‹ Dictionnaire d'agricultureChapitre 157 sur 270 · PS · texte numérisé non relu

PS

RANTIA-

| ses fruits, qui sont des glands trigones, et ses

fleurs mâles, qui forment des chatons globuleux pendants. Ses feuilles minces et coriaces, pétiolées, ovales, brièvement acuminées, sont ciliées sur les bords. Les fleurs mâles, groupées au nombre de 6-16 en un chaton globuleux, sont formées de 10 à 20 étamines à filets allongés entourées d’un périgone campanulé. Les fleurs femelles, naissant à l’aisselle des feuilles, sont accouplées dans un Involucre hérissé de pointes molles et poilues. Le fruit porte le nom de faîne (voy. ce mot).

La tige du Hêtre s'élève jusqu’à 20 et 30 mètres; elle est droite, cylindrique; son écorce est unie ct d’une couleur grisâtre due à la présence d’un Lichen qui la recouvre presque complètement. Sa cime, ovoïde, est formée de fortes branches garnies de nombreux rameaux se divisant en ramules, terminées par des bourgeons effilés, pointus, glabres et d’un brun luisant.

Le Hêtre est un des arbres forestiers les plus communs. Il constitue, seul ou en mélange avec d’autres essences, la plupart des forêts des régions montagneuses de l’Europe centrale. Les climats humides et frais sont ceux qu’il préfère, aussi ne le rencontre-t-on pas dans les plaines et les coteaux secs de la France méridionale et de l’Espagne, tandis qu’il abonde dans les plaines et les collines de la Normandie, de l'Ile-de-France st

HÊTRE

s'étend au nord jusqu’à l'Ecosse et la Suède. Mais autant cet arbre aime une atmosphère imprégnée d'humidité, autant il redoute les sols marécageux et même mouilleux.

Les jeunes plants de Hêtre sont d’un tempérament délicat, ils ont besoin d’abri. Les gelées printanières et plus encore les ardeurs du soleil leur sont nuisibles, aussi cet arbre est-il rangé dans la catégorie des essences d'ombre. Sa croissance, lente dans les premières années, devient plus active lorsqu'il atteint l’âge de quinze ans. C’est vers la quarantième année que le Hêtre tend à s’accroitre le plus rapidement en hauteur. A cent ans, il cesse de s'élever, et sa ramure se développe en même temps que le volume de sa tige, qui peut acquérir un diamètre de 1",50. La lngévité de cet arbre est assez grande, puisqu'il peut vivre et prospérer jusqu’à l'âge de trois cents ans.

Dans les climats doux et humides, le Hêtre peut être traité en taillis; mais ce mode de traitement ne pout sans danger être appliqué aux forêts de cette essence qui sont situées dans les régions plus froides. Là, les souches coupées à fleur de terre ne produisent que des rejets étiolés qui meurent

Fig. 106. — Rameau de Hêtre portant des fleurs mâles.

après quelques années, comme la souche ellemême. Mais si on laisse sur la souche quelques brins qui entretiennent l’activité de la végétation et qui abritent les rejets venus autour de la section des brins coupés, on peut maintenir pendant longtemps les taillis ainsi traités. Nous avons exposé, au mot FURETAGE, les règles de ce mode spécial d'exploitation. Le Hêtre exploité en taillis ne peut donner que des bois de faible dimension. La lenteur de sa croissance pendant sa jeunesse le rend peu propre à ce mode de traitement, dans lequel les exploitations reviennent à de courts intervalles. Dans les sols fertiles et sous les climats favorables, les taillis de Hêtre s’exploitent à trente ou quarante ans. On ne pourrait, sans danger pour la reproduction, reculer l'exploitation au delà de cette limite ; mais le traitement en futaie est celui qui convient le mieux à cette essence. La révolution généralement adoptée pour les futaies traitées par la méthode du réensemencement naturel est de . cent à cent quarante ans. À raison de la délicatesse des jeunes plants, les coupes d’ensemencement doivent être sombres, afin de maintenir le couvert qui préserve le jeune plant du soleil et des gelées. Quand il est assez robuste pour supporter le plein air, on le dégage peu à peu par des coupes claires et définitives.

Comme le Hêtre est souvent associé au Sapin et à l'Epicéa, essences qui s’accommodent bien du jardinage, il est soumis au même mode de traite-

HEURTAUT

ment, mais on recommande de veiller à ce qu’il ne supplante pas les résineux; toutefois il faut se garder de le faire disparaître par des coupes excessives qui auraient pour résultat d'amener aussi la disparition des résineux.

Le port élégant du Hêtre, la couleur de son feuillage, qui passe du vert tendre au jaune brillant, l'épaisseur de son ombrage en font un arbre éminemment ornemental. Dans les parcs et les jardins paysagers, il est placé, soit isolé, soit en bouquet, au milieu des pelouses, mais il ne faut pas le mettre dans les massifs, parce qu'aucun arbre, aucune herbe même ne peut croître sous son épais couvert.

Les variétés du Hêtre employées comme arbres d'ornement sont le Hêtre lacinié et le Hêtre pourpre; il en existe une autre moins répandue qui est caractérisée par la configuration bizarre de sa tige et de ses branches, qui se contournent et se soudent de manière à former une cime aplatie, d’un aspect très singulier. Ces Hêtres tortillards se trouvent dans la forêt de Verzy, près de Reims. Ils sont connus sous le nom de Faux-de-Saint-Basle.

Le bois de Hêtre est lourd, dur, homogène, d’un grain assez fin. Fraichement coupé, il pèse de 900 à 1120 kilogrammes le mètre cube.

Séché à l’air, le poids s’abaisse de 660 à 830 kilogrammes. Ce bois est sujet à se fendre et à se gauchir lorsqu'il est exposé aux alternatives de sécheresse et d'humidité ; aussi est-il peu propre à être employé dans les constructions, mais lorsqu'il est immergé, il se conserve longtemps. Les pieux de Hêtre servent à faire les pilotis qui soutiennent les digues et les piles des ponts. On fait aussi en Hêtre les traverses des chemins de fer, mais ce bois ne peut servir à cet usage qu'après avoir été injecté, soit au sulfate de cuivre, soit à la créosote.

Le Hêtre est un excellent bois de chauffage, c’est même là son emploi le plus ordinaire. Sa capacité calorifique, comparée à celle du Charme prise pour unité, est de 0,95 pour le quartier et de 0,71 pour les rondins et les branches. Le bois de Hêtre donne un feu vif, clair et soutenu, sa braise se maintient longtemps, mais il Se pique et perd ses qualités s’il est exposé à l'humidité. Le charbon de Hêtre est estimé: il est sonore, peu gerçuré, et sa cassure est brillante.

Comme bois de travail, le Hêtre a de nombreux emplois; il sert à fabriquer des jantes de roues, des instruments agricoles, des bois de brosses, des écuelles et des pelles ; débité en planches et en plateaux, il est employé à la confection des meubles. Les tourneurs en font des bobines, des glands pour la passementerie. Les planchettes minces dites cerches, obtenues par la fente, servent à fabriquer des boites légères, des jouets, etc. Les étaux de bouchers, les établis des menuisiers sont en Hêtre. La fabrication des sabots emploie une quantité considérable de ce bois, qui est aussi débité en merrain avec lequel on fait les tonneaux destinés à contenir de l'huile, des savons gras, des sardines et des matières sèches.

Les industries qui utilisent le Hêtre sont si nombreuses qu’il est impossible d’en donner la nomenclature. Nous nous bornerons à ces indications sommaires, qui suffisent pour faire apprécier l’importance de cette essence. B. DE LA G.

HETTANGIEN (ETAGE) (géologie). — Voy. Lias.

HEURTAUT (biographie). — Jean-Marie, vicomte de Heurtaut de Lamerville, né à Rouen en 1740, mort en 1810, devint agriculteur à la Périsse (Cher), après avoir rempli plusieurs fonctions administratives. Il s’adonna aux améliorations agricoles, Spécialement à la propagation des moutons Mérinos.

Page 1