GÉOLOGIE
manquent dans la coupe la plus profonde qu'il soit possible d'examiner.
Chacun d'eux a emprunté ses matériaux, soit aux dépôts antérieurs, soit directement aux roches éruptives et à celles qui ont constitué les premières couches de consolidation. Les phénomènes de décomposition des roches sous l'influence de l’atmosphère et des alternatives de chaleur et de froid, le déplacement des produits de cette décomposition par la pesanteur, par les vents et surtout par les eaux ou les glaces, leur triage en blocs plus ou moins arrondis, en graviers, sables et argiles suivant la vitesse des courants, et enfin leur dépôt au sein des lacs ou des mers profondes, ont eu lieu de tous temps, et ils étaient même autrefois beaucoup plus intenses et plus rapides que de nos jours. C’est par une suite de décompositions et de reconstitutions que se sont faits les terrains nombreux et variés qui nous portent ou nous entourent aujourd'hui, et la formation des terres arables à leur surface n’est que le terme le plus récent de ces transformations.
Les sédiments de la même époque n’ont pas nécessairement partout la même composition minéralogique; cette composition a varié jusqu’à un certain point avec celle des roches qui formaient le bassin des mers où les matériaux se sont déposés, avec la profondeur et l'agitation plus ou moins grande de leurs eaux, mais ces variations n’ont pas pu dépasser certaines limites. Tant que les conditions dans lesquelles se produisaient ces dépôts n'avaient pas été modifiées par un nouveau bouleversement des mers qui les recevaient et des continents qui les fournissaient, ils ont conservé à peu près les mêmes caractères. Dans tous les cas, cette identité de la structure et de la composition minéralogique des terrains d'une même époque a été suffisante pour fournir aux mineurs les règles qui les ont guidés dans la recherche des minerais, des houilles, etc...., et, après avoir servi de bases à l’art des mineurs, ces règles encore empiriques ont été peu à peu généralisées par des observations plus nombreuses et plus complètes, et elles sont ainsi devenues les lois de la science que nous appelons géologie. — Aujourd’hui, cette science nous aide à découvrir, non seulement les gisements de fer, de houille, etc., mais ceux des amendements et des engrais les plus utiles à l’agriculture, de la chaux, de la marne, du gypse, des phosphates de chaux et des sels de potasse.
Pourquoi la réciproque ne serait-elle pas également vraie? Pourquoi la géologie ne pourrait-elle pas également nous indiquer les roches et les terres. dans lesquelles la chaux, l'acide phosphorique et la potasse se trouvent en quantités insuffisantes pour les besoins de la végétation et dans lesquelles il faudra, par conséquent, employer les amendements ou engrais trouvés ailleurs en excès ? Si la géologie a une utilité pratique pour la découverte des engrais, pourquoi n’en aurait-elle pas également pour nous guider dans leur emploi? Il me semble qu'il suffit de poser la question pour la résoudre d’une manière affirmative.
Cependant on doute, on fait des objections, et ces objections proviennent ordinairement de ce qu’on se sert de cartes géologiques qui sont encore incomplètes, parce que leur échelle ne permet pas de donner assez de détails (voy. CARTES). Ainsi l’auteur d’un mémoire présenté à l’Académie des sciences en 1885 s’étonnait que les phosphates de chaux n’eussent produit aucun effet utile dans des essais d'engrais faits à la ferme-école des Trois- Croix, près de Rennes; tandis que les analyses
| des terrains granitiques et siluriens qui couvrent
la plus grande partie de la Bretagne montrent que ces terrains contiennent très peu de chaux et encore moins d'acide phosphorique. 11 oubliait que les terrains des environs de Rennes appartiennent
GÉOPHILE
à un de ces ilots de calcaire coquillier d'origine tertiaire que l’on trouve de loin en loin en Bretagne; il avait voulu étudier la règle dans une exception. Un autre chimiste encore plus distingué doute de la valeur pratique des indications de la géologie, parce qu'il a trouvé en Suisse, sur un massif de montagnes désigné par la grande carte d'Elie de Beaumont et Dufrénoy comme de formation jurassique, une terre qui ne contient presque pas de chaux. Il oubliait que les immenses glaciers de l’époque quaternaire ont laissé, jusqu’à 1200 mètres de hauteur, sur toutes les formations secondaires et tertiaires de la Suisse, des débris erratiques qui proviennent en grande partie des roches granitiques des Alpes centrales. On trouve également dans le bassin de la Seine, sur la craie et sur le calcaire grossier, des dépôts de limons quaterpaires qui manquent de chaux; ils ne sont indiqués que d’une manière très imparfaite sur la carte d'Elie de Beaumont et Dufrénoy; ils le sont avec beaucoup plus de soin sur les cartes géologiques détaillées que publie le ministère des travaux publics.
Ces cartes signalent même les principaux dépôts meubles sur les pentes, et la légende qui les accompagne décrit leur nature. Mais quelle que soit la perfection avec laquelle ces cartes sont faites, il fandra toujours que l’agriculteur complète leurs renseignements par ses observations personnelles, en tenant compte des matériaux que les eaux et la pesanteur déplacent sur les pentes plus faibles pour les accumuler au bas des Champs et dans les vallons. Il en est ainsi des meilleurs instruments ; il faut apprendre às’en servir (voy. Géologie agricole, par E. Risler, à la librairie Berger-Levrault, à Paris). E. R.
GÉOPHILE (entomologie). — Genre de Myriapodes, de l’ordre des Chilopodes. Ce sont de petits animaux, à corps déprimé, de la taille de 5 à 15 millimètres, vivant sous terre dans les endroits humides : ils se nourrissent généralement de vers et d'insectes. Il n’y a lieu de signaler iei que le Géophile frugivore (Geophilus carpophagus), dont le corps tire sur le violet, la tête et les antennes étant roussâtres ; il ronge la pulpe des fruits mûrs, principalement des abricots sur l'arbre ou dans le fruitier ; il cache ses œufs dans la terre, sous les feuilles tombées.
GÉOPONIQUES (bibliograplhie).— Recueil célèbre d'écrits en langue grecque relatifs à l’agriculture, attribué à Cassianus Bassus (Toy. CASSIANUS).
GÉRANIACÉES (botanique). — Famille de plantes
dicotylédones, dont les limites ont beaucoup varié
depuis sa création, qui remonte à plus d’un siècle. Les Géraines (Geranium T.), qui ont donné leur nom à ce groupe, nous serviront de type pour en essayer une esquisse générale.
Les Geranium ont les fleurs régulières et hermaphrodites. Leur réceptacle est convexe et donne insertion vers sa base à cinq sépales libres, sensiblement égaux, souvent apiculés au sommet et disposés en quinconce dans le bouton. La corolle comporte également cinq pétales indépendants, alternes avec les sépales, brièvement onguiculés et tordus (quelquefois imbriqués) dans la préfloraison. On compte à l’androcée dix étamines formant deux verticilles, dont l'extérieur est superposé au calice, l'intérieur à la corolle. Elles sont semblables entre elles, sauf par la taille, les étamines oppositisépales étant un peu plus courtes que les autres. Chacune possède un filet subulé, dilaté à la base en une mince lamelle, et portant un anthère biloculaire, introrse, déhiscente par deux. fentes longitudinales. Ces anthères sont rarement de couleur jaune, mais plus ordinairement rouges, violettes ou bleuûtres. À la base des petites étamines et en dehors de leur point d'insertion, le réceptacle produit cinq glandes vertes et de forme variable suivant les espèces.
Der
GÉRANIACÉES
Le gynécée consiste en un pistil supère, dont l'ovaire est surmonté d’un style relativement long et épais, divisé finalement en cinq branches couvertes, surtout en dedans, de papilles stigmatiques. Cet ovaire est à cinq loges oppositipétales, qui portent chacune dans leur angle interne deux ovules collatéraux (au moins dans le jeune âge), descendants, anatropes avec le micropyle dirigé en haut et en dehors. Le fruit est sec, induvié par le calice persistant et surmonté du style induré pendant la maturation, surtout dans sa portion inférieure. Les loges se séparent les unes des autres et en même temps de l'axe du fruit; elles se relèvent bientôt élastiquement, portées par autant de languettes détachées superficiellement de la surface du style et arquées de bas en haut. Tout l’ensemble du fruit ressemble assez bien à ce moment à une sorte de petit candélabre à cinq branches, et les loges s'ouvrant par une scissure de leur angle interne, les graines sont mises en liberté. Celles-ci contiennent sous leurs téguments un albumen charnu peu abondant et un embryon dont la radicule est incombante sur les cotylédons diversement contournés ou plissés.
Les Géraines sont des plantes herbacées ou suffrutescentes, dont les tiges et les rameaux se renflent et s’articulent au niveau de l'insertion des feuilles. Celles-ci, alternes ou opposées, accompagnées de deux stipules latérales, sont ordinairement palminerviées et plus ou moins lobées ou incisées. Leurs fleurs forment constamment des cymes unipares, dont l’agencement réciproque peut simuler des grappes, des ombelles ou des corymbes. On connait une centaine d'espèces dans ce genre, qui est particulièrement répandu dans les régions tempérées du globe.
A côté des Geranium il importe de signaler les genres Erodium Lhér., Pelargonium Lhér. et Monsonia L. Ces derniers peuvent être définis des Geranium à quinze étamines; ils sont originaires de l'Afrique austro-orientale et de l'Asie tropicale occidentale. Les Erodium, dont plusieurs espèces croissent autour de nous, se distinguent surtout parce que leurs cinq étamines intérieures sont privées d’anthères et que les languettes stylaires qui portent les loges du fruit au moment de la déhiscence, sont fortement velues à la face interne et se roulent en spirale. Les feuilles sont souvent penninerviées.
Les Pelargonium, qui constituent un des genres les plus importants pour la technologie du groupe, sont très faciles à distinguer des Geraniurn dont ils possèdent cependant l’organisation générale. Mais ils ont la fleur irrégulière. Parmi les cinq sépales, le postérieur s’insère par une base concave et fortement arquée, de sorte que sa cicatrice d'insertion prend la forme d’un fer à cheval étroit, à concavité dirigée en haut. De ce mode tout particulier d’insertionrésulteune longue cavité tuberculeuse située entre la base du sépale et le réceptacle qui est d’ailleurs, à ce niveau, creusé d’une rigole longitudinale. On a décrit souvent cette disposition comme un éperon soudé au réceptacle. La corolle est également irrégulière, car les sépales postérieurs sont semblables entre eux, mais non pas aux deux pétales latéraux, ni au pétale antérieur qui est le plus grand de tous. L’androcée comporte dix élamines, mais elles ne sont jamais toutes fertiles. Les cinq étamines extérieures et les deux étamines postérieures du verticille interne possèdent seules des anthères; les autres sont réduites à des filets courts et stériles. Cet amoindrissement de l’androcée peut même s’accentuer davantage, et, dans quelques espèces, on ne trouve plus que cinq ou même trois étamines aptes à la fécondation. Quant au gynécée et au fruit, ils sont d'une organisation identique à celle des mêmes organes chez les Géraines. ù
Les Pelargonium sont des herbes ou plus habi-
GÉRANIACÉES
tuellement des sous-arbrisseaux presque exclusivement cantonnés dans le sud de l’Afrique. Leurs feuilles sont alternes ou opposées, couvertes, ainsi que les rameaux, de poils glanduleux ; leurs fleurs sont disposées comme celles des Geranium. On en a décrit plus de trois cents espèces, nombre sans doute exagéré de moitié.
Parmi les Géraniacées à ovules définis, nous devons encore signaler, à cause de leur importance technique, les Capucines (Tropæolum L.). Elles ont la fleur hermaphrodite et irrégulière. Leur réceptacle est légèrement concave et prolongé en arrière et en bas en un long éperon creux. Les cinq sépales s’insèrent sur les bords de la coupe réceptaculaire et le postérieur répond à l’éperon. Des cinq pétales, les deux postérieurs sont plus grands que les autres et relevés. L’androcée est réduit à huit étamines, parce qu’il en manque une à chaque verticille (la postérieure au verticille externe, l’antérieure au verticille interne). Le gynécée est libre, formé d’un ovaire triloculaire et surmonté d’un style divisé supérieurement en trois branches stigmatiques. Chacune des loges renferme un seul ovule semblable à ceux des Geranium. Le fruit devient sec à la maturité et se divise en trois achaines, dont le péricarpe est plus ou moins épaissi etsubéreux. Les graines ne montrent pas d’albumen.
Les Capucines sont des herbes de l'Amérique méridionale, grimpantes pour la plupart, munies de feuilles alternes, à nervation peltée ou palmée, et dont les fleurs sont axillaires et solitaires.
Les Géraniacées peuvent montrer des ovules disposés en nombre indéfini dans chaque loge ovarienne, et on distingue, dans ce cas, des types à fleur régulière et des types à fleur irrégulière. À la première série se rattachent les Surelles (Oxalis L.), à la seconde les Balsamines (/mpatiens L.), dont nous allons indiquer rapidement les caractères fondamentaux.
La fleur des Surelles est régulière et hermaphrodite; son réceptacle est convexe. Le calice comporte cinq sépales quinconciaux dans le bouton; la corolle montre cinq pétales alternes, tordus et libres (bien que leurs bords soient quelquefois accolés à la base assez fortement pour que la corolle tombe d’une seule pièce). Dix étamines ordinairement monadelphes forment l'androcée, et l’on remarque que celles qui sont en face des sépales sont plus longues que les autres et portent une languette qui paraît comme un dédoublement de leur filet. L’ovaire est divisé en cinq loges superposées aux pièces de la corolle, et contenant chacune deux rangées d’ovules dirigés comme ceux des Geranium (dans quelques espèces, le nombre des ovules descend à deux ou un seul). Le fruit est une capsule qui s'ouvre par cinq fentes loculicides. Les graines ont une structure toute spéciale. De leurs trois téguments, l'extérieur épais, charnu et élastique, se fend à un certain moment, et se sépare des parties plus profondes qu’il lance à une distance relativement considérable, agissant sur elles comme une sorte de ressort bandé. On trouve à l’intérieur de ces graines un embryon droit entouré d’un albumen charnu abondant.
Ce sont des plantes très variables d’aspect, tantôt rhizomateuses, tantôt munies d’une tige aérienne, mince ou charnue. Leurs feuilles, ordinairement composées-trifoliolées, peuvent être composéespennées, ou même prendre l'apparence de feuilles simples ou de phyllodes. Leurs fleurs sont solitaires ou réunies en cymes ombelliformes. On en connaît plus de deux cents espèces, presque toutes réparties entre l'Afrique australe et l'Amérique méridionale.
Les Balsamines ont la fleur très irrégulière. Sur un réceptacle convexe on voit cinq sépales libres et imbriqués, dont le postérieur, grand et souvent pétaloide, se relève à la base en un épe-
IT ue
GÉRANIACÉES
ron variable de forme suivant les espèces. Les quatre autres sont beaucoup plus petits, et les deux antérieurs manquent même quelquefois tout à fait. La corolle est assez souvent décrite comme formée de trois pièces, bien qu’elle en possède réellement cinq, dont l’agencement est, il est vrai, fort insolite. En effet, le pétale antérieur est toujours libre et très ample. Les quatre autres présentent cette particularité que chacun des latéraux s’unit plus ou moins avec le postérieur correspondant, et ce sont ces paires de pétales ainsi connés qui ont été prises pour des pièces uniques irrégulièrement bilobées. L’androcée est ici réduit à un seul verticille de cinq étamines oppositisépales, dont les anthères biloculaires se collent entre elles, et dont les filets présentent souvent autant de lamelles internes qui s'appliquent sur l’ovaire. Celui-ci est supère, surmonté d'un style court, épais et quinquélobé ; il offre cinq loges dans l’angle interne desquelles on observe une seule rangée indéfinie d’ovules anatropes, orientés comme ceux des Géraines. Le fruit est une capsule, encore pourvue de liquides à la maturité, et dont les cinq panneaux loculicides, se séparant brusquement de l’axe au moment de la déhiscence, s’enroulent pour lancer les graines. L’élasticité des parties est telle que le moindre attouchement suffit, à ce moment, pour amener la rupture de l'équilibre, ce qui à valu à ces plantes le nom d’/mpatiens qui leur a été donné.
Ce sont des herbes à feuilles alternes, sans stipules, à fleurs solitaires ou groupées en cymes et, en tout cas, axillaires. On en connaît plus de cent espèces, surtout communes dans les régions chaudes de l'Afrique et de l'Asie; quelques-unes habitent l'Europe et l'Amérique septentrionale.
L'étude complète du groupe des Géraniacées exigerait encore la description de quelques autres types, tels que les Biebersteinia Steph., Flærkea W., Neurada B. Juss., Balbisia Cav., etc., qui $e distinguent par des caractères plus ou moins tranchés. Mais les plantes dont il s’agit n’ont, au point de vue qui doit surtout nous occuper, qu’un intérêt restreint. Nous nous contenterons de faire remarquer que la caractéristique générale de la famille ne comporte pas seulement un gynécée formé de carpelles unis entre eux, puisque les Biebersteinia notamment, et les Flærkea possèdent des carpelles indépendants à tout âge, au moins dans leur partie ovarienne.
Ces particularités d'organisation, et d’autres sur lesquelles il nous est impossible d’insister davantage, ont motivé la subdivision des Géraniacées en un assez grand nombre de tribus dont quelquesunes se trouvent, dans maints ouvrages descriptifs, élevées au rang de familles distinctes. C’est ainsi, par exemple, qu'ont été établies celles des Tropæolacées, Balsaminacées et Oxalidacées. Ce que nous avons dit des genres qui leur correspondent suffira, sans doute, pour permettre au lecteur de se faire une opinion sur la légitimité de ce morcellement exagéré.
Telle qu’elle est admise par la plupart des botanistes, la famille des Géraniacées présente les affinités les plus intimes avec les Linacées (voy. le mot) par ses genres à carpelles unis. Les types à carpelles indépendants la rapprochent évidemment de celle des Rutacées, qui montrent une organisation analogue.
Ce groupe compte actuellement six cents espèces environ, réparties entre une vingtaine de genres, et appartenant, pour le plus grand nombre, à l’an-
cien monde. Cependant quelques types sont exclu
sivement américains : tel, par exemple, le genre Tropæolum. v
La technologie des Géraniacées a une importance considérable, bien que leur rôle comme plantes fourragères soit assez restreint. Toutefois, plusieurs
GÉRANIACÉES
espèces de Geranium et d'Erodium sont abondantes dans nos prairies, et sont assez recherchées des bestiaux. Il ne parait pas douteux que les propriétés aromatiques et excitantes qu’elles doivent aux huiles essentielles élaborées dans leurs tissus, interviennent heureusement dans la nutrition des animaux, en excitant l'appétit et en facilitant la digestion. Ces propriétés sont d’ailleurs diverses, et se rapportent à deux types assez nettement tranchés.
Plusieurs Géraniacées sont surtout odorantes, avec ou sans adjonction de principes tanniques, ce qui les fait employer comme digestives, ou astringentes et hémostatiques ; ex. : l'Erodium moschatum, dont on fait des infusions qui remplacent le thé ; les Geranium sanguineum, colombinum, pusillum, nodosum, etc., toutes espèces communes autour de nous, dont les feuilles fraiches ou cuites peuvent servir à confectionner de bons cataplasmes vulnéraires.
D'autres plantes de la famille se font surtout remarquer par une saveur acide, âcre et piquante, qui les rapproche beaucoup des Crucifères quant à leur action sur l'organisme, et les fait rechercher comme rafraichissantes et antiscorbutiques. De ce nombre sont les Surelles, les Capucines et d’autres encore, dont on mange les feuilles, cuites ou en salade. Le nom vulgaire de Cresson du Mexique, qui est souvent appliqué à certaines espèces de Capucines, montre bien que ces propriétés ont dès longtemps appelé l'attention du public.
Quelques Oxalis contiennent une assez forte proportion de sel d’oseille (bioxalate de potasse) pour qu'on les exploite en vue d'obtenir ce composé. Cette industrie, pratiquée surtout en Suisse et en Allemagne, utilise les 0. acetosella, corniculata et stricta, qui sont abondants dans presque toute l’Europe.
Les substances tinctoriales ne font pas non plus défaut dans la famille qui nous occupe. Ainsi les Geranium sanguineum et Robertianum donnent une teinture jaune par leurs parties souterraines ; lé G. sylvaticum peut servir à teindre en noir quand on l’associe aux sels de fer. La proportion de tanin que cette dernière espèce renferme est
assez forte pour qu’on ait pu l’appliquer utilement
au tannage des peaux. Plusieurs espèces de Balsamines sont également usitées comme tinctoriales dans leurs pays d’origine.
L’odeur développée par plusieurs Géraniacées est forte et désagréable, et peut, dit-on, être mise à - profit pour éloigner les insectes nuisibles. D’autres espèces, au contraire, élaborent des parfums agréables et fournissent un appoint important à l'industrie de la parfumerie. C’est ainsi que quelques espèces de Pelargonium, notamment les P. capitatum et odoratissimum, sont cultivés en grand sous le nom vulgaire de Geranium rosat, pour l'extraction d’une essence qui s'emploie comme telle, ou sert, dans le commerce, à falsifier l’essence de roses, dont le prix est au moins vingt fois plus élevé. Des exploitations très prospères existent de cé chef dans le midi de l’Europe et en Algérie.
Certaines Géraniacées possèdent des parties souterraines renflées, que l'accumulation de matières nutritives rend alimentaires. Parmi celles-ci, les Oxalis sont de beaucoup les plus intéressantes. Plusieurs espèces du genre ont un rhizome charnu dont les ramifications se gorgent de sucs, à la façon de la Pomme de terre, ct peuvent suppléer ce tubercule dans l'alimentation. Telles sont les O. esculenta, du Mexique; 0. Deppei, du Pérou; 0. crenata, tuberosa, ete., qui se vendent au marché, dans presque toutes les villes du Pérou et du Chili, sous le nom général d'oca. La culture a obtenu une grande variété de formes dont l'exploitation a pu être tentée, non sans succès, dans le midi de l'Europe. !
La famille des Géraniacées est une de celles qui
RS + Qi