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HANOVRIEN

une contrée déterminée, sont très nombreux tous les quatre ans; dans certaines années et certaines localités, ces insectes sont en nombre effrayant. En 1835, dans le département de la Sarthe, on a ramassé 60000 décalitres ou 180 millions de Hannetons.

Les vers blancs ont pour ennemis les oiseaux diurnes et nocturnes, les Fouines, les Belettes et les Blaireaux. Pendant les labours les Corbeaux, les Grives et les Merles en détruisent souvent beaucoup. Les Poules et les Dindons sont aussi très friands de ces insectes; aussi est-ce avec raison que M. Giot a proposé de conduire un poulailler roulant sur les terres labourées au printemps et vers la fin de l'été. A à

HANOVRIEN (CHEVAL) (300otechnie). — Dans le commerce surtout, on appelle Hanovriens les chevaux qui se produisent dans l’ancien grand-duché d’Oldenbourg, sur la rive gauche du Weser. Ce sont généralement des carrossiers. Anciennement, le cheval Hanovrien était une des meilleures variétés de la race Germanique (voy. ce mot), renommé pour sa docilité et pour son dressage. Les palefreniers du Hanovre ont toujours eu une réputation juste ment méritée. Ils aiment les chevaux et les soignent par goût avec une grande sollicitude. La population chevaline de leur pays s’en ressentait nécessairement et s’en ressent encore.

Mais aujourd'hui cette population a complètement changé de caractères zoologiques, comme du reste la plupart de celles qui appartiennent à la même race, soit en Allemagne, soit ailleurs. Depuis la fin du premier quart de ce siècle elle a été croisée avec la variété Anglaise de course. Le haras royal de Celle a été peuplé d’étalons de cette variété importés d'Angleterre par les rois de Hanovre, et ces étalons d’abord, puis leurs descendants ou d’autres de même origine croisée, importés de Normandie, n’ont pas cessé de faire la monte dans le pays. Le cheval Hanovrien de l’Oldenbourg est done maintenant un métis des deux types naturels Germanique et Asiatique présentant soit les caractères zoologiques complets du premier, soit un mélange de ces caractères avec ceux de lAsiatique. Comme toutes les populations métisses, celleci est en variation désordonnée, donnant toujours prise à la reversion.

Nonobstant, le cheval Hanovrien réussi mérite d'être considéré comme un très beau cheval carrossier. Il réalise les formes du cheval Anglais, moins les effets de l'entrainement aux courses, avec plus d’ampleur et une souplesse de mouvements qu'il doit au dressage auquel il est soumis de bonne heure. En Hanovre, tous les travaux de culture et tous les charrois de la ferme sont exécutés par les poulains et les jeunes chevaux attelés par paires à des chariots légers et conduits par des hommes soigneux, dont il a été parlé plus haut. Les travaux de culture ne sont pas pénibles et les charges sont légères. Au chariot à vide les attelages sont toujours conduits au trot sur de belles routes, pour les exercer. On ne perd jamais de vue leur éducation ou leur gymnastique fonctionnelle (voy. ce mot), dont les pratiques exercent sur le développement des jeunes une influence qui n’est pas étrangère à la supériorité reconnue de la moyenne des chevaux Hanovriens.

Le commerce de ces chevaux, qui est fort étendu avec l'étranger et non pas seulement avec les autres parties de l'Allemagne, est en quelque sorte monopolisé depuis de longues années par un grand marchand de Hanovre, propriétaire lui-même et éleveur dans l’Oldenbourg. Ses agents parcourent sans cesse les campagnes pour acheter aux paysans

les chevaux arrivés à l’âge voulu, et la coutume,

est que ces chevaux, une fois achetés, ne soient livrés qu'après trois mois d'un engraissement à l'écurie. Cette coutume détestable est imposée par

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les exigences inintelligentes de la clientèle, qui ne consentirait point à trouver beau un cheval dont les formes ne seraient pas arrondies par la graisse sous-cutanée. Elle a pour conséquence d'exposer infailliblement ces jeunes chevaux, lorsque les nécessités du commerce les font changer de lieu et de régime, à payer leur tribut à la maladie qui en fait succomber une forte proportion, et qui à été quelquefois appelée maladie d’acclimatement. Le plus souvent c’est l'affection typhoïde, dont les formes les moins graves sont suivies d’une longue convalescence entrainant l'incapacité de travail. Parfois cela se borne à la gourme, qui, pour avoir moins d’inconvénients, ne laisse pas d’être préjudiciable.

Ce n’est ni aux éleveurs ni aux marchands hanovriens qu'il convient de faire un grief de cela. Ils en connaissent fort bien le défaut et ne demanderaient pas mieux que de s’en abstenir. L’ignorance des acheteurs est la seule coupable. La coutume en question disparaîtra donc dès que ces derniers seront plus éclairés sur les véritables conditions de la beauté chevaline. A. S.

HAQUET.—Voy. VÉHICULES et VOITURES.

HARAS (z0otechnie).—Dans le sens ancien du mot le haras est une réunion de juments ou cavales avec un ou plusieurs étalons, en vue de la reproduction de l'espèce. On en admettait de plusieurs sortes, d’après le genre d'existence de leur population. Il y avait le haras sauvage, le haras demi-sauvage et le haras domestique. Dans le haras sauvage, dont il n'existe plus, croyons-nous, aucun exemple en Europe, les chevaux vivaient en pleine liberté. Sur la grande étendue de pâturage qu’il comportait, les juments, conformément à la loi naturelle, étaient sous la conduite de l’étalon qui avait imposé son autorité et qui les fécondait jusqu’à ce que, devenu vieux ou ayant perdu sa prépondérance, il fût expulsé et remplacé par un autre. C’est une des manifestations de la sélection naturelle (voy. SÉLEC- TION). La principale caractéristique de cette sorte de haras, semblable d’ailleurs aux troupes de chevaux qui vivent encore librement dans les steppes de la Tartarie et qu’on nomme Tarpans, mais en différant par l'appropriation ou par l'existence d’un propriétaire, c’est l'absence de tout abri et de toute provision pour la mauvaise saison. Le haras demisauvage, au contraire, comporte l'abri temporaire et les provisions pour l'hiver. Il en existe quelques exemples plus ou moins complets en Russie et en Hongrie. Mais les haras domestiques les remplacent de plus en plus.

Dans ce dernier genre de haras, les étalons sont, durant toute l’année, logés dans des écuries spéciales, et les poulinières, logées aussi, ne vont, comme les poulains, au pâturage que durant un certain temps de l’année et durant certaines heures du jour. Ils sont tous constamment sous la direction immédiate d'un personnel spécial, qui règle toute leur conduite, et qui, notamment, préside à la monte, en choisissant l’étalon par lequel chacune des juments doit être saillie. Ici la sélection naturelle est remplacée par la sélection artificielle, zoologique ou zootechnique.

Les haras domestiques, ainsi définis, sont publics ou privés, c’est-à-dire qu’ils appartiennent à l'Etat ou à des particuliers. En France, depuis la Révolution, le nombre des haras privés s’est beaucoup restreint, en raison de la nouvelle constitution de la propriété. On peut même dire qu’il n’y en a plus aucun de grande importance. Le peu qui subsiste est à peu près exclusivement consacré à la production des chevaux de la variété Anglaise de course. Celle des autres s’est, comme le reste, démocratisée. Il en a été de même pour les haras publics. Sous l’ancienne monarchie on en comptait plusieurs, dont celui du Pin, en Normandie, était le plus célèbre. Aujourd’ hui il n’y en a plus qu’un seul établi

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à Pompadour, et qui n’est plus même désigné par l'ancien nom. Dans le langage actuel cela s'appelle une jumenterie. L'institution, qui avait disparu durant un certain temps, fut rétablie par la loi de 1874, en vue de produire des étalons de race Orientale pour le service de l'Etat.

Dans les pays de l’Europe centrale, en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Russie, les haras privés et publics sont au contraire nombreux. Ceux de Celle et de Trakehnen, en Prusse, ceux de Babolna, de Kisber et de Mezohegyes, en Autriche-Hongric, sont à juste titre célèbres. Ils comptent une nombreuse population de juments et d’étalons de diverses races, puisés aux meilleures sources. Ceux du roi de Wurttenberg, comprenant les établissements de Weil, de Scharnausen et de Kleinhoheneim, ont également une réputation méritée.

Chez nous, l'usage a fait prendre au mot haras un sens nouveau, en rapport avec l’état des choses, autrement dit avec l’état des institutions. Ce mot est employé maintenant pour désigner l’ensemble des établissements publics affectés à l'intervention de l'Etat dans l’industrie chevaline et administrés par un corps spécial de fonctionnaires, qualifiés d'officiers des haras. L'organisation hiérarchique de ce corps porte le nom d'administration des haras.

Les haras français, ainsi compris, ne comportent que des étalons mis à la disposition des particuliers pour la saillie de leurs poulinières, en qualité d’étalons nationaux, et moyennant une faible rémunération , variable selon les localités et les circonstances. Les étalons, au nombre de 2500 (fixé par la loi de 1874), sont répartis entre 22 dépôts établis à Angers, Annecy, Aurillac, Besançon, Blois, Cluny, Compiègne, Hennebont, Lamballe, Libourne, Montierender, Pau, Perpignan, Le Pin, Pompadour, La Roche-sur-Yon, Rodez, Rosières-aux-Salines, Saintes, Saint-Lô, Tarbes et Villeneuve-sur-Lot. A Pompadour, il y a en outre une jumenterie, comme on l’a déjà dit, et au Pin une école pour le recrutement des officiers. Chaque dépôt a sa circonscription, comportant un nombre variable de stations entre lesquelles les étalons du dépôt sont répartis à la saison ide la monte, d’après le nombre des juments à saillir. Pour toute la France ces stations sont au nombre de 350 environ. Les dépôts sont groupés en arrondissements d'inspection.

L'administration des haras est composée d’inspecteurs généraux, de directeurs, de sous-directeurs et de surveillants de dépôt, formant le corps d'officiers, puis de vétérinaires et de palefreniers, d'élèves palefreniers et de simples gagistes. Elle a à sa tête l’un des inspecteurs généraux qui porte le titre de directeur des haras et siège au ministère de l’agriculture. Ce directeur est assisté d’un conseil supérieur des haras, composé des inspecteurs, de sénateurs, de députés et de personnes réputées avoir des connaissances hippiques.

Les inspecteurs généraux ont la haute main sur les dépôts de leur arrondissement d'inspection. Dans leurs tournées, ils approuvent ou autorisent les étalons privés qui leur sont présentés (voy. ETA- LON). Les directeurs de dépôt administrent leur établissement, personnel et matériel. À la saison de la monte, ils répartissent, d’après leurs propres appréciations ou en tenant compte des demandes qui leur ont été faites, les étalons entre les stations de la circonscription du dépôt. Leurs instructions portent que « dans les tournées incessantes qu'ils doivent faire durant la saison de la monte, ils dirigent, par leurs conseils, les accouplements, les croisements et l'élevage, surveillent le service des étalons approuvés et étudient toutes les questions qui se rattachent à l'éducation des chevaux ». Eux aussi ont qualité pour approuver ou autoriser les étalons privés. Ils dirigent en outre les concours hippiques et distribuent les primes d’encouragement à l’industrie cheva'ine, aux poulinières sui-

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tées et aux pouliches, et ils disposent pour cela d'une somme totale qui s'élève à plus de 2 millions de francs.

Du reste, le pudget annuel de l'administration des haras oscille entre 7 millions et 9 millions de francs, sur lesquels 1 600 000 francs environ sont prélevés pour les traitements des fonctionnaires et employés, et les salaires des palefreniers et gagistes. L'entretien des étalons est évalué à 1200 francs par tête et par an. Le surplus est employé, pour la plus ferte part, en primes d'approbation et d’encouragement.

Les services de l'institution des étalons nationaux et surtout ceux de l’administration des haras ont été beaucoup discutés. L’utilité en a été souvent contestée, et cette administration a passé par de nombreuses péripéties depuis sa création, en 1806. Les étalons nationaux, eux, datent de 1665. Ils furent institués par Colbert. Supprimés en 1791 par l’Assemblée nationale, la Convention les rétablissait en l’an III, et ils n’ont pas cessé d'exister depuis. Quant à ce qui concerne l'administration, on demande la permission de reproduire ici, à son sujet, ce qui a été écrit dans le Traité de zootechnie (t. ILE, 3° édit., p. 280) :

« Les nombreuses vicissitudes subies par cette administration, les changements de direction qui lui ont été imposés tour à tour dans des sens opposés, indiquent clairement que ses services n’ont jamais été assez évidents pour la défendre contre les attaques dont elle n’a pas cessé d’être l’objet. En suivant son histoire depuis le commencement de ce siècle, on ne trouve en effet point, dans la nombreuse série de décrets, ordonnances, arrêtés et lois qui la régissent et qui datent de 1806, 1825, 1839, 1840, 1842, 1346, 1848, 1850, 1852, 1860 et 1874, la preuve du développement régulier d’un système dont les bienfaits non douteux n'auraient eu besoin que d’être étendus. À chaque instant, au contraire, on voit le passé radicalement condamné, une nouvelle direction imprimée à la marche de l'institution, pour être bientôt remplacée par une autre, condamnée à son tour un peu plus tard.

«Ge n’est assurément point le cas d’une institution dont l'utilité serait à l'abri du doute. Pour être si contestée, il faut bien qu’elle offre une large prise à la critique, en raison du principe même de son existence. Aussi cette existence a-t-elle été mise une fois de plus fortement en question en 1860. Une commission nombreuse, chargée de donner son avis, s'est également partagée entre l’opinion de son maintien et celierde sa suppression.

« Mais il est bon de faire remarquer, toutefois, que les partisans de la première opinion n’ont pas plus manqué que leurs devanciers de mettre en évidence les vices de l'institution existante et de proposer sa réorganisation sur de nouvelles bases. Une transaction intervint alors, et c’est sur cette transaction qu’elle a vécu jusqu’en 1874, date de la loi qui la régit maintenant. »

Cette histoire sommaire montre suffisamment que le vice essentiel de l'administration ne dépend pas des hommes qui composent le corps des offciers des haras. Sans doute, on peut contester leur valeur scientifique, s'élever contre leurs prétentions excessives, déplorer la morgue dont ils font preuve, en général, et surtout remarquer que l'esprit de leur corps, absolument fermé, est peu en harmonie avec nos institutions démocratiques. La qualité d’officier des haras équivaut à un titre de noblesse, qu’elle accompagne du reste le plus souvent. C'est une sorte de refuge réservé aux cadets et aux anciens gentilshommes sans fortune. Mais en fût-il autrement, l'administration des étalons nationaux fût-elle confiée, par exemple, au corps des vétérinaires, comme on l’a proposé, en supposant que leur compétence fût moins contestable, nous ne pensons pas que les choses changeraient pour cela,

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Les personnes seules auraient changé, et peut-être seulement aussi la forme des prétentions.

Il est évident, avons-nous dit dans l'ouvrage cité plus haut, qu’une organisation ainsi centralisée ne peut manquer de faire régner dans l’administration une doctrine dogmatique et exclusive, qui sera nécessairement celle adoptée par le directeur général. L'institution des étalons nationaux fût-elle admissible au point de vue de l’économie industrielle; füt-il acceptable, à notre époque, que l’industrie chevaline a plus besoin que les autres de recevoir de l'Etat ses moyens de production ; qu’elle est en réalité moins apte à se procurer des étalons d’espèce chevaline que des étalons d'espèce asine, ce qui n’est point, puisqu'elle se suffit parfaitement en ee qui concerne les chevaux de trait, dont la valeur moyenne est supérieure à celle des chevaux de cavalerie : tout cela füt-il des vérités au lieu d’être des erreurs évidentes, il sera non moins évident que la direction suivie dans le choix et la répartition des étalons nationaux n'aura pas d'autre guide que la volonté du directeur général de l’administration, et que les effets de cette volonté unique dépendront des lumières spéciales qui l’éclaireront.

Si, comme cela s’est vu durant longtemps, il est admis en haut lieu que le pur sang Anglais est la source nécessaire de toute amélioration, tous les dépôts et par conséquent toutes les stations en seront pourvus à des degrés divers. S'il est admis, au contraire, comme cela semble l'être à présent, que le sang Arabe doit avoir sa part, cette part lui sera faite. Mais, dans tous les cas, la décision aura le caractère absolu, et les éleveurs n’auront qu’à s’y soumettre, dans l'impossibilité où ils se trouveront de faire concurrence aux étalons de l’administration, en raison du bas prix que, systématiquement, celle-ci exige pour leurs saillies. On dira que le rôle de ladministration des haras est de s’effacer partout où l’industrie privée peut se suffire,qu’elle doit seulement intervenir en l’absence de celle-ci. A cela il serait facile de répondre par des faits montrant que toutes les fois que, dans l’une des circonscriptions importantes de ses dépôts, des éta- Jons privés tentent de s'établir, aussitôt elle abaisse le prix des saillies dans la station la plus voisine, afin de tuer l’industrie naissante. Dans un récent voyage en Bretagne, nous en avons encore constaté des exemples. Les étalons similaires de l’administration saillissaient les juments à raison de 4 francs, . et, dans certains cas, on offrait même des primes aux propriétaires de celles qui seraient présentées.

À tous égards donc, l'institution est condamnable, comme étant pour le moins inutile à l’intérêt public. Si le choix des étalons est approprié aux exigences d'une bonne production, il n’y a pas de raison valable pour justifier la dépense qu’imposent au budget de l'Etat leur entretien et leur administration, puisqu'il est démontré par les faits que cette production s’effectuerait sans eux. Si ce choix est au contraire défectueux, ce qui est le cas le plus général, s’il a pour conséquence de placer l'industrie dans laquelle ils fonctionnent dans un état d’infériorité notoire, par rapport à celles qui se suffisent toutes seules, à la dépense superflue qu’elle fait peser sur les contribuables, l'institution des haras ajoute l'obstacle qu’elle oppose à l'essor de l’industrie privée, seule capable, par la nature même des choses, d'assurer la production dans les meilleures conditions. Il n’y a, par conséquent, rien de mieux à faire que de la supprimer.

À cela on oppose que si l'Etat retirait son intervention, le pays serait incapable de produire, abandonné aux seules ressources de ses éleveurs, les chevaux nécessaires pour que son armée puisse garantir l'indépendance nationale; qu’il ne trouverait point, en cas de besoin, dans sa propre production, de quoi entretenir une cavalerie suffisamment nombreuse et puissante. Il s’est cependant

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manifesté en France, dans ces derniers temps, un fait qui peut montrer le peu de valeur de l’objection. Les services militaires n’ont pas moins besoin des chevaux qui trainent les pièces d'artillerie et les voitures des équipages que de ceux qui sont montés par les cavaliers. Dans les nouvelles conditions de la guerre, ils sont au contraire reconnus encore plus nécessaires. L'Etat n’en a pas moins presque complètement renoncé à s'occuper de leur production. Dans ses dépôts, la proportion des étalons appartenant aux variétés dites de trait est très minime. De tout temps l’administration des haras a abandonné à elle-même celle des mulets, quand elle n’a pas fait tous ses efforts pour la restreindre, et même pour la supprimer. Malgré la guerre qui lui était ainsi déclarée, celle-ci n’a pas cessé de croître en prospérité dans les centres où elle existait depuis longtemps, et de s'étendre à des centres nouveaux. La production des chevaux de trait, de son côté, n'a jamais été plus active et plus prospère que depuis le moment où les haras ont cessé de s’occuper de son amélioration. Leurs prix sont en hausse constante. La production suffit à peine aux demandes intérieures et extérieures. Pour les chevaux de cavalerie, au contraire, qui sont l’objet de toute la sollicitude de l'administration, pour lesquels les allocations budgétaires ont été augmentées en vue de fournir aux producteurs plus de moyens de production, les ressources deviennent de plus en plus insuffisantes, en quantité comme en qualité, surtout en qualité. Partout on a attribué cette insuffisance à celle du nombre des étalons administratifs, sans s’apercevoir que la production chevaline est prospère seulement dans les régions du pays où il n’existe point de ces étalons, où l’industrie privée seule se charge d’en fournir.

Il est facile de répondre, en outre, à l'argument qui consiste à prétendre que cette industrie ne pourrait point faire les sacrifices que l'Etat s’impose pour mettre à la disposition des éleveurs des étalons de grand prix. D'abord on doit faire remarquer que le nombre de ces étalons, dans les établissements de l'Etat, a toujours été très petit, et que l'influence indirecte qui leur est attribuée se rattache à une doctrine qui ne supporte point l’examen (voy. SANG). Du reste, les rapports annuels de l'administration montrent qu’elle éprouve des difficultés de plus en plus grandes à se les procurer, la sorte s’en altérant sans cesse sous l'influence de la direction imprimée aux courses de vitesse. Il faut donc laisser de côté ces quelques rares sujets que l'administration acquiert de temps en temps avec plus ou moins d’utilité, même au point de vue du rôle qu’elle s’attribue, et ne tenir compte que du prix moyen de ceux qu’elle possède, et qu’elle met à la disposition des éleveurs en général. Ainsi réduite à ses termes vrais, la question se trouve aussitôt résolue par l'exemple que nous offre l’industrie mulassière du Poitou livrée à ses propres forces.

On sait les hauts prix qu'atteignent les baudets employés dans cette industrie, et quel capital est engagé dans les établissements qui les entretiennent pour la saillie des juments. Les propriétaires de ces établissements se plaignent de la concurrence acharnée qui existe entre eux pour se procurer les plus beaux, et de ce que le prix des saillies ne peut hausser à cause de l’augmentation du nombre des étalons. Qu'est-ce que cela signifie, sinon que l'industrie est bonne, et que ces propriétaires ne reculent point devant la nécessité d’y engager leurs capitaux”? Est-ce qu’il y aurait vraiment des raisons pour que, dans les mêmes conditions économiques, il n’en füt point de même au sujet des chevaux étalons, dont le prix moyen n’est certainement pas plus élevé que celui des baudets? En est-il autrement, d’ailleurs, pour ce qui concerne maintenant en France les étalons de trait ? Est-ce que les races auxquelles ils appartiennent périclitent? IL serait

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bien à désirer que celles qui fournissent les chevaux de selle pour les services militaires ne leur fussent pas inférieures. Personne n’osera soutenir qu’elles leur soient égales. S'il se trouvait quelqu'un pour l’affirmer, on pourrait se borner à lui opposer les termes du rapport sur lequel a été votée la dernière loi sur le sujet, et l’auteur de ce rapport ne sera certainement pas accusé de partialité.

Ce n’est pas assez de dire que l'institution des haras administratifs est inutile dans les diverses parties du pays où la production des chevaux dont elle s'occupe, étant bien à sa place, se suffirait parfaitement; partout ailleurs, et là aussi, elle est nuisible, en poussant à un genre de production qui ne peut pas donner de bons résultats et en énervant les initiatives individuelles qu'il faudrait au contraire stimuler.

La suppression de cette institution rendrait disponibles les huit à neuf millions de francs qu’elle coûte annuellement, comme on l’a vu. Une telle somme, autrement dépensée, pourrait avoir sur la production chevaline de la France une influence bien plus grande et qui serait pour elle un véritable encouragement, le seul d’ailleurs qui, en matière d'industrie, soit d’une efficacité incontestable.

L'Etat est consommateur de chevaux pour larmée, et c’est pour cela, dit-on, que l'intervention de son administration des haras dans la production est nécessaire. En admettant qu'il fasse ainsi produire ces chevaux, nul n’entreprendra de soutenir qu’au prix qu'il offre pour les acheter, et qu’il faut bien accepter puisqu'il n'y a pas pour eux d'autre débouché, l’industrie de leur production soit lucrative et même seulement rémunératrice. Le fait est tellement notoire qu’il serait tout à fait superflu d'entreprendre de l’établir par des calculs. Comme chevaux de trait, l'armée n’a que les rebuts du commerce ; comme chevaux de selle, on s’est vu obligé d’abaisser de plus en plus l’âge de l'achat pour diminuer les ‘frais des producteurs, sauf à accroître ainsi inévitablement le prix de revient des sujets aptes au service. À cela il y a une solution, proposée par nous depuis longtemps, et dont il nous sera permis de reproduire ici les termes.

Que l'Etat, après avoir réglé ses achats de manière qu'ils soient d’une quantité constante chaque année, se place pour les prix qu'il offre dans les conditions ordinaires du commerce, et que d’ailleurs il se désintéresse complètement de ce qui concerne la production chevaline, on peut lui garantir que celle-ci sera en mesure alors de lui livrer, selon les qualités désirées, tous les chevaux dont il pourra avoir besoin. Notre pays est à ranger parmi les plus favorisés, sous le rapport des conditions naturelles de production. Il n’est point de sorte de chevaux que nous ne puissions produire en abondance, pourvu que leur débouché soit lucratif. Mais quand on veut qu'une marchandise se présente sur le marché, il faut la payer son prix. Pour assurer les remontes militaires, il y a conséquemment nécessité d'élever les tarifs des prix d'achat. Voilà plus de soixante ans qu'en France tous les hommes compétents ne cessent de le répéter. La somme portée au budget des haras étant supprimée et passant au budget du ministère de la guerre, chapitre de l’achat des chevaux, elle permettra d'élever de 400 francs par tête le prix moyen de 20000 chevaux achetés chaque année.

Dans ces conditions, il n’y a pas à en douter, les producteurs de chevaux de selle feront comme font actuellement ceux qui élèvent des chevaux de trait : ils se passeront sans peine de l’administration des haras, et ils livreront à l'Etat tous ceux qu'il leur demandera, quelque difficile qu’il se montre sur la qualité. C’est tellement évident qu'y insister serait presque injurieux pour le lecteur.

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