‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 4)Chapitre 101 sur 212 · KA\K · texte numérisé non relu

KA\K

845,500 de suif et 50 kilo-

grammes de cuir. On lui

avait enlevé 32 kilogram-

mes de la graisse extérieure appelée: dégras.

Sur les 620 kilogrammes de viande nette, il y avait 225*3,800 de première catégorie, 192 kilogrammes de deuxième et 190 kilogrammes de troisième, avec une certaine perte par le débit. Suivant les anciens errements, le rendement eût donc été de 68,77 pour 100. Mais l'analyse pratique, exécutée par un chef cuisinier, a montré que sur 100 kilogrammes de la viande nette il n’y avait que 15,700 qui fussent comestibles. Le déchet était ainsi de 24,3 pour 100. A l'analyse chimique on n’a trouvé dans cette viande que 31,45 de matière sèche nutritive pour 100.

Un Limousin de soixante-six mois, premier prix de sa catégorie, pesait vif 967 kilogrammes. Il a rendu 666 kilogrammes de viande nette, 77 kilogrammes de suif et 68 kilogrammes de cuir. On ne lui avait enlevé que 9 kilogrammes de dégras. Sur les 666 kilogrammes de viande nette il y avait 272 kilogrammes de première catégorie, 181 de deuxième et 189 de troisième. On constate encore ici une perte, qui est de 24 kilogrammes, entre le poids des quatre quartiers et le poids débité à l'étal. Le rendement s'élève néanmoins à 71 pour 100. En outre, sur 100 kilogrammes de viande nette il a été trouvé 86*3,870 de comestible, ce qui réduit le déchet à 13,13 pour 100. De plus, il y avait dans la viande 36 de matière sèche nutritive pour 100.

En rapprochant tous les nombres, on voit que le Limousin a rendu et plus de viande nette et plus de viande comestible, et plus de matière nutritive

. 268. — Vache Limousine.

ces qualités lui sont unanimement reconnues par les connaisseurs impartiaux, et les bouchers de Paris en témoignent par la plus-value qu’ils acctordent, sur le marché de la Villette, aux bons bœufs Limousins qu'ils payent ordinairement plus cher que ies autres d’environ 10 centimes par kilogramme de poids vif.

Quelques rares éleveurs, inconscients de ces faits et entrainés par l’anglomanie, ont cru que la variété pourrait être améliorée par le croisement avec les taureaux anglais. Les uns ont employé le Devon et les autres le Durham. Fort heureusement ils n’ont pas eu d’imitateurs parmi les éleveurs sérieux qui, dans les associations agricoles du pays, ont au contraire maintenu avec fermeté le principe de l'amélioration par la sélection combinée avec une alimentation de plus en plus riche. C’est grâce à l'application rigoureuse et persistante de ce principe que le bétail Limousin a acquis la supériorité qui lui est aujourd’hui reconnue et qu'il a marché en peu de temps d’un pas rapide vers la précocité, dans la mesure des nécessités pratiques. En présence du progrès accompli, il n’y a pas de crainte que l'excellente voie suivie soit abandonnée. On peut donc compter que la population bovine du Limousin fera de plus en plus honneur à notre pays, en continuant d’être une des principales sources de sa richesse. Quand on compare cette population

LIMOUSINE

d'à présent à cc qu'était celle d'il y a cinquante ans et même moins, entre les mains de métayers misérables, il y a lieu de glorifier sans restriction l'œuvre des propriétaires intelligents qui, en améliorant les conditions de la culture, en ont opéré la transformation.

VARIÉTÉ OVINE. — Cette variété, qui appartient à la race du Plateau central (0. À. arvernensis), se distingue difficilement en Limousin de sa voisine la Marchoise, habitant la Creuse. Cependant, petite comme elle dans la Corrèze, la Haute-Vienne, et dans l'arrondissement de Confolens (Charente), elle a généralement une conformation meilleure et un plus fort poids, ayant été plus améliorée. Ce poids, depuis quarante ans, a été presque doublé. La taille n'a guère grandi. Elle se maintient entre 4Ù et 50 centimètres. Le squelette est resté très fin, mais les masses musculaires ont beaucoup augmenté par l’'amplification du corps. Les gigots ont toujours été charnus. Ce qui s’est amplifié, c’est la poitrine et

LIMOUSINE

Nous avons connu un temps où c'était la coutume, à la saison des vendanges, d'introduire en Saintonge des troupes de ces petites brebis Limousines dont le poids était alors de 12 à15kilogrammes au plus et qui se vendaient couramment de 1 fr. 50 à 2 francs la pièce. Aujourd’hui, les moins lourdes ne valent pas moins de 5 à 6 francs. Ces faits ont été d’ailleurs relevés par un de nos anciens élèves, M. Bourgne, sur les livres de comptabilité d’une ferme de la Haute-Vienne, où il faisait son stage.

Il s’expédie maintenant un grande nombre de moutons Limousins à Paris, où ils sont fort estimés pour la finesse de saveur de leurs petites côtelettes très riches en viande comestible et de leurs petits gigots dodus.

Des efforts ont été faits et se continuent pour substituer les Southdowns à la variété Limousine, dans la Haute-Vienne notamment. Il y a lieu de penser qu'ils n’aboutiront point et que les animaux anglais ne pourront pas s’accommoder aux conditions générales des métairies. La disproportion est trop grande entre leur poids et celui auquel a

£ pu parvenir la variété locale. A

notre connaissance, les South-

downs purs ne se peuvent main-

tenir en Limousin qu’à la faveur

de soins très attentifs et très sou-

tenus, que la pratique ordinaire

ne comporte pas.

NS

Fig. 269. — Brebis Limousine.

les lombes, dont la conformation est maintenant très correcte. On y trouve beaucoup moins de toisons brunes, noires ou tachetées, que dans la variété Marchoise. La laine toutefois, bien que seulement un peu grisàtre, est courte, sèche et par conséquent de faible qualité. Elle ne s'emploie que dans les campagnes du pays, pour les usages domestiques.

La variété Limousine s’est étendue Jusque dans l’'Angoumois, la Saintonge et le Poitou, où elle se trouve dans les petits troupeaux mélangée avec la variété Poitevine de la race du Danemark, importée lors du desséchement des marais de l'Ouest. Par des transitions ménagées elle y a atteint jusqu’à la taille de 60 centimètres et au delà. Sa toison s’est allongée et est devenue tout à fait blanche, en acquérant un peu de force. La différence de composition du sol explique cela sans difficulté. C’est une question de richesse plus grande en calcaire ct en acide phosphorique. Il n’y a cependant pas lieu d'en faire une ou plusieurs variétés spéciales, du moment que l'usage n’a pas établi la distinction.

Dans l'état actuel, le poids vif des moutons ainsi grandis va jusqu’à 40 kilogrammes. Ils donnent des toisons qui pèsent environ 700 grammes. Les Limousins proprement dits ne pèsent, eux, jamais plus de 30 kilogrammes et les brebis ne dépassent pas 25 kilogrammes. Le poids de leur toison est d'environ 500 grammes.

VARIÉTÉ PORCINE. — La région centrale de la France produit considérablement plus de porcs qu'elle n’en consomme. Elle en exporte par conséquent de grandes quantités, surtout vers Paris, où ils sont presque exclusivement qualifiés de Limousins, bien qu'ils

ne viennent point tous des seuls

départements constitués par la division de l’ancienne province d'où se tire leur nom. Le Quercy et le Périgord en fournissent leur bonne part. Il serait d’ailleurs difficile de distinguer ceux du Cantal, du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire, de la Lozère, de l'Aveyron, du Tarn, du Lot, de Tarn-et-Garonne, de la Dordogne, de ceux de la Corrèze, de la Haute-Vienne et de la Creuse. Il n'y a entre cux que de faibles nuances locales, qui disparaissent dans l’ensemble.

La variété Limousine, comme toutes les autres qu’on admet dans ecctte nombreuse population du centre de la France, appartient à la race du cochon Ibérique (S. ibericus), qui peuple tout le midi de l'Europe (voy. IBÉRIQUE). La caractéristique différentielle de cette variété se tire à peu près uniquement de sa couleur qui, au lieu d’être uniformément noire ou brune, comme celle du type naturel, est presque toujours mélangée de blanc en proportion plus ou moins forte. Parfois la tête seulement est noire, mais le plus souvent le corps est parsemé de: larges taches foncées sur un fond blanc. Les sujets entièrement blancs sont extrêmement rares. Il n’en est pas de même pour ceux qui sont tout noirs. Les soies sont souvent abondantes et grossières. Ces particularités ne peuvent être attribuées qu’à d'anciens mélanges avec la race Celtique, dont il ne se manifeste cependant pas d'autre trace. Le squelette est demeuré inaltéré, ainsi que la forme des oreilles. En ce qui les concerne, le type naturel reste intact. $

La taille est moyenne ainsi que la longueur du corps, par rapport à l’ensemble de Ja race. Bien que les membres ne soient point longs, les cochons sont bons marcheurs. Ils cherchent une forte par—

LIN

tie de leur nourriture dehors, ce qui fait qu'ils ne sont guère précoces. Cependant ils s'engraissent sans difficulté, le moment venu, et leur corps devient assez régulièrement cylindrique. Les chàtaignes, abondantes en Limousin, jouent un grand rôle dans leur alimentation. En général ils atteignent un poids vif de 180 à 200 kilogrammes. Quelquesuns, très gras, ont pesé jusqu’au delà de 280 kilogrammes. Leur chair est fine et savoureuse, et leur lard se sale bien. Toutefois les charcutiers de Paris les estiment toujours moins que ceux de l’ouest de la France, appartenant aux meilleures variétés de la race Celtique. La différence qu’ils font est d'environ 10 cen- times par kilogramme de poids vif.

On peut reprocher aux pores Limousins d’être sujets à la ladrerie (voy. ce . mot), dont ils présentent fréquemment des cas. Il est à peine besoin de faire remarquer que ce n’est point en raison d’une aptitude qui leur serait particulière. Le fait est dû au genre d'existence qui leur est imposé et aux mœurs des habitants du pays où ils vivent, qui ne connaissent guère la coutume des fosses d’aisances.

Les cochons, on le sait, ne détestent point les déjections humaines. C’est donc chose à laquelle 1l serait facile de remédier et qui disparaitra par les progrès de l'hygiène dans les campagnes. La ladrerie ne se contracte que par l’indigestion des proglottis de Tænia provenant de l'intestin de l’homme. Jusque-là, il sera toujours prudent d'examiner tout porc Limousin au lieu d’élection, c’est-à-dire sous la langue, afin d'y constater l'absence du Cisticerque ladrique. A. S.

LIN. — Les Lins de grande culture appartiennent à l'espèce Linum usilalissimum (Linné). Ce sont des plantes à fleurs régulières, hermaphrodites, formées d’un réceptacle presque plan portant un calice de cinq pièces en préfloraison quinconciale, une corolle de cinq pétales en préfloraison tordue, dix étamines, dont cinq superposées aux sépales et munies d’anthères à deux loges introrses, et cinq soudées aux premières avec lesquelles elles alternent. Ces dernières sont dépourvues d’anthères. L’ovaire est supère, il offre à l’origine cinq compartiments renfermant chacun deux ovules, anatropes, descendants, avec le micropyle en haut et en dehors; mais de très bonne heure il se forme dans chaque loge une cloison entre les deux ovules, de telle sorte qu’à la maturité le fruit (fig.

270) est une capsule à dix logettes, qui se séparent les unes des autres et entrainent chacune une graine qu’elles laissent ensuite échapper. Ces graines, dont nous étudierons les caractères, sont à peu près dépourvues d'albumen, elles renferment une huile siccative très employée dans les arts, et leur épiderme est constitué par une assise de cellules qui ont la propriété de se gonfler extraordinairement quand on les met en contact avec l’eau.

Dès la plus haute antiquité, les hommes ont utilisé les fibres libériennes de certaines espèces de Lins pour confectionner des tissus. L’examen microscopique des bandelettes qui entourent les momies a prouvé que les anciens Egyptiens et les Hébreux se servaient du Lin. Les habitants des cités lacustres

Fig. 270. — Fruit du Lin.

LIN

de la Suisse orientale, alors qu’ils ne disposaient encore que d'instruments de pierre et.ne connaissaient pas le Chanvre, cultivaient et tissaient le Lin (de Candolle). Tandis que chez les Egyptiens c'était un Lin annuel qu’on exploitait, les lacustres de la Suisse utilisaient un Lin vivace (Linum angustifolium). Cette dernière espèce est spontanée depuis les iles Canaries jusqu’à la Palestine et au Caucase ; elle a disparu de la culture dans la plus grande partie de notre continent

Fig. 271. — Port du Lin.

A. de Candoïlle a montré que le Lin commun (Linum usitatissimum), cultivé depuis quatre ou cinq mille ans au moins dans la Mésopotamie, l'Assyrie et l'Egypte, était originaire des localités comprises entre le golfe Persique, la mer Caspienne et la mer Noire, où on le trouve d’ailleurs encore à l’état spontané. Les Finnois (de race touranienne) l’ont introduit dans le nord de l'Europe, les Aryens occidentaux, et peut-être les Phéniciens, l'ont disséminé sur le reste du continent européen ; ce seraient les Aryens orientaux qui l’auraient porté dans l'Inde. Aujourd’hui, les pays qui consacrent au Lin les surfaces les plus étendues sont : la Russie,

Il. — 33

LIN

la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Angleterre et l'Irlande. ï

En Russie, c’est le Linum perenne (Lin vivace) qui domine; il produit des tiges développées qu'on coupe à la faux; sa filasse est abondante, mais elle est relativement grossière. Dans les autres contrées, c’est au Lin ordinaire (Linum usitatissimum) qu’on a donné la préférence. ee

Les variétés qu’on rencontre en France se divisent en Lins de printemps et Lins d'hiver.

Les Lins de printemps, connus aussi sous le nom de Lins froids, sont de beaucoup les plus cultivés, ils comprennent d’abord : le Lin de Riga ou Lin de tonne, provenant de semences issues de Russie, principalement des environs de Riga ; il est très estimé, à cause de ses tiges développées et fournissant un rendement élevé d’une filasse souple et résistante ; — le Lin après tonne, obtenu à l’aide de semences récoltées sur le Lin de Riga; il est moins développé que le précédent, mais donne une filasse plus fine ; — le Lin commun, produit par les graines recueillies sur les Lins apres tonne; il se distingue des précédents par une taille moins élevée, un port moins robuste, une filasse pouvant acquérir un très grand degré de finesse. Tous ces Lins sont à fleurs bleues.

Les autres variétés de Lins froids sont : le Lin à fleurs blanches, qui semble jouir d’une certaine faveur dans les environs de Lille, dans les arrondissements de Béthune, Saint-Omer, Hazebrouck, et en Belgique ; il se recommande par sa rusticité et par son peu d’exigence en ce qui concerne la nature du sol; de plus, il ne dégénère pas comme les Lins à fleurs bleues; sa taille est moins élevée que celle du Lin de Riga, mais il donne, en même temps, une assez belle filasse et de la bonne graine, ce qu’on ne saurait obtenir avec les autres variétés; — le Lin à graine jaune, qui est une variété de Lin à fleurs blanches originaire de l'Amérique septentrionale ; il est tardif et surtout cultivé en Irlande; — le Lin royal, qui ne se distingue guère du Lin de Riga, dont il a la taille, que par ses fleurs blanches ; il a été l’objet d’une culture étendue dans le pays de Waës (Belgique).

Les Lins d'hiver ou Lins chauds ne sont représentés que par une seule variété, laquelle est plus recherchée pour la production des graines que pour celle de la filasse qui est relativement grossière et rude. On ne cultive le Lin chaud que dans les régions à hivers doux, comme le sud-ouest de la France ; les intempéries du nord et du centre le détruiraient.

Le Lin ne réussit bien que dans les terres un peu légères, mais profondes et fraiches. Une proportion élevée de silice à l’état de sable assure la légèreté désirable, tandis qu'une petite quantité d'argile, venant s'ajouter aux matières ulmiques, rend le terrain frais et substantiel. Ce sont donc les sols silico-argilo-sableux, bien pourvus ,de matières organiques, qui répondent le mieux aux exigences du Lin. Sur les calcaires secs, les tiges restent courtes et la récolte est insuffisante ; sur les argiles compactes, la paille est fréquemment longue, la filasse abondante, mais les fibres manquent de finesse et de souplesse.

Envisagé au point de vue de sa composition chimique, le sol destiné au Lin doit être riche. A moins de situations exceptionnelles, ce n’est que par suite de fumures copieuses, complétées par des engrais spéciaux appropriés au milieu, qu’on arrive à obtenir de belles récoltes. On remarque qu'un excès d'azote amène la verse, et par suite, l’altération de la filasse, qui, même en l'absence de cet accident, est d’une qualité inférieure. Les engrais phosphatés et potassiques semblent agir principalement sur les semences dont ils augmentent à la fois le rendement et la valeur.

Ce n’est d’ailleurs que par des essais multiples

LIN

qu’on pourra arriver à déterminer, pour chaque exploitation, les engrais à fournir et la manière dont ils doivent être appliqués. En l’absence de ces renseignements spéciaux, 1l y à lieu de remarquer que, dans la région du Nord, on emploie le plus souvent, pour la culture du Lin, les fumiers de ferme, les tourteaux, l’engrais flamand, auxquels on ajoute tantôt du sulfate d’ammoniaque ou du nitrate de soude, tantôt des superphosphates. Il est bien rare que les sels de potasse soient utilisés.

Dans leur champ d’expérience de Blaringhem (Nord), MM. Porion et Dehérain ont obtenu, d’une fumure de 3465 kilogrammes de tourteaux et 115 kilogrammes de sulfate d’ammoniaque, 5700 kilogrammes de paille et 800 kilogrammes de graines. L’addition de phosphate fossile, de superphosphate et de chlorure de potassium n’a eu aucun effet sensible sur la paille, et l'augmentation en graine a été trop faible pour couvrir la dépense d'engrais complémentaire; avec 600 kilogrammes de superphosphates, l'excédent en graine n’a été que de 65 kilogrammes.

On doit employer le fumier de ferme à un état de décomposition avancé ; son enfouissement dès l'automne, ou de très bonne heure au printemps, est à conseiller. Il peut ainsi être mélangé à la couche arable et ses effets sont plus sensibles. D'ailleurs, étant données d’une part la lenteur avec laquelle se décompose l’engrais de ferme, d’autre part, la rapidité de végétation du Lin, on comprendra que l’on ne peut compter sur le fumier seul pour fournir aux besoins. On regarde même quelquefois comme mauvais de fumer directement pour le Lin, et l’on préfère combiner la succession des cultures de telle sorte que la fumure ait été fournie à une récolte précédente. Une petite quantité de fumier déposée en couverture a quelquefois une heureuse action, en s’opposant au tassement de la terre par les pluies et à son desséchement pendant les chaleurs.

Les tourteaux, principalement ceux d’Œillette, de Chènevis et de Colza, sont très appréciés dans le nord de la France; on les applique au printemps, au moins quinze jours avant la semaille.

On reproche à l’engrais flamand, répandu à haute dose et au printemps, de donner un Lin qui mürit mal et ne renferme qu'une filasse grossière. On en redoute moins les effets quand il est incorporé au sol pendant l'hiver. On met de 200 à 300 hectolitres par hectare.

En ce qui concerne les engrais chimiques, on les réserve presque toujours pour le printemps. Sauf pour le nitrate de soude, 1l n’y aurait aucun inconvénient à les enfouir plus tôt et par un labour. Dans l'Ouest, les goémons sont utilisés concurremment avec les fumiers de ferme. :

L'absence de calcaire dans les sols nécessite souvent le chaulage ou le marnage. Il est bon d’exécuter ces opérations pour une des récoltes qui précèdent le Lin; on prétend que l'effet de l’amendement se traduit par une filasse peu résistante.

Les grandes plaines abritées des vents violents sont les situations qui conviennent le mieux au Lin; ce textile redoute les vallées étroites et ombreuses, de même que les pays montagneux où les variations atmosphériques sont brusques et fréquentes.

Un intervalle de sept ans entre deux cultures de Lin sur le même sol semble nécessaire pour assurer la continuité régulière de l’assolement. C’est à cette opinion que s’est rangé le comité linier de Lille, qui a conseillé aux agriculteurs de la contrée un certain nombre de rotations, dans lesquelles le Lin succède à l’Avoine venant après plantes sarclées abondamment fumées. Les prairies artificielles et temporaires, qui ont enrichi le sol de leurs débris souterrains et aériens, constituent un très bon précédent pour le Lin; on le fait encore succéder aux plantes sarclées (Betteraves, Pommes de terre),

LIN

quelquefois au Chanvre. En Irlande, où le Lin occupe d’assez grandes surfaces dans la province d'Ulster, on suit communément l’assolement suivant : Pomme de terre et Navet, Blé, Trèfle, Lin. Il est à remarquer que le Lin vient mal après les Navets, tandis que ces derniers réussissent toujours quand ils succèdent à la plante textile ; les Navets sur Lin sont justement renommés.

Le Lin, étant une plante à racine pivotante, a besoin d’une terre profondément meuble ; il résulte de cette exigence que, si le travail de défoncement n’a pas été fait pour une culture précédente, il est nécessaire de l’exécuter pendant l’hiver qui précède le semis du textile.

Les préparations à faire subir à la linière varient d’ailleurs beaucoup suivant la nature du terrain et surtout suivant la succession des récoltes. En général, après une plante sarclée ou une prairie artificielle ou temporaire, il suffit de deux labours, quelquefois même d’un seul, dans les terres légères ; après une céréale, au contraire, il faut trois labours, alternant avec des hersages et des roulages.

Les herses et les rouleaux jouent un rôle excessivementimportant dans la préparation de la Jinière. Ce n’est que par leur emploi répété qu’on arrive à obtenir cet émiettement de la surface du sol coïncidant avec un tassement normal des couches sousjacentes qui assure la pousse régulière de la jeune plante. Parmi les instruments usités, on doit citer, pour la région du Nord, un traineau spécial, à charpente trapézoïdale, garni de planches dans sa moitié postérieure ; on dit que cet outil ride le sol.

Le choix des semences, qui, pour toutes les cultures, a une action directe sur le produit, a ici une importance toute spéciale. C’est qu’en effet notre pays n’est pas, à proprement parler, producteur de semences de Lin; la filasse est toujours le produit principal et sa qualité est incompatible avec celle de la graine. Les fibres libériennes ayant leur maximum de valeur avant la maturité des capsules, on récolte toujours prématurément, ce qui amène la dégénérescence rapide des semences. IL résulte de cet état de choses que les cultivateurs doivent avoir recours à l'étranger pour leurs ensemencements. Les pays froids sont ceux qui fournissent les meilleures graines : la Russie se place en première ligne à ce point de vue.

On recherche surtout en France les graines de Riga ou graines de tonne, ainsi nommées parce qu'elles arrivent enfermées dans des tonneaux spéciaux marqués aux armes de Riga et plombés; on les appelle aussi graines de tonne enrobées, parce que les barils sont munis intérieurement d’une toile blanche. Les graines dites de Riga viennent des gouvernements du sud et du sud-est de la Russie ; les meilleures sont celles des districts de Proskow et d’Oskow. Les provinces de Pskoft, Smolensk et Vologda en fournissent beaucoup. On estime à 4 millions d’hectolitres l'exportation annuelle des graines de Lin de la Russie.

Ces semences de Riga sont de beaucoup les plus appréciées, parce qu’elles donnent des plants vigoureux, à tige très peu ramifiée, longue, dont le rendement en filasse est élevé. Il y a donc intérêt pour le cultivateur à connaître avec certitude Ja provenance de la graine, et malheureusement le commerce se livre sur les graines venant de Russie à des fraudes nombreuses, dont la plus commune consiste à remplir les tonneaux russes avec des semences les plus diverses. On a proposé un grand nombre de moyens pour vérifier la qualité des graines; ils ne sauraient remplacer le certificat d’origine.

Quoi qu'il en soit, on exige des semences une teinte jaune ou brune, avec reflets verdâtres, un brillant spécial rappelant l'aspect du vernis; une grande mobilité reconnue à ce fait que les graines prises à poignée glissent entre les doigts (les

Page 1