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LABIÉES

Les caractères empruntés au gynécée ne reposent guère que sur le mode d'insertion des achaines et, par suite, sur la forme et l'étendue de la cicatrice qu’ils montrent après leur séparation du réceptacle. Notons cependant que chez les Præsium et quelques genres voisins, les quatre loges ovariennes deviennent exceptionnellement autant de fruits charnus (bies ou drupes).

L’albumen de la graine, ordinairement peu abondant, peut disparaitre complètement, comme, par exemple, chez les Germandrées et d’autres encore.

Nous avons dit que les Lamiers ont les fleurs disposées en glomérules occupant l’aisselle des feuilles. Dans beaucoup de Labiées il en est ainsi; mais chez un bon nombre d’entre elles l’inflorescence se complique, parce que les feuilles font place à des bractées, et que les axes se ramifient plus ou moins suivant le mode indéfini. Il en résulte

Fig. 192. — Gynécée de la Ballote fétide, montrant le disque hypogyne et le style gynobasique.

Fig. 193. — Fleur de la Menthe poivrée ; la corolle est à peine bilabiée.

des inflorescences mixtes assez variables d'aspect, mais qui se rapportent à peu près toutes à l’épi et à la grappe (simples ou composés) de glomérules. Telles se montrent à cet égard, les Lavandes, les Menthes, les Mélisses, et une foule d’autres plantes du groupe.

Sans qu'il soit besoin d'insister davantage, le lecteur comprendra facilement quel parti la classification a pu tirer de toutes les variations secondaires dont nous venons d'indiquer les principales, surtout en tenant compte de la façon dont elles se combinent entre elles dans telle ou telle plante.

Telle qu’elle est admise aujourd’hui, la famille des Labiées comporte environ deux mille cinq cents espèces décrites et réparties entre cent trente et quelques genres dont le nombre est certainement exagéré. On trouve des représentants du groupe depuis les tropiques jusque dans les terres arctiques ; mais c’est surtout dans la région méditerranéenne orientale, ainsi que sur les montagnes des pays chauds, que les Labiées sont surtout abondantes.

Pour concevoir nettement les affinités de cette famille, il est indispensable de remarquer que l'organisation du gynécée y diffère notablement

Fig. 194. — Fleur de la Sauge officinale, montrant la forme des étamines.

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au jeune âge et à l’état adulte (le seul dont nous nous soyons occupé précédemment). Quand on étudie, en effet, l'ovaire d’une Labiée au moment de sa formation, on voit qu'il est en réalité formé de deux carpelles seulement, dont l’un antérieur et l’autre postérieur, limitant deux loges biovulées. Ce n’est que vers une époque plus ou moins avan= cée qu'il se produit dans chaque loge une fausse cloison carpellaire, dont la formation divise en deux parties le compartiment primitif. Telle est l'origine des quatre logettes uniovulées que l’on observe à l’époque de la floraison.

Il en résulte que le gynécée des Labiées possède, au fond, la même organisation que celui des Scrofulariacées et des Solanacées dont il diffère essentiellement par le nombre des ovules (voy. SOLANA- CÉES, SCROFULARIACÉES). Les Labiées ont, en outre, la fleur irrégulière des Scrofulariacées, et semblent s'éloigner notablement, par ce caractère, des Solanacées ; mais cette différence s’atténue beaucoup quand on remarque qu’il y a beaucoup plus de Solanacées irrégulières qu’il ne semble au premier abord. On retrouve également la gynobasie dans les Borraginacées et dans certaines Verbénacées ; mais il est à noter que, chez ces plantes, la direction de l’ovule est autre que dans les Labiées où le micropyle est toujours inférieur, tandis que dans les

Fig. 1495. — Fleur du Romarin; l'androcée n’a que deux étamines à anthères uniloculaires.

groupes précités il est ordinairement dirigé en haut.

Les Labiées sont essentiellement des plantes aromatiques, et souvent douées, comme telles, de propriétés stimulantes assez énergiques ; elles ont ordinairement une saveur chaude et amère, et excitent l'appétit par l’arome qu’elles communiquent aux aliments avec lesquels elles se trouvent mélangées. Elles plaisent en général à nos animaux domestiques, mais il paraît établi que le gros bétail les accepte moins volontiers que les moutons ou les chèvres.

Elles doivent leurs qualités à des huiles essentielles ordinairement formées dans des glandes extérieures, plus ou moins volumineuses, portées par des poils répandus sur les rameaux, sur les feuilles et jusque sur le calice des fleurs. Ces essences sont de composition variable, mais représentée souvent par un ou plusieurs hydrocarbures liquides tenant en dissolution un campbhre de constitution spéciale. Tel est, par exemple, le cas de l'essence de Thym, dont on peut retirer deux hydrocarbures : le cymène et le thymène, qui ne diffèrent l’un de l’autre que parce que le second contient deux équivalents d'hydrogène de plus que le

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premier (CH; CH), et aussi un camphre cristallisable, le thymol.

C'est par distillation que l’on extrait des Labiées les essences qu’elles élaborent, et chacun sait que plusieurs d’entre elles sont cultivées sur une grande échelle pour l'obtention de ces produits, dont il se fait une grande consommation tant en médecine que dans l’industrie des parfums. Il suffit de rappeler ici les noms connus de tout le monde : de la Menthe (Mentha piperita Sm.), des Lavandes (Lavandula vera DC., L. latifolia Nill., L. Stæchas L.), du Thym (Thymus vulgaris L.), du Serpolet (Thymus Serpyllum L.), du Patchouli (Pogostemon Patchouly Pell.), de la Sauge (Salvia officinalis L.), du Romarin (Rosmarinus officinalis L.), de La Mélisse (Melissa officinalis L.), ete., etc.

Fig. 196. — Fleur du Patchouli montrant la disposition des deux lèvres de la corolle.

Fig. 197. — Fleur de Germandrée ; le limbe de la corolle est tout entier déjeté en avant.

Un grand nombre d’espèces croissent communément dans les prairies, dans les allées herbeuses des bois, sur les coteaux secs, où elles se mêlent aux autres végétaux dont se nourrissent les bestiaux dans le régime desquels elles jouent certainement un rôle assez important, en agissant d’ailleurs plutôt comme condiments que comme aliments proprement dits.

Les graines de certaines espèces contiennent une huile fixe assez abondante. Le péricarpe de quelques autres donne par macération dans l’eau un mucilage particulier ; c’est ainsi que les fruits d’une ou deux espèces de Perilla sont usités au Japon pour coller le papier.

L’horticulture tire un grand parti d’un bon nombre de Labiées qui sont recherchées soit pour la beauté de leurs fleurs, soit pour l’élégance de leur port ou les colorations variées de leur feuillage. Telles sont notamment les Sauges, les Coleus, les Scutellaires qui font l’ornement des jardins et des serres, et dont l’habileté des horticulteurs a su varier presque à l'infini les formes et les couleurs.

Peu de Labiées sont arborescentes, et si l’on en excepte certaines espèces, telles que le Phlomis fruticosa, le Romarin et quelques autres, toutes sont des herbes annuelles ou vivaces, quelquefois suffrutescentes à la base. Les rameaux herbacés sont toujours carrés; non pas que leur tissu ligneux ait cette forme, mais parce qu’autour de lui, le parenchyme cortical se double, suivant les extrémités de deux diamètres perpendiculaires, d’un collenchyme sous-épidermique, constitué par des éléments polyédriques, à parois inégalement épaissies, for-

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mant quatre cordons longitudinaux, saillants et opposés deux à deux. E. M.

LABORATOIRE. — Les laboratoires sont, dans la plus large expression du mot, les locaux disposés pour y exécuter les opérations pratiques des diverses sciences. Sous le rapport spécial des sciences agricoles, on distingue les laboratoires de chimie, de météorologie, de botanique, de zootechnie, etc., où l’on étudie les applications des sciences pures à la production agricole. Les laboratoires de recherches agronomiques sont aujourd'hui nombreux dans la plupart des pays civilisés ; la première notion en paraît due à Lavoisier, mais la réalisation qu'il en voulait poursuivre sur sa terre des Freschines (Loir-et-Cher) fut interrompue par sa mort prématurée. En fait, le premier établissement qui ait eu ce caractère complet a été le laboratoire de Boussingault, à Bechelbronn ; un peu plus tard le laboratoire de Lawes et Gilbert était organisé à Rothamsted, en Angleterre, et le laboratoire de Wolff s’ouvrait à Hohenheim en Allemagne. C’est dans ce dernier pays que les laboratoires de recherches ont été le plus multipliés et le mieux outillés depuis un quart de siècle.

Les laboratoires de recherches agronomiques sont tout à fait distincts, en principe, des laboratoires d'essais dont le but principal est d'exécuter, pour les cultivateurs, les analyses dont ils ont besoin; mais ces deux sortes d'établissements sont assez souvent réunis ensemble, notamment en Allemagne. Les laboratoires agricoles d'essais sont généraux ou spéclaux; dans les premiers, on exécute toutes les analyses que demandent les cultivateurs; dans les seconds, on se limite à l’analyse de certains produits. Les laboratoires d’essais les plus nombreux sont ceux de chimie agricole, destinés à l'analyse chimique des terres arables, des engrais, des récoltes, etc. Les laboratoires d’essais botaniques, pour le contrôle de la valeur des semences, sont moins nombreux; en France, on n’en compte qu’un seul annexé à l’Institut national agronomique, tandis qu’on compte, outre un nombre indéterminé de laboratoires privés, plus de quarante laboratoires de chimie établis aux frais des départements ou des associations agricoles.

On ne doit pas confondre les laboratoires de recherches et les laboratoires d’essais avec les stations agronomiques. Ces derniers établissements sont souvent pourvus de laboratoires dans lesquels des analyses sont exécutées pour les cultivateurs ; mais ce sont, avant tout, des établissements destinés à mettre au service de la pratique agricole les enseignements de la science agronomique.

Le but principal des stations agronomiques, celui qui en fait des établissements d'utilité publique, est d'offrir aux cultivateurs de la région où elles existent les moyens d'obtenir des conseils, des renseignements, et au besoin des expériences dans le laboratoire, dans l’étable ou dans les champs sur les questions qui les intéressent. On voit dès lors combien leur fonctionnement diffère de celui des laboratoires : pour remplir leur rôle, il est nécessaire qu’elles soient largement dotées et dirigées par des hommes qui joignent à une science pro fonde la connaissance exacte des besoins agricoles (VOy. STATION AGRONOMIQUE). H. S.

LABOUR. — Le labour est sans contredit une des opérations culturales les plus importantes : de sa bonne exécution dépend souvent la réussite des récoltes confiées au sol. C’est d’ailleurs cette action si marquée des labours sur les produits obtenus qui, constatée maintes fois par les agriculteurs, a donné naissance à cet adage : « Bonne culture vaut demi fumure ». C’est qu’en effet, un bon labour, en détruisant les plantes adventices, en améliorant les propriétés physiques du milieu dans lequel vivent les végétaux cultivés, assure la plus complète utilisation possible des engrais ; une mauvaise prépa-

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ration du terrain au contraire annule l'effet de copieuses fumures ou les fait même quelquefois agir au détriment des récoltes par suite du déve- Joppement que prennent, dans ces circonstances, des herbes spontanées. :

Il n’est donc pas étonnant que, trompées par les apparences, certaines personnes aient cru pouvoir attribuer au labour un pouvoir fertilisant; sur cette idée erronée ont été édifiés des systèmes de culture dont ceux de Jethro Tull et du révérend Smith sont restés les types (voy. JAGHÈRE). Il est nécessaire, d’ailleurs, pour bien concevoir le rôle que doit jouer, en agriculture, l'opération dont nous nous occupons en ce moment, d'examiner le principe de son exécution et d’énumérer les résultats multiples qui découlent de son application judicieuse.

Le labour consiste à découper successivement toute la terre à travailler en prismes qui sont retournés plus ou moins complètement, de telle sorte que la partie inférieure du sol se trouve exposée aux influences atmosphériques. Dans ces conditions, on réalise : {° l’aération des couches profondes qui sontramenées à la surface ; 2° l’ameublissement du terrain par suite des actions mécaniques auxquelles 1l est soumis et des circonstances météorologiques qu'il subit; 3° le mélange des différentes couches de la terre arable, conséquence des façons culturales opérant à des profondeurs diverses; 4° la destruction des plantes adventices ; 9° l'enfouissement des engrais et des amendements; 6° le recouvrement des graines semées à la volée; 7° une bonne répartition de l'humidité dans la masse de terre remuée.

Tous ces résultats obtenus par les labours sont indispensables à la productivité des champs. Les parties inférieures du sol, tassées peu à peu et soustraites à l’action de l’air, sont le siège de phénomènes de réduction qui modifient désavantageusement la nature des composés chimiques qu’elles renferment ; la nitrification des matières organiques azotées est interrompue, l’impénétrabilité peut même devenir telle que le développement des plantes est entravé. Les labours obvient à ces inconvénients, ils divisent les particules terreuses, les mettent au contact de l'oxygène de l’air, répartissent régulièrement les ferments, ces agents si puissants des réactions qui se produisent dans les champs, et favorisent le développement radiculaire des récoltes après avoir détruit la végétation spontanée.

Certains engrais, le fumier notamment, ne peuvent être placés dans les conditions nécessaires à leur décomposition régulière que par les labours.

Nous sommes donc en présence d'opérations dont l'importance est capitale, dont les effets sont très complexes, et qui, pour cette raison, doivent être exécutées de différentes façons et être répétées à des intervalles variables, suivant les circonstances.

On laboure tantôt avec des instruments à bras, tantôt à l’aide de machines mises en mouvement par les animaux de trait ou par la vapeur.

Les instruments à bras peuvent être rangés en deux grandes catégories : 1° ceux qu’on fait pénétrer dans le sol sans choc, par simple pression; 2° ceux qui entament le terrain par suite d’une action percutante. Dans la première catégorie sont les bêches, les fourches; dans la seconde se trouvent réunies les pioches et les houes (voy. ces mots).

Les façons à la bêche sont les plus parfaites en ce genre, mais elles ont l'inconvénient d’être beaucoup trop lentes, ce qui les fait repousser par la grande et même par la moyenne culture. Les fourches font un travail un peu moins parfait que les bêches, mais elles remplacent cependant avantageusement ces dernières chaque fois que le sol est pierreux ou très dur. Les pioches et houes ne font pas, à proprement parler, un labour, car le sol n'est pas retourné d’une manière méthodique.

, Dans la grande culture, c’est toujours à la char-

LABOUR

rue qu'on à recours pour effectuer les labours. Tous les instruments qui répondent à ce nom ont pour but: 1° de couper le sol suivant un plan vertical parallèle à une des faces du champ à labourer, de façon à limiter une bande régulière ; 2° de détacher complètement la bande par une section horizontale faite à la profondeur voulue; 3° de soulever la bande en la faisant pivoter successivement autour de deux de ses arêtes et de la renverser en lui donnant une inclinaison un peu variable suivant les cas, mais voisine de 45 degrés. Pour remplir ces différentes fonctions, les charrues ont trois organes essentiels : le coutre, le soc, le versoir (voy. CHARRUE). On comprend que ces pièces, de même que celles qui les relient et qui sont destinées à en assurer la marche régulière, doivent être appropriées à la situation et au travail à accomplir, et il en résulte, étant donnée la variété du labour, une diversité très grande dans les types de charrue.

Quel que soit l'instrument auquel on aura donné la préférence, le labour, pour être bon, doit être subordonné à la nature du sol et aux exigences de la plante qui occupera le terrain; il doit être fait en temps voulu et présenter des bandes bien régulières et uniformément inclinées sur l'horizon. Quant à la forme de ces bandes, la pratique a depuis longtemps adopté celles qui offrent une section rectangulaire, elle a rejeté celles qui sont à section trapézoïdale ou parallélogrammique.

Il importe donc, pour apprécier un labour, de considérer d’une manière toute spéciale : 1° la profondeur de la raie; 2° la largeur de la bande; 3° l'inclinaison de cette bande (conséquence des deux dimensions, profondeur et largeur); 4° la direction des raies ; o° la forme superficielle du labour.

PROFONDEUR DE LA RAIE. — La profondeur qu’on donne aux labours est essentiellement variable. Elle dépend du terrain lui-même, de la plante pour laquelle le travail est effectué, de la masse d'engrais dont on dispose; mais nous savons que quelle que soit cette profondeur, elle doit, une fois déterminée, être maintenue uniforme sur toute l'étendue du champ. Considérés au point de vue de la profondeur, les labours peuvent être classés en trois groupes : les Zabours légers, les labours moyens, les labours profonds.

Labours légers ou superficiels. — Ce sont ceux qui n’entament le sol que sur une faible épaisseur (6 à 10 centimètres, par exemple). Le labour de déchaumage (voy. ce mot) est le type de ces façons superficielles, qui sont, d’ailleurs, utilisées dans nombre d’autres circonstances. Ainsi, c’est à un labour léger qu'on a recours pour ameublir au printemps la surface des champs destinés aux plantes sarclées ; dans ces terres nettoyées par le déchaumage, défoncées profondément à l’automne, la partie supérieure seule est battue et tassée par les pluies; un labour ordinaire serait toujours sans avantage et aurait très souvent l'inconvénient de ramener des mottes qu’il serait très difficile de réduire ensuite alors qu’elles auraient été durcies par le soleil. Les labours qui précèdent la semaille du Froment succédant à une jachère ou à une plante sarelée doivent aussi être superficiels. Enfin, c’est encore par une semblable façon culturale qu’on enfouit les engrais pulvérulents, les amendements ou même les semences des

céréales semées à la volée sur les terres sèches

(semis sous raies).

Les labours légers sont donc fréquemment usités etil n’est pas étonnant qu’on ait cherché à faire des instruments spécialement appropriés à ces travaux.

Les araires, en général, sont peu convenables pour ce genre d'opérations. Ce qu'il faut ici en effet, ce sont des instruments très stables par euxmêmes et susceptibles d’être réglés avec une grande précision; une variation de quelques centimètres en profondeur, qui aurait peu d’inconvénients avec un labour de 20 ou 25 centimètres, devient très

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sensible quand la bande retournée n’en a que 8 à 10. Or les araires sont très mobiles, ils traduisent les moindres variations de traction ou de direction et exigent par suite des attelages très bien dressés, des conducteurs habiles et constamment attentifs.

Les charrues à avant-train bien construites peuvent être employées; mais c’est surtout en cette circonstance que les polysocs doivent être préconisés. Ces instruments, dans lesquels plusieurs corps de charrue sont associés et fonctionnent simultanément, jouissent d’une très grande stabilité, et, lorsqu'ils sont munis de bons régulateurs de profondeur et de largeur, ils peuvent exécuter un travail très régulier sans demander l'intervention constante du laboureur qui a le loisir de surveiller son attelage. Dans ces conditions, les polysocs économisent considérablement la main-d'œuvre et permettent d’opérer avec rapidité. Il est à remarquer en effet qu'un seul laboureur avec un trisoc retourne trois raies aussi vite qu'il en aurait retourné une avec la charrue ordinaire; de plus, il ne faut pas, pour faire les trois raies, un attelage triple de celui qui est nécessaire à la traction d’un seul corps de charrue. Signalons enfin ce fait d'observation que la traction des polysocs est plus régulière que celle d’une charrue ordinaire. On s'explique, d’ailleurs, assez facilement cette régularité relative, en songeant qu’un obstacle qui double la traction d’une charrue ordinaire, n’augmente que d’un tiers ou d’un quart celle d’un polysoc; il faudrait pour qu'il en soit autrement que l'obstacle se fit sentir à la fois sur les différents corps, ce qui exigerait un concours de circonstances bien extraordinaire. L’excédent de traction, au lieu d’affecter deux chevaux, par exemple, se trouve réparti entre cinq, de sorte que chacun d’eux n’a besoin que de déployer un supplément d’effort minime pour vaincre l’obstacle.

On remplace fréquemment les charrues, pour les façons culturales légères, par des instruments spéclaux, dits extirpateurs, scarificateurs, cultivateurs, qui ont l’avantage d’opérer très rapidement. Bien que le travail de ces instruments ressemble, au premier abord, à celui des polysocs, nous ne saurions l’assimiler à un véritable labour qui, d’a-près la définition, doit retourner la terre; les scarificateurs ne font, en effet, que soulever, déchirer et remuer le sol sans le retourner.

Labours moyens ou ordinaires. — Les labours moyens ou ordinaires sont ceux qu’on exécute le plus souvent dans la pratique agricole, et nous réunissors sous ce nom les labours qui s'étendent aux différentes couches inférieures du sol proprement dit, sans atteindre le sous-sol. Les labours de jachère par lesquels on enfouit les fumiers ou les plantes adventices, ceux par lesquels on défriche les prairies artificielles ou temporaires en vue d’une culture de céréales, ceux de plantation de Pommes de terre ou de repiquage de certaines plantes sarclées, sont tous des labours moyens.

On comprend par suite qu’une des caractéristiques de ces opérations réside dans leur degré de fréquence, et il arrive, en effet, que certaines terres reçoivent, pendant le cours d’une année, plusieurs de ces façons. Il est vrai que chacune d'elles n’a pas exactement la même profondeur, et cette variation est même nécessaire pour que toutes les parties du terrain soient mélangées et successivement amenées au contact de l'atmosphère, pour que les engrais soient régulièrement distribués. Il en résulte qu’il est impossible de fixer par un chiffre la profondeur des labours moyens, d'autant plus qu'indépendamment des considérations précédentes cette profondeur est fonction du climat, de la nature minéralogique du sol et qu’elle est limitée, dans certains cas, par l'épaisseur des matériaux meubles ou par la présence d’une couche totalement infertile. Cependant l'examen des faits permet de dire que les labours moyens oscillent

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entre 12 et 25 centimètres de profondeur. Au-dessous de 12 centimètres, nous retrouvons les labours: superficiels ; au delà de 25 centimètres, nous sommes en présence d'une façon qu’il n’y à pas intérêt à renouveler fréquemment, ce qui la distingue de celle que nous envisageons en ce moment.

Les instruments qui répondent aux exigences.

des labours ordinaires sont nombreux. Chaque pays possède sa charrue, construite par les ou— vriers de la localité et appropriée à la nature du terrain et aux habitudes des cultivateurs.

Dans les terres compactes et là où les pierres ne sont pas abondantes, les araires peuvent être: employés avec avantage ; dans les autres situations, on a recours aux diverses charrues à avant-train. On a émis des opinions très contradictoires sur la question de la préférence à accorder à l’un ou à l’autre de ces groupes d’instruments, araires ou charrues à avant-train. Ainsi que nous venons de: le dire, nous estimons que chacun d’eux peut avoir sa raison d’être dans des situations données et nous pensons que, posé d’une manière générale, le problème ne peut être résolu. Il est évident que l’addition d’un avant-train, quelque léger qu'il soit, augmente dans une certaine proportion la traction de l’attelage et accroît sensiblement le prix de: l'instrument; mais ces inconvénients sont compensés par ce fait que l’avant-train communique: à la charrue une stabilité beaucoup plus grande et qu'il permet à un ouvrier d’une adresse médiocre: de faire un travail à peu près satisfaisant même avec un appareil dont la construction n’est pas: parfaite. Ces considérations ne sont pas négligeables. L'araire, au contraire, exige, pour faire un bon labour, la direction attentive d’un conducteur habile, il doit être aussi construit avec une grande per— fection. Tels sont les éléments de la discussion et l’on comprend que la solution variera avec les situations particulières dans lesquelles le cultivateur se trouvera. M. Hervé-Mangon a établi ainsi les. bases de la comparaison : (Supposons, dit-il, qu'un araire et une charrue à roues donnent un travail d'égale qualité. Le conducteur de l’araire, qui est un ouvrier spécial très capable, recevra, en général, un salaire supérieur à celui du conducteur de la charrue ordinaire, que l’on peut confier à un manœuvre quelconque ou à un jeune garçon. D'un autre côté, l’araire exigera habituellement moins de travail de la part de l’attelage. La différence du travail de l’attelage, mesurée au dynamomètre, peut être évaluée en argent et comparée .à la différence des salaires des deux laboureurs. Si l'augmentation de dépense du travail et de l’entretien de l'appareil excède la différence des salaires, il y aura économie à employer l’araire ; dans: le cas contraire, la charrue à roues sera préférable.»

Labours profonds ou de défoncement. — Tous les labours qui pénètrent au delà du sol proprement dit, qui attaquent le sous-sol, sont dits profonds. ou de défoncement. La profondeur à laquelle ils penètrent (plus de 25 centimètres en général) n’est pas, d’ailleurs, la seule caractéristique de ces: sortes de labours; leur périodicité les distingue aussi nettement des autres façons aratoires. Tandis: qu'en effet les labours ordinaires se répètent dans. certains cas plusieurs fois dans la même année, les labours de défoncement ne sont appliqués au même terrain qu'à des intervalles plus ou moins longs, mais toujours de plusieurs années.

Les défoncements ont donné les résultats les plus opposés, et cependant leur importance ne peut être contestée ; appliqués judicieusement, ils provoquent une augmentation considérable dans la valeur du sol et ce n’est que lorsqu'ils ont été effectués inconsidérément qu'ils ont conduit à des mécomptes.

Les labours profonds entrainent le développement radiculaire des plantes dont les partie.

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aériennes deviennent par cela même plus abondantes, ils accroissent donc les récoltes.

L'observation montre que les végétaux souffrent moins à la fois de l'humidité et de la sécheresse sur un sol approfondi que sur un sol superficiel. Ces assertions, qui semblent contradictoires au premier abord, s'expliquent facilement quand on songe qu'une terre d’une épaisseur de 950 centimètres peut emmagasiner beaucoup plus d’eau, sans être saturée, qu’une terre épaisse de 25 centimètres. Par cela même, la terre profonde pourra, au moment des chaleurs, fournir aux récoltes une plus grande quantité d'humidité que la terre mince, et si l’on joint à cela que les racines vont naturellement à une profondeur plus grande dans le premier sol que dans le second, on comprendra aisément la résistance aux sécheresses maintes fois constatée. Le défoncement est encore un obstacle à la verse, et il rend les terrains aptes à porter des récoltes plus variées. Enfin 1l reste à signaler, comme complément de tous ces avantages, celui qui résulte du mélange avec le sol d'un sous-sol contenant des matières minérales qui manquaient à la couche supérieure.

Il est juste de dire que cette dernière action ne peut être réalisée que dans des circonstances malheureusement trop rares, mais nous voyons là une preuve de la nécessité pour l’agriculteur de bien connaître, non seulement la couche de terre qu’il remue ordinairement, mais encore celle qui est sous-jacente et qu'il n’attaque que par le labour profond.

En l'absence de renseignements sérieux sur la constitution du sous-sol, les labours profonds sont toujours dangereux, et c’est pour avoir opéré sans précaution que beaucoup d’agriculteurs ont échoué. Chaque fois, en effet, qu’on ramène dans une terre arable améliorée de longue date, une partie d’un sous-sol infertile, l’effet immédiat est une diminution dans la productivité du terrain, et ce n’est qu'après un laps de temps plus ou moins long, à la suite de façons plus ou moins nombreuses, d’apports d'engrais quelquefois considérables, que les récoltes bénéficient de l’approfondissement, Il est donc bien rare qu’on puisse économiquement approfondir rapidement les terrains ; le plus souvent, on devra aller progressivement, quélquefois même s'abstenir tout à fait. L'infertilité du sous-sol n’est pas toujours une cause d'abandon des labours profonds ; mais on a alors avantage à ne pas mélanger avec la terre améliorée la couche inférieure.

. Ces considérations conduisent à distinguer dans les labours profonds : 1° ceux dans lesquels le soussol est ramené à la surface ; 2° ceux dans lesquels on se borne à remuer le sous-sol, à l’ameublir.

Dans le premier cas, on opère en une fois ou en deux fois, c'est-à-dire que tantôt on retourne d’un soup l'énorme bande correspondant à une profondeur de 30 à 50 centimètres, et il faut alors des attelages nombreux et des outils puissants comme le Brabant double dit La Révolution, de M. Vallerand ; tantôt au contraire on reverse d’abord, avec les charrues ordinaires, une bande de 20 ou 25 centimètres d'épaisseur, et l’on fait passer dans la raie ouverte une deuxième charrue qui détache une nouvelle bande, la soulève et la jette sur la première. La charrue Bonnet répond bien aux exigences de ce dernier travail.

Quand on redoute le mélange du sous-sol avec le sol, on fait fonctionner successivement une charrue ordinaire et une charrue sous-sol.

LARGEUR DE LA BANDE. — La largeur à donner aux bandes du labour est aussi variable que la profondeur elle-même, avec laquelle d’ailleurs elle est en relation. Il est done important, prenant pour base la profondeur qui doit être fixée tout d’abord, de rechercher quelles sont les considérations à faire intervenir dans la détermination de la largeur. Il ne faudrait pas croire, en effet, que le rapport

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entre les deux dimensions du labour soit absolument fixe et puisse être représenté par une seule expression. Etant admis que le principal but du labour est d'amener au contact de l’air les parties profondes du sol, on est conduit à poser en principe que les bandes qui offriront, après leur renversement, le développement superficiel le plus considérable, seront les mieux appropriées à ce point de vue. Or, le calcul mathématique et la construction géométrique démontrent que, pour une pro-. fondeur déterminée, le résultat cherché est obtenu avec des bandes dans lesquelles la largeur est à la profondeur comme 1,41 est à 1.

Avec ce rapport, et en supposant que les arêtes se déforment peu, on trouve que la surface développée du labour représenté la surface plane du champ multipliée par 1,414. Le volume des prismes saillants est égal à 0,35 du volume total de la terre remuée. Cette dernière proportion est loin d’être un maximum, et il est facile de se rendre compte que, pour une profondeur donnée, le volume des prismes exposé à l’air augmente en même temps que la largeur du labour; il devient égal à 0,433 du volume remué avec des raies inclinées à 30 degrés et dans lesquelles / (largeur) = p (profondeur) X 1,999. Ajoutons enfin qu’il reste toujours pratiquement inférieur à la moitié du volume des bandes.

Le cube de terre saillant n’a qu’une importance secondaire; ce qui importe surtout, c’est sa disposition qui, en offrant à la herse plus ou moins de prise, permet un ameublissement plus ou moins rapide, plus ou moins complet du sol. À ce point de vue, les bandes à 45 degrés se montrent très favorables et on doit les adopter.

Il résulte de ces considérations que, pour les labours ordinaires, sur terrain propre, la meilleure largeur de bande à adopter est celle qui donne le développement superficiel maximum, c’est-à-dire celle qui représente 1,41 fois la profondeur. Pratiquement, pour tenir compte des déformations que subissent les prismes de terre dans leur rotation, on admet comme suffisamment précise une largeur L— p X 1,50. Le labour fait dans ces conditions est souvent appelé labour normal, il satisfait pleinement au but d'aération du sol.

Mais nous savons que le labour répond à des besoins multiples et nous avons vu qu’on était conduit par suite à exécuter, non seulement des labours moyens, mais encore des labours légers et des labours profonds. Or, dans ces derniers cas, il est nécessaire de ne pas conserver, entre la profondeur et la largeur, la proportion établie ci-dessus.

Avec les labours superficiels, on serait amené, en adoptant la règle générale, à faire des bandes très étroites, ce qui rendrait plus lente l'exécution du travail. On trouve alors avantageux d’augmen:ter proportionnellement la largeur et de lui donner comme dimension deux fois la profondeur, par exemple.

Dans les labours profonds, on se verrait obligé, avec le rapport p : l — 1:1,41, de retourner un cube de terre énorme et l’on obtiendrait des prismes saillants trop volumineux pour pouvoir être divisés facilement. Les considérations économiques d’une part, celles relatives à l’ameublissement d'autre part, font donner la préférence à des bandes dont la largeur est seulement à la profondeur comme 1,2 ou 1,3 est à 1.

INCLINAISON DES BANDES. L'inclinaison des bandes est absolument subordonnée au rapport qui existe entre leur profondeur et leur largeur. Nous avons vu que le rapport p:1=1:1,41 donnant des bandes inclinées à 45 degrés sur l'horizon et réalisant ce qu’on appelle le labour normal, convenait à tous les sols propres qu’on ne travaille qu'à une profondeur moyenne.

I1 résulte également de ce qui a été dit que

LABOUR

pour obtenir économiquement le maximum d'effet utile du travail que l’on exécute, on devait incliner diversement les bandes. Il y a lieu, dans cet ordre d'idées, de distinguer les labours droits et les labours plats. Les premiers sont ceux dans lesquels les parallélipipèdes de terre renversés par le versoir font avec l'horizon un angle plus grand que 45 degrés. On a recours aux labours droits quand on défonce d’un seul trait de charrue et surtout lorsqu'on a affaire à des sols compacts. Les labours plats sont ceux dans lesquels les bandes sont fortement couchées et ne font, par suite, avec l’horizon, qu'un angle inférieur à 45 degrés. Le &échaumage, les labours qui retournent une couche engazonnée et en général tous ceux qui n’entament le sol que superficiellement, doivent répondre à ce type.

DIRECTION DES RAIES. — La direction des raies du labour n’est pas indifférente, mais elle est soumise à différentes circonstances qu'il nous faut envisager séparément. C’est ainsi qu’on doit tenir compte des dimensions du champ, de la forme superficielle du labour et de la pente du terrain.

En ce qui concerne les dimensions du champ, il est évident qu'il est avantageux de diriger les raies dans le sens du plus grand côté, afin de diminuer le nombre des tournées qui sont toujours cause d’une certaine perte de temps. On prendra une idée de l'importance du temps perdu dans les tournées en rémarquant que si l’on suppose des bandes de 0,25 de largeur, et si l’on admet que l'attelage met 45 secondes à évoluer à chaque extrémité du champ, on trouve : avec des raies de 50 mètres de long, 600 minutes, ou 10 heures employées aux tournées, tandis que la perte se réduit à 30 minutes avec des raies de 1000 mètres. En pratique, on regarde 500 à 600 mètres comme une longueur qu'il n’y a pas intérêt à dépasser ; au bout de ce parcours, les bêtes ont besoin de souffler, ce qu’elles font pendant la tournée.

On comprend que la considération relative aux dimensions du champ est absolument déterminante dans le cas de parcelles très longues et très étroites comme on en rencontre si souvent dans les pays où la propriété est morcélée. Au contraire, on peut être amené à transgresser cette règle quand on laboure en billons très bombés et que les champs ne sont pas par trop étroits. Dans ce cas la préoccupation dominante doit être l’orientation des billons. Il faut alors que les raies soient dirigées suivant la ligne N. S. afin que l’action solaire s'exerce d'une manière régulière sur les deux faces des billons. Sans cette précaution, la végétation des récoltes est très inégale et l’on a constaté, au profit de la pente exposée au midi, une avance de huit à dix jours.

Enfin, dans les terrains inclinés, les considérations précédentes deviennent quelquefois accessoires et sont sacrifiées à celles qui ont trait à la pente. Examinés à ce point de vue, les labours se divisent en trois catégories : 1° ceux dans lesquels les raies sont dirigées suivant la pente; 2 ceux dans lesquels la charrue se maintient suivant l’horizontale; 3° ceux enfin qui sont obliques à la ligne de plus grande pente.

Labour suivant la pente. — La méthode qui consiste à labourer suivant la ligne de plus grande pente est la plus suivie pour les terres peu perméables et chaque fois que la déclivité est modérée ; on assure de cette façon l'écoulement des eaux surabondantes. Mais ce procédé devient impraticable lorsque la pente est considérable. Dans ce cas, en effet, la traction nécessaire pour labourer en remontant étant énorme, on est obligé d’avoir recours à de forts attelages qui sont très mal utilisés pendant la descente; de plus les engrais, la terre elle-même sont entrainés par les eaux.

Labour horizontal. — Pour obvier à ces incon-

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