LA SALLE DE L'ÉTANG
d’une brebis n'atteint pas au-dessous de 28 à 30 francs. On l’a vu aller jusqu’à 48 francs, dont 37 fr. 40 pour le fromage, 5 fr. 40 pour la laine et 5 fr. 20 pour l'agneau. Si l’on réformait, chaque année, un cinquième de l'effectif, au lieu d'un huitième ou d’un neuvième seulement, on produirait tout autant de fromage, certainement plus et de meilleure laine, et environ le double de viande d’une plus grande valeur. Les brebis pèsent de 35 à 40 kilogrammes à l’âge adulte. Les réformées comme laitières ne se vendraient pas beaucoup moins de 1 france le kilogramme vif, au lieu de 50 à 60 centimes. C’est, à vrai dire, le seul défaut qu'on puisse signaler dans le mode actuel d'exploitation de la variété du Larzac, mais il a son importance.
Le grand changement qui s’est manifesté, à partir du commencement de ce siècle, dans la faculté de lactation des brebis, a été surtout attribué à l’introduction et àla généralisation de la culture du Sainfoin. L'influence de cette culture n’est point douteuse. Auparavant, les bêtes n'avaient pour se nourrir que le pâturage assez médiocre des causses ; elles faisaient maigre chère, principalement durant la mauvaise saison.
Mais les plus grands progrès réalisés sont dus, sans condredit, à l'institution, qui date de 1855, d’un concours annuel établi à la Cavalerie (Aveyron), au centre du Larzac. Le programme de ce concours, délibéré par le comice de cette localité, sous le patronage de la Société centrale d’agriculture du département, a été conçu dans les idées les plus pratiques. Les exposants sont tenus de présenter au moins les deux tiers de leur troupeau et de produire l’état authentique de leurs livraisons de fromage aux caves de Roquefort. On ne juge donc pas d’après quelques sujets choisis, comme dans les autres concours, et sur de simples apparences. La première année, en 1855, il n’y fut amené que 1500 brebis; maintenant le nombre des sujets exposés dépasse le plus ordinairement 12000. On y a pu rapidement constater de grandes améliorations sous le triple rapport des formes, de la toison et de l'aptitude laitière, obtenues exclusivement par l'alimentation et par la sélection des reproducteurs, dans la variété même. Le comice a exclu avec une fermeté inébranlable toute tentative de croisement, et il a eu mille fois raison. Arno
LA SALLE DE L'ÉTANG (biographie). — Simon- Philibert de la Salle de l’Etang, né à Reims (Marne) en 1700, mort en 1765, agronome français, s’est principalement occupé de la propagation des prairies artificielles. On lui doit : Des prairies artificielles, ou moyen de perfectionner l'agriculture dans toutes les provinces de France (1756); Manuel d'agriculture (1764). H. S.
LAS CAZAS (biographie), — Gonzalve de las Cazas, agronome espagnol, vivait au Mexique au seizième siècle. On lui doit un Traité de La culture des vers à soie dans la Nouvelle-Grenade (1581).
LASIOCAMPE (entomologie). — Genre de Papillons nocturnes ou hétérocères, famille des Bombycidés, connus vulgairement sous le nom de Bombyx feuilles mortes. Les Lasiocampes sont de gros Papillons de nuit, au corps épais, aux ailes très souvent largement dentelées et se disposant, dans le repos, de telle sorte que l’insecte, posé sur une branche ou le long d’un tronc, ressemble à un amas de feuilles mortes. Cet aspect est d'autant mieux rendu que le ton général des ailes est d’un roussâtre varié de grisâtre, de brun, de roux et d'une pruinosité violâtre, concordant admirablement pour augmenter l'illusion.
Les naturalistes assignent pour caractères aux Lasiocampes, divisés en de nombreux sous-genres : ailes supérieures robustes et assez courtes, souvent dentelées, à douze nervures, sans cellule accessoire n1 côte marginale interne bifurquée;
LASIOCAMPE
ailes inférieures larges, arrondies, à deux côtes marginales internes, la postérieure rejoignant l’angle anal; antennes de longueur moyenne, pectinées dans les deux sexes. Les chenilles grandes et allongées, très poilues en dessus, portent sur leurs flancs des prolongements également poilus cachant les pattes; les premiers segments portent, en outre, deux colliers de couleurs tranchées, bleu ou jaune d’or (M. Girard). Les chrysalides sont renfermées dans des cocons soyeux, allongés.
Parmi les espèces qui intéressent l’agriculture,
aucune n’est plus nuisible que le Lasiocampe «es Sapins (Lasiocampa pini), répandu dans l'Europe moyenne et dans nos pays, notamment dans la Gironde, les Vosges, l'Auvergne et toute la France méridionale maritime. Le papillon, gris et brun, avec une lunule blanchâtre sur les ailes supérieures marquées d’une bande rougeûtre, est de grande taille, surtout la femelle. La chenille, brune et blanc grisâtre avec des bouquets de grands poils, est marquée sur les premiers segments de taches bleu velouté; elle fait son cocon le plus souvent dans les gercures de l'écorce du tronc des Pins et des Sapins. Cette chenille fait de grands dégâts dans les forêts et les plantations de Conifères; elle passe l'hiver sur la mousse, résistant aux plus grands froids, puis remonte, au mois d'avril, parmi les aiguilles des Pins et se chrysalide à la fin de mai. Le papillon éclôt vers le 15 juillet; il voltige le soir et passe la journée blotti le long des branches ou du tronc. D’après
Brehm, ce papillon pond vers la mi-juillet sur le
tronc des Sapins ou sur les aiguilles une centaine d'œufs, par groupes plus ou moins nombreux, d’un vert de Poireau, et devenant gris en août, au moment de l’éclosion.
On trouve des rapports sur les ravages dus à la voracité de ces chenilles, datés de 1776. Une seule communication récente faite par un employé des forêts montre en quelle masse prodigicuse ces Bombyciens peuvent exister ; dans la région de Mollbitz, près de Wurgen, on a recueilli, en 1869, un quintal et quarante-neuf livres d'œufs, soixantequatre boisseaux saxons de papillons femelles, et cent vingt-quatre boisseaux de chenilles, sans venir à bout d’atténuer le fléau (Brehm). On a signalé comine parasite de cet insecte nuisible de nombreux Ichneumons, notamment un Ophionide (Anomaloncircumflexum), des Chalcidiens parmi lesquels le Microgaster nemorum, des Proctotrupiens, ete.; en outre les chenilles sont encore souvent détruites par un Champignon parasite, Botrilis bassiana.On n’a guère de moyens pratiques d'arrêter les déprédations de cet insecte ;il a été fait l'essai d’enclaxes goudronnées empêchant les chenilles qui ont hiverné au pied des arbres de remonter le long des troncs ; la recherche directe des larves et des adultes est le seul remède à apporter.
D’autres Lasiocampes s'en prennent aux arbres fruitiers. Telle est l'espèce la plus abondante, la Feuille morte (Lasiocampa quercifolia), gros papillon roussâtre, à ailes dentelées marquées de roux, de brunâtre, de lignes en zigzag ferrugineuses, €t d’un glacis violâtre à leur extrémité ; on rencontre le papillon au mois de juillet, dans les jardins, appliqué contre le tronc des arbres fruitiers. La chenille très grande, grise ou brune, avec des colliers bleu foncé sur les premiers segments, vit sur
tous les arbres fruitiers; elle hiverne sur les bran-
ches où elle se laisse recouvrir par la neige; sa couleur et sa forme la font passer inaperçue sur la surface des branches dont elle ne semble qu'une rugosité. Souvent ces chenilles dépouillent les espaliers de leurs feuilles ; c’est surtout au mois de mai qu’elles exercent leurs déprédations ; vers la mi-juin elles filent leur cocon; le papillon éclôt en juillet. Les jardiniers devront rechercher les chenilles sur les branches, écraser les cocons et les
LASTEYRIE
adultes; 1l n’est pas d'autre moyen de détruire le Lasiocampe qui est rarement assez abondant pour causer de très grands dégâts. M. M.
LASTEYRIE (biographie). — Charles-Philibert, comte de Lasteyrie du Saillant, né à Brive (Haute- Loire) en 1759, mort en 1849, agronome et publiciste français, s’est fait connaître par de nombreux voyages agronomiques et par la part active qu'il prit à la création d’un grand nombre d'institutions utiles. Il fut membre de la Société nationale d'agriculture et du conseil de la Société d’encouragement pour l'industrie nationale. Parmi les nombreuses publications qu’on lui doit, il faut citer: Trailé sur les bêtes à laine d'Espagne (1799), Histoire de l'introduction des moutons à laine fine d'Espagne (1802), Du Cotonnier et de sa cullure (1808), Du Pastel et de l'Indigotier (1811), Collection de machines et d'instruments employés dans l’économie rurale (2 vol., 1820-21). Il donna des notes pour l'édition du Théâtre d'agriculture d’Olivier de Serres publiée par la Société d’agriculture, et il fut l'un des auteurs du complément du Cours d'agriculture de Rozier. H. S.
LATANIER (horticulture). — Le Latanier est un des plus beaux Palmiers que l’on puisse cultiver dans nos serres. Il est dioïque et ses fleurs mâles ont les étamines monadelphes. Ses fruits, qui sont réunis en un grand régime muni de bractées, sont verts à la maturité et ont la forme d’une olive. Ses feuilles sont grandes, palmées, d’un beau vert gai, luisantes ; elles sont portées Sur un pétiole vigoureux, élégamment infléchi, et munies d’aiguillons disposés sur deux lignes latérales.
Malheureusement ce Palmier exige la serre tempérée, ce qui fait qu’il supporte très mal l’air sec des appartements ; il y dépérit rapidement. Il s’en fait néanmoins un très grand commerce.
Les semis doivent être pratiqués en serre chaude sur couche de tannée, à raison d’une graine par godet. À la condition de maintenir le jeune plant constamment sur couche, et de lui donner quelques arrosages aux engrais liquides pendant la période de végétation, on obtient dès la seconde et la troisième année des plantes qui peuvent être livrées au commerce. Il n’est pas utile de donner de grands pots qui ont l'inconvénient de rendre la plante difficile à employer pour la garniture des appartements. La seule espèce cultivée dans l’ornementation est le Latanier de l’île Bourbon (Latania borbonica Lamk). Une autre espèce, moins rustique encore, mériterait d’être plus répandue dans la culture ; c'est le Latanier rouge (L. Commersoni), dont les pétioles et le dessous des feuilles sont d'un rouge vineux.
Le Latanier de Bourbon supporte très bien le
climat du nord de l'Afrique ; il est cultivé en pleine
terre au Jardin du Hamma, près d'Alger, et y acquiert de belles dimensions. J. D.
LATAPIE (biographie). — François Latapie, né à Bordeaux en 1739, mort en 1823, botaniste, fut professeur au Jardin des plantes de Bordeaux. Il collabora au Journal d'agriculture de Rozier, et publia une traduction du livre de Whately sur l’art de former les jardins modernes (1761) et un catalogue important du Jardin des plantes de Bordeaux (1784). He:
LATEX (botanique). — On appelle latex ou suc propre des végétaux, un liquide de composition très variable, élaboré dans certains éléments anatomiques qui le tiennent enfermé, ou bien dont il s'échappe pour aller s'’accumuler dans des réservoirs Spéciaux.
Au point de vue physique, le latex présente tous les caractères des émulsions, c’est-à-dire qu'il consiste en un liquide limpide tenant en suspension une infinité de corpuscules solides qui y nagent librement, et qui, suivant leur nature, leur nombre et leur volume, déterminent les propriétés de tout
LATICIFÈRE
l'ensemble. Quand les corpuseules sont peu abondants, le latex est à peine opalin et presque incolore, comme cela arrive dans les Fumeterres, les Pervenches et d’autres encore. Plus ordinairement, les globules solides sont assez ténus et abondants pour communiquer au latex un aspect laiteux, une consistance plus ou moins visqueuse. C’est ainsi que dans les Pavots, les Euphorbes, le Figuier, les Laitues, ete., le liquide est blanc et opaque. Dans la Chélidoine, on le voit coloré en jaune orangé, aussi bien que dans l’Artichaut, les Salsifis, etc. Quelquefois il est rouge de sang, comme cela arrive pour la Sanguinaire qui lui doit son nom.
Le liquide dont nous parlons peut aussi tenir en dissolution des substances très variées. Tantôt ce sont des principes azotés, capables de former des sels avec les acides, c’est-à-dire des alcaloïides végétaux; tantôt ce sont des composés volatils ou décomposables par la chaleur qui change leurs propriétés. D'autres fois ce sont les corpusecules solides qui renferment des hydrocarbures à propriétés très spéciales, des matières colorantes, etc. Il n’est pas jusqu’à l’amidon que l’on ne puisse observer dans le latex de plusieurs Euphorbiacées.
On a cru pendant longtemps que le latex, une fois formé, s’accumulait comme produit excrémentitiel, incapable d’être utilisé désormais par la plante. On sait aujourd’hui, grâce à des travaux dont l'analyse détaillée serait hors de toute proportion avec l'espace dont nous disposons, qu'il est loin d’en être toujours ainsi. Bien souvent le latex est repris dans ses réservoirs par les liquides voisins et sert, d'une façon plus ou moins active, à la nutrition générale, au même titre que d’autres substances de réserve. Il résulte de là que la quantité de ce suc que l’on peut observer dans tel ou tel organe, varie considérablement suivant une foule de circonstances diverses. Cette considération a une grande importance au point de vue technique, parce que bon nombre de latex fournissent des produits utilisés par l’industrie, les arts ou la thérapeutique. Il suffira sans doute de rappeler que l’opium est le latex desséché du Papaver somniferum, la gomme-gutte celui du (arcinia Hanburyi et de quelques autres espèces du même genre. Le caoutchouc s’extrait du suc propre du Castilloa elastica (Ulmacées), de certains Hevea (Euphorbiacées), et de quelques Figuiers asiatiques ou australiens. La gutta-percha a une origine semblable. Chacun sait que dans nos campagnes, on emploie le latex jaune de la Grande-Eclaire (Chelidonium majus L.) à la guérison des verrues, à cause de ses propriétés caustiques qui le rendent d’ailleurs fort dangereux.
C’est du latex du Papayer (Papaya Carica Gaertn.), arbre de l'Amérique tropicale, que s’extrait la papaïne, sorte de pepsine végétale, capable de digérer les substances albuminoïdes, à la façon de la pepsine sécrétée par l'estomac des animaux. DAAUE
LATICIFÈRE (botanique). — On donne ce nom, en anatomie végétale, à tout organe contenant du latex (voy. ce mot); ces organes sont très variables suivant les plantes considérées. Quelquefois ce sont de simples cellules disséminées dans les tissus, et qui ne diffèrent guère que par leur contenu des cellules environnantes. Ailleurs, les cellules laticifères s’allongent beaucoup, et leurs prolongements affectent la forme de tubes dont les dimensions ont pu tout d'abord tromper les observateurs, qui les ont pris pour de véritables vaisseaux (ex. : Laurier- Rose).
Bien plus souvent le latex est contenu dans des canaux particuliers, provenant de la transformation de cellules disposées par files et dont les parois de séparation se sont détruites à un moment donné. Ces canaux ont donc la même origine que les vaisseaux ordinaires, et cette origine justifie bien le nom de vaisseaux laticifères (ou plus brièvement
it. — 30