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HERBAGES

Cette embauche, entourée en partie par un mur en pierre sèche de 1",30 de hauteur et en partie par un fossé de 1,50 de largeur sur 1 mètre de profondeur, est un peu humide; elle est plantée en Peupliers et engraisse trois bœufs de 700 à 750 kilogrammes de poids vif sur 2 hectares. Elle se loue 200 francs par hectare.

Une embauche de création ancienne, d’une contenance de 15 hectares et engraissant vingt et un bœufs, différait de la précédente par une moins grande proportion de Légumineuses et par une variété plus grande de Graminées. Outre les précédentes plantes de cette dernière famille, on y trouve, en effet, la Fléole des prés, le Dactyle pelotonné et, accidentellement, l'Ürge des seigles (Hordeum secalinum). Les plantes diverses ne sont représentées que par la Renoncule äcre et le Chardon des champs.

Dans un troisième enclos, le Vulpin des prés dominait avec le Ray-grass d'Italie. La Fétuque des prés et l’Agrostide vulgaire étaient abondantes. Le Lychnis fleur de coucou (Lychnis flos cuculi), la Mauve musquée (Malva moschata) et quelques Carex, étaient les seules plantes étrangères aux deux familles des Légumineuses et des Graminées.

Les herbages du Nivernais ont une grande analogie avec ceux du Charolais; là encore les enclos sont relativement très vastes, les clôtures sont plus communément en Épine blanche et on évite le dégarnissage du pied, si fréquent avec cette essence, au moyen d’une opération qu'on appelle le plessage (très probablement par altération du mot palissage). Pour exécuter ce travail, on laisse, tous les mètres environ, une tige de belle venue qu’on étête à 1,60 ou 1%,80 de hauteur et, entre ces pieux vivants, on enlace les autres tiges en les couchant à 45 degrés après les avoir incisées à leur base sur les deux tiers de leurépaisseur environ. Les tiges couchées émettent, sur toute leur étendue, et notamment à la base de la section, des rameaux qui garnissent la haie d’un réseau inextricable.

Dans le Cher les embauches de la vallée de Germigny sont peut-être un peu moins productives que celles du Charolais, mais elles donnent une herbe fine, serrée, d’une grande valeur nutritive. Les bons embaucheurs regardent 20 hectares comme la surface que les enclos ne doivent pas dépasser, si l’on veut que le fourrage soit bien utilisé. Une analyse botanique faite en 1886 sur l'herbe d’une embauche alternativement fauchée et pâturée, appartenant à M. Massé, l’éleveur si connu de la vallée de Germigny, nous a donné :

PROPORTION PROPORTION ESPÈCES DES ESPÈCES EN POIDS POUR 4100 POUR 100 Trefle ADianc rite. mener 4,00 5,76 Trefle dés prés es. MUR, 2 2,201 7,42 2, LUDUUNE Meter ME ere 1,22 3,46 Paturinmades prés entr. 21,10 92,76 ATOS IDE ST Ted ee 14,63 20,00 RAY TASSE SAR eee mc 47,95 14,80 Orge des Seigles........... nn ue Houlque laineuse........... ,8 5,176 te jauhatréns sers RCE 5,14 88,95 3,26 84,83 Crételle. eee Br Me Le 4,06 3,26 BTome:MOULR. Eee PTT NAS 9,11 1,34 Flouve odorante .......,.... 0,81 0,20 Fléole des prés.,.........., 0,20 0,767 4:

Centaurée....... Set 0,33 3 63 109 3.96 Céraiste commun........... 3,30f ‘” 153) t

Cet herbage peut engraisser deux bêtes sur 3 hectares.

On voit qu'ici ce sont les Graminées qui dominent et, parmi elles, le Paturin des prés et le Raygrass. Les Légumineuses ne forment que 11,91 pour 100 du poids du fourrage, mais le Trèfle blanc seul entre dans la masse totale pour 5,76 pour 100. Il y a lieu de remarquer que l'analyse ci-dessus qui re-

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présente exactement la composition botanique du foin récolté par M. Massé, ne donne qu’une idée imparfaite du fourrage consommé par les animaux ; en réalité, le Trèfle blanc joue un rôle bien plus important que celui qu'on serait tenté de lui attribuer d’après les données précédentes. C’est que, en effet, il repousse admirablement sous la dent du bétail, émettant constamment de nouvelles tiges aussi souvent qu'elles sont broutées ; de plus, quelque soin qu’on ait pris pour obtenir l'échantillon moyen, la faux a forcément laissé une proportion élevée des herbes basses que les animaux utilisent ; le Trèfle blanc principalement a dù échapper au faucheur.

Les herbagers de la vallée appliquent alternativement le fauchage et le pâturage. On embauche dès la fin de mars dans les meilleures parties du Charolais et du Nivernais. Dans les situations moins favorisées on est obligé d’attendre le mois d'avril. Ce n’est que successivement, au fur et à mesure de la pousse de l'herbe, que les animaux sont mis au pré.

Voici d’ailleurs, d’après M. Massé, comment on opère dans la vallée : Dans un enclos pouvant engraisser vingt bêtes, par exemple, on en met deux au 1% avril, deux ou trois autres quelques jours après et ainsi de suite, en se guidant sur les progrès de la végétation ; de telle sorte qu’au bout de trois semaines à un mois, le chargement est complet. En juillet, le déchargement commence, c'est-à-dire qu’on envoie à la boucherie les animaux gras, et, le plus souvent, cette diminution du nombre de têtes dans l’herbage est rendue nécessaire par le ralentissement qui se produit dans la pousse de l’herbe. On ne fait pas de remise dans le Cher; l'herbe qui reste en septembre est consommée par des bêtes à laine. Dans le Charolais au contraire, sur les fonds frais, riches en humus, sur l'emplacement d'anciens étangs principalement, la végétation est plus précoce au printemps, elle se maintient plus régulière pendant les grandes chaleurs, ce qui permet de faire une remise. Toujours alors on choisit des animaux en état, et on hâte leur engraissement (le moment où ils auront le poil mür) en mettant à leur disposition des baquets constamment pourvus de tourteaux concassés.

Groupe du plateau central. — Les montagnes à graisse ou montagnes grasses du plateau central, que l’on désigne dans la localité sous le nom de montagnes du bätier, correspondent aux puys volcaniques de cette partie de la France, au milieu des Sgranits, des gneiss et des micaschistes.

Parmi les six massifs volcaniques, celui du Cantal est le plus important. Les herbages cantaliens sont d’une grande beauté pendant la belle saison et les bœufs de Salers ou d’Aubrac y trouvent une abondante nourriture. Une quantité de petits filets d’eau maintient la fraicheur et provoque le développement d’une grande quantité de bonnes plantes parmi lesquelles Yvart à signalé comme étant prédominantes : le Trefle des prés, le Trèfle rampant, le Lotier corniculé, l'Agrostide stolonifere, la Houlque laineuse et la Fleole des prés.

Malheureusement l’âpreté du climat ne permet pas aux animaux de séjourner longtemps sur ces sommets, dont l'altitude atteint 1000 à 1200 mètres. Ce n’est guère qu'en juin que l'ascension commence, alors qu’en octobre il faut revenir dans les vallées ou sur les bas plateaux. Aussi, malgré la richesse et l'abondance de l’herbe, ne peut-on engraisser sur les meilleures montagnes qu’un bœuf de 600 kilogrammes par hectare.

Groupe de l’est. — Dans l’est, les herbages proprement dits sont peu abondants. En dehors des alluvions jurassiques de la Saône qui engraissent annuellement un grand nombre de bœufs, on ne trouve de véritables embauches que çà et là sur les affleurements du lias qui se'prolongent sans inter-

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ruption entre Nancy, Mirecourt et Fayl, et forment aux environs de Vesoul, de Villersexel, de Besançon, de Poligny et de Lons-le-Saulnier, des ilots plus ou moins étendus. Le sol de ces localités présente les mêmes caractères que ceux déjà observés dans le centre, et l'aptitude à produire de riches fourrages s’y montre également développée. Le climat seul vient amoindrir ces avantages et diminuer les produits qu'on peut retirer de la prairie. Les chaleurs estivales, l'abondance des taons rendent nécessaire la présence d’abris, de hangars, où les animaux trouvent, au moment le plus chaud de la journée, la tranquillité sans laquelle ils ne sauraient bénéficier des ressources alimentaires mises à leur disposition.

Nous avons trouvé dans une embauche de la Haute-Marne, près de Chaumont-la-Ville, sur le lias bleu, les plantes suivantes :

Vulpin des-préss,.41..5:01.1. )

e Fétuque des .prés.......,...4.

Paturipi des prés: 2 Si ete men \ Cretelle.

Fléole.

Houlque laineuse.

Flouve odorante.

Ray-grass.

Agrostide.

Orge des Seigles Canche gazonnante.

Légumineuses (Trèfle blanc............,......

65/100 SE TRIHormeE ere UE

Danton divorces Nero A a SNS de eat

Graminées 80/4109

Centaurée.

Création des herbages. — En ce qui concerne l'emplacement, les sols riches, profonds et frais, sont les seuls qui puissent convenir. Les terres argilo-calcaires, les marnes, sont les surfaces qui s’engazonnent le plus facilement et celles où les Légumineuses se développent en plus grande abondance.

La présence de l’élément calcaire est indispensable à la production d’une herbe bien composée. D'ailleurs l'analyse du sol des herbages nous renseigne complètement à ce sujet. Les marnes du lias engazonnées se montrent toutes bien pourvues en chaux, en acide phosphorique et en potasse, et c’est là une nécessité si l’on veut que les Légumineuses puissent végéter vigoureusement. Ces plantes en effet sont très exigeantes, comme le prouvent les analyses de M. Joulie dont le tableau suivant résume la moyenne. Dans 1000 kilogrammes de foin sec on trouve :

L el Fa

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CPS EMMENR ENLAE

< <« s LA =] . e kilogr. kilogr. kilogr. kilogr. kilogr.

Graminées........ AT TEA TS 1 A4 100012.3002190;7 Légumineuses .... 229,5 94,7 146,5 42,90 281,6 Moyenne générale. 171,6 74,2 96,6 27,60 936,1

Préparation chimique du sol. — Pour que les plantes trouvent ces différentes quantités de matières, il faut que le sol en contienne des doses beaucoup plus considérables, car les combinaisons dans lesquelles sont engagés ces corps ne les livrent que peu à peu. Se basant sur un grand nombre d'observations, M. Joulie a posé des chiffres pouvant servir de guide dans la préparation chimique du sol destiné à être mis en herbage.

Relativement à l'acide phosphorique, il pense que toute terre ne donnant pas à l’analyse au moins 90 grammes de cet élément par 100 kilogrammes, soit 2000 kilogrammes à l’hectare dans 20 centimètres d'épaisseur, a besoin de recevoir, avant le

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semis, des phosphates naturels en quantité vouluepour fournir au minimum 300 kilogrammes d’acide phosphorique par hectare; ces phosphates doivent. être répandus à la volée et enfouis par un labour, Sur les ferres donnant plus de 50 grammes d’acidephosphorique par 100 kilogrammes, il suffit defournir aux besoins immédiats des plantes, au moyen de 100 kilogrammes environ d'acide phos-phorique sousune forme assimilable. Les phosphates : précipités sont bien appropriés. Dans les sols do-sant au moins 100 grammes d'acide phosphorique,. toute addition est inutile.

Pour la chaux, M. Joulie donne 5 pour 100:

comme un minimum au-dessous duquel il faut absolument chauler. Il préconise des doses variant: de 2000 à 5000 kilogrammes suivant l’état du sol. Dans le Nivernais, on va beaucoup plus loin et les: chaulages sur les sols argilo-siliceux ont varié de 150 à 200 hectolitres par hectare. Il faut ajouter: que, dans ce cas, on ne considère pas la chaux. comme un engrais, mais comme un amendement.

Ce dernier rôle motive seul les doses indiquées: ci-dessus.

Peu de terres manquent de magnésie. Cependant, . là où l’analyse n’en décèlerait pas 200 à 300 grammes. par 100 kilogrammes, il conviendrait d'ajouter: 30 kilogrammes de cet élément (Joulie).

Au-dessous de 250 grammes de potasse par 100 ki-logrammes de terre, il sera nécessaire de fournir aux exigences du fourrage par des engrais spéciaux. 150 kilogrammes avant le semis et 100 kilogrammes : les années suivantes sont, dans ce cas, des minima. pour M. Joulie. Ce n’est qu'avec des terrains dosant. plus de 300 grammes par 100 kilogrammes de terre: qu’on peut s'abstenir de remettre de la potasse.

La prairie enrichit constamment le sol en matières ; azotées ; c’est ce qui résulte nettement des analyses faites sur les terres portant des herbes depuis un. temps variable. Il n’en est pas moins vrai que: l'expérience directe montre l'influence heureuse et économique des engrais azotés appliqués aux her-bages. C’est ainsi que, dans le résumé de leurs. nombreuses expériences, MM. Lawes et Gilbert: ont établi que les engrais minéraux seuls leur: donnaient un excédent annuel de 1746 kilogrammes : de foin sur la première coupe, tandis que le sup-plément s'élevait à 3727 kilogrammes quand on: ajoutait des sels ammoniacaux aux engrais miné-raux, et à 4507 kilogrammes quand l'azote était : fourni par le nitrate de soude. Ces expériences font ! voir également que l'effet des engrais azotés cesse : d’être économique quand on dépasse une certaine : dose variable avec le sol considéré. Il est donc: nécessaire de mettre à la disposition des plantes : une certaine quantité d'azote facilement assimilable, d’azote nitrique par exemple, et M. Joulie : a pensé qu'on pouvait fixer ainsi les doses à appli- quer : 300 kilogrammes de nitrate de soude à: l’hectare, en couverture sur le dernier labour, . sur les terres fortes pouvant s'opposer dans une * certaine mesure à l’entrainement de ce sel ; 100 ki-logrammes sur les terres légères.

MM. Lawes et Gilbert pensent que le résultat immédiat des nitrates est de favoriser l’accroissement du système radiculaire des jeunes plantes qui vont chercher l'azote nitrique dans les parties. profondes et qui s’assimilent en même temps une plus grande somme de principes minéraux. Ce:

développement des racines entraine un développement proportionnel des parties aériennes et assure : la résistance des plantes aux sécheresses estivales, . condition indispensable d’une végétation continue. .

Sauf dans les fonds exceptionnellement riches : en humus, comme l'emplacement d’anciens étangs : ou de vieux bois défrichés, nous pensons qu’on: devra toujours avoir recours au fumier de ferme pour la fertilisation partielle du sol. C’est qu'en: effet, seul, l’engrais de ferme est capable de com--

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muniquer à la terre les propriétés physiques qu’elle n’a pas ou qu’elle ne possède qu'à un dégré insuffisant ; c'est là une des causes de son efficacité ainsi que de la faveur dont il jouit, et ceci indépendamment, bien entendu, de la considération relative au prix de revient de la fumure.

Mais si nous regardons comme nécessaire l’application d’une certaine dose de fumier qui variera, suivant les circonstances, de 30 090 à 40000 kilogrammes par hectare, nous regardons comme non moins utile de compléter cette fumure, de l’approprier au sol et aux plantes à l’aide des engrais chimiques énumérés précédemment.

Le fumier fournira fréquemment assez d’azote et de potasse ; pour la plupart des sols, il sera insuffisamment riche en acide phosporique. De plus l'azote du fumier étant à un état tel que les plantes ne peuvent l'utiliser que dans un espace de temps snbordonné à l'intensité de la nitrification, l’addition du nitrate de soude est une opération nettement indiquée dont nous avons d’ailleurs expliqué les effets.

Il semble donc qu’on puisse résumer ainsi les apports à effectuer dans les sols devant être transformés en herbages :

1° Chaulage énergique de toutes les terres renfermant de l’humus acide, ou insuffisamment pourvues de l’élément calcaire;

2° Fumure au fumier de ferme destinée à assurer au terrain le bénéfice de l’action du ciment organique, l’humus, et à fournir peu à peu aux plantes l'azote, la potasse et l’acide phosphorique ;

3° Addition de phosphates minéraux dans les milieux pauvres en acide phosphorique ;

4 Emploi du nitrate de soude à faible dose pour activer l’engazonnement.

Préparation mécanique du sol.— L'examen de la composition des sols propres aux herbages nous a amené à passer en revue les moyens d'introduire les éléments qui peuvent se trouver en quantité insuffisante. Il faut, avant d'opérer ces incorporations de matières étrangères, obtenir au préalable un terrain doué de propriétés physiques convenables.

L’humidité surabondante, qui aurait pour conséquence la production d'herbes très développées, mais peu sapides et peu nutritives, doit être éloignée tout d’abord. Suivant les situations, on aura recours aux différents travaux capables d’assurer l’égouttement et l'assainissement des terres. Des raies d'écoulement, des fossés de circonvallation, des saignées transversales plus ou moins multipliées, le drainage peuvent être appliqués avec succès. On devra, dans le cas où l’on penseirriguer, prévoir les différents travaux nécessaires pour assurer le bon foaictionnement du système adopté. Enfin, il faudra nettoyer et ameublir le terrain.

Le plus souvent les labours sont suffisants pour produire les deux résultats. Dans les terres qui ne sont pas complètement envahies par des plantes adventices à longs rhizomes traçants, la préparation destinée aux récoltes sarclées qui, en général, précèdent la prairie, met le sol dans l’état voulu pour que la réussite des Graminées et des Légumineuses soit assurée. Ce n’est que dans les fonds humides, dans les marais assainis, après le défrichement des bois, qu’il faut se livrer quelquefois à un nettoiement spécial à la main.

En général, les choses se passent de la façon suivante : après la récolte d’une céréale, on donne un déchaumage, on porte le fumier qu’on enfouit par un labour profond; au printemps, on donne un labour moyen qui enfouit des engrais chimiques et, après un nombre variable de hersages ou de scarifiages, on sème des Betteraves. Les binages achèvent le nettoiement du sol et, après la récolte de la plante sarclée, on peut semer la prairie si le elimat comporte un semis d'automne ou attendre le printemps si on redoute les effets de l'hiver.

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Les graines de pré sont quelquefois semées seules, mais, le plus souvent, on leur associe une céréale; le Froment, l'Avoine, le Sarrasin peuvent avoir cette destination. ;

Il se présente ici une question qui a donné lieu à des discussions assez vives; c’est celle qui a trait à l'opportunité des semis et aux semences à employer. En présence de la faculté d’engazonnement des terres fraiches, certains cultivateurs nient la nécessité de l’ensemencement et pensent que le système qui consiste à aider simplement à la formation de l’herbage par l’apport de quelque engrais est le plus avantageux. Ils estiment qu'il suffit, les premières années, de faucher les plantes qui ont poussé naturellement, alors qu’elles Sont mûres, et de laisser séjourner l’herbe sur le sol, pour qu’on soit assuré de voir se multiplier la végétation herbacée.

Cette manière de faire est essentiellement vicieuse, elle produit bien rarement un bon herbage et jamais elle ne donne un résultat économique. C’est que, en effet, le proverbe anglais Q time is money » est absolument vrai en la circonstance où l’on opère sur des terres amenées à un haut degré de fertilité; on ne saurait obtenir avec ce système primitif la rapidité de l’engazonnement, indispensable pour que l'opération soit fructueuse. Remarquons de plus que, dans la majorité des cas, l'abondance des plantes indifférentes ou nuisibles nécessitera des travaux d'amélioration toujours coûteux et sans lesquels la prairie ne serait pas à proprement parler un herbage.

Nous pensons donc que toujours il faut semer, et nous regardons comme de remarquables exceptions les exemples qu’on pourrait nous citer et que nous avons observés d’ailleurs, de bons prés succédant naturellement à des luzernières.

Une des causes de l’aversion de certaines personnes pour le semis réside dans les conséquences d’un mauvais choix des semences. Ainsi, dans le centre, où l'on sème quelquefois 25 kilogrammes de Ray-grass d'Italie et de 5 à 6 kilogrammes de Trèfle blanc, par hectare, on peut observer les phénomènes suivants : l’année qui suit le semis , le Ray-grass est très développé et donne un produit véritablement énorme; la vigueur de la végétation se maintient avec quelques variations la deuxième et la troisième année; mais, à partir de cette période, les rendements décroissent rapidement jusqu’à la dixième ou douzième année, époque où la prairie est constituée. Avec ce système, il faut douze ans pour faire une embauche ; c’est le temps qui est nécessaire à la végétation spontanée pour remplacer peu à peu le Ray-grass d'Italie. De cette façon, on comprend qu'il vaille autant laisser à la nature le soin de peupler l’herbage; mais quand nous disons qu’on doit semer, nous supposons implicitement que les semences sont appropriées au sol, au climat et au but que l’on se propose d'obtenir. En satisfaisant à ces considérations, on évitera la diminution de productivité qui correspond à la période de transition pendant laquelle les plantes spontanées remplacent en partie les plantes semées. |

Le système d’engazonnement naturel étant rejeté, nous nous trouvons, avec le semis seul, en présence de diverses méthodes suivant qu’on a recours aux résidus de fenils, aux mélanges des grainetiers, ou aux espèces achetées séparément. Les trois moyens sont usités et nous n’hésitons pas à dire qu’un seul peut être sérieusement préconisé, les deux autres présentant de graves inconvénients.

C’est pour éviter l’échec qu’entraîne l'emploi de semences mal choisies que les cultivateurs ont pensé à prendre les graines des fenils où sont emmagasinés des foins bien composés et provenant de sols ayant de l’analogie avec celui qu'on veut enherber. Il semble d’ailleurs, au premier abord,

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que ce procédé soit rationnel et qu’il ne puisse donner de mauvais résultats. On ne doit avoir en effet que de bonnes plantes bien appropriées au milieu dans lequel on va les placer. Quand on examine plus à fond la question, on s'aperçoit qu’il est impossible de réaliser, dans l’herbage à créer, la réunion des plantes qui constituent le fourrage estimé de la prairie à laquelle on demande la semence. Le mélange complexe qu’on retire des greniers est loin, en effet, de renfermer les graines de-toutes les herbes qui entrent dans la composition du foin ; on n’y trouve, comme semences mûres, quand la récolte a été faite en temps voulu, que celles des plantes précoces. Remarquons ensuite que si quelques végétaux indifférents ou nuisibles ont une maturité hâtive, leurs semences se retrouveront dans le mélange et que, tandis qu’ils entraient pour une proportion insignifiante dans la masse totale du fourrage, ils pourront jouer un rôle considérable et désastreux dans le produit de la nouvelle prairie. Par conséquent, non seulement il manquera aux semis issus des résidus de fenils un grand nombre des plantes qui existaient dans le foin qu’on cherche à imiter, mais encore, le rapport qui s’était établi entre les différentes espèces sera entièrement détruit, et telle plante qui passait inaperçue deviendra prépondérante. Ces faits suffiraient à motiver le rejet d’une pratique qui n’a d’autre but que d'arriver à la reproduction d’un foin pris comme type, puisqu'il est démontré que cette reproduction est absolument illusoire; ce ne sont pas les seuls qu’on puisse relever. Les résidus de fenils soumis à la vérification expérimentale en ce qui concerne leur faculté germinative se montrent, à ce nouveau point de vue, d’une insuffisance notoire, et les variations observées sont tellement grandes qu'aucune base ne peut être établie. Il en résulte que les quantités employées comme semence doivent être toujours très élevées, mais qu’on ne saurait, sans essai préalable, être fixé sérieusement.

Les mélanges que les marchands grainetiers offrent et qu’ils composent d’après la désignation du terrain à ensemencer, ne nous conviennent pas davantage. Nous avons toujours trouvé à ces mélanges deux grands défauts : ils sont insuffisants comme quantité et ils coûtent trop cher étant donné le résultat; peut-être pourrions-nous ajouter qu’ils sont généralement mal composés. Nous ne voyons d’ailleurs à cela rien que de très naturel. Il est trop juste que celui qui a le soin de combiner les espèces se fasse payer en conséquence ; malheureusement, la nécessité d'offrir des mélanges à un prix qui paraisse peu élevé conduit fatalement, ou à l'insuffisance ou à l'introduction de plantes rustiques, produisant beaucoup de graines, mais peu appropriées aux herbages.

C’est l’exploitant qui doit établir les bases de l'association, c’est à la ferme que doit se faire le mélange des semences. Ce double travail ne présente pas d’ailleurs de sérieuses difficultés. La flore utile des herbages n’est pas si étendue qu’on ne puisse la connaître rapidement. L'examen des formules de composition d’embauches et de pàtures grasses que nous avons rapportées, suffit à nous renseigner. Nous trouvons dix-neuf Graminées et six Légumineuses. Nous laissons de côté les plantes diverses qui n’offrent pas d'intérêt dans la question des semis, car nous posons en principe que seules les Légumineuses et les Graminées doivent être semées. Il y aura toujours assez de plantes diverses et si nous avons à intervenir à leur égard, c’est pour arrêter leur extension qui prend des proportions exagérées.

Parmi les dix-neuf Graminées, huit sont sans importance, soit à cause de leur faible valeur comme plante fourragère, soit à cause de leur développement toujours très limité. Il ne faut jamais

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les faire entrer dans les mélanges où elles remplaceraient des espèces meilleures. Tels sont le Paturin annuel, la Cretelle, le Brome doux, la Flouve odorante, le Vulpin à vessie, le Brome à grappes, l'Avoine pubescente, la Caunche gazonnante.

Il nous reste donc onze espèces à étudier, savoir : le Paturin des prés, le Vulpin des prés, le Ray-grass anglais, le Ray-grass d'Italie, la Fétuque des prés, la Fléole des prés, le Dactyle pelotonné, l'Avoine jaunûtre, l'Agrostide traçante, la Houlque laineuse. Toutes sont intéressantes, mais à différents titres. Les urnes ne sont jamais trop multipliées, elles donnent un fourrage abondant, très estimé du bétail et elles repoussent vite après le pàturage; on doit les faire entrer dans le mélange à semer pour une proportion variable, suivant les situations. Les autres sont des herbes envahissantes, très inférieures aux précédentes, auxquelles elles tendent à se substituer quand certaines conditions de milieu se trouvent réunies, tandis qu’elles restent peu productives dans les circonstances ordinaires; il serait dangereux de semer ces Graminées. Nous sommes ainsi amené à repousser l’Agrostide traçante ou Fiorin, qui devient prépondérante chaque fois qu'elle rencontre un sol argileux, un peu humide, dans lequel elle étend ses stolons, qui se ra mifient et émettent constamment de nouvelles pousses. Il en résulte un gazon compact et un fourrage fin, qui ne pousse que très tard au printemps, mais qui continue à végéter jusqu'aux gelées. On voit par ces caractères que l’Agrostide conviendrait bien aux herbages si elle se maintenait dans une bonne proportion et si elle était associée à des plantes précoces. Mais nous en condamnons la propagation par le. semis, parce que nous n’avons pas rencontré de situations où elle fasse entièrement défaut et parce qu’il y a plus à en redouter l’envahissement que l'absence.

La Houlque laineuse domine dans les terres siliceuses et elle prend un grand développement, surtout lorsque le sol est riche en humus. C’est dans les tourbes qu’elle acquiert ses plus belles dimensions. Après quelques années de végétation, elle forme des touffes denses et élevées qui détruisent l’uniformité de la prairie. C’est une Graminée assez précoce, mais ses feuilles sont peu recherchées par le bétail. Sa place est marquée dans certains pâturages pauvres; on la tolère dans les herbages, mais on ne doit pas chercher à la multiplier.

Parmi les neuf espèces qui peuvent être semées, il en est qui ne sauraient engazonner le sol dans la véritable acception du mot. Ce sont : l’Avoine élevée ou Fromental, herbe haute, à pousses latérales peu étendues, convenant spécialement aux sols très calcaires ; le Dactyle pelotonné, qui résiste à la sécheresse et donne un grand produit, mais qui forme des touffes compactes, pouvant se détacher lorsque les animaux les broutent; la Fetuque des prés, excellente Graminée, très productive dans les sols frais, très rustique. Il sera nécessaire de faire entrer ces plantes, au plus, pour 5/100 dans le mélange.

De même on ne donnera qu’une place secondaire . à la Fléole qui est excessivement tardive et garnit mal le sol, au Ray-grass d'Italie qui est trop envahissant les premières années et disparait ensuite peu à peu, à l’Avoine jaunätre dont la semence coûte beaucoup trop cher. La proportion de 10 pour 100 est un maximum pour ces trois espèces.

On constituera le gazon de l’herbage par le Patu-

rin des prés, Graminée très traçante, qui s'empare

bien du terrain et donne de bonne heure des pousses fines que le bétail broute avec avidité; par le Vulpin des prés, herbe très productive et très précoce; par le Ray-grass anglais, si estimé en Allemagne qu'on se contente souvent de l’associer au Trèfla blanc pour faire des pâtures grasses,

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Quant aux six Légumineuses qui figurent dans les formules d'analyse, ce sont toutes de bonnes plantes, mais il serait imprudent de les accepter indifféremment.

Une d’elles se présente avec une telle supériorité qu'elle doit dominer toutes les autres; nous voulons parler du Trefle rampant ou triolet. Cette petite Légumineuse est la caractéristique des riches prairies, son abondance est un signe précieux pour les embaucheurs. Une proportion de 20 pour 100 est un minimum à introduire.

Le Trefle hybride vient en deuxième ligne.

Le Trefle des prés et la Lupuline disparaissent ‘trop vite pour qu’on puisse leur réserver une place importante, mais ils peuvent avantageusement accroître le produit pendant les premières années. «Une proportion de 5 pour 100 est à conseiller.

Le Trefle filiforme se multiplie suffisamment dans les situations qui lui conviennent; le Lotier a une graine dont le prix est beaucoup trop élevé.

Il reste bien entendu que ces chiffres ne sont que des indications, dont on devra se rapprocher, sans s’astreindre à les suivre servilement.

Les bases de l'association des espèces étant ainsi -établies, on arrivera à constituer le mélange en -opérant comme il est indiqué dans le tableau -suivant :

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mencer de grandes surfaces; on éviterait ainsi des pertes très regrettables.

I résulte de plus de ce que nous venons de dire, que les nombres de la colonne n°3 du tableau sont des minima, et qu’il y aura intérêt à les dépasser.

Les graines à semer étant rigoureusement pesées, on devra en opérer le classement. Il est essentiel, en effet, pour la régularité des semis, qu’on ne mette ensemble que des semences présentant une certaine analogie quant à leur grosseur et à leur densité. C’est ainsi qu’on est conduit à faire trois groupes dans lesquels les neuf Graminées et les six Légumineuses seront réparties de la façon suivante :

Ray-grass anglais.

— d'Italie.

Dactyle pelotonné.

Avoine élevée.

Fétuque des prés.

Vulpin des prés.

2e GROUPE Paturin des prés.

Semences petites, très légères. Avoine jaunâtre. F Fléole des prés.

Trèfle blanc.

4 GROUPE Semences grosses.

3° GROUPE EN Ne Semences petites, lourdes. Minette Ha

Trèfle filiforme.

Lotier corniculé. :

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