LAVAGE DES TOISONS
des moutons Mérinos la toison avant de la tondre, afin de la débarrasser de la plus grande partie des impuretés qui la souillent ordinairement, surtout à sa surface. Les toisons qui ont,subi l'opération sont dites lavées à dos, et cette opération est appelée lavage à dos. Elle est générale en Bourgogne et
en Champagne, par exemple, où 11 ne se met point -
en vente des toisons brutes, dites en suint, comme en Brie, en Beauce et en Soissonnais. A l'étranger, dans les grandes exploitations où sa pratique exige des dispositions coûteuses, 1l ne parait pas y avoir de la sorte des habitudes générales. Il convient d’en discuter les avantages et les inconvénients, et d'examiner si, en tout cas, elle ne pourrait point être remplacée par une autre préférable.
Chez nous, le lavage à dos s'effectue à l’eau courante. Il a bien été préconisé des appareils disposés pour le réaliser à la ferme avec plus de commodité, mais il n’est pas à notre connaissance qu'ils aient été adoptés. On a trouvé plus simple et moins dispendieux de profiter des cours d’eau naturels situés dans le voisinage plus ou moins immédiat de l’exploitation. Le troupeau est conduit sur leur bord, en un lieu jugé convenable par la forme de la rive, et enfermé dans un parc construit avec des claies. Des hommes se mettent à l’eau jusqu’à la ceinture environ, et d’autres leur amènent les moutons l’un après l’autre. Ils les trem-— pent durant le temps nécessaire, leur frottent ensuite la toison pour la nettoyer, puis les font nager un instant afin de la rincer, et enfin les sortent de l’eau pour les remettre aux hommes du dehors, qui les placent dans un second pare où ils se ressulent.
Tout cela est fort simple, comme on voit; mais pour peu que le moment n'ait pas été bien choisi sous le rapport des conditions météorologiques, ou qu'il survienne un changement brusque dans la température, ou un vent frais, l'opération n’est pas
sans danger pour la santé des bêtes. Le moindre :
inconvénient est une altération de la qualité de la laine. Les refroidissements brusques déterminent des pleurésies presque toujours mortelles. La dessiccation trop rapide de la toison rend la laine dure et plus ou moins cassante. Pour l’éviter, on rentre le plus tôt possible les moutons à la bergerie, après les avoir placés, dans le parc du bord de l’eau, à l'abri des courants d’air, et l’on ferme portes et fenêtres afin que l'élévation de la température fasse sécher la toison en provoquant une abondante production de suint.
Vraisemblablement c’est l'absence, à proximité, de cours d’eau convenables et, conséquemment, la nécessité de conduire les troupeaux de Mérinos trop loin, qui-se sont opposées à ce que la coutume du lavage à dos s’établisse dans les régions de la France où les toisons sont tondues en suint. Nous devons reproduire ici la description, pubhée par M. Kayser, un de nos anciens élèves de l’Institut agronomique en mission d’études en Hongrie, d’une installation artificielle pouvant y suppléer. Cette installation coûteuse n’a guère de chances d'être imitée chez nous, cependant, et nous pensons qu'il y a mieux à faire, d’ailleurs. Le lecteur ne sera peut-être pas fàché de la connaître, malgrés cela, ainsi que le procédé de lavage suivi.
On a construit en maçonnerie deux canaux de 21 mètres de longueur chacun, sur 2 mètres de largeur et 2 mètres de profondeur, avec un pavage sur le fond. Ces deux canaux sont parallèles et situés à distance suffisante pour pouvoir placer entre eux un certain nombre de cuves supportées par des traverses en bois, et assez grandes pour contenir quatre moutons à la fois. L'eau arrive dans les canaux au moyen d’une dérivation, soit d’une rivière, soit d’un étang. Celle dont les cuves sont remplies est chauffée par la vapeur d'une locomobile.