‹ Dictionnaire d'agricultureChapitre 151 sur 270 · HERD-BOOK · texte numérisé non relu

HERD-BOOK

Book, elles se sont ensuite étendues, de 1846 à 1883, à tous les autres groupes du bétail anglais. Les Etats-Unis d'Amérique, la France, l'Allemagne, l'Autriche, la Hollande, la Suisse, le Danemark, la Belgique, la Suède et la Norvège, ont adopté l’institution. Parmi ces pays, les uns ont introduit avec celle-ci l’expression anglaise qui la désigne, les autres l’ont traduite dans leur propre langue ou l'ont remplacée par une autre plus significative et plus précise. On a le regret d’être obligé de constater que la France doit être rangée au nombre des premiers. Le Herd-Book français, registre officiel des Courtes-cornes nés en France et qui date de 1855, a été suivi récemment de plusieurs autres, établis pour le bétail de la Normandie, de la Bretagne, du Limousin, etc. Il eût été à tous égards préférable de les désigner en notre langue et de les appeler livres généalogiques plutôt que Herd- Books, imitant les Hollandais, dont les documents analogues portent le titre de Stamboek (Nederlandsch Rundvee-Stamboek, Friesch Rundvee-Stamboek, etc.). L'introduction de ce nouveau terme anglais chez nous ne se justifie par aucune nécessité.

L'institution des livres généalogiques a eu pour but essentiel de créer des familles distinguées (voy. FAMILLE), non pas, comme on pourrait le croire, d'assurer la conservation des races à l'état de pureté. Elle fournit sans aucun doute le moyen le plus pratique et conséquemment le meilleur d’arriver à ce dernier résultat, mais il suftit de jeter les yeux sur la liste des Herd-Books existants pour s’apercevoir que telle n’a pas été la préoccupation de ceux qui les ont établis. On y trouve, par exemple, The Jersey Herd-Book, The English Herd-Book of Jersey Cattle, The Guernesey Book, The Ayrshire Herd-Book, qui tous se rapportent à des populations métisses. Lorsque l'établissement d’un de ces livres est décidé par les intéressés, ils choisissent parmi eux une commission d'hommes réputés compétents, qui est chargée de décider sur les premières inscriptions, c’est-à-dire sur le choix des sujets mâles et femelles qui seront admis au titre de chefs de famille, conférant à la descendance de ceux-ci le droit à l’inscription. Si ces chefs de famille sont d’origine pure, s’ils appartiennent à une seule race, toute la descendance sera pure comme eux; sinon, les familles créées pourront se distinguer, dans l’ensemble de la population, par des mérites incontestables d’aptitude, mais elles n’en donneront pas moins pour cela des familles métisses en variation désordonnée, comme nous en avons montré, chez les Ayrshires inscrits, des exemples avec les vaches Constance et Lucie (voy. Traité de zootechnie, 3° édition, t. II, p. 56).

Il importe donc que les personnes chargées de réaliser pratiquement l'excellente institution des livres généalogiques en général, et ceux des Bovidés en particulier, aient égard à la fois aux caractères zoologiques et aux caractères zootechniques, pour décider des premières admissions. Chez nous il est évident que cette institution a le double but. Le mouvement qui s’est prononcé dans ces derniers temps en sa faveur a surtout été provoqué par l'intention de réagir contre la prétendue amélioration des races par le croisement. C’est, comme on le dit parfois, un mouvement sélectionniste. Il convient par conséquent que les inscriptions favorisent la sélection sous ses deux aspects. Les sujets les plus aptes doivent être seuls admis, mais à la condition expresse qu’ils n’aient que les caractères zoologiques ou spécifiques de leur race. À cette condition seulement l'inscription sera une garantie certaine de leur puissance héréditaire (voy. HÉRÉ- DITÉ). Il en sera ainsi parce que l’atavisme de famille et l’atavisme de race ne pourront pas être divergents. Cela fait sentir la nécessité d’être très attentif dans la composition des commissions de fondation et de n’y faire entrer que des personnes

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notoirement compétentes sur la connaissance des caractères de la race où il s'agit de créer des familles d'élite en aussi grand nombre que possible. La valeur que confère l'inscription au livre généalogique ou Herd-Book de cette race s’en accroît singulièrement. On sait (voy. COURTES-CORNES) le scrupulé avec lequel a été discutée, lors de la fondation de The General Short-Horned Herd-Book, la pureté des premiers inscrits. Tous les sujets sur lesquels il pouvait planer quelque doute à l'égard de leur pure origine Teeswater, ont été impitoyablement exclus. Une telle rigueur ne saurait être trop imitée. Elle a pratiquement beaucoup plus d’importance encore que les qualités individuelles d’aptitude, qui ne doivent intervenir dans les comparaisons qu’à pureté égale d’origine. A. S.

HÉRÉDITÉ (z00{echnie). — De toutes les définitions qui ont été données de l’hérédité, la plus concise et,.croyons-nous, la plus exacte, est celle qui consiste à dire que c’est le phénomène en vertu duquel les ascendants transmettent aux descendants les propriétés qui leur appartiennent à un titre quelconque. Elle est la même que celle formulée par le Code pour l’hérédité civile, dont l’hérédité physiologique ne diffère que par un point. Tandis que la première est réglée par des lois conventionnelles, qu’il nous appartient par conséquent d'établir et de changer d’après ce qui nous parait le meilleur pour la constitution de la société dans laquelle nous vivons, l’hérédité physiologique, au contraire, s'impose par ses lois naturelles. Il nous faut les déduire de l'étude des faits, si nous voulons avoir, pour nos études zootechniques de reproduction, des bases solides. C'est pour avoir ignoré ou méconnu ces lois, dérivant dela nature des choses, que tant d’erreurs et de fautes ont été commises à leur sujet, que tant de controverses se sont produites et se produisent encore, non seulement dans le domaine de la zootechnie, où le pur empirisme occupe toujours une grande place, mais aussi dans celui de la philosophie naturelle, où l’imagination des penseurs se donne libre carrière.

Les propriétés transmissibles par l'hérédité ne sont pas toutes immédiatement visibles chez les individus qui les possèdent. Ce ne sont pas seulement des formes extérieures et des couleurs. Ce sont aussi des aptitudes à fonctionner dans un certain sens et avec une certaine intensité. Ces aptitudes ou tendances physiologiques dépendent, à n’en pas douter, comme les formes extérieures et les couleurs, de l’organisation même, de la disposition des éléments anatomiques et de leur constitution, mais cela échappe le plus souvent à notre observation directe. Nous n’en pouvons constater que les effets. Sans doute le perfectionnement des moyens d'investigation permettra plus tard de le saisir. Il est certain toutefois que parmi les caractères visibles ou latents des êtres organisés, les uns se transmettent et les autres non. Nous disons que les premiers sont doués de la puissance héréditaire, et l'étude de l'hérédité consiste principalement à les déterminer, ainsi que Les conditions dans lesquelles ils se transmettent.

Si, dans l’état actuel de la science, la théorie positive de l’hérédité était possible, si nous savions comment la transmission se produit, cette étude serait on ne peut plus facile. Malheureusement, parmi les nombreux essais d'explication qui ont été tentés jusqu’à présent, nous n'avons que des hypothèses dont aucune, il faut bien le dire, n’a même pour elle la moindre probabilité. Celle de la pangenèse, imaginée par. Darwin, et celle de la continuité du plasma germinatif, due à Weismann, parmi les plus récentes, ne sont pas plus satisfaisantes que leurs devancières. Ce sont de pures spéculations, n'ayant à aucun degré le caractère expérimental qu’exigent aujourd’hui les sciences biologiques.

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On sait (voy. FÉCONDATION) que l'être vivant produit par la génération ovipare (voy. GÉNÉRATION) provient du développement de la cellule maternelle fécondée par l'élément mâle, et d’après les dernières recherches sur le sujet, de la fusion des deux noyaux des cellules mâle et femelle. Evidemment chacun de ces deux éléments microscopiques fournit de la substance à l'embryon qui résulte de leur rapprochement et qui se nourrit ensuite aux dépens du vitellus de l’ovule. Il ne paraît pas douteux que le sens du développement ultérieur de cet embryon préexiste dans ses éléments premiers. Ceux-ci, dans un cas, donnent naissance à une grenouille, dans l’autre à un bœuf ou un éléphant. La cellule germinative de tous les mammifères est identique sous le microscope actuel. Pourtant de celle-ei naïîtra le plus infime herbivore et de celle-là un homme de génie. Là est le mystère que la science n’a pas encore éclairci. Le dissipera-t-elle un jour? Il faut l’espérer, et pour notre compte nous l’espérons fermement.

Il n’est pas téméraire d’admettre, évidemment, que les transmissions héréditaires se font par l’intermédiaire des éléments de l’embryon. On ne comprendrait point qu'il en pût être autrement. Ces éléments ont donc la propriété d’évoluer dans un sens déterminé. Cette propriété représente ce que Claude Bernard a appelé leur idée directrice. Quelles sont ses conditions d'existence? C’est ce qu’on ignore encore absolument. Rien de ce dont elle dépend n’est accessible à nos moyens actuels d'investigation. Mais les faits vulgaires nous montrent qu’elle existe; ils nous la font constater à chaque instant. Quand on les étudie de plus près, on s'aperçoit en outre que la part des deux éléments, dans la direction imprimée à l’évolution de l'être, n’est pas toujours égale. Tantôt celle de l'élément mâle prédomine, tantôt celle de l’élément femelle. Cela revient à dire que les puissances héréditaires ne sont pas toujours et nécessairement égales. Sans être en mesure de rechercher comment cela se fait et d’en connaître le déterminisme scientifique, on peut toutefois, en observant les effets de l'hérédité, essayer de mettre en évidence les lois naturelles qui paraissent la régir. Les faits gue la pratique zootechnique met à notre disposition pour y arriver sont tellement nombreux, 1ls se répètent avec une telle constance, que la tâche ne semble pas être au-dessus de nos forces. Ces faits nous mettent dans le cas de déblayer le domaine de l’hérédité d’un tas de préjugés et de conceptions erronées dont il a été encombré, soit par les observateurs superficiels ou inattentifs, soit par les esprits purement spéculatifs.

Pour restreindre autant que possible l'étendue de notre exposé, nous lui donnerons la forme didactique, en n’invoquant à l’appui des propositions qui peuvent être considérées comme formulant les lois de l’hérédité que les faits les plus significatifs et les plus faciles à vérifier, parce qu’ils se produisent chaque jour sous nos yeux chez les animaux domestiques. Nous serons forcés ainsi d’en laisser de côté beaucoup qui ont été cités dans les ouvrages spéciaux et acceptés par les auteurs de ces ouvrages sans un contrôle suffisant. Chacune des parties de cet exposé sera consacrée à la démonstration d’une loi.

Loi de l'égalité héréditaire des sexes. — Buffon a le premier, paraît-il, affirmé que le produit hérite de son père les formes extérieures et la couleur, de sa mère les organes intérieurs dont dépend le tempérament. Sa doctrine aussitôt acceptée en Angleterre y a fait fortune. Elle nous est revenue sous le titre de doctrine de Stephens et s’est imposée durant longtemps à tout le monde, mais particulièrement aux hippologues qui, pour la plupart, sont encore convaincus de son fondement. On ne s’est pas contenté de l’admettre en

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s’inclinant devant l'autorité de son auteur, on a essayé d’en faire la théorie. D’après celle-ci, la mère fournirait les deux feuillets moyen et inférieur du blastoderme (premiers rudiments de l’embryon), dont proviennent les organes de nutrition; le père, le feuillet supérieur, d’où dérivent les organes de locomotion, les os, les muscles, les tendons, la peau et ses dépendances, en un mot ce qui constitue le type. Le système nerveux provient de ce même feuillet supérieur, avec les yeux et les oreilles.

Si cette doctrine était exacte, on voit l'influence qu’elle ne pourrait manquer d’exercer sur la sélection des reproducteurs. Dans bon nombre de cas il n’y aurait lieu que de s’occuper du choix du mâle. Et, en fait, c’est ce qui a lieu le plus souvent dans la zootechnie empirique. Elle a pour base les ressemblances et les dissemblances apparentes des produits de croisement entre Equidés caballins et Equidés asiniens, entre les mulets et les bardots ou

-bardeaux, comme Buffon les nommait. Au commen-

cement de son article sur les mulets (il appelle ainsi tous les produits de croisement entre animaux d'espèces différentes), il en a fait une comparaison qu’il faut bien qualifier de tout à fait superficielle. Les auteurs anglais, de leur côté, n’ont pas hésité à affirmer que le produit de l’âne et de la jument ressemble plus à l'âne qu’à la jument, et que celui du cheval et de l’ânesse ressemble plus au cheval qu’à l’ânesse ; que par conséquent c’est toujours la ressemblance du père qui se transmet. Dès lors, les puissances héréditaires seraient nécessairement inégales entre le mâle et la femelle, chacune aurait son rôle déterminé et toujours le même.

Quelle est la valeur des observations sur lesquelles l’affirmation est établie? De là dépend la validité de la doctrine. Il importe donc de l’examiner. Vraisemblablement, ni Buffon, ni les auteurs anglais n’ont eu de fréquentes occasions d’observer les sujets dont il s’agit. En tout cas, leurs appréciations sont restées dans le vague. Nous avons des moyens faciles de préciser davantage et de résoudre la question de’façon à défier toute contestation, ainsi qu’on va le voir. Il ne s’agit pas d’appréciations personnelles, variables conséquemment. Les faits dont nous avons à parler se soumettent à une commune mesure; ce sont des quantités.

On sait que les membres postérieurs des ânes sont dépourvus de châtaignes (voy. ce mot). Tous les chevaux, au contraire, sauf une de leurs espèces vraisemblablement, en ont aux membres postérieurs. Ils en ont donc quatre, tandis que les ânes n’en ont que deux seulement. Qu’en est-il à cet égard des mulets et des bardots ? Des observations personnelles portant sur des centaines de mulets du Poitou m'ont fait voir que tantôt leurs membres postérieurs ont des châtaignes semblables à celles des chevaux, tantôt amoindries de volume, tantôt une seule et tantôt pas du tout. Sur 21 au sujet desquels j'ai pris des notes et qui appartenaient à une compagnie du train des équipages casernée à l'Ecole militaire, à Paris, 13 en avaient de très apparentes, 4 en étaient dépourvus et 4 en avaient deux peu développées et à peine visibles. Jules Maury, de Montpellier, a de son côté signalé leur absence complète sur 9 mules ou mulets et la présence d’une seule rudimentaire sur deux autres. De l’ensemble de ses observations il a conclu (Rec. de médec. vét., 1874, p. 150) que les mulets ont généralement quatre châtaignes, mais que celles du jarret, qui sont en général plus petites que chez les chevaux, manquent très souvent sur les deux membres ou sur un seul.

De ces premiers faits il résulte clairement que pour ce qui concerne les châtaignes, productions de la peau, les mulets héritent de leur père ou de leur mère, et non d’un seul des deux, toujours le même.

Au sujet de ces mêmes productions, Pagenstecher, voyageant en Sicile en 1876, écrivait au rédac-

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teur de Fuhling's landwirthschaftliche Zeitung : « J'ai porté mon attention sur les châtaignes postérieures. Il en est résulté que les bardots en sont privés, tandis que les mulets ordinaires en ont quatre comme les chevaux. » Les bardots observés en Sicile par le naturaliste allemand n'avaient donc pas de châtaignes postérieures. Un que nous avions en même temps sous les yeux, en Poitou, les montrait au contraire complètement développées. Cela prouve qu’il en est sous ce rapport des bardots comme des mulets. Pour les uns comme pour les autres l’hérédité des châtaignes n’a rien de fixe.

Une autre production de la peau peut nous fournir encore un moyen de contrôle et même deux. Buffon a écrit : &« La queue du bardot est garnie de crins à peu près comme celle du cheval; la queue du mulet est presque nue comme celle de l’àne; ils ressemblent donc encore à leur père par cette extrémité du corps.» Voici ce qu’il m'a été permis d'écrire sur ce sujet, dans le Traité de zootechnie, t. Il, 3° édit., p. 21 : « Le nombre des mulets dont la queue porte des crins plus ou moins abondants et longs, depuis son insertion à la croupe jusqu'à son extrémité libre, ne se compte pas. Leur absence est une exception si rare que je ne me rappelle pas en avoir Jamais vu; et pourtant ceux que j'ai pu observer se comptent par milliers dans les campagnes et les foires du Poitou, où s’est écoulée ma Jeunesse, et où je passe encore chaque année une partie de ma vie. J'ai eu, durant un temps, la direction sanitaire immédiate de douze cents de ces animaux au dépôt d’un escadron du train des équipages militaires où j'ai servi. Dans toutes ces circonstances, l’idée de Buffon, rajeunie par les auteurs anglais et acceptée de confiance par les empiriques de la zootechnie, n'a pu m'apparaitre que comme une pure illusion de la brillante imagination du grand naturaliste au style inimitable. »

Il en est de même pour la crinière, qui est rudimentaire chez l’âne, et que j'ai toujours vue tombante et plus ou moins longue chez les mulets.

Buffon a dit aussi : « Les oreilles du mulet sont plus longues que celles du cheval, et les oreilles du bardeau sont plus courtes que celles de l’âne; ces autres extrémités du corps appartiennent donc aussi plus au père qu’à la mère. » On remarquera facilement que la conclusion n’est pas rigoureuse ; car si, dans les deux cas, les oreilles ont la même longueur, elles n'appartiendront pas plus à l’un qu'à l’autre des procréateurs. Or nous avons pu mesurer comparativement, en 1875, les oreilles d’un bardot et celles d’un mulet de même àge, en même temps que la longueur de leur tête. Sur le bardot, âgé de six mois, l'oreille était longue de 23 centimètres et la tête de 41; sur le mulet, la longueur de l'oreille était de 24 centimètres et celle de la tête de 48. Il s’ensuit que l'oreille du bardot s’est montrée relativement plus longue que celle du mulet, ce qui ne concorde pas du tout avec l’appréciation de Buffon. Du reste, dans son ensemble, ce bardot différait si peu des mulets qu’il a pu être vendu à la foire comme mulet. Il en avait été de même pour un autre précédemment, né de la même ânesse et du même cheval.

Passons au squelette, dont les auteurs ne se sont pas occupés, s’en tenant aux apparences extérieures. [1 nous fournit un précieux moyen de contrôle. Les ânes n’ont dans le rachis que trente-cinq vertèbres, dont trente présacrées; tous les chevaux, sauf une espèce, en ont trente-six, dont trente et une présacrées. C’est la région lombaire qui diffère : elle en compte cinq seulement chez les premiers et six chez les autres. Les anatomistes qui se sont occupés des squelettes des mulets sont en désaccord, d’après leurs propres observations, sur le nombre des vertèbres de cette région. Les uns lui en attribuent cinq, les autres six, et d’autres enfin tantôt cinq et tantôt six. Cela suffit pour mon-

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trer que le nombre en est variable, et que, sous ce rapport, les mulets héritent ou de leur père, ou de leur mère, comme pour le reste. Il en est de même au sujet des formes cràniennes, et notamment du type céphalique. En Poitou, par exemple, où l'accouplement de l’âne brachycéphale se fait avec des juments dolichocéphales, les mulets sont de l’un ou de l’autre type ou bien d’un type indécis entre les deux. Ils ont l’arcade orbitaire paternelle ou bien celle de leur mère. Rien n’est fixe à cet égard.

On voit donc à quel point se sont trompés les observateurs qui, s'en tenànt à leurs impressions plus ou moins superficielles, ont édifié la doctrine de la prépondérance héréditaire du mâle sur les faits relatifs aux Equidés hybrides. L'examen des métis de même genre, beaucoup plus nombreux, nous fournirait en abondance des preuves analogues, mais elles seraient moins frappantes pour les lecteurs non familiarisés avec la cràniologie. Les faits de conflit d'hérédité constatés dans le rachis des métis provenant de l’espèce chevaline à trente-cinq vertèbres, sont surtout concluants. Mais nous voulons nous borner à des résultats d’une appréciation plus facile et à la portée de tout le monde.

Weckherlin nous à fait connaître en détail ce qui s’est passé dans des opérations de croisement poursuivies à la ferme royale de Rosenhain, en Wurttenberg, entre Bovidés taurins et zébus, et dans lesquelles les mâles ont été alternativement parmi les premiers et parmi les seconds. On sait que Les zébus se distinguent à première vue par la bosse qu'ils ont sur le garrot. La transmission héréditaire de cette bosse peut permettre de juger la question qui nous occupe. Il s’agit de savoir si les produits en seront ou non tous pourvus, et, dans le dernier cas, quelle sera l'origine de ceux à qui elle manquera. D’après la doctrine anglaise, seuls les produits du mâle zébu devraient l’avoir. Eh bien, ce qui a été observé, c’est que tous les sujets montraient la bosse du garrot plus ou moins forte, qu’ils eussent pour père un mâle de l'une ou de l’autre espèce, le zébu ou le taurin.

Voici maintenant ce qui concerne une expérience non moins concluante, faite par moi-même, et dont nous empruntons le récit au Traité de zootechnie : «Les 2 et 3 décembre 1872, j'ai fait accoupler à Grignon une jeune truie de race Celtique pure, âgée de huit mois, avec un sanglier de même âge appartenant à la variété d’Algérie. Dans. la nuit du 26 au 27 mars 1873, cette truie fit six jeunes, dont quatre femelles et deux mâles. Peu de jours après leur naissance, une des petites femelles mourut. Les cinq autres ont été conservés jusqu’en 1876, et ils ont servi à des expériences dont il sera parlé ultérieurement. Tous sans exception ont montré les caractères extérieurs de leur race maternelle. Ils en avaient notamment le profil facial à angle presque droit rentrant, et les oreilles larges et tombantes. Quant à la couleur de leur peau, deux seulement présentaient des taches noires assez larges, l’une au cou, l’autre à la croupe; les quatre autres en avaient de tout à fait petites, disséminées sur Le corps et sur le groin ; les soies étaient uniformément blanches. Aucun par conséquent n'est né avec la livrée du père, qui était entièrement noir, avec des bandes longitudinales de nuance moins foncée. Quant aux vertèbres de la région lombaire, ils en avaient tous six, comme leur mère, au lieu de cinq seulement, comme leur père. Chez l’un des mâles, la première avait une des apophyses transverses plus étroite et pourvue d’un appendice ressemblant à un rudiment de côte. Les six squelettes sont du reste conservés au musée de l'école de Grignon. » Ajoutons que de belles aquarelles de ces sujets ont été exécutées et sont aussi conservées.

Nous ne saurions mieux faire que d'emprunter également au traité cité la conclusion qui découle des faits qu’on vient de rapporter. « De tout ce qui

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précède, nous avons le droit de conclure, avec les zootechnistes les plus autorisés de l’époque actuelle, que les deux sexes ont en général, c’est-àdire théoriquement, une influence héréditaire égale sur le produit de l’accouplement, pour ce qui concerne la transmission des formes extérieures ou intérieures et des aptitudes qui en dérivent, à puissance héréditaire individuelle égale, bien entendu; que les prétentions contraires s'appuient sur des conceptions subjectives ou des illusions d’observation. » En d’autres termes, chaque sexe n’a point ses transmissions exclusives ; le mâle et la femelle, en tant que mâle et femelle, sont égaux en puissance héréditaire. Ils ne peuvent être inégaux qu’en tant qu'individus, ce qui est tout à fait différent et nullement nécessaire comme la différence de sexe.

Loi de l'hérédité individuelle. — La connaissance exacte et complète de cette loi, dans ses manifestations diverses, est à la fois l’une des plus importantes et des plus difficiles à acquérir, dans l'étude des phénomènes de l’hérédité. Ce sont les transmissions purement individuelles, c’est-à-dire de ce qui est exclusivement propre à l'individu, de ce dont il n’a pas hérité lui-même, de ce qui a pu lui survenir accidentellement après sa naissance, sous des influences extrinsèques, c’est cela qui se prête le plus aux erreurs et aux confusions. Une école très en faveur prétend, pour les besoins de sa thèse favorite, qu’il n’y a point d’autre hérédité que celle-là. J1 faut en effet, pour que cette thèse se soutienne, que les variations individuelles soient toujours transmises, et que leur transmission ne puisse être primée par rien, notamment par les formes considérées par nous comme spécifiques (voy. Espèce). S'il n’en est pas ainsi, le transtormisme s'écroule, pour quiconque en fait autre chose qu'une croyance dogmatique.

Comme nous l'avons dit ailleurs, il est certain que chez toutes les espèces animales on observe des sujets des deux sexes qui, dans tous leurs accouplements, transmettent aux produits de ces accouplements leurs propres caractères, quels que soient ceux de leur conjoint ; dans l’acte physiologique de la reproduction, ils dominent toujours complètement. Ces sujets-là sont doués d’une grande puissance héréditaire individuelle. Les praticiens, qui les estiment et les recherchent beaucoup, surtout quand ïls sont mâles, à cause de la polygamie, disent d’eux que ce sont de bons reproducteurs, qu'ils se reproduisent bien. D’autres, au contraire, sont absolument dépourvus de cette puissance. Un des plus remarquables chevaux de course de ce siècle, Gladiateur, en peut fournir un exemple frappant. Parmi les nombreux poulains qu’il a engendrés, or en chercherait en vain un seul qui fût sorti de la moyenne, qui eût approché de sa juste célébrité. Superbe de formes et exceptionnel par son aptitude, l’étalon Gladiateur s'est montré un très médiocre reproducteur. Il était donc bien manifestement dénué de puissance héréditaire individuelle.

Parmi les faits capables de mettre en évidence la réalité de cette puissance, 1l n’en est guère de plus topiques que ceux relatifs à la transmission du sexe. Nul doute qu’elle ne soit nécessairement unilatérale. Le sexe ne peut être hérité que du père ou de la mère, hors le cas curieux de génération parthénogénésique. Et la loi qui régit cette transmission n’a pas seulement un intérêt théorique. Dans l’industrie zootechnique, il n’est jamais indifférent d'obtenir des mâles ou des femelles. Ces industries sont fondées, en général, ou sur la production des uns, ou sur celle des autres, dont la valeur commerciale est plus grande, dans le cas particulier. Si l’on pouvait à coup sûr obtenir, en Poitou, des mules plutôt que des mulets, celles-là se vendant toujours au moins 200 francs de plus, à l’état de gitonnes (voy. ce mot), l'industrie s’en trouverait

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singulièrement favorisée. Ce n’est pas le seul exemple qu’on en pourrait citer.

Il n’est pas douteux que certains individus mâles, fécondant un groupe plus ou moins nombreux de femelles, procréent plus de mâles que de femelles, d’autres plus de femelles que de mäles, d’autres exclusivement des mâles ou des femelles. Ayant relevé le sexe des poulains de variété Anglaise de course nés en 1871, et dont les pères étaient authentiquement connus, puisque la variété a, comme on sait, un livre généalogique, j'ai trouvé que les étalons Wild Oats et Marignan avaient eu des nombres égaux de fils et de filles, chacun 4 poulains et 4 pouliches ; que Monitor avait fait 5 mâles et 4 femelles ; Le Sarrasin, 6 poulains et 2 pouliches; Monta-, gnard, 3 poulains et 1 pouliche; Ruy Blas, 4 mâles et 2 femelles; Vertugadin, 2 poulains et 9 pouliches ; enfin Florentin n'avait à son compte qu’un seul produit, et c'était une femelle.

Nous avons relevé aussi les naissances pour une période de dix années, dans la variété des Courtescornes français dits race de Durham. Nous avons trouvé 824 produits mâles et 925 femelles. Ces nombres se rapportent aux années 1871, 1875 et 1879. Ils montrent une infraction à la règle, qui est que dans l’ensemble la somme des produits mâles dépasse toujours un peu celle des femelles. Et sans entrer dans le détail on en peut conclure au moins qu'un assez grand nombre de taureaux ont procréé principalement des femelles, sinon tous.

Des statistiques plus précises faites sur le troupeau de l'Ecole de Grignon pour les années 1874, 1875 et 1876, nous ont montré que dans ces trois années il y a eu 392 agneaux, faits par une moyenne de 86 brebis, fécondées par 18 béliers différents. Sur ces 392 agneaux il y a eu 209 mâles et 183 femelles. La proportion des màles a donc été un peu plus forte que d’ordinaire. En moyenne c’est 106 contre 100. Dans le détail de la statistique, on voit qu'un des béliers a fait 42 mâles contre 29 femelles avec o0 brebis; qu’un autre a fait 16 mâles et 15 femelles avec 20 brebis; qu’un autre a fait au contraire 13 femelles et » mâles avec 10 brebis; un autre, 46 femelles et 33 mâles avec 38 brebis; d’autres béliers ont fait des nombres sensiblement égaux de mâles et de femelles. Là, comme chez les autres genres, il y a donc bien évidemment un déterminisme pour le sexe procréé, dépendant des individus accouplés, puisque les sexes ne se répartissent pas également entre les individus divers. Quel est ce déterminisme ?

Les faits établissent à n’en pas douter qu’il est bien décidément individuel. Mais dépend-il de conditions extrinsèques agissant au moment actuel sur les reproducteurs ou seulement sur l'embryon ? C’est ce qu’il faudrait savoir. De nombreuses tentatives d'explication ont été faites par divers auteurs. Un entomologiste allemand avait prétendu établir que, chez les Abeilles, le sexe est déterminé par la forme des alvéoles dans lesquelles les larves se développent et par la qualité de l'alimentation qu'elles y reçoivent. Nous avons démontré péremptoirement par des expériences, en collaboration avec le pasteur Bastian, qu'il n’en est rien. Auparavant, un naturaliste de Genève avait soutenu que la sexualité dépend du degré de maturité de l'ovule au moment de sa fécondation. Soumise de divers côtés à la vérification expérimentale, son affirmation a été reconnue insoutenable. Le premier, croyons-nous, nous lui avions opposé l’objection tirée de l'observation constante de ce qui se passe dans la pratique de la reproduction des Equidés, où les femelles sont à peu près toujours saillies même avant qu'elles soient décidément en rut. D’après la théorie de ce naturaliste, elles n’auraient dû faire ainsi que des produits de leur sexe. De tout cela il n’est plus question.

La seule explication qui paraisse avoir pour elle

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les plus grandes probabilités est celle qui a été donnée depuis longtemps déjà par Girou de Buzareingues et à l'appui de laquelle il a accumulé un grand nombre de faits, dans son ouvrage sur la génération publié en 1828. Elle attribue le déterminisme que nous cherchons à la puissance héréditaire individuelle, caractérisée par l’état constitutionnel dans lequel se trouvent, au moment de l’accouplement, les individus accouplés. Celui qui, par son âge relatif ‘ou par tout autre motif, est à ce moment-là le plus vigoureux des deux, transmet son sexe. Il faut reconnaître que cela s’est vérifié toutes les fois que les différences entre les reproducteurs ontiété assez nettes pour ne point permettre des erreurs d'appréciation. Nous avons, pour notre compte, relevé tous les faits publiés sur ce sujet, en les rapprochant de nos observations per- ‘sonnelles, qui ont été nombreuses. Il semble impossible de ne pas les trouver absolument confirmatifs. Les plus nombreux se rapportent à ce qui se passe dans les troupeaux, entre jeunes béliers vigoureux et brebis fatiguées par l'allaitement, et, pour les mêmes béliers, au commencement, au milieu et à la fin de la lutte, avec des brebis de leur âge. C’est sur des faits de ce genre, d’ailleurs, que Girou de Buzareingues a étayé sa proposition. Toujours on observe plus d’agneaux mâles que de femelles dans le premier cas; dans le second, le sexe mâle l'emporte au début de l’agnélage, les sexes s’équilibrent ensuite, puis le sexe femelle l'emporte à son tour. C’est, bien entendu, à la condition que la lutte ait eu lieu en liberté. Nous l’avons vérifié nous-même constamment dans le troupeau de l’école de Grignon.

Mais le plus frappant de tous les faits publiés sur ce sujet et qui a été trouvé tel par tous ceux qui en ont eu connaissance, concerne lJ’âne étalon observé par nous durant plusieurs années dans une localité de l’ancien Poitou, et qui avait la réputation justement acquise de n’engendrer que des mules avec toutes les juments qu'il fécondait. Ses saillies étaient, pour ce motif, l'objet d’une grande concurrence. Et pourtant, à le voir, on en aurait difficilement trouvé l'explication. Une fourbure ancienne avait déterminé chez lui une telle rétraction des tendons fléchisseurs des membres antérieurs, qu’il lui était presque impossible de se tenir debout. Il ne se levait du reste que pour aller, tout près de sa loge, saillir les juments. Ce genre d’existence n’était évidemment pas propre à le rendre vigoureux, malgré son tempérament solide. Il avait d’ailleurs atteint un âge avancé. Il m'avait paru singulier, on le comprendra sans peine, de voir estimer à ce point ce baudet souffreteux, et je voulus en connaître la raison. J’appris alors, par une enquête auprès des clients de l'établissement, qu’on était à peu près sûr d’avoir une mule de la jument saillie par lui.

Sans insister davantage, pour ne pas allonger outre mesure cet article, on peut tenir la proposition pour démontrée et considérer le déterminisme sexuel comme dépendant de l’individualité des reproducteurs. Mais on ne saurait se dissimuler, ainsi que nous l'avons déjà remarqué ailleurs, que si cela n’est théoriquement point douteux, il s’en faut de beaucoup que nous soyons en état d’en tirer tout le parti pratique que le fait comporterait. Pour apprécier exactement l’état physiologique réciproque des repragucteurs en présence, la commune mesure nous niahque. Seules les différences extrêmes nous frappent. Cela ne s’apprécie sûrement ni au poids ni à la mesure métrique. Les phénomènes qui consttuent ce que nous nommons l’état physiologique sont extrêmement complexes. Dans l’état actuel de da science, leur appréciation comparative ne peut relever que du tact personnel ou de l’aptitude spéciale de l’observateur. La connaissance de la loi que nous avons essayé de dégager des faits pour

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la mettre en évidence ne peut donc que guider l'observation des cas particuliers en l'éclairant, mais non point y suppléer ou la rendre inutile en la remplaçant par une formule applicable pour tout le monde, au moyen du mètre ou de la balance. Toutefois, quoique difficile à appliquer dans beaucoup de cas, la loi n’en reste pas moins importante à connaitre. C’est quelque chose de savoir que le déterminisme du sexe dépend uniquement de l'individualité des reproducteurs. Cela élimine toute autre considération.

La transmission des autres caractères naturels propres à l'individu, de ceux que l’on peut qualifier de congénitaux parce qu'il les avait en naissant, et aussi celle de ses qualités acquises sous l'influence des conditions dans lesquelles il s’est développé, des qualités qui le font considérer comme amélioré, par exemple, sont, nous l'avons vu plus haut, sous l'empire de la même loi. Accouplés avec n’importe quel conjoint, certains sujets les transmettent infailliblement, certains autres ne les transmettent jamais ou que rarement. On ne peut donc pas dire d’une manière décidée et sans restriction que les qualités acquises artificietlement sont héréditaires ou qu'elles ne le sont point. Les auteurs qui se sont prononcés fermement à cet égard, tranchant I: question dans un sens ou dans l’autre, ont montré par là qu'ils ne l’avaient point suffisamment étudiée, ou qu'ils généralisaient abusivement des observations particulières. En réalité, les résultats sont extrêmement variables, comme les états respectifs des reproducteurs.

Dire absolument que les modifications acquises par l'individu ne sont pas héréditaires serait méconnaître les faits les plus habituels de la zootechnie. L'application de nos méthodes a pour objet, précisément, de propager par l’hérédité les développements d'aptitude que nous réalisons chez quelques individus. Il est seulement permis d’affirmer qu'elles ne le sont pas toujours et nécessairement, comme les caractères spécifiques. Et l’on doit dès lors rechercher les conditions de leur transmissibilité, qui se trouvent dans la puissance héréditaire individuelle. 10

Mais parmi ces modifications il en est dont la transmission n’a jamais encore, que nous sachions, été constatée. Les affirmations contraires, qui sont souvent répétées sans contrôle, ont principalement pour raison des erreurs d'interprétation. Il s’agit des mutilations superficielles que l’on fait subir à certains animaux, en leur amputant, par exemple, la queue ou les oreilles. Beaucoup de personnes: sont convaincues que les effets de ces mutilations sont devenus héréditaires, notamment celle de Ia queue, chez certaines races de chiens, ou mieux chez certaines variétés, qui naissent en effet, paraît-il, avec la queue courte. C’est le cas pour les chiens de la variété du Bourbonnais. On pense aussi que les bœufs sans cornes les ont perdues artificiellement.

On observe parfois, dans une portée de chiens dont le père et la mère sont pourvus d'une queue de longueur normale, un ou plusieurs jeunes naissant avec la queue écourtée comme si elle avait subi une amputation. Les faits de ce genre, qui ne paraissent pas très rares, ont été attribués à l’hérédité, et l’on n’a pas hésité à les expliquer en supposant qu'il s'agissait de la transmission d’une mutilation subie par un parent plus ou moins éloigné de l'individu observé. Dans le cas où le père reste inconnu, c’est lui qui est supposé avoir été écourté. En tout cas, la science ne possède aucun document authentique permettant de résoudre la question de savoir s’il s’agit là d’un phénomène tératologique ou d’un phénomène d’hérédité pure et simple. Nul ne connaît, notamment, l’origine des chiens à courte queue dont il a été parlé plus haut. On ignore s’ils sont naturellement tels ou s'ils ré-

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sultent de la multiplication par génération de sujets écourtés accidentellement. S'ils étaient seuls, ces faits devraient donc nous laisser indécis.

Mais pour élucider le sujet de la transmissibilité de la queue amputée, en général, nous possédons, on peut le dire, des faits par millions. L'expérience se répète chaque année dans toutes les parties du monde où il y a des moutons Mérinos, et aussi d’autres qui sont d’origine anglaise, comme les Southdowns, les Leicesters, etc. Tous les agneaux et toutes les agnelles de ces variétés ovines subissent invariablement, quelques semaines après leur naissance, et cela depuis de longues années, l’amputation de la queue à quelques centimètres de sa base. Les brebis et les béliers qui les fécondent ont donc tous la queue ainsi raccourcie. Il n’en faut pas moins, chaque année, recommencer l'opération sur les agneaux, qui naissent invariablement avec leur longue queue. J'ai, pour mon compte, dans le cours de ma carrière, vu déjà bien des agneaux Mérinos; il ne m’est encore jamais arrivé d’en rencontrer un seul qui fût né avec une queue courte. Hermann von Nathusius fait, dans ses Vortraege über Viehzucht und Rassenkenntniss, la même déclaration : « Parmi les plusieurs milliers d’agneaux qui, dit-il, me sont passés par les mains depuis plus de quarante ans, je n’en ai pas encore vu un seul qui soit né avec une queue naturellement raccourcie. » Il ajoute, au sujet des chiens, qu’à sa connaissance le cas cité ne se présente point plus fréquemment chez les variétés où l’on mutile ordinairement l'organe que chez les autres. Il semble done bien qu’on soit autorisé à conclure que la mutilation de la queue ne se transmet point héréditairement, pas plus du reste que ne se transmet celle des membres, dans notre propre espèce.

Bon nombre de tentatives d’amputation des chevilles osseuses frontales, chez les jeunes Bovidés des deux sexes, ont été faites en vue de créer, par hérédité, des variétés bovines sans cornes. Elles ont, à notre connaissance, toujours échoué. De: variétés ovines privées de cornes, bien que le typ: naturel auquel elles appartiennent en soit pourvu chez les mâles, existent en assez grand nombre, notamment dans la race Mérinos dont nous venons de parler. Aucune n’a été formée par amputation. Elles prouvent toutefois que l’absence des cornes, lorsqu'elle se manifeste individuellement ct par arrêt de développement congénital, se transmet à peu près sûrement par l’hérédité.

Une autre mutilation est aussi très communément pratiquée dans certaines races de chiens : c’est celle des oreilles. Il n'en faut pas moins la recommencer sur chaque génération. Elle ne se transmet donc point. De même pour celle du prépuce des israélites. On a bien, il est vrai, constaté quelques cas d'absence de l'organe sur des nouveau-nés juifs ; mais il s’en constate tout autant sur des enfants dont aucun ascendant n’a jamais été circoneis. Du reste, il est évident que si la mutilation dont il s’agit était héréditaire, la circoncision eût dû être abandonnée comme superflue et même impossible depuis bien des siècles.

A ce qui précède il convient cependant d'ajouter une restriction que nous avons déjà formulée ailleurs. « Contrairement à ce qui semble ainsi bien établi pour les amputations d'organes plus ou moins accessoires, les lésions traumatiques ou non des parties essentielles du système nerveux paraissent jouir à un très haut degré de la puissance héréditaire individuelle. Des résultats d'expériences dues à Brown-Séquard tendent à le prouver d’une manière indéniable. Dans les portées des femelles de cobayes qu'il rend épileptiques par l’hémisection de la moelle épinière, on observe toujours un nombre plus ou moins grand de jeunes chez lesquels plus tard l’attaque d'épilepsie peut être de même provoquée par l’irritation de la peau de la région qu’il

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a appelée zone épileptogène. Il en est de même pour les changements que provoque dans la grandeur de l'œil la section du sympathique, et pour d'autres phénomènes du même genre constatés par l’infatigable et fécond expérimentateur. Là se trouvera peut-être la clef des quelques faits incontestables d’hérédité individuelle qui, dans l’état de la science, s'offrent comme de rares exceptions à la règle que nous posons. »

Dans ces exceptions rentreront vraisemblablement les quelques malformations fœtales n’intéressant, en apparence, que des organes peu importants, et au sujet desquelles certains auteurs soutiennent qu'elles sont héréditaires, tandis que d’autres le contestent, si l’on parvient à établir qu’elles le sont réellement.

* En attendant, il nous reste à examiner un point fort important pour la zootechnie des Equidés. II s’agit de ces périostoses qui surviennent à un certain âge au voisinage des articulations des membres, et en particulier de celle du jarret. Elles sont connues sous les noms de jarde ou jardon et d’éparvin (voy. ces mots). Les hippologues et ceux qui prennent eux-mêmes la qualité d'hommes de cheval sont à peu près tous convaincus que ces tarés osseuses, comme ils les appellent, se transmettent héréditairement, Pourtant ils contestent, avec non moins de conviction, qu’il en soit de même pour les autres périostoses qui se montrent, par exemple, sur la: diaphyse des mêmes os et auxquelles ils donnent le nom de suros. Les deux sortes de lésions sont cependant tout à fait de même ordre. Elles sont l’une et l’autre le résultat de l'irritation du périoste qui, irrité, produit une prolifération de cellules osseuses donnant naissance à la tumeur.

Au sujet des tares du jarret, il est bien difficile de démèêler nettement, dans l'apparition de ces phénomènes pathologiques, si c’est la tumeur ellemême qui a été transmise par hérédité ou si ce n’est pas plutôt la conformation vicieuse de l’articulation, à laquelle elle a été due chez l’ascendant direct. L’hérédité de cette conformation n’est en tout cas point douteuse, tandis qu’il serait embarrassant de citer un seul cas bien observé d’apparition de jarde ou d’éparvin sur un jarret d’ailleurs régulièrement disposé et par conséquent d'une solidité irréprochable. Sur l'articulation faible du descendant, comme sur celle de l’ascendant, le périoste s’irrite à un moment donné, aux points d'insertion des ligaments, sous l'influence des tiraillements de ceux-ci, et la tumeur se développe. Ce n’est pas de cette tumeur que l'individu a hérité, c’est de l’aptitude à la contracter, parce que son ascendant ou ses ascendants lui ont transmis une articulation faible. S'il ne travaillait point, il ne la contracterait pas. C'est donc le travail, ou plutôt les efforts qu’il nécessite qui en sont la condition déterminante, et ce n’est conséquemment pas l’hérédité. D'où l’on peut conclure que les périostoses du jarret né sont pas plus héréditaires que les autres, et qu'il n'y aurait pas lieu d’écarter de là reproduction un étalon ou une jument ayant des jarrets bien conformés, s’il arrivait qu'on y constatàt la présence des périostoses en question.

Il faudrait rattacher aussi à l’hérédité individuelle les faits attribués à l'influence des impressions reçues par la mère durant son état dé gestation, de même que ceux qui concernent la prétendue imprégnation ou infection dont elle serait l’objet, de la part du premier mâle qui la féconde. Ces faits, qui doivent être discutés, pour mettre en évidence leur véritable interprétation, le sont à des places plus convenables, dans des articles spéciaux (VOY. IMPRÉGNATION et REGARDS).

Loi de l’atavisme.— L'’atavisme est encore appelé hérédité ancestrale. Ce dernier nom suffit pour le définir. C’est, comme l’a dit Baudement, qui le premier, croyons-nous, en a eu la notion nette, l'en-

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semble des puissances héréditaires de la race, en opposition avec l'hérédité individuelle. C'est l’atavisme qui assure la constance ou la fixité des types naturels. Il n’y a point, pour la zootechnie, de notion plus importante que celle-là. En outre, il nyena guère qui aient été plus controversées et qui aient donné lieu à plus de contradictions. Les partisans de la doctrine transformiste en ont fait, dans ces derniers temps, un singulier abus, qui l'aurait certainement compromise, si cela eût été possible. Franchissant en imagination de longues séries de siècles, ils n’ont pas hésité à attribuer à l’atavisme des faits dont la tératologie rend un compte au moins plus vraisemblable. Inversement, et pour les besoins de la cause, il leur arrive de laisser complètement de côté l'atavisme, pour n’admettre plus que la puis-

sance héréditaire individuelle, toujours seule agis-

sante. Ceci est en vérité plus logique, sinon plus exact. Mais il faudrait en tout cas s’y tenir, car il y a contradiction nécessaire entre les deux modes de l’hérédité, et toujours lutte dans laquelle c’est tantôt l’un et tantôt l’autre qui est vaincu.

À part la transmission infaillible, dans la suite des générations d'un type naturel, des caractères propres à ce type ou caractères spécifiques, ce qui est la manifestation la plus commune de la loi d’atavisme, de l’hérédité des ancêtres (atavus, aieul), nous en constatons, dans la série animale, qui ne laissent aucune prise ni à l'interprétation ni au doute. Chez les Abeilles, par exemple, le mâle ne diffère pas de la femelle seulement par les organes sexuels, comme on sait : les formes du corps et même le nombre des pièces qui le composent sont différents. On sait aussi que la mère Abeille de la ruche engendre toute seule les mâles ou faux bourdons. C’est un cas de parthénogénèse incontesté parmi les naturalistes. Le mâle d’Abeille n’a par conséquent point de père, dont il puisse hériter. Il n’a que des aïeux maternels. Il n’hérite évidemment point de sa mère, puisqu'on vient de voir qu'il en diffère complètement. Il ressemble au contraire de tout point à son grand-père, qui ressemblait au sien propre, et ainsi de suite dans la série des aïeux maternels. C’est donc là un fait d’atavisme régulier, nécessaire, inévitable, et vraiment frappant. Aucun autre n’est plus propre à en donner l’idée nette et précise.

Dans certaines conditions, ce fait devient encore plus démonstratif. Les apiculteurs exploitent deux espèces d’Abeilles, l’une brune, dite commune, et l'autre jaune, appelée italienne. Il arrive que la mère italienne d’une ruche est fécondée par un mâle brun. Les œufs qu’elle dépose dans les cellules d’ouvrières de sa ruche donnent alors naissance à des individus métis, portant à des degrés divers la trace du croisement. Les bourdons qui se développent dans les cellules de mâles où elle a pondu se montrent au contraire toujours de purs italiens. Mais il arrive aussi que dans cette même ruche se développent des jeunes mères qui ne paraissent pas avoir hérité de leur père brun. Elles ont toutes les apparences de l’espèce italienne. Fécondées ensuite par un mâle italien, on trouve parmi les bourdons qu’elles ont produits toujours une proportion plus ou moins forte d'individus bruns à divers degrés. Dans l’un comme dans l’autre cas, c’est donc bien l'influence du grandpère qui s’est fait sentir, puisque, encore un coup, il n’y a pas eu de père auquel cette influence puisse être attribuée. Nous avons eu personnellement l’occasion de constater des faits de ce genre en 1868, dans le rucher du pasteur Bastian, de Wissembourg, notre collaborateur pour les expériences sur la sexualité des Abeilles. Ils lèveraient au besoin tous les doutes sur la réalité du mode d’hérédité dont 1l s’agit, en tant que mode naturel et nécessaire, c’est-à-dire en Ce qui concerne les caractères spécifiques.

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Mais pour si intéressant qu'il soit de mettre l’atavisme en évidence à l'égard de ces caractères et de le préserver du discrédit qu’entraînerait l'abus qui en a été fait, cela ne suffit point à la zootechnie. La philosophie naturelle en serait satisfaite, sans doute. La production animale, qui n’opère point seulement sur ces caractères-là, doit être éclairée en outre sur la question de savoir si les qualités acquises sous l'influence de l'application des méthodes zootechniques peuvent, elles aussi, à un moment donné, mettre en jeu la loi de l’atavisme, en d’autres termes si elles peuvent arriver à une puissance héréditaire autre que l’individuelle. C’est l'expérience qu’il faut interroger.

Les éleveurs habiles et observateurs de tous les pays, ceux de l'Angleterre surtout, montrent depuis longtemps qu’ils n’ont point de doute sur ce sujet. L’attention prépondérante que les Anglais accordent à ce qu’ils nomment le Pedigree des reproducteurs, à leur généalogie, aux preuves de leurs ascendants connus, en un mot aux antécédents de famille, est suffisamment démonstrative sur ce point. Les livres généalogiques n’ont pas seulement pour objet d’assurer la conservation de la race à l’état de pureté. Ils enregistrent aussi les qualités individuelles qui semblent, par leur distinction de plus en plus accentuée, être devenues un héritage de famille, et qui, en réalité, le sont devenues en effet, ainsi qu’on l’a signalé ailleurs (voy. FAMILLE).

La vérification expérimentale confirme pleinement la justesse de cette conviction des éleveurs. Il est bien certain que, dans l’appréciation de la puissance héréditaire, envisagée au point de vue pratique, la considération d'origine prime celle des qualités individuelles. Une longue lignée d’ancêtres distingués par les aptitudes dont ils ont fait preuve : offre plus de garanties de puissance héréditaire que la distinction individuelle la plus grande; et l’on sait que les chances de transmission ceroissent comme la longueur de cette lignée. Plus la famille est ancienne, dans le sens qui a été défini, plus son atavisme propre est puissant. Il y a donc, d’après cela, un atavisme de famille comme il y a un atavisme de race.

Cet atavisme de famille, il est à peine besoin de le faire remarquer, ne touche que les qualités acquises, et à leur sujet on peut dire qu’il représente l’ensemble des puissances héréditaires de la famille, comme l’autre représente celles de la race. C’est ainsi que des choses d’une hérédité précaire et fort . aléatoire, quand elles ne sont qu'individuelles, se transmettent à peu près sûrement lorsqu'elles ont été cultivées dans une suite de générations.

Dans l’un comme dans l’autre des deux eas, l’ata- . visme, on le comprend sans peine, ne diffère que par son intensité, qui est proportionnelle à l’ancienneté des faits par lesquels le fonctionnement de sa loi se manifeste. À l'égard de la race, cette ancienneté remonte jusqu’à l’origine du type naturel, par conséquent jusqu’à une date qui nous échappe, mais depuis laquelle il s’est certainement écoulé une longue série de siècles. Au sujet de la famille, cette date est parfois toute récente, ct elle nous est . toujours connue, puisque c’est la condition nécessaire de son existence. Quoi qu’il en soit, le fonctionnement de la loi d’atavisme ne se traduit pas seulement par la continuité des transmissions héréditaires sur lesquelles nous avons insisté. Parfois il se manifeste par l'apparition tout à fait inattendue de caractères ayant appartenu à un ancêtre éloigné et oublié. Ces phénomènes de retour qui ont une importance énorme, à la fois théorique et pratiqué, et qui ont été tant de fois négligés, doivent faire l'objet d’un article spécial (voy. RÉVERSION).

Loi des semblables. — Formulée d’une manière très générale par Linné, la loi dont il s’agit ici a besoin, pour acquérir toute sa valeur zootechnique, d’être exprimée avec plus de précision. Le savant

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naturaliste ne l’a envisagée qu’au point de vue de la perpétuité des espèces. En effet, les sujets de même race ou de même origine sont toujours semblables par leurs caractères spécifiques, et en s’accouplant ils transmettent sûrement à leur descendance ces caractères. Pour le reste on ne pourrait point dire avec lui que les semblables engendrent leur semblable, car cela aurait pour conséquence d’exelure lindividualité, dont la caractéristique est naturellement irréductible. Le descendant de deux individus aussi semblables que possible en diffère toujours par quelque point. Il ne serait pas luimême un individu sans cela.

Il faut entendre la loi des semblables en ce sens qu'une qualité héréditaire quelconque, existant à la fois chez les deux reproducteurs accouplés, a toutes les chances d’être transmise, sauf celles qui dépendent de l’atavisme. Il ne suffirait pas, en effet, de conjoindre deux métis de même origine et aussi semblables que possible par les caractères spécifiques ou caractères cräniologiques, pour obtenir à coup sûr un produit qui leur fût semblable. Les nombreuses tentatives qui ont été faites pour fixer de la sorte des types intermédiaires, des types artificiels, ont toujours échoué. Les affirmations contraires ont leur source dans l'illusion, tout au moins. La réversion s’y oppose et la loi d’atavisme prévaut toujours, pour ce qui concerne ces caractères-là. Il n’en est pas de même pour les autres, du moins avec une pareille infaillibilité. Il n’en est surtout pas ainsi pour les aptitudes développées par la gymnastique fonctionnelle. Celles-ei se transmettent à peu près sûrement quand elles existent chez les deux reproducteurs. Leur transmission peut être considérée comme infaillible si, avec cela, elles sont un apanage de famille dans les deux lignes, et surtout si les deux reproducteurs sont de même famille et proches parents (voy. CONSANGUINITÉ).

D’après tout ce qui précède il est facile de s’en rendre compte. En ce cas, toutes les puissances héréditaires convergent, toutes les lois de l’hérédité fonctionnent dans le même sens. Que l’hérédité soit individuelle ou ancestrale, qu'elle soit unilatérale ou bilatérale, peu importe, le résultat sera toujours le même, l’aptitude sera toujours transmise, puisque, existant chez les deux reproducteurs, elle a existé également chez leurs ancêtres. C’est pourquoi nous avons pu dire justement que la consanguinité élève l’hérédité à sa plus haute puissance, parce que les proches parents réalisent au plus haut degré les conditions de la loi des semblables.

Nous voulons reproduire ici l’un des exemples les plus saisissants du fonctionnement de cette loi, dans les termes où nous l’avons présenté déjà depuis bien longtemps. Il s’agit de l’histoire de la formation du troupeau de Mauchamp, écrite par Yvart, qui n’y avait d’ailleurs point vu l’enseignement que nous en avons tiré. On sait que ce troupeau, une fois complètement formé, était composé de Mérinos différant des autres seulement par le caractère de leur lainage, dont le brin, d’un éclat soyeux, était faiblement ondulé, au lieu de présenter des courbes de frisure nombreuses et rapprochées. On sait aussi que ce caractère de lainage s'était d'abord manifesté accidentellement en 1828 sur un seul individu mâle, et qu'il s’est propagé par hérédité, grâce au soin pris par le propriétaire du troupeau dans l'emploi de cet individu et de sa descendance à la reproduction. Chaque année, dit Yvart (Recueil de méd. vét., 1850), les agneaux obtenus se divisaient en deux catégories. Le plus grand nombre avaient conservé le lainage de la race, avec une laine un peu plus longue et plus douce ;'une proportion plus petite d’agneaux présentaient la toison complètement soyeuse. Avec le temps, cette proportion s’est accrue, mais d’une manière si lente que, sur 153 agneaux nés en 1848, dix-neuf ans après le commencement de l'opéra-

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