‹ Dictionnaire d'agricultureChapitre 149 sur 270 · MÉLANGE POUR SOL ARGILO-CALCAIRE FRAIS · texte numérisé non relu

MÉLANGE POUR SOL ARGILO-CALCAIRE FRAIS

QUANTITÉ À SEMER QUANTITÉ ESPÈCES PROPORTION PAR HECTARE A INTRODUIRE PRIX DU PRIX POUR 100 QUAND ON SÈME DANS KILOGRAMME - TOTAL LA PLANTE SEULE LE MÉLANGE (1) (2) ep) (4 (5) (6) kilogrammes kilogrammes francs francs Paturin des prés... 20 5,000 00,00 00,00 Vulpin des prés.... 10 25 2,500 » »

Ray-grass anglais... 10 50 5,000 » »

tGraminées..... Fléole des prés..... 5 10 0,500 » » Ray-grass d'Italie. 5 50 2,500 » »

Fétuque des prés... 9 50 2,500 » »

Dactyle pelotonné.. o 40 2,000 » »

Trèfle blanc...” ..... 25 45 3,190 » »

‘Légumineuses.. — hybride ..... 10 15 4,500 » » — des prés... o 20 1,000 » »

L'examen des deux colonnes (5) et (6) présentera sun intérêt sur lequel il est inutile d’insister. Il sera toujours bon d’ajouter, en supplément -des quantités relatées ci-dessus, un peu de Minette. La quantité de semences à mettre par hectare, “quand on considère chaque plante isolément, est -assez difficile à indiquer d’une manière précise. Les chiffres que nous avons rapportés sont ceux “qui correspondent à des produits de bonne qualité. Malheureusement, les moyennes n’ont qu’une vadeur tout à fait relative, étant donné l’état du commerce des semences des graines fourragères. Ainsi de docteur F. G. Stebler, directeur de la station fédérale dé contrôle des semences à Zurich, pose en principe que, dans une bonne marchandise, on doit trouver, pour le Paturin des prés, 95 pour 100 de semences pures, dont 50 pour 400 pouvant germer ; dans ces conditions, il faut 20 kilogrammes pour -ensemencer 1 hectare. Or ces coefficients sont ra- ‘rement atteints par les échantillons du commerce, -qui viennent en grande partie de l'Amérique du -Nord ; ils se présentent avec une pureté moyenne -de 84,1 pour 100 et une faculté germinative de 48 pour 100. Le Vulpin des prés, qui devrait avoir un «degré de pureté de 90 pour 100 avec une faculté -germinative d'au moins 30 pour 100, descend sou- -vent à 78 pour 100 pour le premier coefficient et à

49 pour 100 pour le second. On comprend alors que |

Ja quantité de 25 kilogrammes, suffisante dans le ‘premier cas, est beaucoup trop faible dans le second. [l serait donc très utile qu’on fit déterminer le coefficient de pureté et la valeur germinative des semences que l’on emploie; tout au moins devraiton se livrer à des essais préalables avant d’'ense-

Chacun de ces mélanges sera rendu aussi homogène que possible par un brassage à la pelle ou à la fourche et on sèmera séparément. On commence par répandre le premier groupe et on opère l’enfouissement par un hersage. Ces semences relativement grosses ont besoin d’être recouvertes de 6 à 10 millimètres de terre pour bien germer; l’Avoine élevée se place au premier rang à ce point de vue. Les graines légères et fines du deuxième groupe ne doivent être que très peu recouvertes ; on les répand sur le hersage qui a enfoui le premier mélange et on fait passer une herse très légère, une herse à mailles ou même un fagot d’épines. On répand alors les graines fines et lourdes qu’un simple roulage fait suffisamment adhérer à la terre pour que la germination en soit assurée.

On sème les herbes tantôt seules, tantôt dans une céréale qui doit les abriter dans leur jeune âge. Cet abri n’est nécessaire que sous les climats rudes ou dans les sols qui se dessèchent rapidement au printemps. Le véritable but qu'on se propose en associant au pré une plante étrangère est souvent de pouvoir retirer dès la première année un produit rémunérateur du sol à transformer. Il est indispensable, dans cet ordre d'idées, de ne pas oublier que la réussite de l’herbage doit être la préoccupation dominante et que la plante associée n’est qu'un accessoire dont la présence sera tolérée à la seule condition de ne pas gêner les jeunes Graminées èt Légumineuses. Il s'ensuit que le semis des petites graines dans un Froment d'automne devant être récolté à maturité, ne peut être conseillé. Dès le mois de juin le Froment, au lieu de

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protéger l'herbe, en entraverait l'accroissement, et le produit qu’on retirerait de la céréale serait compensé et au delà par le retard dans l’engazonnement qui serait la conséquence de cette méthode. Au contraire, nous avons vu obtenir de très beaux résultats en associant à’ l'herbe un Escourgeon ou une Avoine d'hiver qu’on coupait en vert au moment de la formation des épis. Le sol était ainsi laissé libre au moment où le jeune fourrage pouvait s’en emparer. Cette méthode nous semble rationnelle et la masse de matière verte qu'on récolte de cette manière est toujours très élevée.

Nous avons supposé jusqu'ici que les semis se faisaient à l'automne; nous pensons que cette époque doit être préférée pour les sols sains dans les pays à hivers peu rigoureux. Mais, quand on redoute, ou la stagnation des eaux pendant la saison froide, ou l'influence des gelées intenses, il est nécessaire d'attendre le printemps. On fait le semis sur sol nu quand on jouit d’une atmosphère brumeuse, comme c’est le cas pour les localités de notre littoral; ailleurs, dans le centre par exemple, on ombrage par une Orge ou par une Avoine de printemps qu’on enlève au moment de l’épiage.

Clôture des herbages. — La clôture du terrain destiné à fournir un herbage préoccupe à juste titre les engraisseurs. Nous avons vu que, suivant les pays, on rencontrait des haies vives ou sèches, de simples palissades en bois, des fils de fer soutenus par des poteaux, des murs à sec, des fossés. Nous renvoyons aux mots spéciaux pour ce qui a trait à l'établissement, aux prix de revient, à la durée de chacune de ces clôtures et nous nous contenterons de faire remarquer ici que les herbages ne doivent pas être indifféremment entourés par les uns ou les autres de ces obstacles.

Les fossés ne conviennent que sous les climats doux et brumeux, là où les vents violents ne sont pas à craindre. Il est indispensable que les animaux à l’engrais soient dans un calme aussi complet que possible, qu’ils jouissent d’une quiétude profonde. On doit donc obtenir cette tranquillité si favorable à l’engraissement par des moyens artificiels, quand elle n’est pas la conséquence des circonstances climatériques. Les haies hautes et touffues sont indiquées dans ce cas comme seules capables de combattre les effets d’un climat peu propice et d’obvier aux inconvénients qui résulteraient de la présence, même à une certaine distance, d'animaux excitables et turbulents. Elles arrêtent les vents secs et froids, maintiennent dans les enclos une température relativement peu variable et évitent ainsi le desséchement du terrain: enfin, elles isolent d’une manière parfaite le bétail confiné dans l’herbage. Les haies bien fournies ont donc des conséquences heureuses au double point de vue de l’herbe et des animaux; dans les parties peu abritées du Centre et de l'Est, les fils de fer, les palissades ne sauraient les remplacer.

Plantations et abris. — En Normandie, cette terre du Pommier, les herbages ne semblent pas souffrir des nombreuses plantations aui les occupent, l'herbe pousse partout, régulière et serrée, sous les arbres comme dans leur voisinage.

Nous retrouvons de longues lignes d’arbres fruitiers dans quelques pâtures grasses de la Flandre, dans quelques enclos de la Thiérache, mais là déjà les avis sont partagés, et à côté des herbagers qui

plantent, nous en trouvons qui se refusent obstiné-

ment à introduire dans leurs prairies les plantes ligneuses dont ils redoutent l'ombrage. Dans le Centre, l'opinion dominante est que les plantations doivent être absolument repoussées, comme entravant la pousse de l’herbe, ou tout au moins comme amenant la production d’un fourrage peu nutritif, souvent délaissé par le bétail. Les seuls abris qu’on observe à la surface des embauches sont constitués par quelques arbres isolés ou par un groupe peu

HERBAGES

important d’essences forestières, Chênes, Ormes, etc., pouvant offrir aux animaux un refuge au moment le plus chaud de la journée, mais surtout destiné à leur procurer les moyens de se gratter. C’est un besoin impérieux pour les bêtes qui vivent en liberté de pouvoir frotter les différentes parties de leur corps qu’ils débarrassent ainsi des matières étrangères mêlées aux sécrétions qui leur causent de violentes démangeaisons. Ce besoin bien connu nécessite la présence dans la prairie, à défaut d'arbres, d’un ou de plusieurs poteaux solidement fichés dans le sol, munis d’aspérités ou de cannelures, et que l’on désigne sous le nom de frottoirs.

Dans les localités où les taons pullulent, on se trouve bien de disposer de petits baraquements où le bétail se retire à volonté et se soustrait ainsi aux piqûres des insectes.

Des abreuvoirs. — Pas d’herbage sans eau ; c’est là un fait bien connu aujourd’hui. La question des abreuvoirs est donc une de celles qu’il faut faire intervenir en premier lieu dans les considérations relatives au choix de l'emplacement de la prairie. C’est qu’en effet les animaux doivent pouvoir boire quand ils le désirent, et il est même nécessaire de leur éviter un trop long parcours pour satisfaire leur soif.

Là où des fossés, des ruisseaux traversent ou limitent les herbages, rien n’est plus facile que d'établir un abreuvoir en faisant un plan incliné perpendiculaire au cours d’eau dont il atteint le fond, limité de chaque côté par des parements en pente et à l’extrémité par des traverses en bois ou des fils de fer. Dans les sols mouvants, on pave quelquefois le plan incliné ou tout au moins on le couvre de pierres qui arrivent à constituer peu à peu un véritable béton.

En l'absence de cours d’eau, on profite d’une source pour créer une péchertie, sorte de fosse rectangulaire dont le fond présente une pente douce, de telle sorte que partant du niveau du sol environnant, il atteigne 1",50 à 2 mètres de profondeur au maximum. Sur trois côtés, cette fosse est limitée de parois presque verticales, et elle est en-tourée par une énorme banquette formée par la terre qui a dû être extraite. On plante souvent cette banquette avec de grands arbres. L’imperméabilité du sous-sol dans certains terrains marneux permet l'établissement de réservoirs qui, à défaut de sources, emmagasinent les eaux des terrains environnants. Nous connaissons des herbages dans lesquels l’eau est amenée artificicllement par des tuyaux étanches ou apportée à l’aide de tonneaux et déversée dans des bacs en tôle. Ce sont là fort heureusement des situations exceptionnelles.

Dimensions des herbages. — Nous avons vu qu'il existait des enclos de toutes dimensions, puisque certaines pâtures grasses de la Flandre ont moins de 1 hectare, tandis que le Charolais renferme des embauches de plus de 100 hectares.

La contenance à préférer est celle qui permet l'utilisation la plus complète et la plus économique des ressources fourragères de la prairie; la pratique s’est prononcée pour les enclos de 10 à 15 hectares.

Avec une surface plus petite, on multiplie les clôtures, et ainsi se trouvent augmentées non seulement les dépenses de premier établissement, mais encore les frais d'entretien; avec des étendues plus grandes, on est obligé de réunir trop d'animaux, et outre qu’on court ainsi le risque de voir, par le fait d’un seul animal turbulent ou méchant, une entreprise importante d'engraissement momentanément compromise, on provoque en même temps la perte d’une pius forte quantité d'herbe.

C’est que, en effet, les animaux mis au pré commencent par se rendre compte des limites dans lesquelles on les enserre, et ils prennent possession de leur prairie en se livrant à des courses vagabondes toutle long des clôtures. Par les temps humides, les bandes nombreuses détruisent le four-

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rage sur leur passage, alors qu'un petit nombre d'animaux ne produit sur le même trajet que des dégâts insignifiants. On remarque aussi que le bétail court davantage dans les grands enclos que dans ceux qui sont relativement petits. Enfin, en adoptant une étendue moyenne, on est plus certain d’avoir une herbe homogène.

Irrigation des herbages. — D'une manière générale, on peut dire que les herbages ne sont pas irrigués. Tantôt ce sont les moyens d'irrigation, les eaux courantes, qui font défaut, tantôt ce sont les résultats obtenus à la suite d’arrosages trop copieux qui ont fait rejeter cette opération si précieuse pour les prés de fauche. La richesse du fourrage est ici la considération prédominante, la quantité ne vient qu'en seconde ligne, et dans les terrains qui sont naturellement fres poussants, l’eau a souvent pour conséquence d'augmenter la masse aux dépens de la qualité. Il s'ensuit que si l'irrigation ne doit pas être repoussée systématiquement comme le prétendent beaucoup d’herbagers, elle exige du moins, pour être utile, des précautions réellement minutieuses. Ce n’est d’ailleurs qu’en l’absence des animaux, pendant la morte saison, qu’on peut irriguer, et on sait avec quel soin il faut surveiller l’eau pendant les gelées, sous peine de produire des effets désastreux. Enfin, il faut que l’assainissement soit complet dès le printemps, avant la rentrée du bétail. On comprend par suite combien est limitée la période d'arrosage et combien doivent être relativement faibles les résultats qu’on retire quand on les compare à ceux qu’on obtient dans les prairies proprement dites.

Soins d'entretien. — Les soins d'entretien à donner aux herbages sont assez nombreux. Il est nécessaire d’étaupiner, c’est-à-dire d'étendre les taupinières qui s’engazonneraient et formeraient des monticules très difficiles à détruire ensuite. Ce travail se fait à la fin de l'hiver.

L’ébousage, qui consiste à répartir les fientes ou bouses des animaux, ne doit pas non plus être négligé. Suivant les localités, on emploie différentes méthodes pour tirer parti de cet engrais qui, laissé en tas, amène la production de touffes d’une herbe haute, peu appétissante et que les bêtes bovines délaissent. Dans le Nord on le transforme quelquefois en engrais liquide qu’on répand à la manière de la courte graisse. Ailleurs, on disperse tous les deux ou trois jours les fientes fraîches ; mais ce procédé nous semble peu compatible avec les habitudes des herbagers, et les résultats d’ailleurs peuvent donner lieu à discussion. D’une part, en effet, il exige une main-d'œuvre dont on dispose rarement dans les pays d’herbe, et, d’autre part, cet épandage de matières fraîches a pour effet de salir une grande quantité de fourrage. Dans quelques points, on enlève les bouses tous les six à huit jours, et on en forme, avec des terres provenant du curage des rigoles, fossés ou abreuvoirs, des composts qu’on répand pendant l'hiver.

L’enlèvement des plantes nuisibles doit aussi se faire régulièrement. |

Tous les ans, à la fin, de la saison, il reste dans les enclos des touffes d'herbes que les animaux ont refusées ; on les désigne, suivant les pays, sous les noms de refus, rougeons, relais. Leur abandon constituerait une perte quelquefois très sérieuse et gênerait la pousse de l’année suivante ; il faut donc procéder au fauchage de ces parties délaissées. Le fourrage qu’on obtient ainsi est le plus souvent transformé en foin conservé pour l'hiver; nous ‘avons vu en pratiquer l’ensilage avec une réussite complète.

Les excréments des animaux, employés seuls ou en mélange avec des matières terreuses, sont généralement suffisants pour entretenir la fertilité des fonds. Les embaucheurs remarquent même que la productivité de l’herbage croit d’une manière con-

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HERBAGES

tinue. Cependant on doit dire que si l’on peut concevoir l’augmentation de la quantité d’azote total contenu dans le sol enherbé, on est forcé d’admettre, que tous les ans les animaux exportent un certain poids de matières minérales. S'appuyant sur les résultats d'analyses montrant que la potasse, la chaux, la magnésie se retrouvent, pour la plus grande part, dans les déjections, mais que l'acide phosphorique est emporté pour une proportion relativement forte, M. Joulie estime qu'il serait bon d'opérer la restitution de cet élément. L'examen de la flore pourrait servir dé guide sur la question de savoir si la potasse est nécessaire; la diminution des Légumineuses indique nettement ce besoin. De même, l'observation de ce fait que les prairies deviennent quelquefois acides, alors même qu'elles sont établies sur sol calcaire, à conduit à penser qu’une petite addition de chaux devait avoir d'excellents effets. C’est sous forme de compost mis à l’automne ou pendant l'hiver que la chaux doit être apportée.

D'une manière générale, on peut dire que les engrais organiques ne conviennent pas aux prairies, puisque le phénomène le plus saïillant de ce genre de culture est l'accumulation, dans la couche supérieure, de débris organiques dont la proportion devient quelquefois si considérable que, à ce seul point de vue, l'opportunité du défrichement, même d'une bonne prairie, peut être sérieusement discutée. I1 n’en est pas moins vrai qu'à côté des cultivateurs qui conservent pour leurs fherbages les composts, les charrées, les purins, nous en avons vu qui fument au fumier de ferme à des intervalles variables, et, partout où cette pratique est en usage, on fauche l'herbe qui vient directement sur la fumure ; ces regains sont quelquefois pâturés. Sur le littoral océanien on emploie avantageusement des sables de mer ou tangues dont on fait des composts.

Les clôtures exigent une surveillance attentive. L'entretien des haies vives, et surtout des haies sèches, nécessite une dépense trop variable suivant les situations pour que nous puissions tenter une évaluation générale, même approximative. Nous nous bornerons à relater que, dans le Nivernais, avec les haies vives, les frais d'entretien s'élèvent environ à 8 francs par hectare, avec des enclos de 15 à 20 hectares.

Les abreuvoirs ont besoin d’être nettoyés de temps en temps, faute de quoi l’eau devient boueuse et impropre à être consommée par les animaux. Les produits de ce curage mélangés à de la chaux sont utilement employés à fertiliser la prairie.

Exploitation. — Nous avons vu que l’exploitation des herbages, l’herbagement, donnait lieu à des pratiques un peu différentes suivant les points considérés ; mais il nous semble que des faits rassemblés au commencement de ce travail, on peut déduire quelques règles d’une application générale.

Remarquons d'abord que partout c’est par la dépaissance naturelle qu’on utilise l'herbe des prairies, c’est-à-dire que les animaux vaquent librement dans les enclos. Les seuls appareils de contention que nous ayons eu à signaler sont les bricoles nor-

mandes, dont le but est d'empêcher les bœufs d’at-

teindre les branches basses des Pommiers. Nous sommes donc autorisé à conclure que le véritable moyen de restreindre les pertes causées par le piétinement du bétail réside dans la diminution de la surface de chaque herbage. Les autres méthodes si préconisées il y a trente ans n’ont eu aucun succès auprès des embaucheurs. Le pâturage au piquet est resté la spécialité de la plaine de Caen et ne s’est guère étendu, dans les localités voisines, qu'aux prairies artificielles et temporaires. Le fauchage de l'herbe et sa distribution aux animaux dans les étables ou dans des râteliers à l’air libre n’a nullement satisfait les engraisseurs disposant de bons

HERBEMONT

enclos, et si cette méthode est bonne, c’est à la condition de n'être pas appliquée à ce que nous appelons des herbages. Enfin, ajoutons qu'aux expériences mises en avant pour démontrer la supériorité de la consommation de l'herbe au râtelier, on peut opposer des essais sérieux dans lesquels le pâturage direct s’est montré préférable au fauchage. ,

Ce point élucidé, il reste acquis que c’est par des mises successives d'animaux qu’on doit charger les herbages ; dans ces opérations, l’état de l’atmosphère, celui du sol et de la végétation qui le recouvre, sont les seules bases solides. Il faut que le bétail mis à l'herbe y jouisse d’un bien-être qui le prédispose à la tranquillité; par les grands froids, les animaux sont remuants et leur pelage prend un aspect spécial qu’on exprime en disant qu’ils ont le porl piqué ; dans ces conditions, ils diminuent de poids au lieu d'augmenter. Il est donc impossible de fixer à priori l’époque de la mise à l'herbe, et en effet, tandis qu’en Normandie les bœufs passent l'hiver dehors, les prairies du Centre sont dépeuplées de novembre à mars ou avril. De même, suivant la compacité des sols, on doit attendre plus ou moins longtemps au printemps pour que l’assainissement soit complet. Enfin, l'herbe doit être assez longue pour que les bêtes bovines puissent la saisir, mais elle ne doit pas être développée au point de leur permettre de se remplir trop rapidement. Des accidents pourraient être la conséquence de cette alimentation excessive succédant à un régime d'hiver souvent assez maigre.

Le fourrage devant être consommé partout d’une façon aussi complète que possible, on dispose, au sujet du nombre de têtes à mettre dans l’herbage, d'un criterium dont la valeur est absolue. Il est fourni par la végétation elle-même. Le bétail doit brouter les jeunes tiges au fur et à mesure qu’elles s'élèvent, c’est à cet état qu’elles produisent leur maximum d'effet utile. Aussitôt done que l'herbe gagnera les animaux, on rechargera l’herbage jusqu’à ce qu’on obtienne le résultat cherché. Après la sortie des premières têtes grasses, on pourra être conduit à faire une remise; mais il pourra se faire aussi que cette opération soit rendue inutile par le ralentissement de l’activité végétative.

L’addition de tourteaux est à conseiller chaque fois que l’engraissement se fait sur des surfaces dont la richesse n’est pas très élevée: outre que cette précaution assure la réussite de l’entreprise zootechnique, elle a l’avantage d'augmenter la valeur fertilisante des résidus laissés par les animaux et elle concourt ainsi efficacement à l’accroissement de la fertilité de l'herbage.

Souvent on associe aux bêtes bovines quelques chevaux; à la suite de ces grands animaux, les moutons s’engraissent encore très bien.

Si nous envisageons maintenant des terrains que l’on vient de convertir en prés, l’exploitation doit être conduite différemment. La prairie semée en août ou septembre donne une coupe l’année suivante. Toujours ce fourrage doit être fauché. Le pâturage sur ce sol insuffisamment rassis serait dangereux. Les Bovidés enfonceraient plus ou moins suivant les terrains, et formeraient toujours des cuvettes, des cavités dans lesquelles l’eau séjournerait pendant l'hiver et amènerait la destruction des jeunes plantes encore peu enracinées. Ce n’est que l'année suivante qu’on peut livrer la surface au pàturage.

Ajoutons en terminant que les herhages sont alternativement pâturés et fauchés. Le fauchage, qui revient à des intervalles variables, a l'avantage de détruire certaines plantes qui envahissent les prés exclusivement pâturés, mais on doit bien savoir que son retour trop fréquent aurait pour effet d’amoindrir la fertilité du fonds. UFR:

HERBEMONT (ampélographie). — L’'Herbemont

HERBEMONT

est un cépage américain du groupe des V. æstivalis; il a été trouvé à l’état sauvage dans le comté de Warren, aux Etats-Unis. C’est une Vigne du Sud, aussi prospère-t-il dans le Texas, la Géorgie, la Caroline du Sud et la Floride; en France, il réussit surtout dans le Sud-Ouest et dans la partie supérieure de la vallée du Rhône.

Synonymie : Herbemont’s madeira, Warenton, Warren, Neil grape. — Aucun de ces noms n’a subsisté en Europe, où ce cépage n’est connu que sous celui d'Herbemont.

Description. — Souche vigoureuse, à port étalé, tronc robuste, écorce grossière. Sarments longs, peu grêles, peu sinueux, à ramifications assez abondantes, luisants, pruineux sur toute la surface, glabres, légèrement lavés de pourpre à l’état herbacé, d'un rose clair à l’aoûtement; mérithalles moyens ou courts, peu aplatis, cannelés,. nœuds gros, très apparents; vrilles discontinues, moyennement vigoureuses, bi- ou trifurquées. Bourgeons petits, d’un roux clair et à duvet peu épais, à écailles engainantes très longues; d'une coloration ultérieure carminée due à l'extrémité des deux faces des jeunes feuilles, qui ont des poils roux, abondants, surtout sur les nervures de la page inférieure, la page supérieure prend vite une teinte jaune clair ; dents peu marquées, à glandes vertes, proéminentes et transparentes, aplatissement assez tardif, grappes de fleurs d’un rouge brun avec écailles verdâtres. Feuilles grandes, tri- ou quinquélobées, faiblement ondulées, à lobe supérieur bien détaché, d’un vert médiocrement foncé et glabres à la face supérieure, d’un vert plus pâle avec des poils raides et serrés à la face infélieure; deux séries de dents peu aiguës. Pétiole assez allongé et grêle formant un angle droit avec le plan du limbe de la feuille. Grappe sousmoyenne, cylindro-conique, souvent ailée ; pédoncule assez long, enviné sur tout son parcours, renflé à l'insertion, moyen, pédicelles courts, à gros bourrelet conique et avec grosses verrues; les baies s’en détachent facilement en laissant adhérent un pinceau rosé. Grains serrés, petits ou sousmoyens, sphériques ou déprimés par la pression, à pruine assez abondante, d’un rouge foncé, virant au noir sur les parties exposées à la lumière, non coloré à l’intérieur; stigmate très apparent, central; peau assez peu épaisse; pulpe fondante, juteuse, à jus d’un rose clair et d’une saveur assez 1elevée, agréable; graines, de deux à quatre en général.

Maturilé à la troisième époque de M. Pulliat.

La résistance de l’Herbemont est bien établie par une expérience déjà ancienne; il est malheureusement difficile au point de vue des sols qui lui conviennent, sous le climat méditerranéen tout au moins. 11 semble jusqu'ici que ce sont, dans ce milieu, les terres caillouteuses, perméables, faciles à échauffer et conservant néanmoins pendant l'été une certaine fraîcheur, qui seules lui permettent de végéter vigoureusement et sans chlorose. Les sols à cailloux siliceux ou calcaires colorés en rouge par du fer peroxydé, ainsi que l’a démontré M. Vialla, lui conviennent très bien. à

L’'Herbemont mûrit à peu près en même temps que le Jacquez, mais est moins sujet que lui à l'anthracnose et au peronospora, il remonte plus au nord et s'étend plus à l’ouest que lui, lorsqu'on le cultive en coteaux bien exposés. Il prend, par suite de ces circonstances, une place tous les jours plus importante dans les vignobles du Sud-Ouest.

Le vin de l’Herbemont est moins coloré que celui du Jacquez, mais il a beaucoup plus de finesse; il atteint une réelle distinction dans les milieux favorables. Ce cépage présente cependant les défauts suivants : il se met tardivement à fruit; sa production, regardée comme très considérable par les Américains, qui qualifient ses fruits de bags of

HERBES

wine, sacs de vin (Downing), est cependant inférieure à celle du Jacquez dans l'Hérault; il reprend assez difficilement de bouture; enfin il aoûte souvent les extrémités de ses bois d’une manière insuffisante. G2F.

HERBES. — Le mot herbes est empleyé en agriculture dans deux sens fort différents ; il sert à désigner, tantôt le produit des prés en général (prairies de fauche, herbages, pâturages), tantôt la végétation spontanée qui envahit nos récoltes (mauvaises herbes).

La culture de l'herbe a pris depuis quelques années une extension considérable, justifiée par ce fait qu’elle est de beaucoup la plus économique. On a trouvé dans l’engazonnement des terres un moyen de restreindre les frais de main-d'œuvre qui chargent l’agriculture française, et, grâce aux prix relativement élevés du bétail, on a pu, dans une certaine mesure, par ce système d’exploitation du sol, diminuer l'intensité de la crise.

Les terrains enherbés se louent généralement à un prix plus élevé que ceux qui sont soumis à la culture arable, et ceci, surtout à cause des faibles dépenses que leur utilisation nécessite. Les frais sont réduits au minimum avec le pâturage, ils sont légèrement accrus quand on fait du foin avec l'herbe; mais, dans ce dernier cas même, ils sont très limités comparativement à ceux exigés par les récoltes de céréales ou de plantes sarclées.

Enfin remarquons que les terres couvertes d'herbes s’enrichissent constamment en azote et arrivent à renfermer des quantités énormes de ce corps. On dispose ainsi par la prairie d’un moyen économique d’emmagasiner l'azote, cet élément si important et relativement si coûteux des engrais, de sorte que, par un assolement bien combiné, on peut utiliser, à des intervalles déterminés, la précieuse matière. L'augmentation des rendements des céréales a presque toujours été, dans les pays à sol pauvre, la conséquence de l'introduction de la prairie dans la rotation.

L’herbe verte est avantageusement employée à la nourriture de nos animaux; elle leur offre les matières nutritives à un état et dans un rapport tels (relation nutritive) que l'organisme animal les utilise bien mieux que lorsque ces mêmes matières font partie de l'herbe desséchée ou foin.

La jeune herbe succède naturellement, pour les jeunes animaux, au lait avec lequel elle a une certaine analogie de composition; en vieillissant, sa constitution physique et chimique subit des changements qui sont en rapport avec les besoins successifs des animaux. Les avantages de l’alimentation à l’herbe ou au vert conduisent à préconiser, à ce point de vue, l'application de l’ensilage aux fourrages comme un moyen d’en conserver la haute valeur alimentaire.

MAUVAISES HERBES. — Les mauvaises herbes sont les différents végétaux qui se développent au milieu des cultures dont ils diminuent le rendement ou dont ils altèrent les produits. Il est intéressant d'en examiner la répartition dans les différents étages géologiques; mais cette étude se rapporte à celle de la végétation spontanée (voy. ce mot). Nous nous bornerons donc à passer en revue les plantes les plus communes des champs en les réunissant par groupes relatifs aux cultures sur lesqueiles elles exercent l’action la plus marquée.

Céréales.— Parmi les plantes qui s'associent le plus communément aux céréales, il en est qui sont vivaces et dont la destruction nécessite, par suite de cette circonstance, des opérations spéciales. Dans cette catégorie, nous citerons tout d’abord les différentes Graminées qu’on réunit au point de vue agricole, sous le nom générique de Chiendent. Tels sont : le Chiendent ordinaire ou petit Chiendent (Triticum repens), le Chiendent pied de poule (Cynodon dactylon), le Chiendent à chapelets

Mr ee

HERBES

(Arrhenatherum elatius), la Houlque molle (Holcus mollis), l’Agrostide stolonifère (Agrostis stolonifera), le Paturin comprimé (Poa compressa).

Le Chiendent ordinaire vient dans tous les sols; le Chiendent pied de poule acquiert de très belles dimensions dans les terres siliceuses; l’Avoine à chapelet prend, dans certains sables calcaires appartenant au corallien, des proportions telles qu’elle devient un obstacle sérieux à la réussite des céréales; la Houlque molle est spécialement le Chiendent des sables siliceux ; l’'Agrostide ne devient dangereuse que dans les situations très humides, dans les argiles compactes surtout ; le Paturin com primé, bien que moins redoutable que les précédents,. ne laisse pas cependant jque d’entraver la culture dans nombre de localités. C’est par des façons culturales judicieusement exécutées, par des labours de jachère faits pendant l’été et alternant avec des scarifiages ou des hersages qu’on arrive à détruire ces plantes adventices.

A côté des Chiendents se place, comme résistante aux moyens de destruction, le Pas d'âne (Tussilago fafara), dont les fleurs jaunes apparaissent de très bonne heure au printemps, avant les feuilles. Il envahit principalement les marnes argileuses : on peut voir, dans les argiles kimmeridgiennes de l'Est, au milieu des champs de Froment, de larges taches où la récolte est en partie détruite sous l’influence des longs rhizomes du Tussilage. L'assainissement des surfaces envahies semble le meilleur moyen d’en avoir raison.

Le Cirse des champs (Cirsium arvense), Chardon hémorroïdal, est extrêmement commun dans les céréales, dont il diminue le produit et dont il rend la récolte très difficile. Les prairies artificielles qui occupent longtemps le sol, les Luzernes principalement, en amènent la disparition. On en combat le développement par l’échardonnage (voy. ce mot).

La Renoncule rampante (Ranunculus repens) se

multiplie dans les lieux frais, riches en humus, elle

est souvent associée à la Prêle des champs (Equisetum arvense), toutes deux sont difficiles à détruire : il faut de toute nécessité les extirper du sol par des hersages succédant à des labours légers.

Les Ronces (Rubus cæsius) repoussent obstinément dans les terres où elles sc sont établies et elles rendent pénibles les travaux de la moisson. On ne peut s’en débarrasser complètement qu’en les arrachant avec soin.

L'Yèble (Sambucus ebulus) est une plante des terrains marneux. Les labours suffisent généralement pour la détruire.

La Vesce cracca (Vicia cracca) réussit, les années humides, à dominer nos céréales.

La petite Oseille (Rumex acetosella) n’est à redouter que dans les sables, dans les terres acides; elle disparait devant les chaulages.

Les Fougères (Pteris aquilina), le Gênet à balais (Sarothamum scoparus) caractérisent les terres gra— nitiques ou schisteuses. Les chaulages, les engrais phosphatés limitent l'extension de ces plantes, mais on ne réussit à les faire périr qu’en les arrachant.

La Gesse tubéreuse (Lathyrus tuberosus), le Liseron des champs (Convolvulus arvensis) se rencontrent aussi dans nos différentes céréales. La première de ces plantes possède un tubercule profondément enfoui et qu’on ne ramène au jour. que par les forts labours d'automne ; c’est à ce moment qu’il faut les ramasser.

Les Muscari (Mussari racemosum et comosum) possèdent aussi des parties souterraines situées à une grande profondeur et qu’on doit extraire.

Les plantes annuelles ou bisannuelles sont encore plus nombreuses que les précédentes ; leur reproduction se faisant par graines, on les combat, d’abord par le labour de déchaumage (voy. ce mot), qui a pour effet de provoquér la germination des semences qui sont tombées à la surface du sol, en-

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suite par les binages et sarclages (voy. ces mots) qui enlèvent, avant leur développement, les herbes issues des graines ayant échappé aux opérations précédentes. Parmi ces végétaux, beaucoup se rencontrent dans toutes les situations : c’est le cas du Moutardon des champs (Sinapis arvensis) qui produit une grande quantité de petits grains sphériques noirs (6000 environ par pied) conservant pendant longtemps leur faculté germinative. Ces semences incorporées au terrain peuvent ainsi attendre que les façons culturales les ramènent dans la partie tout à fait superficielle où elles germent alors. Ce sont principalement les Avoines de printemps qui ont à souffrir de cette Crucifère dont la végétation est très rapide, de telle sorte que ses sommités fleuries couvrent bientôt tout le champ d’un manteau jaune. D’après ce qui a été dit plus haut, on comprend qu’il soit indispensable d’empêcher la formation des siliques, et l’on y arrive, le plus souvent, en fauchant les grappes terminales de façon à ne pas atteindre l’Avoine, quelquefois en faisant fonctionner une machine spéciale dite essanveuse. Malheureusement, dans l’état actuel des choses, de longues années sont nécessaires pour épuiser le stock de semences renfermé dans les différentes couches de terre. La folle Avoine (Avena fatua et Ludoviciana) salit toutes nos céréales. Les deux Graminées désignées sous ce nom atteignent plus de 1 mètre de hauteur, elles mûrissent leurs graines avant la récolte qu’elles accompagnent et se resèment naturellement. C’est par les jachères, les labours de déchaumage ou par l’arrachage à la main qu'on peut les détruire.

En Algérie, la folle Avoine est représentée par l’'Avena sterilis, grande Avoine dont la tige dépasse 1,20 de hauteur. Les colons, au lieu d’entreprendre contre cette vigoureuse Graminée une lutte dont ils ne sortiraient pas vainqueurs, l’utilisent comme fourrage pour leur bétail. Il leur suffit, après la récolte du Froment, d'abandonner le terrain à luimême pour le voir se couvrir, sous l'influence des pluies, d'herbes nombreuses parmi lesquelles la folle Avoine tient la première place. Pendant tout l'hiver et le printemps, les chaumes fournissent un abondant pâturage, et l’on en retire également un foin dit foin de chaume qui remplace le produit que les prairies artificielles, impossibles à obtenir sous ce climat, donnent chez nous.

Les Caucalides (Caucalis daucoides, latifolia, grandiflora) sont des Ombellifères peu développées, nuisibles surtout à cause de leurs fruits épineux qui mürissent à peu près en même temps que l’Avoine. Ces fruits ne sont qu'incomplètement séparés par les tarares et on doit avoir recours aux trieurs à alvéoles pour en purger le grain.

Le Gratteron (Galium aparine) est encore une petite herbe à éloigner de nos moissons à cause de ses fruits qu’on retrouve en partie dans les grains après le battage.

La Nielle du Blé (Lychnis githago) est une belle Caryophyllée dont la tige atteint les dimensions des chaumes du Seigle et dont les fleurs grandes, purpurines, renferment un ovaire contenant à la maturité des graines noires, anguleuses, striées. Ce sont elles qui sont à redouter, car elles restent avec la céréale après le battage et on les regarde comme vénéneuses. Il semble prouvé que les animaux de basse-cour qui les consomment peuvent être empoisonnés. Les Seigles principalement renferment quelquefoisune forte proportion de Nielle.

C’est encore dans les Seigles qu’on trouve en plus grande abondance l’Ivraie enivrante (Lolium lemulentum) ; mais nos autres céréales n’en sont malheureusement pas exemptes. Ses grains sont vénéneux et bien qu'un peu plus petits que ceux du Seigle ne s’en différencient pas suffisamment pour que la séparation soit facile. Il faut encore em-

ployer les trieurs à alvéoles.

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La Gesse sans feuilles (Lathyrus aphaca) donne des semences lenticulaires, noires, très brillantes, qui ne présentent pas de propriétés bien accentuées, mais qui suffisent à déprécier les récoltes.

La Renouée des oiseaux (Polygonum aviculare), Trainasse, Herbe à cochon, étale au milieu des chaumes ses tiges trainantes, rameuses, et donne un fruit trigone, brun luisant, finement strié. Cette plante échappe souvent à la faux, mais se resème sur le sol qu’elle envahit rapidement.

Sous le nom générique de Chardons, les cultivateurs réunissent des plantes qui diffèrent par la taille et par l’organisation, mais qui se ressemblent beaucoup, et par leur action sur les récoles, et par leur aspect général qu’elles doivent à leurs tiges et à leurs feuilles épineuses. Les Chardons appartiennent surtout aux genres Carduus et Cirsium (Chardon et Cirse) (voy. ces mots). Ce sont des végétaux annuels ou bisannuels selon les espèces. Tous causent à nos récoltes un grave préjudice à cause de leur abondance dans les lieux où ils apparaissent. Le mal causé aux voisins par un seul cultivateur peu soigneux a entrainé la loi du 28 septembre 1791 sur les mauvaises herbes et plus spécialement sur l’échardonnage (voy. ce mot). Des mesures d'ensemble peuvent seules, en effet, être sérieusement efficaces. Malheureusement la loi est loin d’être strictement observée et l’échardonnage n’est pratiqué, dans beaucoup de pays, que d’une manière tout à fait insuffisante. Dans le Manitoba, au contraire, on a obtenu de splendides résultats, grâce à l'application sévère des lois édictées au sujet de l'enlèvement des mauvaises herbes. Les amendes applicables contre tout cultivateur qui laisse se développer certaines plantes adventices varient de 90 à 125 francs pour chaque infraction.

A côté de ces espèces qui semblent peu influencées par la nature minéralogique du sol, d’autres ont des exigences déterminées.

Les calcaires sont plus spécialement envahis par le Peigne de Vénus (Scandix pecten Veneris), ou aiguille, si abondant dans l'étage jurassique; par le Bluet (Centaurea Cyanus) et par le Coquelicot (Papaver rhœus).Ces deux derniers végétaux viennent souvent dans les terres siliceuses après un chaulage énergique. Le Mélampyre des champs (Melampyrum arvense) affectionne aussi les calcaires et notamment les marnes. On regarde cette espèce comme parasitaire et, par conséquent, comme doublement dangereuse pour nos Froments. Ses graines, broyées sous les meules avec le grain de la céréale, communiquent à la farine la propriété de donner un pain coloré en rouge.

Les terrains argileux donnent naissance à la Ravenelle (Raphanus raphanistrum) qui se trouve mélangée à la Sanve (Sinapis arvensis) dont elle se distingue par ses fleurs qui ont une coloration plus pâle et par ses siliques striées, à articles distincts, mais dont elle partage les propriétés malfaisantes; à la Gesse hérissée (Lathyrus hirsuta) dont les graines arrondies, noires, verruqueuses, ne s’échappent des gousses hérissées de poils qu'au moment du battage ; à la Vesce grêle ( Vicia gracilis), qui accroche ses tiges fines et très ramifiées sur les chaumes des céréales.

C’est dans les sols argilo-calcaires que la Renoncule des champs (Ranunculus arvensis) devient prédominante. Ses fruits aplatis et chargés sur les deux faces d’aiguillons crochus se retrouvent dans les grains battus.

Les moissons de terres argilo-siliceuses fraiches sont celles au milieu desquelles on rencontre la variété la plus grande de plantes adventices. Toutes les espèces indiquées comme indifférentes à la nature du sol y réussissent admirablement. Le Chrysanthème des moissons (Chrysanthemum sege- {tum) y épanouit ses larges corolles jaunes. Le Souci des champs (Calendula arvensis), la Ma-

HERBES tricaire (Matricaria inodora) viennent dans les mèmes sols. |

Quand la silice domine, on voit apparaitre le Vulpin des champs (Alopecurus agrestis), ou Queue de rat, qui dès le premier printemps élève audessus des céréales encore en herbe ses épis cylindriques, soyeux, souvent violacés;, et le Panais, dont les grandes ombelles jaunes s’étalent au-dessus des épis de l’Avoine dans laquelle nous l'avons surtout observé.

Prairies artificielles. — Les Légumineuses qui constituent les prairies artificielles sont attaquées par deux plantes parasites dont l’une surtout prend malheureusement chaque jour une extension croissante : nous voulons parler de la Cuscute (voy. ce mot). Nous nous contenterons de rappeler ici qu'il est des terres fertiles dans lesquelles le Trèfle est sur le point de disparaître par suite de l’envahissement de la Cuscute, et il y a tout lieu de penser, étant donnée la pureté des graines qu’il est possible d'obtenir aujourd’hui, grâce aux décuseuteurs, que la plante se reproduit par des graines enfouies depuis longtemps et qui se conservent jusqu’à ce que les circonstances favorables à leur germination se trouvent réalisées.

Les Orobanches (Orobanche minor et medicaginis) poussent sur les racines du Trèfle et de la Luzerne dont elles amènent le dépérissement et la mort. L’enlèvement de ces parasites avant la dispersion de leurs graines, qui sont très petites et très nombreuses, est le seul procédé à appliquer.

Les Trèfles occupant peu longtemps le sol redoutent peu les mauvaises herbes; il n’en est pas de même des Luzernes et des Sainfoins. Ces deux dernières plantes sont quelquefois, au bout d’un petit nombre d'années, remplacées en grande partie par les végétaux spontanés.

Dans les luzernières établies en sol argileux, ce sont l’Agrostide stolonifère (Agrostis stolonifera) et le Chiendent (Triticum repens) qui s'emparent du terrain ; dans les fonds argilo-siliceux, le Vulpin des champs est le plus à redouter; cette Graminée est très précoce, de sorte qu’elle se resème avant la première coupe de la Luzerne et qu’elle ne donne au fauchage qu’un foin dur et sans valeur.

Dans les calcaires, ce sont surtout les Bromes (Bromus mollis et sterilis) qui se substituent à la Luzerne et surtout au Sainfoin, plus cultivé dans ces situations. Le Brome mou n’est à craindre que parce qu'il élimine peu à peu les Légumineuses fourragères et que sa valeur comme matière alimentaire est très faible ; le Brome stérile ajoute à ce caractère, qu’il possède à un degré encore plus élevé, celui d’être dangereux pour les animaux qui consomment le fourrage dont 11 fait partie ; ses épillets, longs, durs, munis d’arêtes barbelées, peuvent blesser la muqueuse buccale, et il arrive même qu'ils pénètrent dans les conduits exeréteurs des glandes salivaires qui sont alors le siège d’abcès quelquefois très graves.

La Barkausie à feuilles de Pissenlit (Barkausia taraxacifolia) pousse côte à côte avec les Bromes et atteint 0,80 de hauteur; elle est bisannuelle et épanouit ses fleurs en juin.

C’est par les engrais potassiques et phosphatés, c'est surtout par des scarifiages énergiques qu'on relève les prairies artificielles dépérissantes.

Prairies naturelles. — Danslesprairies naturelles, on voit à côté des Graminées et des Légumineuses qui doivent former la presque totalité du fourrage, une foule de plantes de familles différentes dont les unes n’ont, considérées isolément, qu’une faible importance par suite de leurs propriétés négatives, tandis que les autres doivent être connues, soit à cause de leur tendance à prendre une extension cxagérée, soit à cause de leur action sur le bétail.

Les premières sont dites indifférentes, elles sont oxcessivement nombreuses et donnent à la prairie

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naturelle ou permanente son cachet spécial ; l’agriculteur se préoccupe peu de leur présence, il ne les combat qu’indirectement par les pratiques ayant pour objet de favoriser le développement des Légumineuses et des Graminées.

Les secondes sont dites nuisibles, il est indispensable qu’elles soient détruites avec soin. Ce sont celles-là seules dont nous nous occuperons ici.

D'une manière générale on peut dire qu’on se débarrasse des plantes annuelles par le fauchage de la prairie à une époque peu avancée, c’est-à-dire à un moment tel qu'aucune d’elles n'ait pu encore mûrir ses fruits ; pour les plantes vivaces, il faut ou les arracher, ou modifier le milieu, ce qui suffit pour celles dont les exigences sont bien caractérisées. C’est ainsi que l'assainissement des terrains humides, le chaulage des prés acides font disparaitre un grand nombre d’espèces nuisibles.

Dans la première catégorie, il faut citer : les Chardons (Cirsium et Carduus) qui deviennent abondants dans les herbages et les pâturages, et qu’on fait disparaître en exploitant la prairie par le fauchage; la Renoncule scélérate (KRanunculus sceleratus), qui ne se montre que dans les fonds tourbeux, dans les prés très humides et qui indique par suite le besoin d'assainissement; le Rhinanthe crête de coq (Rhinanthus crista galli), désigné vulgairement sous le nom de Grelot, qui constitue une très mauvaise plante, malgré l’opinion contraire qui à été émise; il mürit ses graines de bonne heure et se propage ainsi très rapidement par semis naturel; cette plante remplace les bonnes espèces aux dépens desquelles elle vit d’ailleurs et amène en peu d'années une diminution notable dans les rendements en foin.

Les végétaux vivaces sont plus nombreux :

Les Aconits (Aconitum lycoctonum et napellus), Renonculacées très ornementales, formant de fortes touffes, sont vénéneuses, et on ne doit pas hésiter à arracher avec soin leurs souches rameuses qui . s'enfoncent parfois très profondément.

La Bistorte (Polygonum bistorta) est très commune dans les prés des montagnes granitiques. Les prairies du plateau central, celles des Vosges et des Alpes, sont émaillées par ses épis roses ; elle réussit surtout là où l'irrigation est très abondante. Un assainissement complet, l'emploi des amendements calcaires en amènent la disparition.

La Belladone (Atropa belladona) est une des plus vénéneuses de nos espèces indigènes. Elle est d’ailleurs peu répandue d’une manière générale, mais l'enlèvement immédiat des pieds qui pourraient exister est une opération qui s’impose.

La Berce brancursine (Heracleum sphondylium) devient nuisible dans les fonds frais, très riches, où elle s'empare du terrain aux dépens de toutes les autres plantes qu’elle élimine peu à peu. Considérée isolément, cette Composée n’est pas mauvaise, elle est très précoce et, dès le mois d'avril, ses larges feuilles donnent une grande masse de fourrage que le bétail à cornes consomme avidement. En juillet, on peut la faucher à nouveau, ses tiges ont alors près de 1 mètre de hauteur, et à l'automne, la repousse donne encore un poids élevé de matière verte. Nous avons utilisé de cette façon une prairie submergée pendant l'hiver, et dont les Graminées avaient presque totalement disparu devant la grande Berce. Mais, si cette plante est facilement mangée à l'état frais et quand elle est jeune, elle ne constitue à l’état sec et surtout quand elle a été coupée alors que sa végétation était avancée, qu’un mauvais foin; si l’on attend pour récolter la prairie le moment où les autres plantes sont bonnes à prendre, elle ne laisse au fanage que des tiges coriaces et ligneuses,

tandis que ses graines se disséminent à de grandes

distances. À ce point de vue elle est dangereuse. Les féculiers des Vosges redoutent cette plante qui prend dans leurs prairies irriguées aux eaux riches,

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un développement extraordinaire ; au fur et à mesure de son apparition, ils défrichent les points envahis et y cultivent des Pommes de terre. L'année suivante, ils sèment à nouveau des graines de prairies. Il nous semble qu’il serait plus simple, quand les pieds sont encore peu abondants, de les extirper directement avant la formation des fruits.

Les Bruyères, les Fougères et les Genêts reprennent souvent possession des terres de bruyère, des granits et des schistes dont on les a momentanément chassés par la création de la prairie. C’est par l'enlèvement direct et par les amendements calcaires qu’on les combat.

Les Carex ou Laiches, les Jones et les Prêles indiquent un excès d'humidité, il faut assainir d’abord, apporter ensuite des engrais phosphatés et potassiques.

Le Colchique d'automne (Colchicum autumnale) est malheureusement trop répandu. Il se reproduit par ses bulbes et par ses graines ; comme il est essentiellement vénéneux, 1l est important de le détruire. Deux méthodes sont applicables et on obtient les résultats les plus rapides quand on peut les compléter l’une par l'autre. La première a pour but d'empêcher la fructification, la seconde vise la destruction immédiate du végétal ou son épuisement. C’est à l’automne qu’on applique le premier procédé. Dès que les boutons apparaissent, avant que la fécondation soit effectuée, on fait passer sur la prairie des femmes et des enfants qui enlèvent toutes les fleurs. On évite ainsi la formation des graines. La deuxième méthode ne peut être mise en pratique qu'au printemps, après une grande pluie, alors que le sol est bien détrempé. À ce moment, on saisit la couronne de feuilles qui renferme l'ovaire, aussi près que possible du sol, et l’on tire avec précaution. Souvent le bulbe reste adhérent aux parties aériennes, quelquefois la tige casse, mais le pied est épuisé pour plusieurs années.

Plusieurs Euphorbes vivent au milieu des prairies (Euphorbia verrucosa, palustris) ; nous les avons toujours vues formant des agglomérations, des taches plus ou moins étendues que les animaux délaissent et que les faucheurs abandonnent afin de ne pas altérer la valeur du foin. Les chèvres consomment les Euphorbes.Il est utile d’arracher ces plantes nuisibles.

Les Patiences (Rumex patientia, crispus, pratensis) se rencontrent dans les lieux humides, près des rigoles d'irrigation. Ce sont de grandes plantes à grosses racines pivotantes, à feuillage développé, qui gênent la pousse de l'herbe et qu’on doit extirper.

Le Populage des marais (Caltha palustris) vient surtout dans les tourbes ; on le trouve çà et là sur les prairies, et il est l'indice d’un fond mal égoutté.

Les Renoncules (Ranunculus repens, acris) sont toutes de mauvaises plantes. À l’état vert elles peuvent sérieusement indisposer le bétail; à l’état sec, elles sont consommées sans inconvénient, mais elles ne constituent qu’un détestable foin. L’assainissement des points humides, des engrais potassiques et phosphatés les éliminent peu à peu.

Les Souchets (Cyperus fuscus, flavescens, longus) se rapprochent beaucoup des Carex comme propriétés agricoles ; les cultivateurs les désignent d’ailleurs également sous le nom de laiches. Ils prouvent encore le besoin d'assainissement et c’est le drainage qu’on doit appliquer tout d’abord : après quoi les engrais minéraux pourront être avantageusement utilisés.

Nous sommes loin d’avoir énuméré toutes les espèces botaniques qui entrent en lutte avec nos récoltes ; mais tel n’était pas notre but. Nous avons pensé qu’il était suffisant d'indiquer ici les plus redoutables parmi nos ennemis pour montrer combien sont importantes et combien doivent être exécutées avec soin toutes les opérations culturales qui ten-

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