LAVAGE DES TOISONS
Lorsque le tout est ainsi disposé, les Moutons sont d’abord placés dans un pare mis en communication par un pont avec le premier canal. À mesure que chacun arrive à la tête de ce canal, deux hommes le saisissent, le débarrassent des saletés grossières qui peuvent être attachées à sa toison, puis le jettent dans l’eau, s’il n’y veut pas sauter spontanément. Une fois l'exemple donné, les autres l’imitent, comme on sait. Des hommes sont placés de chaque côté du canal, de 2 en 2 mètres de distance. Ils sont armés de béquilles pour faire plonger les animaux ou les soutenir, en cas de besoin, jusqu'à la sortie, qui présente une petite pente pour l'écoulement de l’eau. C’est la première trempe, après laquelle on les laisse reposer durant deux ou trois heures, soit sous un hangar, soit sur un pàturage. Ensuite ils subissent une deuxième trempe, et une demi-heure après celle-ci, la troisième.
En sortant du canal pour la troisième fois, les moutons sont de nouveau placés sous le hangar, et de là ils passent, à tour de rôle, dans les cuves contenant de l’eau chaude, où chacun est tenu par déux hommes ayant de l’eau jusqu’à mi-corps. On a ajouté à cette eau une décoction de Saponaire, ayant les propriétés du savon. Les hommes frottent avec les mains la tête, le cou, le dos, les côtes, le ventre et finalement les membres du mouton, en faisant le tour de la cuve, jusqu’à ce que le tout soit bien savonné.
Sur le côté opposé aux cuves, le second canal présente des bouches par lesquelles s’écoule de l’eau claire en jet. À chaque bouche se trouvent deux hommes, plongés eux aussi dans l’eau jusqu’à mi-corps. Ils reçoivent les moutons au sortir des cuves, et ils les font tourner sous le jet, pour rincer leur toison, puis ils les obligent à nager jusqu’à la sortie du canal, ce qui termine l'opération.
Cette opération, comme on vient de le voir, exige bien des frais d'installation et beaucoup de maind'œuvre. Elle impose aussi une grande fatigue aux animaux. On estime qu’elle cause une mortalité d'environ 1 pour 100. Des calculs de M. Kayser, exéeutés d’après les renseignements qui lui ont été fournis sur place, il résulte que les frais de lavage s'élèvent, au maximum, à 0 fr. 26 par tête, pour mille cinq cents têtes au moins. En rapprochant les prix de vente, en Hongrie, des toisons lavées à dos de la serte de ceux des toisons en suint, …l resterait, paraît-il, malgré cela, un réel avantage en faveur du lavage.
Nous ne sommes pas en mesure de contrôler les bases du calcul qui a conduit notre auteur à une telle appréciation. Pour les conditions qui se présentent chez nous, avec des frais évidemment beaucoup moindres, il serait encore difficile de faire une comparaison solidement établie sur des données précises, à cause des variations énormes qu’on observe dans le rendement des toisons en laine lavée à dos, par rapport aux toisons en suint, tandis que les proportions entre les prix restent à peu près invariables par unité de poids. Quoi qu’il en soit, nous nous sommes convaincus depuis longtemps, par des raisons autres, qu’il y aurait avantage réel à ne mettre en vente que des toisons lavées, au lieu de toisons brutes ou en suint.
Il va de soi que, quand il s’agit de discuter le prix avec l'acheteur, à part l'appréciation de la qualité, celui-ci fait tous ses efforts pour abaisser le rendement probable des toisons en laine lavée. Par métier, il est nécessairement plus habile que son vendeur à trouver des arguments en faveur du calcul qu'il a intérêt à faire prévaloir. Il est dans la nature des choses que son coup d'œil soit plus sûr que celui du vendeur. Celui-ci ne vend, chaque année, que les toisons qu’il produit ; l’autre achète toutes les toisons d’une région. Son expérience lui assure une supériorité incontestable. Il