez sont rectilignes, en voûte ogivale, sans saillie à leur connexion avec les frontaux. Les lacrymaux et les grands susmaxillaires ne présentent aucune dépression. L’arcade incisive est petite. Le profil est droit, la face étroite, mince et allongée.

Ce type, confondu par presque tous les auteurs avec celui de la race des Pays-Bas, auquel appartiennent les vaches Flamandes et Hollandaises (voy. ces mots), en diffère cependant nettement, comme on vient de le voir, et par les chevilles osseuses frontales et par la forme des os et du nez. Ce sont seulement deux types voisins, ce qui explique la confusion.

Les caractères zootechniques généraux ne sont pas moins distinctifs. D'abord, la race Irlandaise est peut-être la plus petite de toutes les races bovines connues. La taille, chez les mâles, ne dépasse pas 1,25 et descend au-dessous de 1 mètre chez les femelles. Le squelette est toujours très fin. Le cou, étroit et mince, sans fanon, est le plus souvent concave à son bord supérieur, chez les femelles, comme chez les Cervidés, ce qui fait porter haut le bout du nez. Le garrot est mince, tranchant, ainsi que le dos. La croupe, toujours courte, est généralement pointue avec la base de la queue saillante. La poitrine, souvent peu profonde, fait paraitre longs les membres qui sont ordinairement peu musclés et souvent déviés, surtout les postérieurs. Les mamelles des vaches ont des mamelons petits.

La peau, toujours mince, est fortement pigmentée aux ouvertures naturelles. La race est conséquemment brune. On constate, dans son pelage, les quatre couleurs diversement disposées, mais ordinairement groupées par deux, dont la blanche fait toujours partie.

L’aptitude prédominante dans la race irlandaise est celle des mamelles, non point pour l’activité de leur fonctionnement, mais pour la qualité du lait qu’elles produisent. Ce lait est remarquablement riche en beurre. Aucune autre race ne la surpasse sous ce rapport. Remarquable aussi par sa sobriété, par sa rusticité, elle fournit des bœufs d’une vigueur, d’une ténacité et d’une agilité étonnantes. Elle est, en outre, renommée pour la finesse et la saveur agréable de sa chair.

L’aire géographique est la même que celle de la race chevaline Irlandaise décrite plus haut, à cela près qu’elle ne s'étend pas aussi loin vers le nord et qu’elle descend, au contraire, davantage vers le sud. La race bovine dont il s’agit n’a en effet point de représentants dans les îles dela mer du Nord, ni en Suède. Elle n’en a pas non plus sur les highlands d'Ecosse. Son aire se termine au nord aux limites de l’Ayrshire, et comprend en deçà le pays de Galles et l'Irlande, plus les îles de la Manche, Jersey, Guernesey et Aurigny (Alderney des Anglais). Sur le continent, outre le

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Îittoral breton, elle a peuplé toute la région des landes de Bretagne, où elle forme une population très nombreuse. Cet aire est donc seulement en trois portions (non compris les îles de la Manche), une irlandaise, l’autre écossaise et anglaise, et la troisième française. On sait qu’elle était continue au temps de la formation du type naturel. Son berceau est sur l’un des points submergés, probablement plus voisin de l'Irlande que d’aucune autre de ses parties actuelles.

La race Irlandaise, telle qu’elle se présente actuellement, se compose de plusieurs variétés, qui sont celles de Kerry, d'Ayr, de Devon, de Jersey ou Jersyaise et de deux variétés Bretonnes (voy. ces mots).

RACE OVINE IRLANDAISE. — Les sujets de la race ovine Irlandaise sont désignés, pour la plupart, en anglais par le nom de Downs (voy ce mot). Le nom zoologique ou spécifique de cette race est 0. À. hibernica. Le type naturel ainsi nommé est brachyc<éphale. Il a le front plat, ordinairement aujourd'hui dépourvu de chevilles osseuses, qui sont normalement fortes, à base en triangle équilatéral et contournées en spires rapprochées. Les arcades orbitaires sont saillantes. Les os du nez, en voûte plein cintre, sont faiblement curvilignes sortants dans le sens longitudinal. Les lacrymaux ne présentent point de dépression, et leur larmier est peu profond. L’épine zygomatique est saillante. L’arcade incisive est petite. L’angle facial est presque droit, et la face courte, triangulaire à base large.

La taille atteint au maximum 0,70, mais, dans le plus grand nombre des cas, elle ne dépasse pas 0%,60. La race étant aujourd’hui presque tout entière améliorée, le squelette est fin, et la conformation générale correcte, c’est-à-dire que le tronc est ample et les membres courts, avec des masses musculaires fortement développées. Une seule des variétés de cette race fait exception sous ces rapports, ayant le corps moins volumineux et les membres plus forts.

Mais ce qui ne manque jamais, c'est la pigmentation de la peau par places plus ou moins rapprochées sur le corps ettoujours complète à la tête et aux membres. Ces dernières parties sont d’un noir plus ou moins foncé et parfois rougeâtre. Le pigment ne s’étend point aux oreilles, qui sont courtes et presque dressées. La toison, qui naturellement devait être souvent noire, elle aussi, est maintenant toujours d’un blanc un peu grisâtre. Elle s'étend parfois jusque sur le front et sur les joues, mais toujours sous le ventre et sur les membres jusque près du genou et du jarret. Elle appartient à la catégorie des laines qualifiées de courtes, en brins frisés.

Dans la race ovine Irlandaise, le tempérament est rustique, mais il ne s’accommode pas du tout à l'humidité du climat. La finesse et la saveur agréable de la chair, surtout celle de la graisse, ce qui est rare chez les Ovidés, constituent l’un des caractères zootechniques les plus remarquables de cette race, dont l’aptitude à produire de la laine est médiocre, aussi bien sous le rapport de la qualité que sous celui de la quantité. Sa laine manque en effet toujours de résistance.

L’aire géographique naturelle, celle sur laquelle la race s’est étendue de son propre mouvement, est restreinte, mais en ces derniers temps ses représentants ont été transportés un peu partout, dans l’ancien et le nouveau continent. Nous devons laisser de côté les lieux sur lesquels ils sont disséminés, pour ne parler que des populations compactes. Celles-ci ne se trouvent que dans le Royaume-Uni, en Irlande, en Angleterre et en Ecosse. Toute l’ancienne Hibernie est occupée. En Angleterre, les troupeaux de cette race peuplent les dunes du sud et du sud-ouest, dans les comtés

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de Sussex, de Hamp et de Dorset, et en outre les comtés de Surrey, d'Oxford, de Worcester et de Shrop. Elle tend à envahir les comtés du sud-est et quelques-uns de ceux du centre. En Ecosse, elle occupe tous les niveaux moyens des Highlands. On s'accorde généralement à placer son berceau sur les dunes calcaires du sud.

Malgré la faible étendue relative de cette aire, de nombreuses variétés sont admises dans/la race, On y distingue les variétés Southdown, Hampshiredown, Oxfordshiredown, Shropshiredown et Black- Faced (voy. ces mots). LS]

IRLANDE (géographie). — L'Irlande fait partie des Iles Britanniques au nord-ouest de l’Europe. Entourée de tous côtés par l’océan Atlantique qui a reçu le nom de mer d'Irlande dans la partie qui la sépare de la Grande-Bretagne, elle est comprise entre les 8° et 13° degrés de longitude ouest et les 51° et 55° degrés de latitude nord. Son étendue totale est de 8327 980 hectares. Sa plus grande longueur, du nord au sud, est de 464 kilomètres; sa plus grande largeur, de l’est à l’ouest, est de 280 kilomètres. Ses côtes sont découpées par de nombreux golfes ou estuaires, surtout au nord et à l’ouest; leur longueur totale dépasse 3000 kilomètres. L’Irlande est divisée en quatre provinces : l'Ulster, au nord et au nord-est ; le Leinster, à l’est et au sud-est; le Munster, au sud-ouest; le Connaught, à l’ouest et au nord-ouest. Ces provinces sont subdivisées en trente-deux comtés.

L'intérieur de l’île est généralement plat et ondulé; on ne rencontre de montagnes qu’au voisinage des côtes; elles forment des groupes détachés qui, sur différents points, séparent la plaine intérieure de la mer. Elles constituent six groupes distincts, savoir : les montagnes de Wicklow, celles de Mourne et celles d'Antrim, sur la côte orientale ; celles de Donegal, au nord-ouest; celles de Connemara, sur la côte occidentale ; celles de Kerry, au sud-ouest. Dans la partie centrale de l’île, une vaste plaine s'étend de la baie de Dublin, à l’est, à celle de Galway, à l’ouest, sans dépasser une altitude de 100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Quant aux montagnes elles-mêmes, elles sont généralement peu élevées; le pic le plus haut, dans les montagnes de Kerry, ne dépasse pas 1020 mètres. — Un assez grand nombre de rivières arrosent . l'ile et la divisent en petits bassins, dont le plus important est celui du Shannon, fleuve dont la longueur atteint 360 kilomètres. Plusieurs grands lacs se trouvent dans les montagnes : le plus vaste est le Loug-Neagh, qui couvre 39000 hectares ; les plus célèbres sont les lacs de Killarney, dans les montagnes de Kerry.

Le climat de l'Irlande se caractérise par une grande humidité : les pluies y sont fréquentes, sinon abondantes, et sous l'influence des vents d'ouest chargés des vapeurs de l'Atlantique qui soufflent pendant les trois quarts de l’année, l’air est presque constamment humide. La hauteur annuelle de pluie est, en moyenne, de 0,787 à Dublin, sur la côte orientale, et de 1,016 à Cork, sur la côte méridionale. Sur la côte occidentale, la température est plus chaude que sous les mêmes latitudes dans la Grande-Bretagne. Dans toute l’île, les températures extrêmes se tiennent dans des limites plus étroites qu'en Angleterre ou en Ecosse; la température : moyenne est de 9 degrés dans le nord de l'ile et de 11 degrés dans le sud ; la température moyenne de l'hiver est de 5 degrés, celle de l’été de 14 degrés ; les gelées sont rares. Le climat maritime s’y présente avec tous ses caractères; c’est à son influence que l'Irlande doit l’aspect verdoyant qui lui a valu le nom d’émeraude de l'Océan ou de verte Erin; à l’automne, les arbres conservent leurs feuilles plus longtemps qu’en Angleterre. L'ile était autrefois couverte d’une puissante végétation arbustive; mais la plupart des forêts ont été abat-

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tues, et celles qui restent sont aujourd'hui clairsemées sur le territoire.

Le sol des deux cinquièmes de l'Irlande est constitué par de vastes tourbières qui s'étendent sur 3250000 hectares. Les tourbières occupent surtout la partie de la plaine centrale qui s'étend entre les baies de Dublin et de Galway et les parties montagneuses des côtes occidentales ; on en rencontre aussi dans les montagnes de Wicklow et dans celles de la côte du nord-est. Ces tourbières sont rarement à une altitude inférieure à 30 mètres, et par suite elles sont souvent susceptibles d’être drainées. On distingue la tourbe rouge et la tourbe noire: la première, qui est la plus commune, constitue des sols susceptibles de culture; quant à la tourbe noire, elle ne paraît apte qu’à former des pâturages. La tourbe qu’on en extrait fournit le principal chauffage usité dans le pays. Outre les tourbières proprement dites, l'Irlande comporte de vastes surfaces marécageuses, recouvertes d’une légère couche de tourbe; elles constituent surtout des pâturages.

Au point de vue de la production agricole, les meilleures terres se trouvent généralement à l’intérieur de l'ile, et les plus mauvaises sur les côtes. Sous le rapport de la fertilité, le centre se place en première ligne ; ensuite viennent l’est et le sud, et en dernière ligne, les parties occidentale et septentrionale.

D'après les statistiques officielles, le territoire de l'Irlande se divise comme il suit (1886) :

hectares

ONTARIO ER Ten eue . 1182698 Praltiémeh paires te. Va. 4901 772 Tourbières, terres vagues, montagnes. 4907000 BOISN OL MONOSPACE 136 000 Autres terres (villes, eaux, etc.)...... 200 510 HORS AIS Sa DES Abe ne à 8 327 980

Les documents statistiques successifs faisant varier assez fréquemment le classement des diverses natures de terres, il est difficile de se livrer à des comparaisons pour une période d'années. Vers 1830, à l’époque des premières statistiques, on évaluait la surface improductive en Irlande à un quart de l’étendue totale; si l’on s’en rapporte au tableau précédent, la situation aurait peu varié; mais il est probable qu’à cette époque on comptait comme terre improductive une partie de ce qui est désigné aujourd’hui comme päturage. Quoi qu’il en soit, si l’on s’en tient aux deux premières catégories du tableau, on constate que le caractère principal de l’évolution de l’agriculture est dans la substitution des prairies aux terres labourables. C’est ce qui ressort de la comparaison des statistiques de 1876 et de 1886 :

1876 1886 hectares hectares Terres arables.........: 9 108 000 1183 000 Prairies et pâturages.... 4240 000 4902000 TOPAUX = ee 6 348 000 6 085 000

Dans ces dix années, on constate, sur l’ensemble, une diminution de plus de 260 000 hectares, ce qui tient surtout aux souffrances du pays. Tandis que, en 1876, on comptait 2 hectares de prairies et pàturages pour 1 hectare de terres arables, en 1886 le rapport devient de 4 à 1.

Les terres arables se divisent en deux grandes catégories : à la première appartiennent les céréales et les plantes farineuses ; à la deuxième, les récoltes vertes, en d’autres termes, les récoltes fourragères. Elles se répartissent comme il suit: céréales, Fèves et Pois, 636 000 hectares ; Pommes de

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terre, 320 000 hectares ; récoltes vertes, 168 000 hectares. Les céréales couvrent un peu moins du tiers des terres arables : c’est l’Avoine qui tient le premier rang avec 930 000 hectares ; l'Orge couvre près de 75 000 hectares, et le Froment 27 000 hectares seulement ; en 1850, on comptait 855 000 hectares en Avoine, 105 000 en Orge et 240 000 en Froment; cette comparaison montre combien les proportions ont varié dans cette période de trente-cinq années. La décroissance dans la production des céréales est. un fait tout à fait caractéristique. Il y a eu aussi une diminution notable dans la surface consacrée aux Pommes de terre, laquelle est passée de 390 000 hectares en 1876 à 328000 en 1880 et à 320 000 en 1886. Il y a, au contraire, accroissement dans les récoltes vertes, qui occupent environ 10000 hectares de plus qu’il y a dix ans. La seule culture industrielle qui présente quelque importance est celle du Lin; elle occupe actuellement plus de 90000 hectares ; elle n’a subi depuis longtemps que de faibles variations, sauf pendant la guerre de sécession des Etats-Unis d'Amérique ; à cette époque, par suite de la pénurie du coton, elle s’est élevée subitement à 120000 hectares, pour revenir bientôt aux conditions ordinaires. Enfin, aux terres arables se rattachent encore 785000 hectares en prairies artificielles et en Trèfle que le tableau précédent fait figurer dans le total des prairies et pâturages.

En résumé, si l’on représente par 100 le total des terres arables, le tableau suivant indique la proportion pour laquelle chaque culture entre dans ce total :

PROPORTION POUR 100 ANOIN OS Rs SMS ture sie ne Lt DR OrDess RIRE ER A Enr 3,4 ÉTOMeNtE me ea ee 1,4 32,8 SA CAEN ee re 0,1 HéVeSTet LP OISE NME RReN 0,2 Pommestdeuterre. 1000 16,4 TUTREPOR INA BE 20e 2150, 25,1 Autres récoltes vertes......... 2,4 RS RE OC RL EE te DAT 1,8 Prairies artificielles et Trèfle.......... 40,3 TORRENT AA 100,0

Ce tableau fait ressortir la prédominance des récoltes sarclées et des cultures fourragères dans les assolements adoptés par la culture irlandaise. C’est d’ailleurs une conséquence du climat dont l’humidité est préjudiciable à la maturation régulière des céréales, mais favorable au développement des récoltes vertes.

On évalue comme il suit, pour la dernière période décennale, les rendements des principales cultures par hectare:

quintaux métr. kilogr.

Fromentere rte 17,80 Pommes de terre... 7,879 AO -+ Ps hrs se 16,890 Turneps-":-.2.07, 31,500 ORNE RU EEE 20,57 Betteraves ....... 34,290 Méteila error 19,80 CROUX AC EN 25,150 Oeigle ere. SE EURE AL Line saine = 450

Les pâturages occupent environ la moitié du territoire de l'ile, mais dans des proportions assez inégales suivant les provinces ; tandis que, dans celles de Munster et de Leinster, ils couvrent environ 5» pour 100 de la surface, leur étendue se restreint à 48 pour 100 dans celle de Connaught et à 43 pour 100 dans celle d’Ulster. Toutes les régions dans chaque province ne présentent pas d’ailleurs un caractère uniforme sous ce rapport: c’est dans les comtés de Clare, de Limerick, de Meath et de Westmeath qu’on trouve le plus de pâtures, soit de 6) à 69 hectares sur 100 hectares ; ceux de Donegal, d’Armagh, de Down, de Louth et de Mayo, en out

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le moins, soit de 33 à 40 pour 100 hectares. Cette vaste étendue de pâtures assure la subsistance pour un nombreux bétail ; aussi les recensements ont-ils toujours accusé une nombreuse population animale. C’est ce qui ressort du tableau suivant qui résume quatre recensements :

1850 1872 1876 1885 Chevaux et mulets eee 526757 560804 556951 566430 ANES REP eUE » 151 351 182 210 197 170 Races bovines.. 2917949 4059397 4117440 4923851 Races ovines... 4876096 4963954 24009157 3478056 Races porcines. 917502 1388571 1425042 1269092

En comparant les résultats des deux recensements extrèmes, on constate, pour cette période de trente-cinq années, un accroissement notable sur les trois premières catégories; pour les races ovines, il y a eu diminution constante, et pour les races porcines, l'accroissement constaté jusqu’en 1876 a fait place à une diminution notable. En ce qui concerne les moutons, la diminution du nombre des troupeaux tient à celle du nombre des fermes et à la baisse constante dans le prix des laines.Pour les pores, l'extension du commerce des viandes salées d'Amérique a été la principale cause de la réduction des porcheries. C’est l'élevage des bêtes bovines qui est la principale branche de la production animale en Irlande. Le total accusé par le recensement de 1885 se subdivise cemime il suit : Munster, 1 364 367 têtes ; Ulster, 1134 281 ; Leinster, 1085191; Connaught, 645062. Les vaches laitières forment environ le tiers de la population bovine. De 1876 à 18892, on avait constaté une diminution assez sensible dans les existences ; elle a fait place à un relèvement notable depuis 1883. Un commerce important de bétail se fait entre l'Irlande et l’Angleterre ; pendant les dernières années, l'Irlande a exporté dans la Grande-Bretagne, annuellement, de 588000 à 721000 têtes bovines, de 630000 à 715090 moutons, de 370000 à 400 000 porcs. La fabrication du beurre est une des branches importantes de l’industrie agricole du pays; on évalue à 610 000 quintaux métriques le total de la production, dont un tiers environ est exporté en Angleterre ; les pâturages de la province de Munster fournissent la plus grande partie des beurres, et la ville de Cork est l’entrepôt d’où ils sont expédiés; de grands efforts ont été faits depuis quelques années pour propager les meilleures méthodes pour le traitement du lait et les appareils de laiterie adoptés en Danemark et en Suède.

Après ce rapide exposé des principaux caractères de la production agricole en Irlande, il convient d'examiner la situation du cultivateur. Cette situation présente un contrasté frappant avec celle des cultivateurs de la Grande-Bretagne. Tandis qu’en Angleterre et en Ecosse le régime féodal qui domine encore a été tempéré par la constitution d’une classe de fermiers aisés et instruits, en Irlande il règne avec ses caractères les plus hideux. Conquise avec peine pendant une lutte qui a duré plusieurs siècles, l'Irlande a été définitivement inféodée à l'Angleterre au dix-septième siècle ; à ce moment, le sol fut enlevé à ses anciens habitants, et distribué entre les Anglais et les Ecossais ; l'Irlandais devint le serf chargé de cultiver le sol pour les maitres étrangers. Malgré quelques adoucissements apportés à ce régime barbare, la situation ne s’est pas réellement modifiée jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle ; l’histoire de l’agriculture de l'Irlande, que les Anglais appellent avec une ironie amère l’île sœur, ne compte qu'une série de confiscations et de persécutions sous lesquelles le peuple irlandais s’est courbé, sans perdre jamais l'espoir de reconquérir son indépendance. En 1876, le sol de l’Irlande était réparti, d’après les documents officiels anglais, entre 25 800 domaines; sur ce nombre,

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23 900 se partageaient 2 730 000 hectares, et 1942 se partageaient 5 295 000 hectares, soit 64 pour 100 du territoire total de l’île.

C’est donc le régime de la grande propriété dominatrice absolue, aggravé par ce fait que les propriétaires sont des étrangers, dont la plupart ne résident jamais en Irlande ou n’y font que de rares apparitions. Ils abandonnent la directon de leurs terres, soit à des intendants, soit à des fermiers généraux (middlemen) qui leur payent une rente fixe, le plus souvent assez faible; ces intermédiaires, sans être eux-mêmes agriculteurs, louent ces fermes, au plus haut prix possible, aux habitants du pays qui y vivent misérablement; car ils ne peuvent être que cultivateurs, l'Angleterre ayant ruiné toutes les industries qui pouvaient faire concurrence à celles de la métropole.

La conséquence de cette situation sociale a été l'exagération ridicule du nombre des exploitations rurales qui ont été divisées presque à l'infini. En 1847, on comptait en Irlande 680 000 fermes, dont 990 000 d’une étendue inférieure à 6 hectares, et 50 000 seulement ayant plus de 12 hectares. Des mesures indiquées plus loin ont réduit un peu ce nombre. Aujourd’hui on compte, en Irlande, un nombre total de 565 000 fermes, dont plus de la

-moitié produisent un revenu annuel égal ou infé-

rieur à 200 francs ; on cite un domaine divisé en 5000 fermes, dont 2000 payent un loyer inférieur à 00 francs; dans le comté de Mayo, on compte 10 000 fermes dont le revenu n’est pas supérieur à 100 francs ; 17 000 dans le comté de Donegal et autant dans celui de Galway sont dans le même cas. L'ile renferme plus de 120 000 fermes d’une étendue inférieure à 2 hectares, c’est-à-dire le tiers de ce qui est nécessaire pour occuper et nourrir une famille. Si l’on ajoute que, dans la plupart des cas, les travaux de constructions, de clôtures, d'entretien des bâtiments, d'améliorations quelconques, sont à la charge du tenancier, contrairemeut à ce qui existe partout ailleurs, on comprendra sans peine les plaintes que, depuis un siècle, les cultivateurs irlandais ont fait entendre, les tentatives qu’ils ont répétées pour rentrer dans le droit commun.

La division extrême des domaines a eu pour conséquence l'impossibilité pour le cultivateur de constituer un capital d'exploitation qui aurait assuré le développement de la production. D'autre part, la rente du sol étant exportée chaque année sans qu'il en revint quelque chose dans le pays, ct la population agricole s’accroissant sans cesse, celle-ci n'a pu sortir de l’état précaire dans lequel elle vivait. Cet état précaire s'est accentué lorsque l’Angleterre imposa à l'Irlande le régime du libre échange, et lorsque en 1845 survint la maladie des Pommes de terre qui compromit pendant plusieurs années une des principales récoltes du pays. Tous ces faits eurent pour conséquence une diminution notable dans la population qui commença à émigrer pour aller chercher ailleurs, surtout en Amérique, un sort moins malheureux. Le mouvement d’émigration s’est continué jusqu’à nos jours, comme le montre le tableau suivant :

POPULATION 180 inerte ER 5 216 000 CE TS ET PA TE Ne 5 957 000 AND nee conne des SRE 6 801 000 ASTRID 7768 000 ASAL LASER FRS RATES ! 8200000 ASS LE SACS MONET ENST ER 6514 000 LOGLLESRNLE, DES ERRARURE 9 789000 ASTA Pr RER RTE OS LIRe OE e 5 398 000 ABLE eee SN SENTE 5 14% 000 ABSONRS eme nec DE 4918 000

L'Irlande est aujourd’hui moins peuplée. qu'au commencement du siècle. L'’émigration aurait eu

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pour résultat d'améliorer le sort des habitants, si le régime du sol avait été changé; mais les modifications apportées aux lois agraires et les mesures exceptionnelles édictées à diverses reprises n’ont pas Jusqu'ici transformé la situation, parce qu’elles n’en ont pas fait disparaître le vice originel. En effet, ce vice n’est pas tant un excès dans la rente du sol, qu’un défaut d'équilibre entre cette rente et les ressources du cultivateur ; c’est la conséquence de la division des fermes dans des proportions telles qu'il n’en est peut-être pas d'exemple dans aucune partie d’un autre pays. Comment une famille pourrait-elle payer une rente quelconque, si faible fûtelle, pour occupation d’une étendue de terre où elle peut à peine trouver le nécessaire pour sa propre subsistance ! C’est là l’origine de ce qu’on appelle la question irlandaise, c’est-à-dire de la lutte sociale qui dure, depuis plus d'un siècle, entre les Irlandais et leurs vainqueurs. Les conséquences désastreuses du régime agraire auquel l'Irlande est soumise n’ont été reconnues par l'Angleterre qu'après de longues résistances ; elles sont cependant telles que, depuis quinze ans, on a cherché à y apporter quelques palliatifs; tel a été l’objet des bills de 1870, de 1881 et de 1885.

Naguère, en dehors du fermier général, auquel les domaines étaient concédés pour des durées souvent fort longues, soit par des baux emphytéotiques, soit par des baux viagers, le cultivateur irlandais pouvait être expulsé de la ferme qu'il occupait, au gré du propriétaire ou de son représentant. Le land act de 1870 eut pour objet de mettre un frein à l'arbitraire des propriétaires; il proclama que, sauf dans le cas de non-payement de la rente, le propriétaire ne pourrait expulser un fermier sans lui payer une indemnité fixée d’après les améliorations qu'il aurait réalisées ; d'autre part, cette indemnité n'était pas due en cas de baux de longue durée. Ces mesures ne pouvaient résoudre le problème, car le paysan irlandais restait soumis à la nécessité d'accepter la rente fixée par le propriétaire. Aussi, devant de nouvelles réclamations des Irlandais, le gouvernement anglais rendit, en 1881, une nouvelle loi qui, d’une part, consacrait le droit du fermier à exiger une indemnité de son successeur en cas d’éviction, et, d'autre part, créait un tribunal (land court) chargé de fixer légalement le taux des fermages; de 1881 à la fin de 1884, ce tribunal a réduit de 12 millions et demi les fermages payés par 157 050 cultivateurs qui ont eu recours à lui, sans compter qu'un grand nombre de propriétaires ont dû abaisser à l’amiable les fermages pour ne pas comparaitre devant ce tribunal. Le taux des fermages est établi par le tribunal pour une période de quinze ans; mais, dès les premières années de son fonctionnement, la baisse des prix de vente des denrées agricoles provoqua de nouvelles réclamations des Irlandais. Ces réclamations ont eu pour conséquence la loi de 1885, ayant pour but de permettre aux fermiers de devenir possesseurs du sol qu'ils cultivent, au moyen d’avances faites par l'Etat pour désintéresser les propriétaires, et remboursées par des annuités en quarante-neuf ans ; une somme de 25 millions de francs fut consacrée à la première application de cette loi. C'était entrer dans la voie du rachat des terres, réclamé jusque-là inutilement par les Irlandais; mais, en substituant l'Etat aux propriétaires, c'était consacrer une fois de plus la légitimité des anciennes confiscations, contre lesquelles l'Irlande n’a cessé de protester. La seule solution des difficultés croissantes de cette situation serait de rendre la terre aux occupants, en expropriant les propriétaires anglais que l'Etat devrait indemniser. C’est la solution proposée par Gladstone ; elle a été repoussée jusqu'ici, mais elle s'imposera dans un avenir plus ou moins rapproché. H. S.

IRRIGATION

IRRIGATION. — Les irrigations sont des opérations dont le but est de répandre sur les terres cultivées une quantité d’eau déterminée à des époques périodiques. L'objet des irrigations est double : fournir aux plantes l'humidité qui leur est nécessaire pour croitre et se développer, mettre à leur disposition les principes utiles à la végétation que l’eau peut renfermer. Ces principes sont en suspension ou en dissolution dans l’eau; les matières en suspension se déposent sur le sol pendant que l’eau le recouvre ; quant aux matières en dissolution, elles sont introduites dans le sol avec l’eau qui y pénètre, Le mot irrigation est réservé à l’ensemble de l'opération par laquelle on amène l’eau sur le sol; on désigne sous le nom d’arrosage l'opération partielle qni consiste à faire couler l’eau sur le sol pendant un temps déterminé ; si, par exemple, pendant une saison on couvre deux ou trois fois une prairie d'eau, on dit que l’irrigation de cette prairie comporte deux ou trois arrosages.

La pratique des irrigations remonte à la plus haute antiquité. Les anciennes civilisations asiatiques, aussi bien que la civilisation égyptienne, ont laissé des monuments nombreux de l’art avec lequel on savait capter et utiliser les eaux des sources et des rivières. De temps immémorial, les irrigations ont été usitées en Chine, en Inde, en Perse, en Phénicie, en Arabie, en Egypte ; elles ont été non moins anciennes dans les pays de l'Europe méridionale, et de proche en proche elles se sont répandues dans tous les pays. C’est surtout par les rapports, belliqueux ou pacifiques, qui se sont succédé entre les peuples de l'Orient et ceux de l'Occident que les progrès des irrigations se sont réalisés, avec des transformations inhérentes au génie propre des diverses races et aux nécessités des climats. La principale différence qu'on peut constater entre les irrigations méridionales et les irrigations septentrionales, c’est que, dans les premières, on procède surtout par grandes canalisations, embrassant dans un bassin un vaste périmètre, tandis que, dans les secondes, sans méconnaitre l'importance des grands canaux, on procède surtout par captations isolées de sources ou de ruisseaux. En France, on retrouve ces deux caractères principaux parfaitement tranchés ; ainsi, en Provence, les canaux d'irrigation sont nombreux et desservent chacun des périmètres souvent étendus ; dans les Vosges et dans le Limousin, les irrigations isolées par petites captations sont extrêèmementnombreuses, sans grandes entreprises de canalisation. Dans tous les cas, les règles relatives à la pratique des irrigations sont les mêmes; c’est l'examen de cette pratique qui doit faire l’objet principal de cet article; mais il convient auparavant d'entrer dans quelques détails sur les diverses sortes d'irrigations.

Suivant la saison dans laquelle on les pratique, on distingue généralement les irrigations d'hiver et les irrigations d'été. Les premières se font depuis l'automne jusqu’au printemps, les secondes depuis le printemps jusqu'à la fin de l'été. Les unes et les autres répondent à des buts différents. Dans les irrigations d'hiver, on emploie de grandes masses d’eau qu’on fait séjourner pendant assez longtemps sur les terres à arroser; dans les irrigations d'été, l’eau ne couvre le sol que très peu de temps, et on répète souvent les arrosages. Dans les irrigations d'hiver, le but n’est pas essentiellement de fournir de l’eau à la végétation, mais d’enrichir le sol, soit par le limon fertilisant tenu en suspension dans l’eau, soit par les matières diverses que celle-ci peut tenir en dissolution.

Les conditions à remplir pour les irrigations d'hiver ont été parfaitement établies par Nadault de Buffon, dans les termes suivants : 1° que les eaux n’envahissent le sol à bonifier qu'avec de faibles vitesses, de manière à ne transporter que des

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limons fertilisants, mais non des sables, graviers ou galets, et à n'y causer aucun ravinement ou affouillement qui en enlèverait la couche végétale; 2 que le sol ne présente que des pentes douces, à l’aide desquelles la submersion puisse se retirer en temps utile vers un colateur d'un niveau assez bas pour que le terrain s’égoutte complètement avec une vitesse très modérée, lorsque vient l’époque où il faut mettre à sec les terres submergées ; 3° que les superficies arrosées ne présentent ni dépression, ni bas-fonds où l’eau, ne trouvant pas d'écoulement, croupirait et dégagerait pendant l'été des miasmes nuisibles. On ne doit pas confondre les irrigations d’hiver avec les colmatages (voy. ce mot); le but de cette dernière opération est de modifier la constitution du sol, tandis que l’objet des irrigations d’hiver est d’accroitre la production d’une terre en plein rapport, en en augmentant la fertilité par l'addition des matières utiles qu'y incorpore le séjour convenablement prolongé d’une eau abondante et riche en principes complémentaires; on fait écouler l’eau lorsque la végétation doit prendre son essor, et que d’ailleurs tous les principes utiles sont fixés dans le sol.

Le rôle des irrigations d'été est tout à fait différent; elles sont destinées à fournir aux plantes l'eau de végétation nécessaire à leur développement, cette eau dissolvant dans la couche imbibée et mettant à la disposition des végétaux les principes qui leur sont nécessaires.

La différence capitale entre les unes et les autres ressort de cet exposé. Les irrigations d'hiver enrichissent le sol, en y incorporant les matières qu’elles charrient et qu’elles y déposent par un séjour suffisant, tandis que les irrigations d’été appauvrissent le sol en enlevant les principes qui s’y trouvent pour les transporter dans les récoltes ; aussi leur emploi doit-il être toujours accompagné par l’usage d'engrais complémentaires d’autant plus abondants que la production aura été plus élevée. En d’autres termes, on peut dire que les irrigations d'hiver sont fertilisantes, tandis que les irrigations d'été sont excitantes; ces dernières, surtout sous les climats méridionaux, sont importantes non seulement par les matières que les eaux apportent avec elles, non seulement par le besoin d'humidité qu’elles satisfont, mais encore par les réactions qu’elles favorisent ou provoquent dans la couche de terre successivement mouillée, aérée, mise en contact avec des composés minéraux ou organiques renouvelés un grand nombre de fois.

Ces considérations s'appliquent aux irrigations pratiquées avec les eaux ordinaires, c'est-à-dire celles fournies par les cours d’eau ou les sources. Lorsqu'il s’agit d'irrigations pratiquées avec des eaux d’égout ou avec des eaux provenant du traiement des matières organiques dans des usines, ces irrigations sont toujours fertilisantes, quelle que soit la saison dans laquelle elles sont pratiquées (voy. EGOUT).

Proprièlé des eaux d'irrigation. — Le degré de civilisation d’un peuple pourrait se mesurer d'après Ja quantité d’eau qu'il utilise pour son agriculture, et d’après la quantité d’eau qu’il laisse s'échapper inutile et improductive. L'aménagement général des eaux dans un pays est une œuvre de première utilité; à part quelques rares exceptions, cette œuvre est presque partout dans l’enfance. La principale cause qui en a empêché jusqu'ici la réalisation a été la compétition qui n’a cessé de régner entre l’agriculture et l’industrie sur le droit non seulement à l’usage, mais encore à la propriété de l’eau. [l'est de droit naturel que l’eau appartient au sol sur lequel elle coule; ce droit a été altéré par les règlements et les lois qui se sont succédé sur l'usage et l'emploi des eaux publiques.

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En France, particulièrement, la législation sur ce sujet est absolument dévoyée des principes naturels; car, par une anomalie bizarre, elle a subordonné l’usage agricole des eaux aux intérêts soit de la navigation, soit de l’industrie : notre législation est complètement à réformer à cet égard.

La législation française actuelle sur les irrigations repose sur la loi de 1791 relative à la police rurale, sur quelques articles du Code civil, et enfin sur les lois du 29 avril 1845 et du 11 juillet 1847. Les principales dispositions de cette législation sont les suivantes.

On peut disposer des eaux pour les irrigations, à titre de propriétaire, d'usager ou de concession— naire. Les eaux de source, de puits, de pluie, d’étang, appartiennent en toute propriété à celui sur le sol duquel elles jaillissent ou tombent. Toutefois, le propriétaire d’une source ne peut en changer le cours, lorsqu'elle fournit à une commune l’eau qui lui est nécessaire ; mais, en l’absence de preseription d'usage, le propriétaire peut réclamer une indemnité. Les eaux des rivières ni navigables ni flottables ne donnent lieu qu’à des droits d'usage, et on doit les rendre à leur cours ordinaire, à la sortie de son fonds. Les eaux dont on ne peut jouir que comme concessionnaire sont celles des cours d’eau navigables et flottables, qui sont considérées comme appartenant au domaine public; c’est généralement pour la construction de canaux (voy. ce mot) qu’on recherche les concessions de cette nature.

Aux termes de la loi de 1845, le propriétaire qui veut se servir, pour l'irrigation, des eaux naturelles ou artificielles dont il a le droit de disposer, peut obtenir, à charge d’indemnité, le passage de ces eaux sur les fonds intermédiaires ; les propriétaires des fonds inférieurs doivent recevoir les eaux qui s'écoulent des terrains arrosés, toujours à charge d’indemnité. Quant à la loi de 1847, elle a eu surtout pour objet de régler les droits des propriétaires voisins relativement à l'exécution de travaux d’art pour les irrigations.

Dans un grand nombre de pays, des législations plus parfaites ont réglementé depuis plus ou moins longtemps le régime des irrigations. C’est ainsi notamment que des lois spéciales ont été édictées en Angleterre, en Suède et en Norvège, en Allemagne,

‘en Italie, et qu’elles y ont rendu et y rendent de

grands services pour l'usage agricole des eaux.

Méthodes de captation des eaux. — Les méthodes adoptées pour se procurer l’eau nécessaire aux irrigations, varient suivant les circonstances. On peut les ramener à un certain nombre de types principaux qui sont les suivants : 1° dérivation des cours d’eau; 2° captation des sources; 3° création de réservoirs; 4° élévation de l’eau par les machines.

La dérivation des cours d’eau se pratique surtout par la création de canaux (voy. CANAL). L'eau y est amenée par la pente naturelle au point le plus. élevé des propriétés qu'il s’agit d’arroser.

La captation des sources est un des moyens les plus communs pour utiliser les eaux en irrigation. Mais comme les sources sont souvent peu abondantes, et qu’elles ne permettraient que d’humecter quelques mètres autour d'elles, il importe d’en emmagasiner les eaux dans des réservoirs, d’où on les utilise suivant les besoins. Les eaux des sources, réunies dans les réservoirs, S'y aèrent, s'y réchauffent ; entre les mains de cultivateurs soigneux, elles peuvent devenir d'excellents agents de fertilisation. C’est ainsi que, dans les Vosges, les fermes, bâties le plus souvent sur le revers des montagnes, sont établies à proximité d'une source, dont on emprisonne les eaux dans un réservoir qui reçoit en même temps les eaux ménagères de la ferme et le purin des étables. L'efficacité d'une source dépend le plus souvent des dimensions du réser-

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voir qui la reçoit; toutefois, il convient d'éviter toute exagération dans la capacité du réservoir, car le débit de la source pourrait être impuissant à réparer les pertes par évaporation et par infiltration. La forme à donner à ces réservoirs n’est pas celle de vastes bassins rectangulaires ou carrés, qui nécessitent de grands remblais du côté de la pente; il est préférable de ne donner que peu de largeur dans le sens de la pente, sauf à allonger le tracé dans le sens horizontal; cette méthode peut d’ailleurs permettre, en étendant la fouille le long du coteau, de trouver une nappe aquifère donnant une série de sources que l’on capte dans le même réservoir. La principale rigole d'irrigation part du fond du réservoir, lequel est fermé par une bonde (voy. ce mot). Il existe aujourd’hui un grand nombre de systèmes de bondes qui répondent aux besoins de toutes les situations. Aux eaux de source s'ajoutent les pluies qui tombent dans le périmètre des réservoirs.

Les grands réservoirs, connus aussi sous le nom de barrages-réservoirs, constituent un moyen puissant pour emmagasiner dans les régions élevées les eaux des ruisseaux et les eaux de pluie, afin de les utiliser ultérieurement à l'irrigation des terres plus basses. Ces barrages-réservoirs constituent parfois des travaux d’art gigantesques ; pour n’en citer qu'un exemple, le bassin de Tibi, près d’Alicante, en Espagne, constitue un réservoir qui n’a pas moins de 110 mètres de largeur, et dont la muraille qui le borne entre les rochers à une hauteur de 66 mètres. Quelquefois, ces barrages-réservoirs sont établis dans les hauts bassins en travers d’une vallée entière; quelques exemples remarquables en existent en Algérie, notamment le barrage-réservoir de l'Habra, d’une longueur de 350 mètres et d’une hauteur de 40 mètres, pouvant renfermer 30 millions de mètres cubes d’eau, le barrage du Sig, d'une largeur de 102 mètres et pouvant emmagasiner 3 millions et demi de mètres cubes d’eau, et le barrage de Tlélat, permettant d'irriguer de nombreux jardins et près de 8000 hectares de terres arables. Parmi les travaux de ce genre les plus récents exécutés en France, il convient de citer le réservoir du lac d'Oredon pour la distribution des eaux de la Neste, dans la partie supérieure du bassin de la Garonne.

Les méthodes précédentes s'appliquent à l’utilisation des eaux superficielles. Pour capter les eaux souterraines, on doit avoir recours à d’autres procédés. Les puits artésiens (voy. ce mot) servent pour faire jaillir à la surface du sol les eaux des nappes souterraines ; le forage de puits de cette sorte a rendu de très grands services pour la création de nouvelles oasis dans le sud de l'Algérie. Les machines élévatoires : norias, pompes, roues à tympan, rouets, ete., sont utilisées dans un grand nombre de circonstances pour capter les eaux souterraines et les emmagasiner dans des réservoirs d’où elles sont distribuées ultérieurement suivant les besoins des arrosages. Le choix à faire entre ces machines dépend des conditions spéciales dans lesquelles on se trouve, notamment de la hauteur à laquelle on veut élever l’eau ; des machines mues à manège peuvent servir dans un grand nombre de circonstances, tandis que, dans d’autres situations, on doit avoir recours à-une plus puissante force motrice.

Quantités d'eau employées aux irrigations. — Les quantités d’eau employées pour les irrigations varient, dans des proportions énormes, suivant les localités. En France, les limites extrêmes sont fournies par les irrigations des prairies des Vosges et par les irrigations de Provence. D’après les expériences directes de M. Hervé Mangon, deux prairies des Vosges ont reçu, pendant une année, la première, à Saint-Dié, 1548661 mètres cubes d’eau; la seconde, à Habeaurupt, 4483 722 mètres cubes ; d'autre part, deux prairies du département de Vau-

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cluse ont reçu, en une année, la première aux Taillades 16383 mètres cubes d’eau, la seconde à l'Isle 0402 mètres cubes. L'’arrosage de cette dernière: prairie n’emploie qu’une couche d’eau de 0,54 d'épaisseur, tandis que l’eau versée sur la prairie de Habeaurupt couvrirait le sol d’une couche d’eau de près de 400 mètres d'épaisseur, si elle y était réunie à un moment donné: la différence entre les deux est énorme, puisque, dans le deuxième cas, la quantité d’eau employée est 740 fois plus considérable que dans le premier cas. Entre ces deux extrèmes, il y a place pour une foule de quantités intermédiaires dont il est nécessaire de citer quelques exemples.

On doit à M. Belgrand des recherches sur les quantités d’eau employées aux irrigations dans le bassin de la Seine. Il a constaté, dans le département de l'Yonne, qu’un pré recevait, pendant quatre mois d'irrigation de printemps et d'été, 1583 mètres cubes d’eau, ce qui correspond à une couche totale de 0,158. Dans la vallée de l’Hozain (Aube), les. irrigations de printemps et d’été ont absorbé 14040 mètres cubes d’eau par hectare, soit une couche de 1",404. Dans la vallée de l’Avre (Eure), M. Belgrand a constaté une consommation de 17820 mètres cubes par hectare, ce qui correspond à une hauteur d’eau totale de 1",76 pour quarantequatre arrosages pendant une saison.

D’après le même auteur, dans le centre de la France, les conditions ordinaires sont les suivantes : dans les prairies à sous-sol] argileux, on pratique en moyenne six arrosages qui absorbent ensemble 4000 mètres cubes d’eau ; dans les sols granitiques et dans les prairies à sous-sol perméable, le nombre des arrosages est trois fois plus considérable, et le volume total d’eau employée est de 9600 m. ce.

Dans la Franche-Comté, et notamment dans Ie département de l'Ain, Puvis conseillait l'emploi de 90000 mètres cubes d’eau correspondant à une couche moyenne de 0,20 pendant vingt-cinq à trente jours d'arrosage.

Dans les parties méridionales de la France, la. quantité moyenne adoptée pour les concessions d’irrigations correspond à une prise d'eau d’un. litre par seconde pour 1 hectare pendant six mois: c’est un total de 15 550 mètres cubes. Mais il est rare que cette quantité soit complètement employée, sauf pour les cultures maraichères. On doit au comte de Gasparin des observations importantes: sur le nombre d’arrosages et la quantité d’eau né-— cessaire dans une saison, sous le climat de la Pro— vence, d’après la nature du sol, pour des prairies naturelles et pour des luzernières. Pour les prairies naturelles, dans le cas où le terrain à irriguer renferme 20 pour 100 de sable, on ne doit arroser que tous les quinze jours, en donnant chaque fois une hauteur d’eau de 0,10 ; si la proportion de sable atteint 40 pour 100, on répète les arrosages tous les onze jours; si elle est de 60 pour 100, on met l’eau tous les six jours ; si elle atteint 80 pour 100 de sable, on met l’eau tous les cinq, jours ; suivant ces circonstances, la consommation d’eau varie de: 12 000 à 36 000 mètres cubes dans la saison. Pour les luzernières, les arrosages doivent se répéter: tous les trente jours dans le premier cas, tous les. vingt jours dans le deuxième cas, tous les seize: jours dans le troisième cas, et tous les dix jours dans le quatrième cas ; la consommation d’eau varie: de 6000 à 18000 mètres cubes pour la saison.

A l'étranger, on trouve des différences tout aussi considérables qu’en France, pour ce qui concerne. la consommation de l’eau.

En Belgique, d’après Keelhoff, à qui l’on doit des études approfondies sur les irrigations de la Cam— pine, la quantité d’eau employée en moyenne par seconde et par hectare, utilement, c’est-à-dire sans tenir compte des déperditions dans les rigoles, est. de 4,50 dans les prairies en planches en ados.

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En Angleterre, on calcule que les prairies exigent, chaque année, une consommation de 40 0090 à 45 000 mètres cubes par hectare, soit une tranche liquide de 4 mètres à 4",50.

D’après les observations faites en Allemagne, on évalue qu’on doit donner à une prairie, chaque jour d’arrosage, une couche d’eau épaisse de 0",13 à 0,25, ce qui correspond, pour une moyenne de vingt-six arrosements, à une tranche de 4,50. La proportion se retrouve ici à peu près la même qu’en Angleterre.

Dans la plupart des travaux d'irrigation d'été, pratiqués en Italie, la moyenne des quantités d'eaux employées est à peu près la même que dans le midi de la France, soit environ 1 litre d’eau continue par seconde et par hectare pendant la période d’arrosage. Pour les prairies d'hiver, dites marcites, la consommation d’eau est beaucoup plus considérable. &« Un hectare de marcite, dit Cattaneo, cité par M. Hérisson (Les irrigations de la vallée du P6), demandera environ une once d’eau, soit un débit constant de 42 litres par seconde ou 3600 mètres cubes par jour. Cette même quantité d’eau suffira pour arroser en une journée un peu plus de 2 hectares de Maïs et 3 à 4 hectares de prairies. Avec ce débit continu d’une once (42 litres), on pourra ainsi en une semaine donner un arrosage à sept prairies de 3 à 4 hectares chacune, et en deux semaine à quatorze champs cultivés de 2 hectares; car ceux-ci absorbent, il est vrai, plus d’eau que les prairies pendant l’arrosage, mais ils n’en ont pas besoin aussi fréquemment. Enfin, la même mesure d’eau, appliquée à une rizière, dans des circonstances ordinaires, suffira pour maintenir constamment inondés de 20 à 25 hectares. »

En Algérie, on évalue comme il suit, en moyenne, la quantité d’eau nécessaire pour les principales cultures soumises à l’irrigation, en débit continu par hectare et par seconde : 1*,650 pour les jardins maraichers, 0,825 pour les orangeries, 0,393 pour les champs de Tabac, 0,177 pour ceux de Maïs, 01,85 à 01,90 pour les prairies et les luzernières.

Les énormes différences qu’on vient de constater sont-elles justifiées par les nécessités de la végétation, en d'autres termes ne conviendrait-il pas de limiter, sous les climats septentrionaux, la consommation de l’eau aux proportions dans lesquelles elle suffit sous les climats méridionaux? Les seules expériences directes qui aient été faites jusqu'ici sur ce sujet sont dues à M. Hervé Mangon; elles ont porté sur les prairies de Provence et des Vosges citées plus haut. Dans ces expériences, on a comparé la richesse de l’eau en matières azotées à l'entrée sur les terres arrosées ct à sa sortie; en comparant la matière azotée fixée par le sol avec celle que renfermaient les récoltes, on a pu établir le bilan de l'apport fait par l'irrigation. Voici le résumé de ce bilan :

En PONS OURS OME ARMÉE É nÊSs 225 mis nf aÉS En LES ERS HS ESS << S = GO « œ <= < 2 Êde See # EP a dar kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr.

Azote de l’eau

d'irrigation fixé

par hectare et

par'an nee 93,449 55,731 8,092 206,515 261,116

Azote du fumier. 121,884 105,806 139,724 » »

LOtAUX EE 145,326 161,537 147,816 206,515 261,116

Azote de la ré-

Coltes ere 184,345 431,537 165,857 ‘70,861 102,057

Excédent de l’a-

zote delarécolte 39,019 270,000 18,041 » »

Excédent de l’a-

zote de l’eau d'ir-

rigation........ » » » 135,684 159,059

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La différence entre les effets des irrigations suivant les climats ressort de ce tableau. Elle a été déjà expliquée plus haut, mais il importe de citer les conclusions de M. Mangon : « Dans les irrigations du Midi, les eaux n’apportent aux récoltes qu'une faible partie des matières fertilisantes nécessaires à leur développement. Elles servent surtout à rafraichir le sol et à rendre possibles les phénomènes d’absorption et d’évaporation indispensables à la vie des plantes. L'importance de leur rôle sous ce double rapport dépend de l'hygroscopicité du sol et de l’ensemble de ses propriétés physiques. Dans les pays plus froids, les eaux d'irrigation remplissent véritablement le rôle de producteurs d’engrais; elles fournissent toutes les matières fertilisantes nécessaires au développement des récoltes et à l'accroissement progressif de la richesse du sol. Une réduction des volumes d'eaux d'arrosage, pour peu qu’elle fût notable, rendrait insuffisante la proportion de matières fertilisantes apportées par les eaux, et diminuerait les récoltes dans la même proportion, à moins qu'on ne remplaçàt par une quantité équivalente de fumier le volume d’eau enlevée à la prairie. » Il y a lieu de remarquer que c’est surtout pendant le

printemps et l'été qu'a lieu la fixation dans le sol.

des matières azotées apportées par les eaux ; pendant l'hiver, les eaux paraissent servir beaucoup plus à régulariser les conditions de température de l'herbe qu’à fournir aux plantes et au sol des matières ferlilisantes ; il ressort, en effet, des observations de M. Mangon qu’elles n’abandonnent, en passant sur le sol pendant cette saison, que de 1 à 3 pour 100 de leur azote combiné.

Répartition de l’eau par les arrosages. — Les différences que l’on remarque dans les quantités d'eau employées aux irrigations se retrouvent dans les méthodes adoptées pour l'emploi de ces eaux. Il est impossible d’entrer ici dans des détails complets à cet égard ; mais il est indispensable de donner quelques exemples des pratiques qui sont consacrées par des traditions séculaires. Ces exemples porteront d’abord sur les prairies.

Dans les Vosges, après l'enlèvement des regains à l'automne, on donne l’eau de manière à couvrir complètement la prairie, sans que la couche soit trop épaisse pour que l’écoulement entraine des décharges dans les fossés de colature. Si l’eau est abondante, on arrose pendant dix à quinze jours, puis on supprime l'irrigation pour laisser le sol se bien sécher, surtout si le temps est beau ; on laisse l'eau pendant trois à quatre semaines si le temps est humide et couvert. Pendant l'hiver, on recommence l'opération de la même manière, en conduisant l'eau de préférence sur les places maigres ou garnies de mauvaises herbes ; on ‘arrête l’eau autant que possible avant les gelées. Au commen cement du printemps, on arrose d’abord abondamment, puis plus rarement lorsque la végétation se met en mouvement, mais en couvrant la prairie lorsque les gelées blanches sont à redouter. Dès que les gelées ne sont plus à craindre, on arrose tous les trois à quatre jours pendant vingt-quatre ou trente-six heures. Lorsque l'herbe est assez développée pour tenir le sol à l'ombre, on met l’eau pendant quelques heures tous les deux ou trois jours sur les terres qui s’échauffent fortement, tous les six à huit jours sur les terres plus froides. Dès que la température s'élève, on arrose de préférence pendant la nuit. On suit les mêmes errements au commencement de l’été, et on arrête les arrosages de deux à huit jours avant la fauchaison, suivant la rapidité avec laquelle la terre s’égoutte. Lorsque les foins sont enlevés, on donne de l’eau d'abord pendant cinq à six jours, puis on ne donne plus l’eau que pendant quelques heures à des intervalles qui diffèrent, comme au printemps, suivant que la terre est plus ou moins argileuse. On arrête

ti dent

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les arrosages quelques jours avant la récolte des regains.

Dans les irrigations de la Campine, en Belgique, les règles générales suivantes sont adoptées, d’après M. Keelhoff. A l'automne, après la coupe du regain dans la deuxième quinzaine de septembre, on donne l'eau en abondance pendant quinze jours à un mois sur les sols sablonneux, moins longtemps sur les sols peu perméables ; on arrête dès que les gelées sont à craindre, afin que le sol soit bien égoutté avant l'hiver. Au printemps, pendant la première quinzaine de mars, on reprend l'irrigation, en mettant d'abord l’eau seulement dans les rigoles pour maintenir le sol humide, et en donnant l’eau avec abondance lorsque les gelées blanches ne sont plus à craindre. On diminue progressivement la durée des arrosages à mesure qu'on avance dans la saison, afin que les plantes soient soumises alternativement à l’action de l’eau et à celle de l'atmosphère. On cesse complètement d’arroser quelques jours avant la coupe de l'herbe. Huit ou dix jours faprès l'enlèvement des foins, on reprend l'irrigation ; on met d'abord l’eau avec prudence, en n'arrosant que pendant la nuit dans la durée des fortes chaleurs; puis on donne assez d’eau pour tenir la prairie dans un état de fraîcheur convenable ; on arrête l'irrigation huit jours avant la coupe du regain. Lorsque les eaux sont troubles, on n’arrose plus, au printemps et en été, dès que l'herbe a atteint une certaine longueur, pour éviter que le foin ne soit souillé par les matières tenues en suspension dans l’eau.

En Normandie, dans les prairies de la vallée de l'Avre, les prairies sont arrosées une fois par semaine pendant l'automne et l'hiver, deux fois par semaine au printemps et durant l'été.

Dans les herbages du centre de la France, particulièrement du Nivernais, qui sont soumis à l'irrigation, les arrosages d'automne se pratiquent depuis le mois de novembre jusqu'aux grandes gelées ; les arrosages d'hiver durent en moyenne un mois, en février ; on opère ceux de printemps au commencement d'avril, et on les suspend quelques jours avant de mettre le bétail à l'herbe.

Dans le Limousin, les irrigations se pratiquent surtout depuis l'automne jusqu’au printemps; la quantité d’eau disponible est souvent trop peu abondante pour les reprendre après la fenaison. On estime que l'irrigation est abondante lorsqu'on peut donner 6000 mètres cubes d’eau par hectare.

Dans le Midi, les arrosages se pratiquent exclusivement depuis le mois d'avril jusqu’au mois de septembre. Pour les prairies naturelles, la règle générale est d'effectuer, tous les huit jours au moins, un arrosage de 30 litres par hectare pendant six heures, ce qui donne, pendant la saison, 23 arrosages. Pour les prairies artificielles, qui sont presque exclusivement des luzernières, on donne la même quantité d’eau tous les douze jours ; c’est un total de quinze arrosages. Avec la même quantité d’eau que pour un hectare de prairie, on peut arroser un hectare et demi de Luzerne. Ces règles subissent quelques exceptions; dans les terrains d’alluvion, on arrose quelquefois tous les douze jours les prairies naturelles, en donnant chaque fois une tranche d’eau de 10 centimètres; dans les garrigues, lorsqu'on emploie des eaux troubles, on répète l’arrosage tous les trois ou cinq jours, en donnant chaque fois une tranche de 4 à » centimètres.

En règle générale et sous tous les climats, lorsque l’air est sec et la chaleur élevée, les arrosages de nuit ont le plus salutaire effet et sont préférables aux arrosages de jour.

Sous les climats septentrionaux, les irrigations sont très rarement appliquées, en dehors des prairies, à d’autres cultures qu’aux jardins maraichers. Pour les jardins, les cultivateurs de la banlieue de

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Paris ont acquis depuis longtemps une grande habileté. L'eau employée le plus souvent est de l’eau de puits qu'on élève par une pompe à manège dans un grand réservoir en tôle placé à une hauteur de 4 à 5 mètres au-dessus du sol; de ce réservoir part un tuyau qui dirige l’eau dans des conduites de distribution placées sous le sol, dans toute la longueur du jardin. Sur ces conduites sont disposées des bouches distantes de 7 à 10 mètres ; sur ces bouches, on adapte des tuyaux de caoutchoue,. dont l’extrémité est munie d’une lance. L'eau est projetée à une distance plus ou moins grande, qui varie avec la pression exercée par le liquide du réservoir. Les arrosages s’exécutent ainsi avec abondance et avec rapidité.

Dans les pays méridionaux, les irrigations sont appliquées à un grand nombre de cultures. En Provence, on arrose assez souvent les céréales, notamment le Blé et l’Avoine ; on pratique l’arrosage une, deux ou trois fois, suivant que la saison est plus ou moins sèche; c’est en avril et au commencement de mai qu’on y a recours ; on donne chaque fois par hectare un débit de 30 litres pendant six heures, ce qui correspond à une tranche d’eau de 0",0648. L'irrigation est appliquée à la plupart des plantes potagères ; le plus souvent il est nécessaire que le pied des plantes ne trempe pas dans l’eau; pour obtenir ce résultat, on trace, sur la surface nivelée du champ, des billons alternant avec des rigoles ; les plantes sont cultivées sur le sommet des billons; l’eau des rigoles baigne la base des billons et n'arrive pas directement aux plantes ; on ne remplit pas tout à fait les rigoles, de manière que l’eau accède aux racines par imbibition progressive du sol; ces précautions sont surtout nécessaires lorsque l’eau est trouble, car si on la mettait en contact avec le pied des plantes, elle y formerait un collier de dépôt pouvant entraver la végétation. Quant à la quantité d’eau employée, elle varie suivant le caractère de la saison ; en général, on arrose tous les cinq jours, à raison de 1000 mètres cubes par hectare chaque fois. Les irrigations sont appliquées aussi aux cultures arbustives, notamment à la Vigne (voy. IRRIGATION DES VIGNES) et à l’Olivier. Dans les vergers d’Oliviers, au lieu de faire séjourner l’eau sur le sol, on la fait circuler rapidement dans des rigoles dirigées d’un arbre à l’autre, avec une conque creusée au pied de chaque arbre; on arrose généralement deux fois, en juin ct en août ; à chaque arrosage, on emploie, par hectare, un courant de 60 litres pendant deux heures environ.

En Algérie, les irrigations se pratiquent dans toutes les saisons, quand le cultivateur a une quantité d’eau suffisante à sa disposition. De novembre à février, on emploie l’eau surtout pour les céréales semées à la fin de l’automne ; à partir du mois de mars, on arrose régulièrement les jardins, les orangeries et les luzernières, ainsi que les cultures de Tabac et de Maïs, puis les Oliviers lorsque la floraison est terminée. On arrose les orangeries deux fois par mois d’avril en octobre. L’irrigation des cultures potagères se pratique aussi longtemps qu'on le peut. L’arrosage doit avoir lieu, autant que possible, en dehors des heures les plus chaudes de la journée |

PRATIQUE DES IRRIGATIONS. — L'organisation des irrigations comprend un certain nombre d’opérations qu’il convient de décrire successivement. Ces opérations sont les suivantes : 1° établissement du plan d'irrigation ; 2° choix de la méthode d’irrigation ; 3° exécution des travaux de préparation du sol ; 4° distribution de l’eau sur les terres irriguées.

Plan d'irrigation. — Toutes les fois qu’il s’agit de soumettre à l'irrigation une étendue de terrain, il faut d’abord se rendre compte des quantités d’eau qu’on a à sa disposition, et ensuite lever avec soin un plan coté de ce terrain.

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Pour fixer la quantité d'eau dont on peut disposer, en dehors des concessions déterminées faites par les canaux d'irrigation, on doit étudier le régime des sources, des ruisseaux ou autres cours d'eau qui doivent fournir l'eau. On arrive à ce résultat par les méthodes connues de jaugeage (voy. ce mot). La méthode la plus simple pour évaluer le débit d’un cours d’eau est de l’exprimer en litres ou en mètres cubes. Néanmoins, on emploie quelquefois d’autres unités qu'il importe de connaître. Parmi ces unités, les principales sont : le

ouce des fontainiers, qui correspond à un débit de 19%,1953 en vingt-quatre heures ; le module de Prony, qui correspond à un écoulement de 20 mètres cubes en vingt-quatre heures ; le moulan de Provence, qui correspond à un débit de 265,65 par seconde; la meule d’eau du Roussillon, qui correspond à un débit de 56,68 par seconde ; en Italie, l’'once milanaise, qui correspond à un débit de 42 litres par seconde. Quand on connait la

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l'on peut avoir à opérer dans le sol à irriguer, et l'on indique les dimensions de ces divisions, ainsi que la forme appropriée à chacune. Le plan d’irrigation est ainsi établi.

Il arrive souvent que les irrigateurs de profession exécutent des travaux importants avec un réel succès sans exécuter de plan préliminaire; maïs il arrive aussi que, malgré leur tact et leur mémoire, ils commettent parfois des erreurs graves, qu'un plan bien établi permet toujours d'éviter. On doit donc considérer ce plan comme indispensable.

Méthodes d'irrigation. — Le choix de la méthode d'irrigation à adopter est d’une importance capitale, tant sous le rapport de la meilleure utilisation de l'eau que sous celui des résultats à en obtenir avec le plus d'économie possible. Ces méthodes sont assez nombreuses, et, dans le nombre, on peut choisir celles qui se rapportent le mieux à la forme du terrain sur lequel on opère. On peut les ramener à six types principaux : irrigation par submersion,

Fig. 172. — Plan d’une irrigation par submersion.

quantité d’eau dont on peut disposer, on se rend facilement compte de la surface sur laquelle on pourra l'utiliser.

C’est sur le plan du terrain, portant les indications de lignes de niveau, qu’on doit régler le programme des travaux à exécuter. Ces travaux comportent deux parties principales : fixation du point de la prise d’eau et direction des rigoles d'arrosage. En ce qui concerne la prise d’eau, elle est déterminée d'avance, ou bien on peut en choisir la place; dans le premier cas, c’est du point où se trouve la prise d’eau qu'il faut commencer le nivellement, afin d'élever l’eau aussi haut que possible ; dans le deuxième cas, on commence le nivellement en partant des parties les plus basses du terrain sur lequel on doit amener l'eau, et l’on arrive naturellement au point où l’on peut établir la prise d’eau le plus naturellement. Ce point étant établi, on trace sur le plan la direction du principal canal de dérivation, celle des rigoles de distribution et celle des rigoles d’asséchement; pour chacune de ces divisions, on établit la pente, la largeur et la profondeur. En même temps, on trace les divisions que

irrigation par rigoles de niveau et déversement, irrigation par rigoles inclinées, irrigation par planches en ados, irrigation par demi-planches superposées, irrigation par infiltration. À ces six méthodes, on peut ajouter la combinaison du drainage avec l'irrigation, qui mérite aussi un examen spécial. L'irrigation par submersion s'applique aux terrains qui sont presque horizontaux. Elle consiste à couvrir le sol d’une couche d’eau plus ou moins épaisse, qu'on fait écouler ensuite par des rigoles de colature. Ce système est extrêmement simple. Il fonctionne d’autant plus régulièrement que l’étendue des planches entre lesquelles on divise le terrain à irriguer est plus grande sans être trop considérable, et que leur relief est plus horizontal. La meilleure pente pour les planches est celle de 1 millimètre par mètre. Le maximum des dimensions qui paraissent le mieux convenir est, quand on peut les établir, de faire des compartiments carrés ayant environ 50 mètres de côté; quant au minimum, il peut descendre jusqu’à une largeur de 5 à 6 mètres, tout en maintenant une longueur cinq ou six fois plus grande... -

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La figure 172 montre une application de cette méthode à une prairie de 7 hectares, divisée en huit planches, dont l’étendue est comprise entre 62 ares pour la plus petite et 1 hectare 93 ares pour la plus grande. La prise d’eau est en A. La rigole de dérivation B traverse la prairie par son milieu dans toute sa longueur. De cette rigole partent les rigoles de distribution C, d’où l’eau s’écoule, lorsqu’elles sont remplies, pour couvrir les planches, à droite et à gauche, sur une largeur de 30 à 40 mètres. Au milieu des planches, des rigoles de colature E servent pour l’évacuation des eaux, soit dans un canal d’asséchement F, soit dans le canal principal, à travers les digues qui les séparent de la prairie. Pour conduire l’eau régulièrement, des vannes ou martellières servent à ouvrir ou à fermer les rigoles de distribution, de même que les rigoles de colature. Une de ces martellières D sert à vider

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les eaux en excès. Le choix entre ces dispositions est imposé, dans chaque cas particulier, par la forme du terrain.

La méthode d'irrigation par rigoles de niveau est celle qui s'adapte le mieux aux terrains en grande pente. Le principe de cette méthode est facile à comprendre. Si l’on creuse dans un terrain en pente des rigoles de niveau qui contournent le terrain en suivant les points situés à une même hauteur, et si l’on amène directement l’eau dans la rigole la plus élevée, une fois que cette rigole est remplie, l’eau se déverse en une couche uniforme sur son bord inférieur et dans toute sa longueur, et coule sur la pente du terrain en l’imbibant, jusqu’à ce que l’excès en soit recueilli par la rigole immédiatement inférieure. Celle-ci se remplit à son tour, déverse ensuite l’eau sur la seconde bande de terre qui s’imbibe; l'excès arrive à la

Fig. 173. — Plan d’une irrigation par rigoles de niveau.

complètement la rigole de dérivation, lorsqu’on suspend l'irrigation, en fermant la prise en A.

Il peut arriver que l’on soit amené par la forme du terrain, dans l'irrigation par planches, à disposer plusieurs compartiments étagés les uns au-dessous des autres; dans ce cas, l’eau provenant de l'arrosage des compartiments supérieurs sert à submerger les compartiments inférieurs. Pour atteindre ce résultat, il faut que le niveau de la couche d’eau dans un bief inférieur soit en contrebas de la rigole d’assainissement du bief qui la précède immédiatement. Dans le cas où le relief du terrain s'oppose à cette disposition, on creuse le canal de dérivation de telle sorte qu’il donne de l’eau aux divers compartiments d’une façon indépendante : par exemple, il traverse successivement tous les compartiments en remplissant simultanément l'office de colateur ; ou bien on établit plusieurs canaux de dérivation qui longent les compartiments sur les deux côtés, et on en creuse ‘un troisième à la partie inférieure pour recueillir

troisième rigole, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’eau parvienne au bas de la pente. Pour assécher le sol, on creuse des rigoles de colature dirigées dans le sens de la grande pente; ces rigoles, qui coupent à angle droit les rigoles de distribution, sont fer+ mées pendant l’arrosage; lorsqu'on a interrompu l'introduction de l’eau dans le canal de dérivation, on ouvre les rigoles de colature qui enlèvent toute l’eau et l’entrainent soit dans un fossé d’écoulement, soit dans une rivière.

La figure 173 montre une application de cette méthode. Les eaux d'arrosage sont rassemblées au point culminant dans le réservoir R. Deux prises À et B sont ménagées sur ce réservoir. La prise A alimente la rigole AA’, d’où les eaux s’écoulent dans la rigole CC’. La prise B alimente la rigole BB’, au-dessous de laquelle les rigoles DD’, EE’ reçoivent l’eau successivement. L’asséchement est assuré par les rigoles de colature FF’, GG, HH”, qui conduisent l'eau dans la vallée à une rivière. j

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Les figures 174 et 175 montrent l'application de la même méthode à une prairie de montagne. Du réservoir À part la rigole supérieure aa/, au-dessous de laquelle règne une deuxième rigole bb’, parallèlement à laquelle a été ménagé un chemin dd! pour l'enlèvement du foin coupé sur le versant. De ces deux rigoles principales partent de petites rigoles secondaires €, qui assurent l’égale répartition des eaux sur toutes les parties de la surface.

Dans la construction des rigoles de niveau, qu’on

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