‹ Dictionnaire d'agriculture (volume 4)Chapitre 27 sur 212 · AT · texte numérisé non relu

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volume de cet organe, ce volume n'étant, bien entendu, représenté que par des éléments actifs. Il va de soi, de même, que cette quantité soit proportionnelle à leur activité. Nombre et activité de fonctionnement sont essentiellement variables suivant les individus (voy. INDIVIDUALITÉ). Mais pour les mêmes quantités, aussi bien d’ailleurs que pour des quantités diverses de produit total sécrété, la composition à la fois quantitative et qualitative de ce produit n’est pas moins variable. Dans un cas c’est la caséine qui domine sur le beurre, dans l’autre c’est l'inverse, tout le reste encore étant égal. Pour une seule et même mamelle, les quantités proportionnelles des composants de la matière sèche du lait restent au contraire à peu près invariables. Ces quantités dépendent évidemment de la constitution même de l'organe. Aucune circonstance extrinsèque ne parait les influencer. Dans la proportion de matière sèche totale, on observera des variations étendues. Le lait sera clair ou dilué, épais ou concentré, selon telle condition extrinsèque bien connue et dont nous allons parler. Dans un cas, il n’y aura que 8 à 10 pour 100 de matière sèche, dans l’autre, elle s’élevera jusqu’à 16 et 18 pour 100. Dans l’un comme dans l’autre les relations n’auront pas changé. Les diminutions ou les accroissements resteront proportionnels. Si la quantité de beurre double, par exemple, la quantité de caséine doublera en même temps. L’organe aura fonctionné plus activement, il aura plus travaillé, son mode de fonctionnement ne sera point changé pour cela.

L'activité de ce fonctionnement, tout en restant individuelle et dépendante de l'aptitude, n’en est pas moins subordonnée à la quantité des matériaux qui lui sont fournis. Elle est individuelle par rapport au volume de sang qui traverse la mamelle en un temps donné, volume dépendant, de son côté, de la capacité des vaisseaux mammaires. Cette capacité est ce qu’elle est. Rien ne la peut changer, une fois l’organe développé. On sait (voy. GYMNASTIQUE FONCTIONNELLE) qu’elle est susceptible d'augmentation artificielle, dans une certaine mesure, durant la période de croissance de l’individu. Mais le fait de la capacité native n’en est pas moins dominant pour le sujet que nous avons en vue, Le volume de sang qui irrigue la mamelle gouverne quantitativement la sécrétion. Celle-ci est proportionnelle à la tension du fluide dans ses vaisseaux. On s’en donne expérimentalement la preuve à volonté, en excitant les nerfs vaso-moteurs d’une glande analogue. Toutefois, la qualité du produit sécrété, c’est-à-dire la richesse du lait en matière sèche, dépend nécessairement de la richesse du sang en matériaux propres à constituer cette matière sèche. Si le sang n’a pas reçu, par l’alimentation, ces matériaux en abondance, si la ration alimentaire a été pauvre en matière sèche digestible, on comprendra sans peine que la sécrétion soit elle-même moins riche ou plus claire. Pour un seul et même sujet, la proportion de substance sèche sera, dans le lait, en raison de celle qui se trouve dans les aliments. Pour obtenir du lait riche, il faut donc une alimentation riche. Et d’après ce qui vient d’être dit, pour que la sécrétion soitabondante, pour que les glandes fonctionnent avec activité, il est en outre indispensable que la ration contienne une forte quantité d’eau, afin que la tension vasculaire atteigne son maximum.

L'organisme animal élimine normalement, par des voies autres que celles de la sécrétion laiteuse, par les poumons, par la peau, par les reins, des quantités d’eau qui sont proportionnelles à la capacité de diffusion de l'atmosphère ambiante. L'air contenu dans les poumons et celui qui est en contact avec la peau sont toujours saturés d’humidité, à la température qu'ils ont. Plus leur capacité de saturation s'élève, en raison directe de la

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température, et plus les contacts se renouvellent souvent, plus est grande la quantité d’eau ainsi enlevée à l’organisme. L'air sec et chaud en mouvement, ce qui s'appelle les vents chauds et secs, est ce qui porte au plus haut point les pertes d’eau de l’organisme. C’est pourquoi sous les climats où ce double caractère est dominant la lactation des femelles est toujours peu intense. L’eau s’éliminant par les capillaires des téguments n’est plus en quantité suffisante pour déterminer une forte tension dans les vaisseaux mammaires. Pour l’allaitement des jeunes, la concentration du produit de sécrétion supplée jusqu’à un certain point à la quantité, mais on s’explique par là que cette sécrétion tarisse vite. Au contraire, sous les climats constamment humides, où l'atmosphère est presque toujours saturée jusqu'à de grandes hauteurs, en outre de ce que les plantes et conséquemment les aliments y sont eux-mêmes plus riches en eau, les femelles produisant toujours beaucoup plus de lait qu'il n’en est nécessaire pour nourrir leurs jeunes, ceux-ci sont incapables d'épuiser les mamelles. C’est que l’eau, sans cesse introduite dans les vaisseaux et y déterminant une tension constante du sang, ne peut s’éliminer que sous forme d'urine ou de lait, par les reins et par les mamelles.

Il y a, dans ces constatations physiologiques sur la lactation, des indications précieuses pour l’établissement scientifique des entreprises d'exploitation industrielle de la fonction. En les fondant sur ces notions, en ce qui concerné leur partie technique, elles ne peuvent que réussir. Elles échouent, au contraire, toujours quand on néglige d’en tenir compte ou quand elles sont transgressées. Les détails relatifs à ces entreprises de production industrielle du lait seront mieux à leur place ailleurs (Voy. LAITIÈRES). Ici, il convient de nous en tenir à la fonction physiologique. Celle-ci est liée à la fonction maternelle et son établissement est provoqué par l’état de gestation. On la voit parfois cependant s'établir indépendamment de cet état, sous l'influence d’excitations extérieures, au premier rang desquelles figure la succion du mamelon ou la mulsion. Mais ce n’est pas la condition normale. Il n’y a donc point à s’y arrêter.

À un certain moment de la gestation, chez la femelle primipare, un peu plus tôt ou un peu plus tard, selon les sujets, on voit les mamelles, peu accusées jusque-là et parfaitement indifrérentes, devenir turgescentes, sensibles, et augmenter de volume. Il est clair que le courant sanguin s’y dirige avec une activité nouvelle. Cette activité va sans cesse croissant, et le développement de l’organe s’accentue de plus en plus, proportionnellement d’ailleurs au nombre de vaisseaux dont il a été naturellement pourvu. À l'approche du terme de la gestation, les citernes galactophores se remplissent, et les mamelons se montrent à leur tour turgescents ou tendus, raides. Latension intérieure devient bientôt telle que les sphyncters des mamelons ne peuvent plus suffire à retenir le contenu des conduits. Celui-ci s'échappe en gouttes citrines. Alors tous ces conduits sont remplis du liquide fortément albumineux que nous avons déjà nommé colostrum, et auquel sont, à juste titre, attribuées des propriétés laxatives pour les nouveau-nés qui les consomment. Lorsque la mamelle en a été vidée, le produit qui lui succède devient en peu de jours progressivement plus pauvre en albumine, plus riche en caséine, en beurre et en lactose. Les vieilles cellules épithéliales qu’il conténait en forte proportion disparaissent, ayant toutes été renouvelées; et alors la lactation proprement dite est décidément établie, pour durer plus ou moins de temps, selon les circonstances, et, en tout cas, recommencer toujours, éventuellement, par une nouvelle production de colastrum, au voisinage du terme d’une nouvelle gestation. A. S

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