ASS
LAITIÈRES
une partie technique et une partie économique dont les auteurs ne se préoccupent ordinairement pas assez, n'ayant point l'air de se douter que son succès est pour la plus forte part subordonné à l’exacte appropriation au système de culture. On croit trop facilement qu'il suffit, pour réussir, de bien conduire l’entreprise sous le rapport technique. Ce qui va suivre montrera qu’il n’en est pas ainsi.
En fait, trois modes de production se font observer, Dans l’un, l’entreprise est combinée avec la production du jeune bétail qui, durant un temps, prélève une partie du produit de la lactation pour sa propre nourriture. Dans l'intérêt du développement de ce jeune bétail, et par censéquent de son amélioration, la part prélevée n’e$ en général, pas assez forte. L'industrie laitière, en ce cas, prédomine trop. Constatons-le seulement, ce n’est pas le lieu de s’y arrêter. Dans les deux autres modes, les veaux ne consomment le produit des mamelles que tout juste durant Le temps où il présente encore, à un degré quelconque, les caractères du colostrum (voy. LACTATION), c’est-à-dire durant une semaine au plus, passé laquelle ils sont vendus. La production laitière est donc ici l'unique objet de l'exploitation.
Chacun de ces systèmes correspond à un milieu agricole ou économique particulier, en dehors duquel il n’est pas à sa vraie place. Pour le premier, on n’a pas le choix, il s'impose par l’existence plus ou moins ancienne d’un centre de production bovine, comportant ce qu'on appelle vulgairement une race locale. Les exemples en sont nombreux, en Danemark, en Hollande, en Normandie, en Bretagne, en Flandre, en Auvergne, en Suisse. Il est remarquable que partout, en ce cas, le lait produit est traité pour l’extraction du beurre ou du fromage. La raison en est, évidemment, que ces centres de production bovine sont situés loin des grands centres de consommation du lait, sur les rivages de la mer et sur les montagnes. Pour les autres, c’est généralement le contraire : le lait est le plus souvent vendu en nature; et comme la consommation en va sans cesse grandissant, avec hausse du prix de vente, surtout à Paris, l’industrie, indépendamment des conditions d'alimentation des vaches, ne peut pas être établie au delà d’une certaine distance du lieu de consommation.
Cette distance varie, bien entendu, selon les moyens de communication. Au voisinage d'une gare de chemin de fer, pourvu qu’un train puisse faire arriver sur le lieu de vente le produit de la traite du soir à la première heure du lendemain matin, la distance n’est pastrop grande. C’est la nécessité de l’arrivage à cette heure-là, sans quoi le débit n’est plus possible, qui domine l’industrie. Dans ces conditions, il arrive chaque matin à Paris du lait venant de localités situées jusqu’à une distance de cent vingt kilomètres. Par les voies de terre, il va de soi que l’entreprise ne puisse pas être aussi éloignée.
Quelle que soit sa situation, commandée par la considération de transport du produit, cette entreprise est rurale ou urbaine. La production du lait de vache se pratique, en effet, aussi dans l’intérieur des villes ou dans leur banlieue immédiate. C’est ce qu’on appelle à Paris l'industrie des nourrisseurs, sur laquelle il a été dit et écrit, par de prétendus hygiénistes, bien des choses peu sensées. Evidemment, celle-ci n’a rien d’agricole. I ne peut done pas être question, pour ce qui la concerne, de système de culture. Les vaches y sont nécessairement entretenues en stabulation permanente, et toutes les denrées de consommation sont achetées au marché, grevées, le plus souvent, en outre, de droits d'octroi plus ou moins élevés. Le loyer de leur habitation se paye cher aussi. L'entreprise n’est dès lors possible qu’à la condition
LAITIÈRES
d'obtenir un fort prix du lait produit. Son organisation est tout autre que celle de la production rurale. Celle-ci, dont les avantages deviennent de plus en plus grands, par rapport aux autres entreprises zootechniques, peut aussi sans doute être conduite comme l’autre, d’après le régime de la stabulation permanente. Il fut un temps où les agronomes présentaient ce régime comme un progrès sur celui du pâturage, étant préoccupés exclusivement de la fabrication du fumier en grande quantité. L'école moderne d'économie rurale, et surtout la science zootechnique, ont absolument changé les points de vue à cet égard. Il est reconnu maintenant que l’exploitation des vaches laitières dans la ferme est d'autant plus avantageuse qu’elle se combine miëix avec le système de culture en herbages, c’est-à-dire avec le régime du pâturage.
Nous reviendrons sur ce sujet en nous occupant de l'alimentation des vaches laitières, à l’occasion de laquelle le système de culture le plus convenable pourra être étudié de plus près à tous les points de vue. Quant à présent, bornons-nous à faire remarquer que la production rurale du lait pour la vente en nature, ou bien même pour la fabrication du beurre ou du fromage (voy. LAI- TERIE), est une industrie tout à fait distincte, par son organisation et par ses conditions d'exécution, des deux autres déjà signalées. Le méconnaitre, pour s’en tenir à la pure technique, comme les auteurs spéciaux l'ont fait trop souvent; croire que l'on peut à volonté, dans une ferme quelconque, produire du lait plutôt que toute autre denrée animale, pour la raison que le lait se vend en général bien et cher, c’est s’exposer, en certains cas, à de cruelles déceptions. Nous en avons vu des exemples auxquels ceux qui en ont été les victimes n’ont absolument rien compris, pas plus du reste que bon nombre de ceux qui les observaient comme nous, sans s’apercevoir qu'il y avait eu, dans ces cas, erreur de lieu.
Il s’est produit, en ces derniers temps, un très heureux mouvement, ettrès prononcé, en faveur du lait de bonne qualité et de pureté garantie. Les consommateurs, pour s’en procurer, consentent à le payer des prix très élevés. C’est un signe de progrès réel de l'esprit public, qui profite à la fois à l'hygiène privée et à l’industrie rurale. Les producteurs de lait qui n’en tiennent pas compte et ne se mettent point en mesure de s’en assurer les bénéfices, ne peuvent être que blàmés de leur ignorance ou de leur incurie. Dà en grande partie, sinon en totalité, à l'initiative d’un habile industriel de Paris, M. Nicolas, ce mouvement a été pour l’agriculture française un service signalé, dont il n’est que juste de reporter le mérite à son auteur. Il l’a provoqué sans doute en vue de son propre intérêt, 1l n’a pas agi en philanthrope, et il ne parait pas avoir eu l’idée de solliciter, pour cela, une récompense nationale. Mais l’exemple de son propre succès a été bien autrement efficace que les prédications philanthropiques les plus chaleureuses. Exécuter une idée et la faire réussir sera toujours plus méritoire que de se borner à la concevoir et à la recommander. Le succès financier qui la couronne ne peut en amoindrir la valeur.
En réalité, il n’y a pas concurrence entre les trois genres d'entreprises dont il vient d’être question. Par un côté essentiel, ils sont, au contraire, étroitement solidaires, ainsi qu’on le verra tout à l'heure. Nous ne croyons pas nous tromper en prétendant que leur solidarité était passée inaperçue avant que nous l’eussions signalée. Il sera facile de montrer que chacun en particulier conduit à des résultats d'autant plus avantageux, qu'il est davantage organisé en conformité avec cette notion de solidarité qui, malheureusement, est encore trop souvent méconnue, sous prétexte d’affranchissement d’un prétendu tribut.
LAITIÈRES
L'organisation économique étant déterminée, occupons-nous maintenant de l'exécution des diverses opérations techniques, dans l'ordre où la pratique les présente.
Choix des vaches laitières. — Ce n’est pas seulement du choix individuel des sujets, d’après leur aptitude spéciale, qu’il doit s’agir ici, comme on le croit généralement, ni même, en outre, de leur race. D'abord, pour celle-ci, dans un des cas, ce choix est imposé par des considérations d’un autre ordre. On veut parler de celui dans lequel la production du lait est combinée avec celle du jeune bétail. La race exploitée est en ce cas nécessairement celle qui se produit sur le lieu même et qui est dans son aire géographique propre. Les Hollandais, les Normands, les Auvergnats, les Suisses, ne se demandent point s'ils ne pourraient pas choisir une race meilleure laitière que celle de leur pays, et ils ont grandement raison. Tous les efforts faits par des esprits absolus pour les convaincre du contraire ont échoué en se heurtant à leur bon sens. L'expérience plusieurs fois séculaire les a persuadés, et les quelques tentatives de changement dont ils ont pu être témoins n'ont pas eu des résultats qui fussent de nature à modifier leurs dispositions. Partout c’est la conservation qui tend de plus en plus à prévaloir, comme l’atteste l'établissement des livres généalogiques. Les races dites laitières, comme les autres, se reproduisent et s’exploitent dans leur milieu naturel ou d’accoutumance ancienne. Il n’y a pas à se préoccuper de la question de leur choix. C'est uniquement de celui des sujets individuellement lés plus aptes qu'il peut s'agir, en ce qui les concerne.
Mais réserve faite du cas, en est-il toujours de même”? Pour les races exploitées exclusivement comme laitières, soit dans les fermes, soit dans les villes, la considération de race est-elle indifférente? Toute production de jeune bétail étant exclue, aussi bien dans le premier cas que dans le second, on aurait évidemment toute latitude pour donner la préférence à la race réputée la plus laitière.
D'abord il convient d'examiner la valeur des appréciations de ce genre auxquelles les auteurs empiriques se sont si volontiers laissé entrainer. Sans s'arrêter à ce qu'elles ont de contradictoire, chacun ayant d'habitude obéi à sa prédilection pour formuler la sienne, il est permis de se demander s’il y a bien une race dont on puisse dire absolument qu’elle est meilleure ou plus forte laitière que les autres. Sans doute, quand on les considère dans leur milieu naturel, les différences ne sont point contestables. Le rendement moyen des vaches Hollandaises, Flamandes ou Normandes, par exemple, est de beaucoup supérieur en Hollande, en Flandre et en Normandie, à celui des vaches Auvergnates ou des Suisses dans leur propre pays. Est-ce à dire qu’il en serait de même si les premières étaient transportées en Auvergne ou sur les Alpes? Sans avoir besoin pour cela de nous en tenir à des raisonnements pourtant bien autorisés par nos connaissances physiologiques (voy. LAC- TATION), nous avons des faits rigoureusemeut constatés qui prouvent le contraire. Ces faits ont été recueillis en Italie, par Baldassarre et par Tampelini. Nous les invoquons de préférence à ceux constatés en France par nous-même.
Le premier a vu, à Portici, des Hollandaises de première taille ne donner que 11 litres de lait par jour, au moment de leur plus forte lactation ; le second, à Modène, dans un milieu moins défavorable, les à vues en donner seulement 15, alors qu’on en obtenait 13 des Parmesanes. Seulement, le lait de ces dernières contenait 14,80 de matière sèche pour 100, tandis que celui des Hollandaises n’en contenait que 12,10 au maximum. Pourrait-on dire avec vérité, dans ce dernier cas, où il s’agit
LAITIÈRES
de fabriquer du fromage avec le lait, que les Hollandaises sont supérieures aux Parmesanes ?
Ce qui est sage, parce que c’est conforme aux enseignements de la science, par conséquent au bon sens, c’est qu'une telle question ne comporte point de réponse absolue. La relation entre le milieu ambiant et l'aptitude laitière est tellement étroite, que l'étendue de cette aptitude est impossible à mesurer exactement sans en tenir compte. Mais, d’ailleurs, la question est dominée par une autre bien autrement importante pour la réussite financière des opérations et dont la considération est incontestablement une des conquêtes de la zootechnie moderne. Nos devanciers ne paraissent pas en avoir eu la moindre idée. Et c’est pourquoi le plus souvent encore les entreprises de production du lait du genre de celles dont il s’agit sont entachées de l'erreur économique visée. Ceux-là seuls qui se sont mis au courant de l’état actuel de la science y échappent en conformant la conduite de leurs opérations à la condition fondamentale du succès de ces opérations, qui est de réduire le prix de revient de la marchandise produite au plus bas possible.
Cette condition consiste, d’une part, à n’entretenir que des bêtes en pleine période de lactation, dont le produit couvre constamment avec bénéfice les frais d'entretien; d'autre part, à choisir ces bêtes de telle sorte que le capital représenté par elles, au lieu de diminuer durant le temps de leur exploitation, augmente de valeur ou tout au moins se conserve intact. Cela se réalise nécessairement, sauf accident, lorsqu'elles sont en période de croissance ou n’ont pas encore atteint l’état adulte, ou bien lorsque, venant de l’atteindre, elles n’ont pas encore eu le temps de perdre de leur valeur commerciale, soit comme laitières, soit comme bêtes de boucherie.
Le premier cas doit être celui des exploitations rurales en général, où la vacherie de laitières bien organisée se compose exclusivement de jeunes vaches en étant encore à leur premier ou, au plus, à leur deuxième veau, ayant autrement dit encore des dents de lait; le second, nécessairement celui des vacheries urbaines, où il faut obtenir, avec le moindre effectif, la plus forte quantité possible de produit, à cause des frais beaucoup plus considérables de loyer et d'alimentation : en ce cas, les vaches en pleine puissance peuvent seules faire atteindre le but. Dans l'exploitation rurale, on peut aussi procéder de la sorte, pourvu que le système de culture permette de combiner l’engraissement avec la production du lait.
Ces deux sortes de combinaisons, qui assurent l’accroissement du capital ou sa conservation, ne sont possibles qu’à la condition d’un renouvellement fréquent et tout au moins annuel des bêtes exploitées. Elles impliquent la nécessité de ventes et d'achats continuels : d'achats de jeunes bêtes fraiches vêlées ou à terme, ou d'adultes dans le même état, et de ventes de celles qui ont passé dans l’exploitation une période de lactation et y ont atteint leur maximum de valeur commerciale. De la sorte, l'écart entre les prix d’achat et les prix de vente, au bénéfice des seconds, s’ajoute au crédit de l'exploitation, qu'il grossit d'autant plus que les opérations ont été mieux conduites au point de vue commercial. Et les quantités de lait produites avec les jeunes laitières importent moins que la valeur du capital qu’elles ont créé, car ce capital venant en déduction des frais de production, moins de litres vendus se traduisent par un profit plus élevé. En tous cas, il n'y a jamais lieu de prélever sur le produit de la vente du lait de quoi amortir le capital engagé. En ces sortes d’opérations, la production laitière rémunérant toujours plus le capital et le travail que ne le peut faire celle du jeune bétail, élever soi-même les bêtes
LAITIÈRES
nécessaires pour le renouvellement de la vacherie, c’est augmenter de gaieté de cœur les frais de son industrie, soit par ignorance, soit pour se procurer de vaines satisfactions de gloriole. Ge n’est pas le fait d’un industriel sensé.
Le mieux est donc d'acheter et de vendre souvent des vaches, dans les meilleures conditions du marché. On entend parfois des agriculteurs se croyant progressifs traiter dédaigneusement de maquignons ceux qui opèrent ainsi. Pour eux, ce n’est point là de l’industrie agricole, c’est simplement du commerce. Industrie ou commerce, ce serait parfaitement indifférent, l’un étant tout aussi honorable que l’autre, pratiqué avec loyauté. La vérité est toutefois qu'il s’agit bien d'industrie, ici comme là, et que ceux qui le méconnaissent ne font point preuve de bon sens. Il est vrai aussi que la vente des vaches n’est point l’objet d’un dilettantisme ou d’un sport comme leur élevage en vue des concours. Mais qu'est-ce qui, des deux, contribue le plus à l'enrichissement et à la prospérité du pays ?
Etant établi que la nécessité du renouvellement fréquent des laitières par des opérations d'achat et de vente s'impose, il devient évident que la meilleure ou les meilleures races à exploiter sont celles qui, sur le lieu considéré, trouvent dans le commerce le plus facile écoulement, celles dont les sujets peuvent être achetés ou vendus aux moindres frais ; ce qui veut dire celles qui, sur ce lieu, sont le plus généralement exploitées, conséquemment offertes et demandées sur le marché. Par exemple, dans ce qu’on appelle le rayon d’approvisionnement de Paris, les meilleures seront les vaches Normandes ou les Flamandes. Il fut un temps où l’ancienne école de Grignon, remarquablement doctrinaire et, par cela même, peu pratique, avait posé en fait que les vaches suisses de la race brune dite de Schwitz étaient les meilleures du monde et devaient à ce titre être préférées à toutes les autres. Elle est allée jusqu'à prétendre qu’on en obtenait plus de lait que des Normandes. On entend encore, de temps à autre, soutenir ce paradoxe par quelques-uns de ses anciens élèves. Sans s’y arrêter, il suffit de constater que pour se mettre en mesure d'exploiter ces vaches en Seine-et-Oise ou en Seineet-Marne, il faut encore aujourd’hui les faire venir de Suisse ou les y aller chercher, en les payant, à rendement égal, au moins le même prix que celui pour lequel on obtient les Françaises. Il y a en plus les frais de voyage et ceux de transport. Elles n’ont plus ensuite d’autres acheteurs que le boucher.
De même sont dans l’erreur ceux qui, pour les exploitations de l’est de la France, préconisent les Normandes, les Flamandes et les Hollandaises, et surtout ceux qui, pour les localités quelconques, recommandent les Anglaises à l’exclusion de toutes les autres, et notamment les vaches de Jersey, dont. le prix de vente, à rendement égal, est toujours beaucoup plus élevé que celui de leurs voisines Normandes, sans compter le surcroît de frais.
Ce qui précède conduit à constater que, sous les deux rapports technique et économique, les laitières les plus avantageuses à exploiter sont celles qu'on maintient dans l’aire géographique de leur race, ou qu’on n’en éloigne que le moins possible. Accoutumées au milieu climatérique et n'ayant ainsi nullement à lutter pour lexistence, elles restent en pleine possession de leur aptitude et l’on en obtient les plus forts rendements dont elles soient capables. Etant, en outre, là, des objets de commerce courant, on n’éprouve aucune difficulté ni pour en acheter ni pour en vendre, et les frais d'achat et de vente sont réduits au minimum.
L'éleveur trouve un débouché assuré pour ses jeunes bêtes chez l'exploitant de ces jeunes bêtes, qui est intéressé à en entretenir le plus possible; celui-ci en trouve un à son tour, lorsqu'elles sont
LAITIÈRES
devenues adultes, chez les nourrisseurs des villes ou de leur banlieue, qui, comme on l’a vu, ne peuvent exploiter avantageusement que les vaches en pleine puissance. Ces derniers les écoulent, une fois taries, sur le marché d’approvisionnement pour la boucherie. Et c’est ainsi qu'existe entre eux tous cette solidarité d'industrie dont nous avons parlé plus haut.
De la sorte, l'unique préoccupation se réduit donc, dans le choix des laitières, à rechercher sur le marché le plus voisin les meilleurs individus, les individus les plus aptes, dans les conditions d'âge indiquées, à donner un fort produit. L’appréciation se fonde à la fois sur. des caractères généraux et sur des caractères spéciaux, qui sont les mêmes pour toutes les races. L’empirisme avait fait admettre une conformation particulière, qu’on cherchait à justifier par des raisonnements en apparence plausibles. Ils s’appuyaient en partie sur des faits mal interprétés, en partie sur l’antagonisme qu'on eroyail exister entre l'aptitude à la lactation et celle à l’engraissement. C’est encore, il faut le reconnaitre, la doctrine de la plupart des auteurs. Ajoutons que bon nombre d’anglomanes, partisans de la spécialisation, la partagent, tout en n'en prétendant pas moins qu'on calommie les vaches Courtes-cornes, objets de leur prédilection, quand on les accuse d’être de faibles laitières. Cette doctrine est physiologiquement fausse, et aussi économiquement. Une vache n’en est pas moins bonne laitière par cela seul qu’elle à une conformation correcte au point de vue de l’aptitude à la production de la viande (voy. BœŒUF), qu'elle a un fort périmètre thoracique et un squelette réduit, au lieu d’une poitrine étroite et des membres longs, des masses musculaires épaisses au lieu d’un corps décharné. Le regard doux et le cornage fin, qu’on présente avec raison comme des qualités de premier ordre pour la laitière, sont bien loin d’être des défauts pour la vache de boucherie. Pour avoir la preuve péremptoire que l’antagonisme supposé n'existe point, 1l suffit maintenant de parcourir certains polders dé la Hollande et certains herbages de la Flandre française, où le bétail a été grandement amélioré. On la rencontrera aussi de plus en plus en Normandie, depuis l'établissement du herd-book normand. L'ancien type de laitière, recommandé par Lodieu, Lemaire et les autres, et calqué sur les plus aptes à la lactation de ces pays, en a presque complètement disparu. Les rendements n’y ont certes pas baissé pour cela. Il s’y produit plus de beurre et de fromage que jamais. Seulement il en sort considérablement plus de viande.
C'est que l'aptitude individuelle à la lactation dépend uniquement, comme nous l’avons montré (voy. LACTATION), du volume ét de la constitution de l’organe sécréteur du lait (voy. MAMELLES). Pour l’apprécier en particulier, il n’y à qu’à porter son attention sur les signes qui indiquent la puissance de cet organe lorsqu'il atteint la plus forte partie ou la totalité de son développement, ou, dans le &as contraire, sur ceux qui permettent de la prévoir (vey. ECUSSON et PORTES Du LAIT). Exposer ici ces signes serait faire double emploi. On doit ajouter seulement qu'avec les meilleurs signes réumis il arrive parfois que le rendement en lait n’est cependant pas aussi élevé qu’on aurait été en droit de l’espérer. Quelque disposition individuelle difficile à apprécier et se traduisant le plus souvent soit par un faible appétit, soit par des digestions dmparfaites, vient affaiblir le fonctionnement des mamelles. D'autres vaches tarissent rapidement dès que l’état de gestation est chez elle un peu avancé, ‘quelle qu’ait été d'abord l’activité de leurs mamelles. En ces cas, où l’on s’est nécessairement trompé dans ses prévisions, il n’y a qu'un bon parti à prendre, c’est de se débarrasser le plus tôt
LAITIÈRES
possible de ces bêtes trompeuses, même en perdant un peu sur leur prix d'achat. Non seulement elles ne payent pas leurs frais d'entretien, mais encore elles s'opposent à ce que soit fait des aliments qu’elles consomment un meilleur emploi par d’autres plus aptes. A la perte sèche qu’elles occasionnent se joint un moins à gagner. Il y a donc avantage à les liquider par un ‘sacrifice immédiat de capital.
Lorsque sur le marché se présentent habituellement à la fois des sujets appartenant à plusieurs races, parmi lesquels on peut choisir, le choix, à aptitude quantitative individuelle égale, n’est pas toujours indifférent. La connaissance approfondie des races et de leurs variétés apprend que, pour être égale quantitativement, cette aptitude ne l’est pas toujours qualitativement. Le cas se présente, par exemple, dans les environs de Paris, où il est loisible d’opter entre les Normandes, les Flamandes et les Hollandaises, que le commerce met couramment à la disposition des acheteurs. Il n’est pas douteux que le lait des vaches Normandes est généralement de meilleure qualité que celui des vaches des deux autres variétés. Il y a là, par conséquent, un motif de préférence en leur faveur. HI y en à aussi un autre tiré de la police sanitaire et que nous ne devons pas négliger de signaler.
Les Bovidés sont sujets à une grave maladie, que nous n’avons pas à décrire (voy. PÉRIPNEUMONIE) et qui règne à l’état endémique en certaines localités. Elle n’a jamais encore été signalée, que nous sachions, en Normandie, tandis que son existence est, au contraire, notoire depuis longtemps en Flandre et en Hollande. Les vaches Normandes ne peuvent donc l’introduire que si elles Pont contractée par contagion, contaminées dans leur transport par des wagons infectés. Les autres, au contraire, l’étant fréquemment dans leur propre pays, font courir considérablement plus de risques. C’est pourquoi, disons-le en passant, il est toujours sage de mettre en quarantaine les nouveaux sujets de ces deux variétés, avant de les admettre dans la vacherie.
Habitation des laitières. — I] ne s’agit pas ici seulement des locaux dans lesquels les vaches sont abritées, soit constamment, soit durant la saison d'hiver, soit durant la nuit dans la belle saison. Ces locaux ont été étudiés ailleurs (voy. ETABLES). On a signalé, dans l’examen des habitations des Bovidés en général, ce qui concerne particulièrement les vacheries de laitières. La question qui se présente, après celle des sujets à exploiter, est d'ordre plus étendu. En propre terme, c’est habitat plutôt qu'habitation qu'il faudrait dire, car on veut parler bien plus des localités que des locaux, en se plaçant au point de vue des conditions météorologiques. Ces conditions exercent, sur les résultats de l’entreprise, une influence à laquelle il n’est pas en général donné une suffisante attention. Bon nombre d'échecs sont dus à cela. |
Il est d’abord un fait bien propre à nous éclairer sur ce sujet : c’est que, dans notre hémisphère, l'habitat de toutes les vaches dont la lactation est assez intense pour pouvoir être exploitée, de celles dont les variétés sont, pour ce motif, qualifiées de laitières, est comprise entre le 43° et le 53° degré de latitude. Au-dessous et au-dessus, la lactation suffit à peine pour nourrir le veau durant un petit nombre de mois. De plus, quand on examine de plus près les localités qu'habitent ces variétés, on constate qu’elles se trouvent toutes situées soit au voisinage de l'Atlantique, de la Manche, ou de la mer du Nord, ou de la Baltique, ou des cours d’eau dans l’intérieur des terres, ou sur des montagnes pourvues de lacs plus ou moins nombreux, comme en Auvergne et en Suisse. . ;
L'interprétation de ce fait est facile, quand on le rapproche des conditions de fonctionnement des
LAITIÈRES
mamelles (voy. LAGTATION). Il devient évident alors que les climats chaud et sec ou froid et sec ne peuvent manquer de mettre obstacle à ce fonctionnement. Cest seulement dans la zone tempérée et dans une atmosphère suffisamment humide qu’il s’accomplit dans sa plénitude. Il serait done inutile de tenter une entreprise de production laitière en dehors d’un lieu offrant réunies ces deux circonstances d’une température moyenne modérée et d’une humidité suffisante de l'air. Les vaches les plus aptes y perdraient la plus forte part de leur
aptitude. L'observation a montré même qu’au voisi-.
nage le plus prochain de sites les mieux disposés, il en existe d’autres où les vaches de même sorte que celles qui réussissent parfaitement sur les premiers s’y conduisent d’une façon déplorable ; il est impossible, quelque soin qu’on y mette, d’en obtenir des rendements acceptables. Des observations météorologiques suivies ne tardent pas à faire constater que, sur ces lieux-là, des vents régnants dessèchent l’atmosphère et portent au maximum les perspirations cutanée et pulmonaire.
Il importe done à un très haut degré de ne pas négliger l'étude de ce point, avant d'établir une entreprise de production laitière en un lieu nouveau, c’est-à-dire dans une localité où les entreprises de même genre ne sont point de pratique courante. Pour réussir, il faut avoir de son côté toutes les circonstances naturelles. C’est bien assez de veiller à ce que le meilleur parti en soit toujours tiré. Du reste, contre celles-là il n’y a rien à tenter. Dans la lutte on serait sûrement battu et les frais de la guerre coûteraient toujours cher. On ne serait pas embarrassé s’il fallait, pour le faire admettre, citer des exemples pris dans notre propre pays. Nous en avons personnellement observé plusieurs dans lesquels, au lieu d'attribuer l’échee à la circonstance en question, qui était ignorée, on s’en prenait à la race des vaches, et l’on parlait de la changer. Il nous sera bien permis de taire ces exemples, dont l'exposé pourrait avoir quelque chose de désobligeant pour les personnes. Du reste, étant donnée la connaissance de la physiologie de la lactation, il y a lieu de penser qu'ils seraient superflus.
Alimentation des lailières. — Le sujet que nous abordons maintenant est sans contredit le plus important de tous ceux que comportent les entreprises de production du lait, parce que, dans la nature même des choses, il doit être une préoceupation de tous les instants. Les aliments fournissent les matières premières du produit à fabriquer. Tout le reste égal, les quantités et les qualités de ce produit en dépendent. Mais il a été fait, en ce qui les concerne, bien des confusions et formulé des propositions plus que hasardées, surtout par de purs chimistes, insuffisamment préparés par des études physiologiques à traiter les questions d'alimentation. En théorie, il y a des principes fondamentaux parfaitement fixés par la science expérimentale, dont les uns concernent l’alimentation en général et les autres celle des laitières en particulier, qui impose des conditions spéciales. En pratique, des distinctions sont nécessaires entre le régime alimentaire d'été et celui d'hiver, pour les vaches entretenues dans l’exploitation rurale, distinctions qui n'existent que peu ou point pour celles des vacheries urbaines. Le régime d'hiver des premières est à peu de choses près, pour les secondes, celui de toute l’année. En exposant ces principes, seulement en ce qu'ils ont de particulier, bien entendu, le point de vue général étant envisagé ailleurs (voy. ALIMENTATION), nous indiquerons les conséquences pratiques qu’ils entraïinent pour la réalisation des deux régimes énoncés.
Le premier point à considérer, c’est que la quantité de lait produite est toujours proportionnelle à
LAITIÈRES
celle de l’eau ingérée dans les vingt-quatre heures. Cela dérive de ce que la sécrétion mammaire est, de son côté, proportionnelle à la tension du sang dans les vaisseaux, dépendante de son volume et conséquemment de la masse d’eau qu'il contient; et, d'autre part, de ce que le lait dose toujours plus de 80 pour 100 d’eau. Pour faire beaucoup de lait, il faut donc nécessairement beaucoup d’eau. Les vaches, comme les autres animaux, ne consentent à en ingérer, sous forme de boisson, qu’en raison de leur soif. La plus forte part de celle qu’elles boivent s’élimine par les perspirations cutanée et pulmonaire, qu'il convient de réduire au minimum possible, ainsi qu’on l’a vu plus haut, et par les urines. Il faut donc en introduire le plus possible par les aliments. C’est pourquoi le régime du pâturage est celui qui est reconnu par tout le monde comme favorisant au plus haut degré la lactation, et à son défaut celui des fourrages verts distribués à l’étable, ou des aliments secs fortement délayés. Une ration de vache laitière, pour être bien constituée, ne doit pas contenir moins de 70 à 80 pour 100 d’eau, ce qui est le degré de l’humidité des herbes de pâturage, reconnues, ainsi qu'on vient de le dire, comme constituant pour elle la meilleure alimentation.
Il est arrivé que des esprits insuffisamment éclairés sur ces choses, et d’ailleurs trop osés dans leurs suppositions et leurs affirmations, ont cru devoir s’élever contre cette proposition et sont allés jusqu’à prétendre que cette grande humidité de la ration des vaches laitières constituait une véritable falsification de leur lait. Sans doute une alimentation à la fois très humide et très pauvre en éléments nutritifs ne peut produire que du lait clair, c’est-à-dire peu nutritif lui-même. Mais les raisonneurs en question ignoraient apparemment que la valeur de l'aliment dépend moins de sa proportion de matière sèche que de la composition de celle-ci, et qu'en outre c’est la quantité totale de cette matière sèche ingérée qui importe, et surtout la quantité digérée. Une ration très humide peut être facilement beaucoup plus riche qu’une autre contenant incomparablement moins d’eau. L'expérience l’a précisément démontré dans les cas auxquels nous faisons allusion. Les calculs de valeur nutritive se font sur la quantité de matière sèche et non sur celle de matière humide. Une vache qui consomme 80 kilogrammes d'herbe, contenant 16 kilogrammes de matière sèche, ou 100 kilogrammes de résidus de distillerie de Maïs, contenant 10 kilogrammes de matière sèche dont également 2 kilogrammes de protéine, cette vache est plus nourrie que celle qui consomme 20 kilogrammes de foin de pré, contenant 17 kilogrammes de matière sèche, dont seulement 1*,790 de protéine. En outre de ce qu’elle reçoit plus de protéine, elle en digère une plus forte proportion, le coefficient de digestibilité étant plus élevé dans les deux premiers aliments que dans le foin de pré.
La théorie l'explique et le fait prévoir, mais ce qui vaut encore mieux, l'expérience le démontre. Dans ces cas on obtient du lait à la fois plus abondant et aussi riche en matière sèche. Sa richesse, en effet, ou pour mieux dire sa densité, est proportionnelle à la quantité de matière sèche alimentaire digérée. (C’est donc celle-ci qu’il faut considérer en même temps que l’eau, quand il s’agit de régler l’alimentation des vaches laitières, afin de fournir aux mamelles, par l'intermédiaire du sang, tous les éléments des matières premières du lait en abondance. Cela importe d'autant plus que l'aptitude de l'organe est plus développée, car la matière sèche dont il dispose se répartit alors sur une plus grande masse d’eau. En ce sens, on peut dire que la qualité du lait produit dépend uniquement de lalimentation, mais à la condition de ne pas accorder à la notion toute sa signification,
LAITIÈRES
comme on le fait, du reste, quand on s’en tient uniquement à la densité, en posant pour principe, par exemple, que cette qualité est suffisante lorsque le densimètre marque au moins 1,029.
Assurément la richesse en matière sèche totale influe sur la qualité du lait. Ce n’est pas niable d’une manière absolue, mais pas davantage soutenable de même. Il y faut mettre deux restrictions: d’abord celle que cette matière sèche sera de composition égale ou que ses composants seront dans les mêmes proportions; puis, qu'elle ne sera pas accompagnée de principes immédiats étrangers à sa composition normale et capables d’en modifier les propriétés organoleptiques. De ces principes immédiats qui se trouvent parfois dans le lait, les uns sont favorables, les autres nuisibles à sa qualité. En sorte qu'un lait moins dense pourra avoir, sous tous les rapports, plus de valeur qu’un autre plus dense.
Les variations quantitatives dans la composition de la matière sèche du lait se montrent surtout entre la caséine et le beurre, dont tantôt l’un et tantôt l’autre prédominent. On sait que la prédominance du beurre est à tous égards préférable, c’est de connaissance vulgaire. Le lait dit crémeux est davantage estimé par tout le monde. Il est acquis à la science que ces variations dépendent exclusivement de l’aptitude individuelle des vaches (voy. INDIVIDUALITÉ). Les circonstances extrinsèques et notamment l'alimentation peuvent influer, dans le sens que nous venons de voir, sur la quantité absolue de beurre produite. Pour une seule et même bête et pour une même quantité de lait sécrétée dans les vingt-quatre heures, cette quantité sera nécessairement plus forte avec 12 ou 13 pour 100 de matière sèche totale qu'avec 10 ou 11 seulement. C’est ce qui a souvent causé des méprises dans l’appréciation de l'influence de l'alimentation. Mais dans tous ces cas, si au lieu de s’en tenir à mesurer le beurre obtenu on fait l'analyse complète du lait, comme ont procédé G. Kühn et ses collaborateurs pour étudier l’action de divers aliments, et nousmême, à Grignon, avec diverses vaches soumises au même régime alimentaire, alors on constate que les quantités proportionnelles ne varient pas au delà des limites de l'incertitude d'analyse. Elles doivent donc être considérées comme invariables dans un seul et même individu, quelle que soit son alimentation. Le beurre et la caséine augmentent ou diminuent toujours proportionnellement. C’est donc en vain qu’on essayerait de lutter par le régime alimentaire contre ces dispositions individuelles. Chaque vache transforme les aliments qu’elle consomme conformément à son aptitude propre. Avec les mêmes matières premières, elle fait plus de beurre ou plus de caséine. Nous n'y pouvons rien.
La qualité de la caséine est invariable évidemment, en tant que principe immédiat défini. Il n’en est pas de même du beurre, dont la composition complexe comporte, entre ses constituants, des proportions très diverses. Tel beurre contient plus de celui-ci, tel autre plus de celui-là. On trouve notamment dans quelques-uns certains aromes plus ou moins connus dans l’état actuel de la science, mais que le goût et l’odorat décèlent, et qui sont manifestement absents dans les autres. On pourrait croire que ces variations qualitatives dépendent elles aussi de l’individualité. Ce serait une erreur manifeste. Le beurre que produit une vache Normande dans les environs de Paris, par exemple, ne ressemble que de loin à celui qu’on en obtenait en son pays, dans les environs d’Isigny ou de Carentan. Un auteur quelque peu étranger à ces choses, il est vrai, à écrit qu'il n’y avait point de crus pour le beurre. Peut-être en faut-il conclure que ses facultés gustatives ne sont guère développées, ou bien qu'il a eu des papilles très partiales pour le
LAITIÈRES
beurre de sa propre fabrication. Toujours est-il que son affirmation est certainement une contrevérité. Bien des fois nous avons, pour notre compte, constaté la qualité plus que médiocre du beurre fabriqué à l'Ecole de Grignon avec du lait de vache Normande. Et pourtant on ne pourrait point dire que ce soit dû à une mauvaise fabrication, car om y applique naturellement les procédés les plus perfectionnés.
Ce fait significatif est cité ici, parce qu’on n’en trouverait point de plus démonstratif pour mettre en évidence l'influence à laquelle doivent être attribuées les variations de la qualité du lait due à celle du beurre, variations de saveur surtout. Indépendamment de tout autre motif, la composition du beurre influe considérablement sur cette saveur. A l'Ecole de Grignon, les plantes que doivent consommer les vaches poussent pour la plupart sous hois ou sur des fonds trop humides. Elles sont reconnues comme étant de très médiocre qualité. Ce sont des herbes grossières, de saveur souvent désagréable, que les bêtes refusent. Celles-ei n’ont véritablement de bons que les moments où elles reçoivent des Betteraves ou du Maïs vert, qui ne sont cependant pas réputés comme favorables à la qualité du beurre. Entre un tel régime alimentaire et celui qui est suivi dans les régions renommées, comme celles des herbages du Cotentin, du Danemark, de la province de Groningue en Néerlande, de la Campine belge et de la Prévalaye en Bretagne, l'écart est assurément considérable. Il s’agit là de races fort diverses, et sur aucune il ne manque son effet. Ce n’est pas tant, d’après ce qu’on peut observer, par la richesse des herbages que par leur composition botanique, que l'influence se fait sentir. Il est au moins très probable que cette influence est d'autant plus favorable que la saveur des herbes est plus douce et plus aromatique à la fois. Insipide ou de saveur âcre plus ou moins prononcée, elle est, au contraire, défavorable à des degrés divers, dont celui que nous avons pris pour exemple est à coup sûr l’une des plus élevés.
On peut de la sorte obtenir du lait dense ou riche, mais non pas vraiment de la meilleure qualité. Or, comme c’est une condition de vente facile aux prix les plus élevés, que cette qualité ainsi comprise, il n’est pas à recommander d'en entreprendre la production quand on ne dispose que de pâturages médiocres ou mauvais comme ceux qui viennent d’être caractérisés. Il y a, en outre, tout un ordre d'aliments, parmi ceux qui ne peuvent être consommés qu’à l’étable, et principalement durant la saison d'hiver, qui communiquent au lait une saveur désagréable. Ces aliments contiennent naturellement des principes immédiats non nutritifs, ou bien il s’y développe par la fermentation des produits qui, après avoir passé dans le sang, s’éliminent tels quels par les mamelles, en communiquant au lait leur odeur ou leur saveur. Qui ne connaît ce qu’on appelle le goût d'herbe et aussi celui de l’essence d’Ail contractés de cette façon? Il est connu aussi que parmi les tourteaux de graines oléagineuses, ceux de Lin et Colza, surtout quand ils ne sont pas frais, communiquent au lait le goût de leurs huiles rancies. Souvent les drèches de brasserie trop longtemps conservées font passer également une saveur désagréable. En ces derniers temps, des assertions du même genre ont été avancées au sujet des fourrages conservés en silos, tandis que d’autres contradictoires leur étaient opposées. On a voulu établir à cet égard une distinction entre ce qu’on a appelé l’ensilage doux et l’ensilage acide. Il paraît au moins très probable que le résultat doit être différent d’après les produits de la fermentation et que tous les effets signalés sont exacts. Ce qui ne le serait sans doute pas, ce serait d’en généraliser la signification, soit dans un sens, soit dans l’autre. Nous avons connu
LAITIÈRES
des vaches nourries avec des fourrages conservés ainsi et dont le lait ne présentait aucune saveur étrangère. Pour d’autres il en était différemment. C’est done chose à étudier pour chaque cas particulier. Les services que rendent les fourrages conservés sont trop considérables pour qu’on puisse sans grave inconvénient, même au point de vue spécial où nous sommes placés, les condamner sans un examen minutieux.
En tout état de cause, le phénomène physiologique en question est si facile à expliquer que l'appréciation des matières alimentaires à proscrire est vraiment d'une grande simplicité. À l’odorat et à la dégustation on reconnaît sans peine celles qui, contenant des substances à éliminer, peuvent ainsi altérer le lait et nuire à sa qualité.
Maintenant nous pouvons mettre en œuvre les notions théoriques précédentes et indiquer pratiquement la conduité de l'alimentation des laitières, d’abord pour le régime d'été, puis pour le régime d'hiver. Rien-üe sera plus facile que de combiner les deux, dans les cas où ce sera nécessaire, par raison de situation.
Dès que les herbes sont suffisamment poussées, un bon pâturage dans les conditions indiquées fournit, tant qu’il peut durer, la meilleure alimentation, au double point de vue de ja quantité et de ia qualité du lait. Les vaches y restent jour et nuit, ou seulèment le jour, selon que la température se comporte dans la localité. Des nuits trop fraîches nuisent à la lactation, comme on l’a déjà dit. Pour le reste, il suffit de bien mesurer le nombre des bêtes, et surtout leur poids, d’après la puissance du pâturage, de façon qu’elles aient toujours de’ quoi manger à satiété. Ce serait une grave faute de les exposer à ne pas pouvoir se remplir complètement la panse, toutes les fois qu’elles en sentent le besoin. La faute aurait d'autant plus de gravité qu’il s’agit, on doit s'en souvenir, de jeunes bêtes en période de croissance, dont l'alimentation doit subvenir à la fois aux besoins d’un développement aussi prompt que possible et à ceux d’une lactation active.
Aussitôt qu'arrive la mauvaise saison, encore bien qu'il y aurait de l'herbe dehors, le régime du pâturage ne convient plus pour les laitières. Elles ne doivent pas avoir froid. À basse température les mamelles ne fonctionnent plus avec la même activité. Les bêtes seront donc rentrées à l’étable, et il faudra s'occuper de leur régime d'hiver. Nous ne parlons en ce moment que de celles qui sont exploitées à la ferme, dans le domaine rural. Il sera question des autres plus loin, de celles qu’on entretient constamment à l’étable.
Pour le régime d'hiver, qui est le même dans tous les cas, on a une assez grande latitude pour la composition des rations, pourvu qu’il soit satisfait aux conditions posées plus haut. D’après les ressources que fournit le système de culture, on peut choisir entre divers aliments humides, également propres à leur donner une bonne base, en outre de l'aliment essentiel d’entretien, dont les animaux ne sont pas privés sans inconvénient. Beaucoup d'auteurs et aussi de praticiens le négligent; ils ont incontestablement tort. Nous considérons comme indispensable un certain quantum de foin de pré dans toute ration bien constituée. Il va de 4 à 5 kilogrammes pour les vaches de taille élevée, de 3 à 4 pour les petites et les moyennes. A cet aliment se joignent ou des betteraves, ou des carottes champêtres, ou des topinambours, ou du maïs conservé, ou des drèches de brasserie, ou tout autre aliment fortement humide et à relation nutritive large quelconque. Si cet aliment est de l'herbe de pré conservée en silo, l’'adjonction du foin n’est pas nécessaire. Avec les racines ou les tubercules coupés en tranches ou réduits en pulpe fraiche se fait, bien entendu, un
5 V4 Des
LAITIÈRES
mélange de menue paille de Froment ou de paille d'Avoine hachée, dont le rôle est de fournir la cellulose indigestible qui doit lester l’intéstin et assurer ainsi la bonne digestion des éléments nutritifs.
La ration ainsi composée, avec le volume que l'animal en peut ingérer dans les vingt-quatre heures, ne contiendrait pas assez de matière sèche nutritive, ni ne serait assez digestible pour fournir les éléments d’une lactation à la fois riche et abondante. Les principales matières premières du lait y manqueraient, et celles qui y seraient présentes ne se digéreraient qu’en faible proportion, pour cause de relation nutritive trop large. Il faut la rétrécir par l'adjonction d’un ou de plusieurs aliments concentrés, plutôt de plusieurs que d’un seul, la variété étant un excellent stimulant pour l'appétit et aussi pour la digestion. Deux choses sont alors à considérer : d’abord le calcul de proportion qui doit ramener la relation à l’étroitesse voulue, puis 12 choix des aliments à faire intervenir pour satisfaire aux exigences du calcul. Pour le premier point, l'habitude rend facile l’opération ; pour le second, on se reporte aux indications données plus haut.
Etant connue la relation de l’aliment d’entretien et de l'aliment grossier réunis, relation toujours trop large, comme 1 : 8 ou 9, ou au delà, cette relation doit être d'autant plus rétrécie que les animaux à nourrir sont plus jeunes. Avec des vaches qui en sont encore à leur premier veau, il la faut ramener à 1 : 3 ou 1 : 3,5 au plus; si elles en sont au deuxième, c’est 1 : 4; au troisième ou à l’âge adulte, c’est 1 : 4,5 ou 1 : 5 (voy. JEu- NESSE et RELATION NUTRITIVE). Cela se réalise en faisant varier, pour un seul et même aliment concentré, la proportion ajoutée, et en l’augmentant à mesure que la relation doit devenir plus étroite, ou bien, dans ce dernier cas, en substituant un aliment plus concentré à un moins concentré, la relation propre de ces aliments variant de 1 : 2 à 1 : 4. Avec une table de leur composition sous les yeux, ces calculs ne présentent pas de difficultés, quand on s’y est un peu exercé.
Nous avons vu qu’il faut exclure des rations de laitières les aliments qui peuvent altérer la saveur du lait, et qu’au nombre de ceux-ci se trouvent certains tourteaux de graines oléagineuses. Par contre, on doit mettre au premier rang des aliments concentrés les plus avantageux pour la production laitière certains autres de ces tourteaux, dont il n’est certainement pas fait un assez grand usage. Ils ne communiquent aucun goût étranger au lait, et ils fournissent la protéine, ce qui est leur seule fonction utile, au prix le plus bas, à un prix de beaucoup moins élevé, en tous cas, que celui des farines ou des résidus de mouture de céréales, comme la farine d’Orge, les recoupes, les sons, etc., généralement plus employés. Les tourteaux d’Arachides, de Coton, de Coco ou Coprah, de Palmiste, de Sésame, qui contiennent de 20 à 35 pour 100 de protéine, ne se vendent pas plus de 12 à 15 francs les 100 kilogrammes, tandis que la farine d’Orge et les sons, qui n’en contiennent pas plus de 10 à 15, se vendent de 13 à 20 francs. La farine d’Orge, plus généralement recommandée que les sons, et particulièrement les gros sons, est cependant moins nutritive et plus chère qu’eux. Le gros son doit donc être préféré aux recoupes, celles-ci à la farine d’Orge, et les tourteaux à tous les autres aliments concentrés.
La proportion nécessaire de chacun est déterminée par sa richesse en protéine, puisqu'il s’agit de renforcer, dans la ration, le premier terme de la relation nutritive. Par exemple, avec une ration ayant pour base 2 de maïs conservé, dont la relation est 1 :5,46, un mélange de 0,365 de son de Froment, de 0“,200 de tourteau de Palmiste, et de 0,200 de tourteau de Coton donnera une relation
LAITIÈRES
de 1 : 3; soit environ 2 kilogrammes de tourteau en tout, et 2 kilogrammes de son, pour une ration du poids total de 40 kilogrammes, contenant un peu moins de 15 kilogrammes de matière sèche.
Pour l'alimentation à l’étable, durant la saison d'été, les aliments humides sont fournis par la Luzerne verte, la Minette, le Trèfle, le Maïs fourrage, le Seigle et autres plantes cultivées. Avec les Légumineuses, très riches en protéine, l’adjonetion des aliments concentrés n’est pas nécessaire. On y ajoute seulement un aliment grossier see, dont la paille d’Avoine est l’un des meilleurs, et dont la proportion doit être réglée toujours en vue de la relation nutritive qui, lorsqu'elle est convenable, f'ait utiliser les aliments au maximum.
Il ne reste plus qu’à fixer le quantum de la ration journalière. Il est à peine croyable que des auteurs aient pu formuler la prétention de le déterminer d’une façon absolue, en tant pour cent du poids vif. Les ouvrages allemands, notamment, et quelques français après eux, donnent des quantités au delà desquelles les vaches devraient être considérées comme trop nourries, l’excédent étant du gaspillage. Le bon sens nous paraît indiquer qu’en pareil cas l'appétit de la bête est le seul juge. Plus elle consomme d’une ration bien composée et, conséquemment, digestible au maximum, plus elle en utilise. Cela est surtout incontestable pour les bêtes en période de eroissance, dont il y a toujours avantage à obtenir le plus possible de lait sans nuire à leur développement, et, au contraire, en le favorisant également le plus possible. C’est vrai aussi pour les adultes, qui doivent être engraissées à la fin de leur période de lactation, afin de pouvoir être vendues plus cher.
Il convient donc seulement d'observer les laitières et de leur donner à manger autant qu’elles consentent à en accepter. Rien de ce qu’elles consomment n’est perdu, pourvu que ce soit digéré. Le gaspillage consiste à leur donner, en quantité quelconque, des rations qui, n’étant pas bien composées, n’ont qu'un faible coefficient de digestibilité. Une forte part des aliments ingérés ne fait alors que traverser en pure perte le tube digestif. Au contraire, tout ce qui est retenu se transforme en lait ou en accroissement de poids vif, en créant ainsi de la valeur, ce qui est le but de l'exploitation.
Les moyens de production ayant été tous passés en revue, nous aurions maintenant à parler de la traite des vaches, dont le mode d'exécution n’est pas sans influence sur le fonctionnement des mamelles et, par conséquent, sur les quantités de lait produites. Le plan du présent ouvrage comporte mieux que ce sujet soit examiné dans un article spécial (voy. TRAITE).
PRODUCTION DU LAIT DE CHÈVRE. — Les agronomes dédaignent habituellement de s'occuper de ce qui concerne la production du lait de chèvre, considérant d’ailleurs les bêtes qui le produisent comme des ennemies de l’agriculture. Ce n’est pas, en effet, du bétail pour les grandes exploitations en pays riche. Mais les services qu'il rend aux populations humaines n’en sont point pour cela moins importants. Elles sont nombreuses, en Europe surtout, celles qui ne vivent guère que du lait de leurs chèvres, sur les montagnes qu’elles habitent et qui ne pourraient pas nourrir d'autre bétail.
Même en certaines régions cultivées de la France, -
où la propriété très divisée est surtout en vignobles, sur des coteaux, et dans d’autres en terrains calcaires et maigres, produisant des céréales, les chèvres exploitées par petits groupes pour produire du fromage forment, en somme, un effectif important, dont le produit annuel n’est assurément pas négligeable pour la fortune publique. Sans doute, les pasteurs ou les petits cultivateurs qui les exploitent ne comptent point, malheureusement, au nombre des lecteurs habituels des publications
UE
LAITIÈRES
agronomiques, Ce n’est pas une raison suffisante pour s'abstenir de s’occuper de ce qui devrait les intéresser. Il n’est point défendu d’espérer que les progrès de l'instruction publique pourront un jour changer leurs dispositions.
Comme laitières, les chèvres, eu égard à leur aptitude, sont incontestablement remarquables. Le lait qu’elles produisent a des qualités particulières, une saveur spéciale surtout, qui ne permettent pas de le mettre en comparaison avec celui des vaches. Mais pour l’élaborer elles transforment des aliments avec lesquels ces dernières ne pourraient point se nourrir. Il n’y a donc point concurrence. Le lait de chèvre se produit là où celui de vache ne pourrait pas être obtenu. On dit parfois que la chèvre est la vache du pauvre, et, en ce sens, c’est parfaitement exact. Quand on se place à ce point de vue, qui est.le vrai, pour l’étudier en sa qualité de machine à transformation, on est conduit à constater qu'il n’y en a point d’autre qui soit plus productive, dont le rendement soit plus élevé. Les valeurs qu’elle crée sont à peu près tout profit, car ses aliments seraient perdus si elle ne. les utilisait.
Sans done dépasser la mesure, nous ne pourrions sagement nous dispenser. ici d'exposer les conditions scientifiques de la production du lait de chèvre, d’après le plan déjà suivi pour les vaches.
Choix des laitieres. — Les chèvres vivant, par leur caractère même et aussi par leur mode d’ex-. ploitation, plus près des conditions naturelles que tous les autres animaux de même ordre, l’obligation de ne les point trop écarter de l'aire géographique de leur race est encore plus impérieuse qu’en ce qui concerne les vaches. Entre les trois races que nous connaissons, le choix ne pourrait, en tous cas, être discuté, pour la France, qu’au sujet de l’Européenne et de l’Africaine. L’Asiatique n'a pas une aptitude suffisante pour entrer en ligne (voy. CHÈVRES). La variété dite Maltaise de la seconde est incontestablement, dans son propre pays, une laitière de beaucoup supérieure à l’une quelconque des variétés de la chèvre d'Europe. A ce titre, elle a été souvent recommandée d’une façon absolue, sans prendre garde qu’observée loin de ce pays, dans le centre ou dans le nord de la France, par exemple, elle ne se montre ni plus ni moins apte que les autres. En Algérie et en Tunisie, comme à Malte, elle donne plus de lait qu’on n’en obtient chez nous des chèvres d'Europe; dans l'aire géographique de celles-ci, elle descend bientôt à leur niveau. Quand on sait que l’aptitude en question est étroitement dépendante du milieu, on n’en est pas surpris. Mais combien faudra-t-il de temps encore pour faire entrer cette notion de physiologie élémentaire dans l’esprit des zootechnistes dogmatiques et doctrinaires ?
En pratique, d’ailleurs, chacun exploite les chèvres de sa localité. Il convient seulement dès lors de mettre le lecteur en garde éventuellement contre toute velléité d'innovation sous ce rapport. La question du choix de la race ne se pose pas, mais seulement celle de la sélection des individus les plus aptes. Et ici l'aptitude est simple. Il ne s’agit que du volume des mamelles et de la taille ou du développement corporel. Les chèvres les plus fortes, qui ont avec celà les plus grosses mamelles, sont les meilleures. On ne doit ni choisir ni conserver celles qui, parmi les Européennes, donnent moins de deux litres de lait par jour, et, parmi les Maltaises, celles qui en donnent moins de trois.
Habitation des lailières. — Les chèvres ont l'humeur vagabonde, et elles aiment par-dessus tout le grand air. Dans les pays de montagnes, elles vivent presque toujours dehors. On ne les abrite que durant les temps tout à fait mauvais. Dans le mont d'Or lyonnais, où elles sont nombreuses, on
LAITRON
les entretient à peu près constamment, au contraire, dans des chèvreries d’une grande simplicité de construction. Qu’elles doivent ou non y séjourner longtemps, l'important est que leur habitation soit bien aérée. Elle ne le peut jamais être trop, pourvu que les bêtes y soient abritées contre le vent. Leur pelage, toujours plus ou moins touffu, les préserve contre le refroidissement, auquel elles sont d’ailleurs naturellement peu sensibles. Il n’en est pas, sous ce rapport, d'elles comme des vaches.
Alimentation des laitières. — Sans contredit, avec une alimentation riche, composée comme celle des vaches, les mamelles des chèvres fonctionnent plus activement qu'avec des aliments d'une faible valeur nutritive. Mais quand on dispose de cette alimentation-là en quantité suffisante, ce ne sont pas des chèvres qu’on exploite. Généralement, leur rôle ou plutôt leur fonction est de mettre en valeur des pâturages qui ne pourraient être utilisés par aucun autre genre d'animaux, et qui se composent principalement de végétaux ligneux ou poussant sur des sols en pente trop abrupte. Le grand mérite des chèvres est surtout de ne se point montrer difficiles sur la nourriture. Elles s’entretiennent très bien et produisent des chevreaux et du lait où les brebis ne pourraient pas vivre.
Dans les chèvreries des pays vignobles de l’est de la France, elles sont nourries toute l’année avec des épluchures de cuisine, des eaux de lavage de la vaisselle, des pampres de Vigne conservés, du marc de raisin, des feuilles de Chou, des feuilles d'arbres, des fourrages de Légumineuses, des racines, des tubercules, des graines de foin et autres aliments de même ordre. Martegoute a montré, il y a longtemps déjà, en faisant le compte d'une de ces chèvreries, composée de vingt-quatre têtes, qu’ainsi traitées, elles donnent une moyenne de 2 litres de lait par jour, pendant neuf mois ou trois cents jours. C’est donc 600 litres par tête et par année. On comprend bien que, parmi les aliments énumérés plus haut, ce ne sont pas ceux réputés les meilleurs, d’une manière générale, qui ont la plus grande part dans l’aliimentation. Ils n’en forment que l’appoint. Les chèvres digèrent en moyenne 62 pour 100 de la cellulose brute qu’elles ingèrent, tandis que les autres ruminants n'en digèrent pas plus de 60. Leur coefficient de digestion pour la protéine est de 0,60, et seulement de 0,57 pour les autres. Elles peuvent ainsi tirer meilleur parti des aliments grossiers et pauvres au’elles consomment d’ailleurs volontiers. Toutefois, les concentrés qu’on leur donne ne sont point perdus.
PRODUCTION DU LAIT DE BREBIS. — L'exploitation des brebis pour la production du lait est une industrie tout à fait exceptionnelle. À notre connaissance, elle ne se pratique qu’en France et seulement dans une petite région de notre pays, où une seule variété ovine y est soumise. Dans ces conditions, ce qui la concerne sera mieux à sa place à propos de la description de cette variété (voy. LARZAC). A. S.
- LAITRON (botanique). — Genre de plantes de la famille des Composées, division des Cichorées (Liguliflores End1.; Chicoracées Vaïll.), nommé Sonchus par Linné. :
Les Laitrons (que l’on appelle aussi Laiterons, Laicherons, Lailisons, Lacherons, ete.) se distinguent parmi les Composées-Cichorées, dont ils possèdent les caractères essentiels (voy. COmMPo- SÉES), par les particularités suivantes :
L'involucre du capitule est formé de nombreuses bractées imbriquées. Les fleurs se disposent sur plusieurs rangs. Les achaines sont comprimés, munis de côtes longitudinales, plus ou moins atténués au sommet, mais non prolongés en bec, et munis d’une aigrette sessile, à poils simples. Le réceptacle commun est dépourvu de paillettes.
AA
LATTUE
Ce sont des herbes annuelles ou vivaces, à feuilles amples, plus ou moins profondément découpées, ordinairement auriculées à la base. Toutes les parties de ces plantes renferment un latex blanc qui s'écoule des moindres blessures; son abondance leur à valu le nom sous lequel elles sont connues dans nos campagnes, et a sans doute accrédité l'opinion très répandue qu’elles favorisent la sécrétion lactée.
Les Laitrons peuvent se diviser, au point de vue agricole, en espèces annuelles et en espèces vivaces. Dans la première catégorie se rangent le Laitron commun (Sonchus oleraceus L.) et le Laitron rude (Sonchus asper Vill.), espèces très voisines, et qu'on rencontre en abondance dans les terrains cultivés, frais et riches en humus. On les distingue assez facilement à ce que le premier a les achaines chargés en travers de rugosités qui manquent dans le second, et à ce que l'oreillette de ses feuilles s'étale horizontalement, au lieu de s'appliquer étroitement sur la tige.
Ces deux plantes ont une croissance extrêmement rapide, et dépassent très fréquemment un mètre de hauteur; elles fournissent aux animaux une nourriture saine et abondante. Chacun sait qu'elles forment pour les Lapins domestiques le fourrage par excellence, ce qui leur a valu le nom vulgaire de Lailue de Lièvre. I ne parait pas improbable que la culture de ces deux espèces pourrait présenter quelque intérêt, dans certains cas déterminés.
Parmi les espèces vivaces, il faut citer :
Le Laitron des champs (Sonchus arvensis L.), dont les pédoncules et les capitules sont hérissés de poils glanduleux, dont les achaines sont bruns, et les dents des feuilles terminées par une petite épine. Cette espèce est fort commune sur le bord des champs et dans quelques prairies.
Le Laitron des marais (Sonchus palustris L.), plante également velue-glanduleuse au sommet, mais à achaines jaunâtres, à feuilles dépourvues d’épines. Cette espèce vit dans les lieux humides de presque toute la France.
Le Laitron maritime (Sonchus maritimus L.), espèce facile à reconnaître à ses feuilles peu ou pas découpées et son inflorescence très glabre. Elle se rencontre abondamment dans les lieux humides de toute la région méditerranéenne, et aussi sur la plus grande partie des côtes de l'Océan, d’où elle pénètre quelquefois assez loin dans l’intérieur.
C’est encore au même genre qu'il importe de rapporter une plante très commune dans les pâturages montagneux, où elle est recherchée de tous les bestiaux. Il s’agit du Laitron des Alpes (Sonchus alpinus L.; Mulgedium alpinum Less.), belle espèce de près d’un mètre de haut, à fleurs bleues, ce qui la distingue au premier «abord de toutes les autres qui ont la corolle jaune.
Au point de vue botanique, le genre Sonchus se distingue très difficilement du genre Lacluca (Laitue) dans lequel il doit sans doute rentrer à titre de section. Le caractère tiré de l’absence de bec à lPachaine est loin de présenter la fixité que l’on pourrait supposer, et l’on trouve, par comparaison des espèces, une foule de transitions insensibles qui rendent presque impossible la délimitation des deux types.
Le latex des Laitrons renferme une certaine quantité de caoutchouc qui a pu être isolée du suc des espèces annuelles. Peut-être y aurait-il lieu de se préoccuper de ce fait, en présence de la consommation chaque jour croissante de cette précieuse substance. E.M.
LAITUE (horticullure). — Genre de plantes de la famille des Composées, comprenant plusieurs espèces indigènes. Les nombreuses variétés de salades connues sous ce nom constituaient pour Linné une
LAITUE
espèce qu’il désignait sous le nom de Laitue cultivée (Lactuca sativa). D'après les récentes recherches de M. A. de Candolle, toutes les variétés cultivées dans nos jardins doivent être plutôt rapportées à une espèce que l'on trouve à l’état spontané dans presque tout l’ancien monde et notamment dans toute l’Europe tempérée ; c’est la Laitue sauvage (Lactuca scariola L.). Quoi qu'il puisse être d’ailleurs de cette origine , on sait que les Laitues sont des plantes cultivées depuis les temps anciens. Les Grecs et les Romains en connaissaient déjà plusieurs variétés.
La plante telle qu’elle est cultivée de nos jours porte des feuilles abondantes formant rosette sur le sol et se réunissant souvent en un gros bourgeon terminal plus ou moins sphérique ou allongé. Du centre de ce bourgeon s'élève une tige à ramifications nombreuses se terminant par des cymes de capitules de fleurs jaune clair auxquelles succèdent des fruits elliptiques aplatis (achaines) blanes ou noirs suivant les variétés. Dans la pratique on a divisé les Laitues en un certain nombre de catégories, dont une a même été élevée au rang d’espèce; c’est celle qui comprend les Laitues romaines. Il est difficile de considérer cette forme comme une véritable espèce. Il est bien certain que les Romaines se distinguent nettement, dans la pratique, des Laitues pommées ; mais il n’est pas douteux d’autre part qu’elles dérivent les unes des autres et l’on en a la preuve tant dans les nombreuses variétés intermédiaires que dans les cas de divergences qui se produisent dans les semis. Si donc au point de vue cultural il convient d'établir une distinction entre les Laitues pommées et les Laitues romaines, il n’en faudrait pas inférer qu’elles constituent deux espèces distinctes.
LAITUES POMMÉES. — Toutes les Laitues appartenant à cette catégorie ont une pomme plus ou moins globuleuse entourée de feuilles amples à texture délicate, vert jaunâtre ou plus ou moins panachées de roux, diversement découpées sur les bords. Les innombrables variétés sont généralement divisées en Laitues d'hiver, de printemps ou d'été ; mais cette classification n’a rien d’absolu, car plusieurs d’entre elles peuvent être cultivées en toute saison.
Les variétés d'hiver se caractérisent par une grande rusticité qui leur permet de supporter sans souffrir plusieurs degrés de froid. À ce titre on cultive principalement les variétés suivantes :
Laitue de la Passion, plante moyenne à pomme peu serrée ; feuilles tachées de roux plus ou moins eloquées. C’est la plus rustique de toutes les variétés ; elle n’est pas de très bonne qualité.
Laitue rouge d'hiver, à pomme plus pleine d’un vert pâle, teinté en rouge brun.
On cultive encore : Laitue blonde d'hiver ; L. morine, L. brune d'hiver.
Les variétés de printemps ont toutes pour caractère de se développer très rapidement; elles conviennent très bien à la culture forcée. Elles ont l'inconvénient de monter rapidement à graines et pour cette raison seule ne conviennent pas pour la culture d'été. On cultive surtout dans cette catégorie les : Laitue gotte à graines blanches, à feuilles d’un vert tendre, formant une petite pomme très serrée, elle est très employée en culture forcée ; L. gotte à graine noire, se distinguant par une plus grande précocité et une pomme moins dure ; L. Georges, variété peu répandue et principalement employée par les maraichers de Paris, très hâtive et cependant plus étoffée que les précédentes variétés ; convient très bien aux premières plantations de plein air.
Les Laitues réservées à la culture d’été montent moins vite que les précédentes ; elles sont en général à plus fort développement. On les cultive indistinctement pendant tout l'été et l'automne.
Pr —
LAITUE
Telles sont: Laitue brune paresseuse, plante vigoureuse à feuillage ample, d’un vert foncé, marqué de rouge brun, formant une pomme dure, ainsi nommée parce qu'elle est lente à monter ; Laitue palaline, connue aussi sous le nom de L. rousse, formant une grosse pomme de feuilles marquées de taches rousses ; laitue Batavia, qui se distingue nettement de toutes les précédentes variétés par sa feuille découpée sur les bords en de nombreux segments. On en cultive de nombreuses sous-variétés qui se caractérisent par la coloration des feuilles. La texture de ces Laitues est plus ferme et cette variété est considérée à juste titre comme formant une sorte de transition entre les Laitues pommées et les Romaines. Dans cette catégorie on peut encore citer : Laitue blonde de Berlin, L. impériale, L. verte, L. sanguine, etc.
Toutes ces Laitues sont surtout employées à la confection de salades. On recherche surtout celles qui ont les feuilles tendres. Elles peuvent servir, après avoir été soumises à la cuisson, à la préparation de divers plats.
En entourant les Laitues de soins particuliers, il est aisé d’en obtenir en toute saison ; toutefois la culture la plus importante est: celle de printemps, en pleine terre, et d'hiver, sur couche. Pour pouvoir planter de bonne heure au printemps, il est nécessaire de semer à l'automne et d’abriter le plant contre les froids de l’hiver. Ce sont des variétés hâtives que l’on emploie à cette culture, notamment les Laitues crêpes, Gottes et Georges. On les sème dans la seconde quinzaine du mois d'octobre sur le terreau d’une vieille couche ou même simplement en pleine terre; il est utile de faciliter la levée par quelques bassinages. La levée a lieu après une huitaine de jours; dès que les jeunes plants ont, en plus de leurs deux cotylédons, une ou deux jeunes feuilles, on procède au repiquage. Cette replantation peut se faire sous châssis remplis de terreau, mais il est infiniment préférable de se servir de cloches mises sur des ados. Dans ce cas le terrain est arrangé en planches de largeur suffisante pour recevoir trois rangées de cloches et disposées en pente regardant le midi; cette pente est telle que le dos de la planche est plus haut de 20 centimètres environ que le devant. Après avoir recouvert le terrain d’une couche de terreau et avoir marqué avec les cloches l’emplacement que chacune d'elles doit occuper, on pique le plant au doigt à raison d'environ trente par cloche.
Pour faciliter la reprise, on donne de légers bassinages et, sitôt que le plant est bien repris, on donne de l’air en soulevant les cloches sur des crémaillères. Pendant tout l'hiver on donnera de l’air toutes les fois que la température sera audessus de zéro. Si, au contraire, il vient à geler, ül sera nécessaire d'étendre des paillassons pendant la nuit sur les rangées de cloches. Si le froid devenait très intense, il faudrait bourrer les intervalles compris entre les cloches avec de la litière ou des feuilles que l’on enlèverait dès que la température serait devenue plus douce. Plus tard on donne graduellement de l'air jusqu’au moment où, les fortes gelées n'étant plus à craindre, on peut enlever complètement les cloches.
Vers la fin de février ou au commencement de mars, on plante en costière d’abord, puis en plein carré. La plantation se fait en terre bien fumée et labourée, sur laquelle on répand une couche uni= forme de terreau. On repique en quinconce sur des lignes distantes de 0%,25. Il est utile d’arroser afin de faciliter la reprise; mais, pour éviter l’action du refroidissement nocturne, ces arrosages doivent se faire le matin. Fréquemment on associe à celte culture un semis de Radis ou de Carottes qui occupent les intervalles compris entre les rangs de salade. Ce même plant, conservé sous cloche, peut servir
LAITUE
à faire des plantations plus tardives que l'on prolonge jusque vers la fin d'avril. On obtient ainsi des produits soutenus jusqu’à la fin de juin.
À partir du mois de mars, on sème une ou deux fois par mois des graines de Laitues appartenant d'abord aux variétés hâtives, puis à celles d'été qui viendront succéder à celles qui ont été semées à l’automne. Les variétés d'été doivent être plantées à des distances plus grandes que celles du printemps, à cause des dimensions plus fortes qu’elles acquièrent. La plantation doit, dans tous les cas, être faite en terre recouverte d’un épais paillis qui empêchera le sol de se dessécher. Les Laitues exigent en été, pour se bien développer, des arrosages fréquents. Habituellement, on ne les plante pas seules, mais on les associe à d’autres cultures qui bénéficient des arrosages.
Pour les variétés d'hiver, c’est-à-dire résistant au froid, il convient de faire les semis dans la seconde quinzaine de septembre. La plantation se fait à bonne exposition, dès que le plant a quatre ou cinq feuilles ; la récolte a lieu en mars et avril.
La culture forcée convient fort bien aux Laitues, et ce mode de production est très couramment employé par les maraichers; il donne les meilleurs résultats. Toutes les variétés hâtives peuvent s’accommoder de cette culture. On construit des couches dès le mois d'octobre, et l’on plante environ cinquante Laitues de variété hâtive sous chaque châssis. Le plant dont on se sert dans ce cas a été semé à la fin du mois d'août, puis repiqué sous cloche sur ados, comme il a été dit plus haut. Cette première plantation sur couche donne ses produits en décembre; on la récolte dès que la pomme commence à se former. Lorsque la récolte de cette première saison est faite, on enlève les châssis, ainsi que le terreau contenu dans les coffres, puis on brasse le fumier ancien avec une quantité égale de fumier neuf, et sur la nouvelle couche ainsi construite, on plante une seconde saison de Laitue à laquelle peut même venir sucéder une troisième plantation. On peut également associer les plantations de Laitues à toutes les cultures faites sous châssis; le peu de temps qu’elles exigent pour se développer permet de les récolter avant qu’elles aient commencé. à gêner les cultures auxquelles elles sont associées. C’est ainsi que l’on en peut planter dans les semis de Carottes et dans les plantations de Melons.
LAITUE ROMAINE. — Les Romaines se distinguent des Laitues pommées par leur pomme cylindrique, leurs feuilles plus longues que larges et l'épaisseur du tissu de ces feuilles. On en cultive quelques variétés parmi lesquelles les plus importantes sont la Romaine grise, spécialement cultivée par les maraîchers pour les plantations du printemps, à feuilles d’un vert un peu glauque, à pomme très grosse se formant facilement; la Romaine verte, dont les feuilles sont d’un vert foncé, qui a été remplacée par la précédente variété qui lui ressemble, mais qui lui est infiniment supérieure; la Romaine blonde, à feuilles d’un vert clair, qui convient tout particulièrement à la culture d'été; la Romaine rouge, qui supporte les froids sans abris, mais pomme mal et a des feuilles amères.
La culture de la Romaine a beaucoup d’analogie avec celle de la Laitue; c’est ainsi que la première saison de printemps s'obtient absolument comme celle de la Laitue, c’est-à-dire que l’on sème en septembre, puis que l’on repique sur ados et sous cloches pour passer l'hiver. Mais ici, plus encore que pour la Laitue, il est nécessaire d'éviter l’étiolement par une aération aussi fréquente que possible, et la gelée par une couverture appliquée lors des grands froids. Souvent il arrive que si l'hiver est doux, les Romaines poussent trop et s’étiolent ; dans ce cas, on profite d’une période de temps sans gelée pour les arracher et les replanter sur place
LAITUE
dans le seul but de les retarder et d'éviter l’étiolement par une plantation plus profonde.
Au printemps, la plantation se fait d’abord en costières, puis en plein carré, et la récolte a lieu en mai et Juin. Les saisons successives sont obtenues par des semis faits au printemps, d’abord sur couche, puis à l'air libre.
La culture d'été réussit assez mal, à moins que l’on n’ait à sa disposition un sol frais ou tout au moins que l’on puisse faire des arrosages fréquents. Même dans ces conditions, la Romaine présente l'inconvénient de monter rapidement à graine si on ne la récolte pas quand elle est pommée. On est souvent dans l'habitude de lier la Romaine quelques jours avant de la livrer à la consommation; cette pratique est rendue complètement inutile quand on cultive des variétés perfectionnées qui pomment bien.
La culture forcée de la Romaine donne de bons résultats, mais elle ne peut être pratiquée que sous cloches, l’étiolement étant à craindre sous châssis.
Fig. 215. — Laitue romaine blonde.
On ne peut se servir de ces derniers que pour abriter les plantations du printemps faites en pleine terre.
Pour pratiquer la culture forcée sous cloche, on sème au commencement d'octobre sous eloche, puis on repique sur ados. Les couches destinées à la culture sont construites depuis décembre jusque vers la fin de février ; on leur donne environ 0",45 d’épaisseur. On recharge la couche de 0",18 de terreau et l’on y dispose trois rangées de cloches en quinconce. Sous chaque cloche on plante une seule Romaine. Anciennement, on plantait en même temps trois Laitues, mais on a reconnu qu'il n’y a aucun avantage à le faire, car ces plantes se nuisent réciproquement. Il est indispensable que le plant, tout en recevant la chaleur de la couche, soit très aéré. A cet effet, à l’aide du plantoir, on ouvre obliquement près de chaque plant un trou béant destiné à éviter l’étiolement par suite d’excès de chaleur donné aux racines. De plus, chaque cloche reçoit l'air extérieur par une légère excavation faite dans ce terreau sur un des côtés.
En même temps que l’on plante les Romaines sous cloche, on peut également repiquer du plant entre chaque cloche, qui, dès que la première récolte sera faite, devra être à son tour recouvert d’une cloche.
Pour obtenir de la bonne graine, le mieux est de réserver au printemps les pieds les mieux venants, résultant des semis d'automne. Chaque plant doit être muni d’un tuteur suffisamment long pour dé-
LALLEMANTIA
passer le sommet de l'inflorescence et pouvoir recevoir, lors de la maturation des fruits, une cloche destinée à les abriter contre les pluies et à les protéger contre les oiseaux, qui en sont très friands.
Les Laitues ont à redouter les atteintes d'insectes tels que les pucerons (Aphis Sonchi), qui s’attaquent aux racines et aussi de Champignons parasites. Il n’est d'autre moyen de combattre le puceron que de donner des arrosages fréquents dont les Laitues profitent. Le meunier ou blanc des luiltues (Peronospora gangliiformis Berk.) cause souvent de grands ravages dans les cultures forcées, en ce sens que les pieds qui en sont atteints se décomposent rapidement. Le seul moyen de combattre cette maladie est d'éviter de se servir de terreau dans lequel ont crû des Laitues malades. 0);
LALLEMANTIA. — Le Lallemantia iberica est le Dracocephalum aristatum, espèce de plantes de la famille des Labiées, originaire du Caucase et de la Tauride, qui a été recommandée comme plante oléifère. La teneur des graines en huile n’est pas beaucoup au-dessous de celle des graines de Lin (Annales agron., XIII, p. 191). Cette huile est siccative : sa densité, entre 20 et 21 degrés, est de 0,9336 ; on l’emploie surtout comme huile à brûler.
LAMBRUSCHINI (biographie). — Raphaël Lambruschini, né à Gênes en 1788, mort en 1875, agronome italien, a été Le principal initiateur du progrès de la mécanique agricole en Italie au dix-neuvième siècle. Ses principaux travaux ont porté sur les meilleures formes à donner aux versoirs des charrues. Hi 05
LAMBERTYE (biographie). — Le comte Léonce de Lambertye, né à Chaltrait (Marne) en 1809, mort en 1877, a été un propagateur infatigable des progrès agricoles et horticoles dans la région du nord-est de la France, tant par ses exemples que par ses écrits. Il a laissé un grand nombre de travaux sur les diverses branches de l’horticulture potagère et florale, notamment : Eléments de jardinage (1873), Conseils sur La cullure des légumes et des fleurs (1872). HS
LAMA (zootechnie). — Le Lama ou Llama est une des espèces du groupe des Camélidés, que certains naturalistes en ont séparées pour en faire le genre Auchenia. Ce groupe comprend les Alpacas, les Guanacos et les Vigognes, qui habitent comme les Lamas les Cordillères.
Le Lama (Camelus lama ou Auchenia lama) est dans l'Amérique méridionale un animal domestique depuis un temps immémorial. Avant la conquête espagnole, 1] y était plus commun et plus employé que maintenant, les chevaux introduits par les conquistadores l'ayant sur beaucoup de points remplacé dans ses fonctions. Il se trouve principalement dans la Cordillère du Pérou, sur les régions les plus froides, entre 4000 et 5000 mètres audessus du niveau de la mer. On ne le rencontre guère au-dessous de 2000 mètres d'altitude.
Les Lamas diffèrent des Chameaux proprement dits par leur taille beaucoup moins élevée, par l'absence de bosse et par leur pelage. Au garrot, ils ne mesurent pas plus de 1,20. Leur poil est long, en mèches tombantes et de couleur très variable ; tantôt 1l est blanc, tantôt noir ou d’un brun rougeûtre, ou tacheté de blanc et de brun ou de rouge plus ou moins jaunâtre. Cette dernière teinte est aussi parfois celle du pelage tout entier.
IS sont principalement utilisés comme bêtes de somme, et, à ce titre, leur concours est précieux dans les sentiers escarpés, car ils ont le pied absolument sûr. Mais, en outre, les habitants de la Cordillère mangent leur chair, qui, paraît-il, est appétissante quand ils sont jeunes. Leur poil sert aussi pour la confection de certaines étoffes.
Il a été question, dans un temps, d'introduire des Lamas en France et de les y acclimater. Des