LIE
Quel que soit le temps pendant lequel les lies se rassemblent au fond des vases vinaires, lorsqu'on les en retire, elles sont à l'état de boue plus ou moins épaisse et se trouvent mélangées à une quantité de vin importante, variahle de 60 à 80 pour 100. Traitées avec soin, elles donneront un vin d'une valeur encore appréciable qui, collé et filtré, pourra être noyé dans le vin de coule. Le vigneron, au lieu de vendre ces lies à vil prix à un industriel qui en retire quatre ou cinq fois la valeur du prix d'achat, recueillera avantageusement, par un travail très simple et peu dispendieux, d’une part, du vin, et, d'autre part, un résidu solide livrable comme matière première aux fabricants d’acide tartrique ou de crème de tartre.
Le travail des lies est des plus faciles ; il consiste en une suite de décantations et de filtrations.
Lorsque les lies sont maigres, peu volumineuses, on peut les passer immédiatement au fitre après les avoir séparées par soutirage du vin clair. On emploie dans ce cas des tissus spéciaux de coton pour éviter un encrassement trop rapide, la filtration marche moins vite que lorsqu'il s’agit de filtrer des vins.
Les lies grosses, épaisses, lorsque la quantité en est importante, sont traitées d’une autre façon.
On réunit toutes les lies provenant de plusieurs soutirages dans un ou plusieurs tonneaux bien nettoyés, méchés et placés dans un endroit frais, à l'abri de la chaleur. On maintient ces tonneaux pleins, ou l'on brûle une mèche chaque fois que l'on y verse une nouvelle quantité de lie.
On laisse reposer pendant un certain temps, huit à quinze jours, et l'on procède au soutirage du vin qui surnage le dépôt; on fait ainsi une première épuration. Pour enlever le vin clair et éviter de le troubler de nouveau, se présente une petite difiiculté que l’on peut vaincre de deux façons.
1° On emploiera un siphon en verre dont on introduira la plus courte branche par le trou de bonde en l’arrêtant un peu au-dessus du niveau des lies. On obtiendra ce résultat par tàätonnement, en amorçant le siphon et observant la limpidité du
liquide aspiré à travers la transparence du verre.
2° On percera le fond du tonneau de plusieurs trous situés à diverses hauteurs; pour décanter le vin clair, on enlèvera les broches qui ferment les ouvertures en commençant par le haut.
Cette épuration des lies se pratiquera plusieurs fois, et pour éviter un commencement d’altération ou de putréfaction des lies qui, alors, communiqueraient au vin un goût désagréable dit goût de lie, on laissera le moins possible le vin au contact du dépôt, et l’on mèchera chaque fois qu’il se produira un vide dans le tonneau.
Les lies, ainsi débarrassées de la plupart du vin auquel elles se trouvent mélangées, sont extraites du tonneau et laissées à égoutter sur des toiles de coton fixées horizontalement à des cadres ou châssis en bois. Mieux encore on emploie des sacs à presser les lies en coton à chaine double. Quelquefois, on lave le résidu pour extraire le vin qu’il peut contenir ; ou bien les lies humides, portées sous des presses, donneront du vin.
La presse à lie est facile à construire; la pression est donnée par un levier du deuxième genre. Celui-ci est constitué par un madrier en bois, long de 2 à 3 mètres ; l’une des extrémités est fixée, soit dans la muraille, soit entre deux montants verticaux ; l’autre porte un plateau que l’on charge de poids ; la matière à presser est placée entre les deux extrémités du levier ; le point d'appui est le plateau. Les sacs à lie destinés à être pressés, après égouttement, sont rangés très régulièrement dans un petit euvier situé au-dessous du levier et faisant office de maie de pressoir. Le cuvier rempli, on charge avec quelques planches et l’on abat le levier sur celles-ci.
Le plateau destiné à donner la pression est chargé