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Labour à plat dit de Fellemberg

que la terre était varia et cariosa; M. de Gasparin a insisté sur les effets, dans la région du Midi, des labours en terre légère, humectés à la surface seulement par une légère pluie. Le développement d’une grande quantité de mauvaises herbes, de Crucifères principalement, l'infécondité pendant trois ans des champs ainsi traités ont fait exprimer l’ensemble du phénomène par le nom de terre gâtée. Il ne faudrait pas croire que le phénomène de la terre gâtée soit spécial au Midi; il est plus fréquent peut-être dans les pays chauds, mais on peut l’observer dans toutes les régions de la France.

Partant, il est utile qu'un sol, au moment du labour, ne soit ni trop sec, ni trop humide. Mais cette indication vague ne saurait, en aucune façon, suppléer aux connaissances spéciales que les cultivateurs acquièrent par l'observation et qui leur indiquent le moment propice pour labourer leurs terres. Un cultivateur qui connaît sa terre, qui sait la prendre, a toujours, toutes choses égales d’ailleurs, un avantage incontestable sur celui qui n'a pour se guider que des règles générales plus ou moins applicables à son cas particulier. Mais si nous laissons à ces connaissances spéciales et locales toute l'importance qu’elles ont véritablement, nous ne trouvons pas moins profondément regrettable qu'on veuille trop souvent les regarder comme constituant à elles seules toute la science agricole.

LABOUR DES VIGNES

* Quoi qu'il en soit, il importe au plus haut point d'éviter la manifestation du phénomène de la terre gàtée, qui, nous l'avons dit, peut se produire partout. Or il nous semble qu’on est autorisé à dire aujourd’hui que tout labour fait dans des conditions telles qu'il développe parmi les propriétés physiques du sol, celles qu’il possède déjà à un degré trop élevé, gàte la terre.

C’est ainsi qu'un sol siliceux, trop léger, labouré pendant une grande sécheresse, est gâté : sa légèreté, sa porosité sont augmentées. Pour la même raison, une terre argileuse, labourée au printemps alors qu'elle est humide, est rendue plus compacte, plus imperméable encore ; elle est gâtée.

Ces considérations générales prouvent que le cultivateur rencontre de nombreux écueils; elles montrent combien la bonne exécution des travaux aratoires, l'opportunité des façons culturales, exigent d'activité, d'adresse et de jugement. F. B.

LABOUR DES VIGNES (viticulture). — Les Vignes reçoivent, comme tous les arbres ou arbustes fruitiers, deux types bien distincts de labours : 1° un labour d'aération; 2° des labours de binage. Nous avons étudié, dans un précédent article (voy. BINAGE DES VIGNES), ce qui est relatif à ces dernières opérations, nous n’aurons donc présentement à nous occuper que de la première.

Le premier labour est de beaucoup le plus important dans un vignoble ; en certaines contrées (à Chypre, par exemple), il est considéré comme suffisant, et les façons données ultérieurement dans les milieux plus soigneusement cultivés n’ont d’autre objet que d’en entretenir les effets. Il a pour but d'exposer le sol à l’action de l’air et à celle des intempéries qui en augmentent l’état de division et favorisent l’assimilation des engrais. Les gels et les dégels successifs, par exemple, contribuent beaucoup à l’ameublissement de la couche qui y est exposée : les particules de terre sont écartées les unes des autres par l'augmentation de volume de l’eau interposée au moment de la congélation, et elles restent séparées au dégel. Les alternatives de sécheresse et de pluie produisent le même effet sur certaines terres argilo-calcaires dont les éléments (argile et calcaire) ne se gonflent pas également en présence d’une même quantité d’eau et se dissocient par suite de cette propriété.

La pénétration de l’air oxygéné dans le sol modifie d'une manière favorable à leur assimilation certains éléments utiles aux plantes : les travaux de M. Boussingault ont démontré, en effet, que les matières azotées non assimilables renfermées dans le sol et soumises à l’action de l’air, dans des conditions d'humidité convenables, se transformaient en nitrates assimilables et donnaient lieu aux phénomènes de mitrification. Depuis lors, MM. Schlæsing et Muntz ont reconnu que ces phénomènes étaient dus à un micro-organisme aérobie, auquel ils ont donné le nom de ferment nitrique. M. Schlæsing a établi également que les nitrates se décomposent en perdant de l'azote gazeux dans les milieux privés d'oxygène, et MM. Gayon et Dupetit, d’une part, et Dehérain et Maquenne, d'autre part, ont découvert des organismes microscopiques andérobies qui produisent ces transformations. L’aération du sol est donc utile à la nitrification, tandis que son abandon à l’état d'inculture produit l'effet contraire.

C’est également sous l'influence de l'acide carbonique et de l'acide acétique résultant de la combustion au contact de l’air des matières hydrocarbonées renfermées dans les terres arables, que le carbonate de chaux et certains phosphates nécessaires à la nutrition des Vignes peuvent se dissoudre et que certaines roches riches en matières utiles aux plantes se désagrègent. M. Dehérain a, enfin, récemment démontré que les phosphates de chaux qui renferment du fer à un faible degré d’oxyda-

our

LABOUR DES VIGNES

tion ne peuvent eux-même être dissous par les acides que nous venons de mentionner que quand un contact suffisant avec l’air atmosphérique en a peroxydé le fer.

L'époque la plus favorable à l'exécution du labour d'aération des Vignes est la fin de l'hiver, alors que les terres peuvent encore subir l’action des dernières gelées et des pluies du commencement du printemps, et cependant pas assez tôt pour qu’elles risquent d’être de nouveau tassées et renfermées avant la reprise de la végétation. On doit effectuer cette opération à une époque qui ne soit pas trop voisine du débourrement, particulièrement. dans les milieux exposés à l’action des gelées blanches, parce que la terre fraichement remuée est une condition qui favorise la production de ce phénomène.

Le premier labour doit s’exécuter dans des conditions de profondeur et de relief particulières : il faut qu’il atteigne la couche de terre la plus épaisse possible sans toutefois détruire les racines qui font vivre la Vigne. On ne peut donc pas donner de règle absolue à ee sujet et l’on comprend que des divergences très notables se soient manifestées entre les opinions des viticulteurs des régions à sol et à climat humides où le chevelu de la Vigne est habituellement superficiel et ceux des contrées sèches et chaudes où 1l ne persiste en été que dans les couches profondes. En Provence, dans le bas Languedoc, en Champagne, cette façon pénètre jusqu’à 15 centimètres ou 20 centimètres. On cherche à donner par son moyen au sol, un relief aussi accusé que possible, afin d'augmenter la surface et le volume exposé à l’action de l'air. Pour réaliser cette condition, on laboure lorsqu'on le peut, de manière à amasser la terre au milieu de linterligne et à déchausser les souches suivant la direction des lignes.

L'œuvre ainsi effectuée est dite en seletle dans l'Hérault, elle porte le nom de cavaillonnage dans la Gironde et la Charente et celui de déruellage ou sombrage dans l'Yonne. Dans d’autre contrées où la disposition des vignes ne permet pas d’agir ainsi, on déchausse les pieds et l’on accumule la terre extraite du déchaussement en tas coniques ou prismatiques dans les intervalles des ceps ; ces tas portent le nom de darbons, c’est-à-dire taupinières, dans le Beaujolais, et dans le Douro (Portugal), ce labour est désigné sous le nom de piochage en monticule. Ce procédé est employé, indépendamment des contrées précitées, dans le vignoble de l’'Ermitage. dans les environs de Cassis (Bouchesdu-Rhône), à Lesparre (Gironde), etc.

La première façon des Vignes se donne soit à bras, soit à la charrue; on obtient par le premier de ces moyens un travail beaucoup plus parfait que par le second, mais il est plus coûteux et quelquefois impossible à employer par suite de l’insuffisance du nombre des ouvriers dont on peut disposer au moment convenable. En outre la possibilité où l’on est de répéter fréquemment les opérations effectuées avec les instruments attelés compense dans une certaine mesure leur infériorité; aussi considère-t-on généralement aujourd’hui comme un progrès la substitution de la cuiture des Vignes à la charrue à celle qui se faisait à bras.

Les outils employés pour la culture à bras sont fort divers en ce qui concerne le premier labour; ce sont tantôt des houes pleines ou fourchues, tantôt la bêche ou la fourche à dents plates. On peut citer comme exemple des houes pleines : la trinque de l'Hérault et, en général, du midi de la France, le fessou de la Côte-d'Or, la houe de l’Aunis, la pioche de l'Yonne : parmi les houes fourchues : la harpe de l'Hérault, le béchard de la Provence, la mare du Médoc et la meigle de la Côte-d'Or.

Les instruments qui servent à exécuter les la

LABOUR DES VIGNES

bours avec les attelages sont les dérivés de l’ancien araire romain, dont il est encore fait usage en Languedoc et dans la Gironde, et les charrues vigneronnes proprement dites. L’araire de l’'Hérault ou fourcat est construit en bois, sauf un soc en fer de lance aciéré; au sep sur lequel il est fixé sont attachées deux ailettes en bois qui refoulent, de part et d'autre, la terre fendue par l'outil. Cet

Fig. 209. — Charrue vigneronne de M. Renault-Goin (élévation).

instrument est, comme on le comprend, très imparfait ; il déchire le sol au lieu de le retourner, il implique l’emploi préalable d'un déchaussement en godet et de deux raies croisées pour arriver à une culture suffisante du sol. Le cabat, ou charrue déchausseuse de la Gironde, est aussi une modification de l’araire romain, mais il ne porte qu'une seule ailette, sorte de versoir rudimentaire qui

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