II
LITIÈRE — D
les gaz ammoniacaux et évite ainsi dans les écuries l'odeur pénétrante due au carbonate d'ammoniaque.
Toutes ces propriétés qui en font une litière d’une qualité exceptionnelle, expliquent comment, dans leurs expériences comparatives, MM. Lavalard et Muntz ont pu donner la préférence au fumier provenant des écuries où la tourbe avait été employée à la place de paille. Tandis que le fumier de paille dosait 0,51 pour 100 d'azote, le fumier de tourbe obtenu dans les mêmes conditions renfermait 0,68 pour 100 du même corps.
C'est surtout dans les terres siliceuses légères, redoutant la sécheresse, que le fumier de tourbe se montre efficace ; sur les sols humides et froids au contraire, il pourrait y avoir danger à recourir à cet engrais d'une manière absolue.
La terre qu'on trouve dans les fossés, sur Îles routes, a été également employée comme litière. Son emploi exclusif ne parait pas devoir être conseillé, à moins que ce ne soit pour les bêtes ovines ; mais on peut avantageusement remplacer une partie des pailles par de la terre qu'on dispose alors en couches plus ou moins épaisses sous un léger lit de paille. Les litières terreuses retiennent bien les matières volatiles et elles présentent le grand avantage de donner des fumiers compacts, qui ne prennent jamais le blanc et fermentent très régulièrement par suite du tassement énergique qui se produit naturellement.
Il n’en est pas moins vrai qu’on délaisse presque toujours ce moyen d'augmenter la masse de l’engrais de ferme, et le peu d’empressement des cultivateurs à recourir aux terres qui se trouvent dans leur voisinage provient de ce que ce sont des matières très lourdes, exigeant des transports couteux, que de plus il est nécessaire de les accumuler pendant l’été pour les avoir sèches pendant l'hiver.
Propriétés absorbantes des diverses lilières. — Une des propriétés essentielles des litières réside dans leur pouvoir absorbant pour les liquides. C’est qu'en effet, on sait de quelle importance il est de ne laisser écouler aucune partie des urines avec le système d’étables malheureusement encore trop répandu chez nous. On arrive à ce résultat d'autant plus facilement qu’on dispose de matières plus spongieuses. On doit à Boussingault des notions exactes sur ce sujet (voy. ABSORPTION). Dans ses expériences la paille d'Orge se place en première ligne, tandis que les Bruyères et surtout la terre végétale arrivent aux derniers rangs.
On augmente sensiblement cette qualité des pailles de retenir les liquides, en les divisant au moyen du hache-paille par exemple. On arrive ainsi à faire absorber à 100 kilogrammes de paille d’Orge jusqu'à 400 kilogrammes de liquide ; la paille de Blé peut, dans ces conditions, conserver jusqu'à 3 fois son poids d’eau.
La tourbe, nous l'avons vu, se placerait de beaucoup à la tête de toutes ces substances. On a pu, suivant les échantillons examinés, lui faire conserver de 7 à 9 fois son poids de liquide.
En dehors de l’économie de matières, qui est la conséquence d’un pouvoir absorbant élevé, on comprend qu’on obtient un fumier plus humide, dans lequel on a réuni la totalité des déjections excrémentitielles du bétail.
Les sciures de bois se montrent très diversement douées au point de vue qui nous occupe. C’est ainsi que nous n'avons pu faire retenir à une sciure de Chêne, très fine, séchée à l'air, que 68 pour 100 de son poids d’eau, alors qu'une sciure de Peuplier en conservait Le double dans les mêmes conditions.
Quantité de litière à donner aux animaux. — Une dernière considération, relative aux litières, est celle qui à trait à la quantité que l’on doit fournir aux différents animaux. À ce sujet, les chiffres les plus variables ont été émis.
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En ce qui concerne la paille de Blé, M. Damseaux estime la quantité nécessaire, par jour, à o kilogrammes pour un cheval, 6 kilogrammes pour une bête bovine, 1 kilogramme pour un porc. Avec la tourbe, il a trouvé qu'il suffisait de 2%,500, 3 kilogrammes et 500 grammes.
M. Girardin a indiqué 2 à 3 kilogrammes par cheval et 3 à 5 kilogrammes par bête bovine. :
Nous ne nous attarderons pas à relever d'autres chiffres, et nous renverrons au mot FUMIER, où nous avons cherché à montrer l'influence de la litière sur la constitution de cet engrais. Il résulte également de ce qui a été dit qu’il est impossible de fixer à priori le poids de litière à répandre. Les. animaux, leur régime, la disposition des étables, la nature des substances employées sont autant de facteurs qui interviennent.
Il suffira de poser en principe qu’il est essentiel de ne mettre, en litière, que juste ce qui est nécessaire à la propreté et au bien-être des animaux. Toute autre manière de faire entraine la production d’un fumier dans lequel la proportion des matières animales est insuffisante. Nous avons rap— porté au mot FUMIER les doses de paille qui nous ont paru suffisantes et nécessaires pour des animaux d’un poids donné et dans une situation déterminée. F. B.
LITIÈRE (z00technie). — C'est le lit sur lequel les animaux se couchent pour se reposer dans leurs habitations, dont elle couvre le sol en une épaisseur plus ou moins grande. La litière absorbe les déjections liquides et se mélange avec les solides pour contribuer à la confection des fumiers. Dans les exploitations rurales, ce dernier point de son utilité doit être considéré comme le principal, sans que l’autre, toutefois, puisse être négligé sans inconvénient. Elle est composée de façons très diverses, selon les ressources que fournit le système de culture ; mais, en général, ce sont les pailles de céréales, et particulièrement celles de Froment, qui en fournissent la matière. Dans les localités où ces pailles sont rares, et par conséquent chères, ou même tout à fait absentes, elles sont remplacées par d’autres substances (voy. l’article précédent).
Ce que valent ces matériaux de litière, sous le rapport de la qualité des fumiers qui en résultent, nous n’avons pas à nous en occuper (vOy. FUMIER). À notre point de vue purement zootechnique, toute litière est bonne, pourvu qu’elle assure aux animaux une couche suffisamment souple et constamment sèche, afin qu’ils y aient toutes leurs aises et s’y maintiennent dans le plus grand état de propreté possible. C’est surtout important pour les vaches laitières, dont l'étable doit être aussi peu odorante que le comporte leur odeur propre, et, pour les moutons, à cause du bon entretien de leur toison. À ce double titre de la souplesse et de la propreté, on ne peut pas nier que la litière de paille de Froment soit préférable à toutes les autres. Un bon lit, suffisamment épais, de cette paille fraiche procure aux animaux fatigués, surtout aux chevaux, une sensation de bien-être qui ne peut pas échapper à l'observateur attentif.
Les nécessités de la pratique ne permettent pas toujours de se préoccuper exclusivement d’atteindre le but ainsi marqué. Pour les animaux de luxe, dont la litière peut être renouvelée ou relevée tous les matins, et dont les déjections sont em quelque sorte guettées par leurs palefreniers, afin d'éviter qu'elles la souillent, c’est chose facile: Mais pour ceux qui sont des objets d'exploitation : industrielle, il n'en va pas ainsi. La considération des frais est dans tous les cas prédominante, et en outre, dans l’agriculture, on ne peut pas meéconnaître leur rôle important dans le maintien de la fertilité du sol. Ce rôle, les purs hygiénistes, dans leurs ouvrages, l’ont trop souvent laissé de côté en présence de notre sujet. En exploitation indus-
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trielle des moteurs animés, par exemple, et même dans les corps de troupes qui, dans l’armée, emploient des chevaux, la valeur commerciale des fumiers produits est proportionnelle à leur valeur fertilisante. Le prix qu'on en obtient vient en déduction des frais d’entretien de la cavalerie. Il y a donc, dans tous les cas, intérêt à faire fléchir les principes absolus de l'hygiène, sans parler, pour ce qui concerne l’armée, de l'avantage qu’il peut y avoir à prémunir cette cavalerie contre les éventualités d’une campagne de guerre, en ne l’habituant pas trop à un bien-être excessif. A la guerre, on ne peut que bien rarement, à la fin de sa journée, lui procurer une bonne litière. Elle est le plus souvent dans l'obligation de se coucher sur le sol nu.
A la ferme, où, pour la double raison d’économie de main-d'œuvre et de nécessité de faire le plus de fumier possible, conséquemment de laisser sous les pieds des animaux la litière de la veille, afin qu'elle s’imprègne complètement d’urine, il suffit de recouvrir, chaque soir, les parties humides ou souillées d’une couche de matière sèche et propre. De la sorte, le lit reste suffisamment moelleux pour que l’animal couché n'ait point à souffrir de pressions douloureuses sur les parties de son corps où le squelette est en saillie, il n’est pas incommodé, et les gaz qui se dégagent des déjections en fermentation ne se répandent point dans l’atmosphère, étant absorbés par la couche supérieure de litière nouvelle.
Il est bon que tout ce qui est resté sec soit relevé, au moment du pansage du matin, et mis en réserve pour être étendu de nouveau le soir sous les pieds des animaux, à moins que les matériaux de litière ne soient abondants et qu'il n’y ait pas lieu, conséquemment, de les ménager.
Du reste, les soins à prendre pour la litière dépendent beaucoup de la manière dont les habitations des animaux sont disposées. Avec un sol solide et bien uni, en pavage ou en ciment, sur lequel l'écoulement des urines est facile, celles-ci étant réunies dans un canal aboutissant à la citerne où elles sont recueillies, la propreté est beaucoup plus facile à entretenir avec une moindre quantité de matériaux. Ces dispositions sont surtout nécessaires pour les Bovidés nourris d'aliments très humides, dont les déjections se montrent toujours plus ou moins ramollies. Avec un sol inégal, au contraire, sur lequel les urines séjournent et dans lequel elles s'infiltrent, plus de litière est nécessaire.
Ces considérations subsistent, quels que soient les matériaux composant la litière. Les-propriétés particulières de ceux-ci entrainent, de leur côté, des variations. A l'égard de l’un comme de l’autre de leurs modes d’action, comme sorte de matelas et comme couche absorbante, il est clair que l’épaisseur en devra être d'autant plus forte que l’élasticité ou la souplesse et la facilité d’imbibition seront moins grandes. Il faudra, par exemple, pour atteindre les mêmes buts, une couche plus épaisse de feuilles, de sciure, de terre ou de bruyère, que de paille quelconque et surtout que de paille de Froment.
La comparaison, à notre point de vue spécial, entre ces diverses sortes de litière ne nous parait pas avoir tout l'intérêt qui lui a été quelquefois accordé. Elle serait d’ailleurs bien difficile à faire avec une exactitude qui permit d’en tirer des conclusions solides. Si le lit est bien fait, s’il est suffisamment épais, les animaux s’y reposent dans tous les cas également bien. C’est pour nous l'important. Le reste est affaire d'économie ou de nécessité. Dans la pratique on fait la litière avec les matières dont on dispose, et quand ïl faut les acheter, on donne la préférence à celles qui coûtent le moins cher, à moins que l’économie qu’elles procurent ne soit plus que compensée par une diminution de