‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 3)Chapitre 81 sur 198 · JACINTHE · texte numérisé non relu

JACINTHE

La multiplication ayant été faite par caïieux, les bulbes sont replantés chaque année jusqu’à ce qu'ils aient atteint la force voulue pour être livrés au commerce. On ne les laisse pas fleurir dans le jeune âge. Les fleurs sont supprimées pour permettre au bulbe de se mieux développer. Il résulte de cette préparation spéciale que les bulbes livrés au commerce, à des prix d’ailleurs très élevés, donnent des fleurs très abondantes la première année. Mais si on les abandonne à eux-mêmes en pleine terre, ils ne tardent pas à se ramitier beaucoup et ne donnent plus qu'une floraison très maigre.

En France, cette culture n’est pas pratiquée aussi spécialement qu'en Hollande; aussi les bulbes moins forts ne donnent-ils que des fleurs moins abondantes, et sont-ils, pour cette raison, beaucoup moins recherchés.

La culture des Jacinthes est facile. On plante les bulbes, depuis septembre jusqu’en décembre, en terre meuble, moyennement compacte ou même légère, mais dans tous les cas exempte de fumier frais. Les Hollandais emploient le fumier de vache préalablement décomposé. On plante les oignons à 0,15 environ en tous sens. Les Jacinthes ne craignent pas le froid; il est donc inutile de les abriter. La floraison commence en mars et se continue en avril. Les fleurs sont très recherchées à cause de leurs belles couleurs et de l’agréable odeur qu’elles répandent. En juin ou juillet, quand les feuilles sont devenues jaunes et sèches, on arrache les bulbes, et on les fait sécher à l'ombre. Il convient à ce moment d'enlever tous les caïeux qui peuvent s'être produits ; ils serviront à la multiplication. Les semis ne donnent des fleurs que la troisième ou la quatrième année.

Les Jacinthes sont très recherchées pour orner les habitations. On peut en obtenir la floraison pendant l'hiver. Pour cette culture forcée, on plante en septembre des bulbes bien choisis, en godets de 0,09 de diamètre, à raison d’un seul par pot. La terre doit être riche et le pot bien drainé. Les pots contenant les bulbes sont enterrés, soit en pleine terre en les recouvrant de 0",30 de terre, soit sous châssis. Les horticulteurs qui forcent les Jacinthes en grand ouvrent une jauge profonde et y enterrent les pots en étages successifs. Dans cette situation, les oignons émettent d’abondantes racines, les feuilles, au contraire, se développent très lentement. Dès le mois de décembre, on déterre les pots et on les met, soit sur une couche, soit en serre chaude. Les plantes évoluent rapidement et la fleur s'épanouit cinq ou six semaines après la rentrée en serre. On fait des rentrées successives pour avoir une floraison continue pendant tout l'hiver et le printemps.

On peut obtenir une bonne floraison des Jacinthes sans leur donner de terre. Il suffit, en effet, de placer les bulbes sur un vase plein d’eau, de façon que le plateau touche au liquide, pour voir d'abondantes racines se produire et la plante émettre des feuilles et des fleurs. Cette végétation s’'accomplit aux dépens du bulbe, lequel se vide à tel point de tous les matériaux utiles accumulés dans ses tuniques, qu'il n’est plus bon à rien. Pour que la culture sur carafe réussisse bien, il importe que le premier travail du bulbe soit tout entier concentré pour l'émission des racines, et, dans ce but, if faut tenir les vases dans un local peu chauffé, pour ne les mettre dans l'appartement que quand les racines sont déjà longues. Faute de prendre cette précaution, les bulbes ne donneraient qu’une fleur chétive. |

On obtient encore une belle floraison des Jacinthes, en plantant les bulbes en des petits vases de formes diverses, dans lesquels on les enterre dans de la mousse hachée que l’on maintient constamment humide. Dans ce cas, la floraison se produit au moins aussi bien que dans l’eau. Cette der-

JACQUEZ

nière disposition offre l'avantage de pouvoir arranger ces bulbes en d’élégantes corbeilles de porcelaine, qui remplacent avantageusement les carafes en verre. J. D.

JACOBI (biographie). — G.-L. Jacobi, de Hohenhausen, lieutenant des miliciens de Westphalie, puis major au service de la Prusse, s’est occupé, au dix-huitième siècle, de la pratique de la fécondation et de l’incubation artificielles des poisscns ; il publia, en 1763, le premier Mémoire spécial sur ce sujet; ce Mémoire à été traduit, en 1772, dans le Traite général des pêches de Duhamel. On doit aussi à Jacobi un appareil, dit boîte de Jacobi, pour l'incubation des œufs de poisson. H.S.

JACQUÈRE (ampélographie). — Le Jacquère est un cépage blanc de la Savoie, qui est cultivé plus spécialement aux Abymés de Myans, près de Chambéry; il a été décrit pour la première fois par M. Pierre Tochon, en 1868.

Synonymie : Plant des abymes de Myans, d'après M. Tochon; Buisserale, d’après M. Pulliat.

Description. — Souche vigoureuse. Port semi-' érigé. Sarments gros, à mérithalles moyens. Feuilles grandes, quinquélobées, à sinus latéraux de profondeur moyenne, sinus pétiolaire profond en U, à dents assez larges, en deux séries ; face supérieure . glabre, face inférieure recouverte d’un duvet ara— néeux. Grappe moyenne, cylindro-conique, ailée. Crains moyens, sphériques, à peau épaisse, vert: jaunâtre, un peu acides.

Maturité à la deuxième époque tardive, d’après M. Pulliat. |

Le vin de Jacquère est assez alcoolique ; malgré l’'abondante production de ce cépage, il est assez: agréable, quoique un peu acide, mais il est sujet à la maladie de la graisse, lorsqu'il provient des terres de plaines. Ce sont les sols argilo-calcaires qui conviennent le mieux à ce cépage; il y produit très abondamment, même à la taille courte, à laquelle on le soumet d'ordinaire. G.F.

JACQUEZ (ampélographie). — Le Jacquez est un cépage américain qui se rattache au groupe des V. Æstivalis du Sud ; ce n’est cependant pas un V. Æstivalis pur : le semis de ses graines semble: démontrer qu’il est le produit d’un eroisement: entre une Vigne de cette espèce et un Y. vinifera. Il doit probablement à cette double origine les qualités remarquables qui le caractérisent et qui l'ont fait adopter en Europe. Le Jacquez est surtout cultivé en Amérique, au Texas, où il n’oceupe cependant pas de très grandes étendues; il fut envoyé en France, pour la première fois, vers 1859, : par M.Berkmans, d’Augusta (Géorgie). La résistance qu'il montra aux atteintes du Phylloxéra, lorsque ses premières attaques se manifestèrent en France, attira l'attention des viticulteurs. M. Douysset ayant pu, sur de simples descriptions, découvrir un point du Texas où le Jacquez était cultivé assez en grand, l’importa en grande quantité dans le midi de la France, où il occupe aujourd’hui des surfaces infi-' niment plus considérables qu'en Amérique.

Synonymie. — Le Jacquez porte en Amérique les noms synonymiques suivants : Black spanish, EL Paso, Jack, Cigar box grape (raisin de la boîte à cigare), Longworth's Ohio, Ohio, Mac Candless, Burgundy et Lenoir. On a essayé, dans quelques contrées en France, de lui imposer le nom de Jacques, qui n’a pas prévalu. On a prétendu que: le Lenoir représentait une variété voisine, mais’ distincte; nous n’avons trouvé jusqu'ici aucune différence appréciable entre les vignes qui nous ont été présentées sous ce dernier nom et sous celui de Jacquez.

Description. — Souche vigoureuse, à port semiérigé, tronc robuste, écorce grossière et caduque. Sarments longs, de moyenne grosseur, presque rectilignes, à ramifications assez nombreuses, pruineux aux nœuds, lavés de pourpre à l’état her-.

JACQUEZ

bacé, d’un brun violacé, lie de vin à l'aoûtement, d'un brun clair sur les extrémités et légèrement excoriés à la base; à mérithalles assez allongés, presque cylindriques, stries régulières, peu profondes ; à nœuds peu aplatis et gros; vrilles discontinues, vigoureuses, vertes et glabres, bi ou trifurquées. Bourgeons roux doré, embrassés dans un lacis épais des poils des écailles, prenant ensuite une teinte générale carmin foncé sur les deux faces et se limitant au pourtour des feuilles; ces jeunes feuilles sont épaisses, les trois lobes indiqués par les dents plus longues, à tomentum dense, roussâtre sous les nervures de la face inférieure ; légèrement gaufrées ; l'épanouissement des feuilles a lieu de bonne heure, leur aplatissement est tardif, et alors se montrent les-petites grappes de fleurs entièrement recouvertes par des bractées imbriquées d’un brun vineux. Feuilles grandes à l’état adulte, allongées, tri ou quinquélobées, généralement quinquélobées, sinus pétiolaire assez profond, presque fermé ; deux séries de dents atténuées, un peu ondulées ; glabres et d’un beau vert gai à la face supérieure, plus pâles et portant sur les nervures des bouquets de poils soyeux à la face inférieure ; nervures assez fortes et bien dessinées. Pétiole long, cylindrique et renflé aux deux extrémités, lavé de brun, formant avec le plan du limbe de la feuille un angle presque droit. Fleurs cylindriques ou globuleuses, aplaties, parfois en creux et envinées au sommet, à côtes bien marquées, vertes, peu odorantes ; calice entier, à pourtour légèrement enviné; disque à urcéoles peu apparentes, comprimées, d’un vert clair sur toutes ses parties, non ligneux, mais dur à l’inversion ; pédicelles longs, avec rares petites verrues et bourrelet conique; les baïes s’en séparent assez difficilement et laisseut adhérent un petit pinceau coloré en noir violacé foncé, très coloré à l’intérieur en rouge violacé foncé ; stigmate prononcé, un peu excentrique; peau assez épaisse, pulpe peu charnue, fondante ; jus très coloré en rouge vineux, sans saveur spéciale ; graines au nombre d'une à trois. Maturité à la troisième époque.

La résistance du Jacquez à l’action du Phylloxéra est aujourd'hui bien démontrée ; 1l s’est trouvé compris dans les expériences les plus anciennes faites en Europe sur les vignes américaines, chez MM. Laliman à Bordeaux, Borty à Roquemaure (Gard) et Aguillon à Chibron (Var). Peu sujet à la chlorose, il prospère dans presque tous les sols où il a été planté jusqu'ici, il résiste mieux que d'autres à l’action de cette maladie dans les terres blanchâtres où d’autres cépages en souffrent sérieusement ; mais c’est dans les terres profondes, riches et bien saines qu'il paraît donner les meilleurs résultats, au point de vue de l’abondance de sa production et du bon développement de sa végétation. On l’a vu jaunir et faiblir seulement dans les terres crayeuses, tuffeuses, formées de marne blanche, ou à sous-sol constitué par les éléments que nous venons d'indiquer.

Le Jacquez est un cépage méridional et des pays secs et chauds; l’époque de maturité de son fruit aussi bien que la facilité avec laquelle il est envahi par les maladies cryptogamiques (anthracnose et peronospora) l'empêchent de s'étendre beaucoup en dehors des contrées qui présentent les conditions spéciales sus-mentionnées. On a dû, en Amérique, en abandonner la culture dans l'Ohio et le Missouri, dont le climat était trop humide, et ce n’est plus guère qu'à Natchez, dans le Mississipi, sur quelques points du Texas et en Californie qu'on le trouve encore en Amérique. En France, il n’a donné de bons résultats (comme producteur direct, tout au moins) que dans la région méditerranéenne, de la frontière italienne à Carcassonne et en remontant la vallée du Rhône jusqu’à Montélimar. Mais, si le nombre de départements où le Jacquez peut

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